Barcelone 3-1 Milan AC, l’analyse tactique

Le miracle n’a pas eu lieu : les Milanais n’ont pas réussi à réitérer leur performance du mois de septembre, époque où ils étaient allés chercher un nul sur la pelouse du Barça (2-2). Énormes au pressing en début de partie, les Catalans ont rapidement poussé leurs adversaires à l’erreur pour ouvrir le score. Mais derrière, leur envie de poursuivre sur le même rythme a failli leur coûter, si bien qu’à 2-1, Guardiola a décidé de fermer en passant en 4-3-3 pour s’assurer une deuxième mi-temps plus tranquille. Analyse d’une très belle opposition.

Les compositions :

Plusieurs incertitudes planaient sur le onze de départ qu’allait choisir Pep Guardiola. Incertains, Xavi a finalement débuté la rencontre alors que Sanchez est resté sur le banc. C’est le jeune Cuenca qui a profité de l’absence du Chilien pour s’installer dans le onze de départ : Valdes (1) – Mascherano (14), Piqué (3), Puyol (2) – Busquets (16), Xavi (6), Iniesta (5), Fabregas (4) – Messi (10), Alves (2), Cuenca (33).

Du côté du Milan AC, Massimiliano Allegri a dû composer avec deux absents de taille, qui n’étaient déjà pas du rendez-vous du match aller. Van Bommel aurait pu revenir de suspension mais en a été empêché par une blessure, tout comme Thiago Silva :  Abbiati (32) – Abate (20), Mexès (5), Nesta (13), Antonini (77) – Ambrosini (23), Seedorf (10), Nocerino (22) – Boateng (27), Robinho (70), Ibrahimovic (11).

Barcelone en 3-4-3, fort chez l’adversaire, faible dans son camp :

A l’inverse du match aller où il avait joué la sécurité en se présentant en 4-3-3 et avec Busquets et Keita dans l’entrejeu, le FC Barcelone a débuté la rencontre dans une configuration ultra-offensive : un 3-4-3 construit de manière à complètement étouffer la relance milanaise. Les premières minutes de la rencontre ont permis de découvrir la réponse proposée par les Italiens à ce schéma de jeu. A l’instar de leur match aller face à Arsenal, ces derniers ont débuté la partie en opposant une première ligne au Barça au niveau de la ligne médiane : Ibrahimovic, Robinho et Boateng se sont ainsi retrouvés à évoluer dans la zone de Xavi et Busquets. Ils ont poussé les Catalans à passer par les côtés ou à envoyer l’un des défenseurs excentrés (Puyol mais surtout Mascherano) à hauteur des deux milieux de terrain pour franchir ce premier rideau.

Sans surprise, les Catalans ont ainsi rapidement pris l’avantage sur les plans de la possession de balle et de la domination territoriale. Ressortant par les côtés pour pénétrer dans le camp milanais, ils ont installé deux triangles pour construire à partir de ces relances : Xavi, Daniel Alves et Messi à droite ; Iniesta, Fabregas et Cuenca à gauche (en jaune). Défensivement, les Milanais ont tenté de résister en chercher à couper les relations entre ces deux triangles, usant du surnombre apporté par Ambrosini. Un surnombre compensé par le repli de Boateng et Robinho afin de protéger aussi l’axe de la défense milanaise des pénétrations de Busquets ou Xavi. Au final, en phase défensive, le Milan s’est présenté en 4-3-2-1 avec les trois premières lignes dans leurs 40 mètres et un Ibrahimovic plus déchargé que les autres des tâches défensives.

C’est sur cela que le 3-4-3 du Barça a joué en première mi-temps (jusqu’au second penalty transformé par Messi). Utiles pour construire le jeu, les deux triangles ont aussi imprimé un énorme pressing sur leurs homologues chargés de la relance côté milanais, et de l’alimentation des attaquants (Nesta, Antonini, Seedorf à gauche ; Mexès, Abate et Nocerino à droite). Selon la zone où se situait le ballon, le triangle le plus concerné mettait la pression sur le porteur (en rouge) et ses solutions les plus proches tandis que l’autre coulissait dans l’axe pour couper les relais pouvant entraîner un changement de jeu (en orange). Derrière, il était possible de distinguer ensuite deux lignes de couverture avec Busquets et Mascherano qui sortaient sur Robinho et Boateng jusque dans les 40 mètres du Milan (en blanc). En retrait, Piqué et Puyol couvraient eux face à Ibrahimovic, parfois avec difficulté d’ailleurs pour le libéro du soir.

Aussi ambitieuse que risquée, cette première organisation du Barça a été à plusieurs reprises mise en danger. Malgré l’ouverture du score encaissée, les Milanais ont conservé leurs principes de jeu et ont su trouver les ingrédients pour se défaire de l’emprise barcelonaise sur le milieu de terrain. Le plus souvent, cela est passé par le décrochage d’un attaquant (Ibrahimovic par exemple) à hauteur des milieux de terrain (en noir ci-dessous) afin d’offrir un point d’appui supplémentaire (le Suédois n’étant pas suivi au marquage) avant de décaler un joueur capable de porter le ballon (en orange) dans le camp adverse. Souvent, les latéraux ont été ainsi alertés, ces derniers prenant alors le meilleur sur le repli des ailiers du Barça (en jaune). Une fois mis sur orbite, le potentiel passeur pouvait alors tenter d’alerter l’un des attaquants partis dans la profondeur (souvent deux), un autre resté à hauteur ou évoluant entre les lignes adverses. Comme l’a parfaitement illustré son but, Nocerino a dès qu’il en a eu la possibilité fait office de quatrième homme pour finir les offensives du Milan AC.

Barcelone en 4-3-3, sérénité dans son camp et gestion chez l’adversaire :

Son équipe carrément éliminée de la Ligue des Champions le temps de neuf petites minutes, Pep Guardiola n’a pas pris le moindre risque après qu’elle ait repris l’avantage. Le coach catalan n’a même pas attendu la pause pour repasser dans un 4-3-3 plus traditionnel. Daniel Alves a quitté l’aile droite pour se replier, formant désormais une ligne de quatre avec Puyol, Piqué et Mascherano. Dans l’entrejeu, Busquets s’est retrouvé en sentinelle derrière Xavi, Fabregas et Messi, toujours en pointe. Iniesta a pris l’aile gauche laissée vacante par Cuenca, parti lui à droite pour combler le vide laissé par la descente de Alves au poste d’arrière. Ce qu’ils ont alors perdu en présence dans le camp adverse, les Barcelonais l’ont retrouvé en efficacité dans le repli défensif. Et avec l’avantage au score, c’était évidemment la priorité.

Toutefois, s’ils ont attendu plus bas leurs adversaires, ils n’ont pas complètement abandonné l’idée de mettre la pression sur les premiers relanceurs du Milan. Ainsi, si Mexès et Nesta étaient un peu plus libres d’ajuster leurs relances longues, Iniesta, Xavi, Fabregas et Cuenca formaient une ligne de quatre chargée de presser, avec Messi, sur les Milanais chargés de faire le lien avec les attaquants. Les deux excentrés étaient clairement aux duels avec Abate et Antonini tandis que les axiaux intervenaient devant le rond central dans le camp milanais, sortant pour sur Seedorf (puis Aquilani), Ambrosini ou Nocerino pour qu’ils puissent ajuster des ballons dangereux par-dessus la défense barcelonaise. Au fil des minutes et des changements, les Milanais vont tendre vers le 4-4-2 avec Robinho à gauche, Nocerino à droite et le duo Ibrahimovic-Pato devant.  L’objectif était simple : tenter de faire sortir les latéraux du Barça de la ligne défensive et sauter le milieu de terrain pour chercher les attaquants dans la profondeur afin qu’ils bousculent les défenseurs catalans dans les duels. Sans succès, malgré quelques moments chauds.

Car entre temps, le Barça a ajouté un troisième but et est entré dans une phase de gestion. Si Cuenca est bien resté sur l’aile droite, Iniesta est rentré dans l’axe pour participer à la construction, avec Xavi, Fabregas et Messi qui a passé son temps à décrocher, comme toujours, pour créer un surnombre au coeur du jeu. Le Barça a ainsi monopolisé le ballon et l’a fait tourner dans le camp adverse, accélérant dès lors que l’un des quatre joueurs cités se retrouvait libéré dans l’entrejeu. Autour de lui, les autres proposaient des solutions, sans oublier les apports possibles de Busquets ou Daniel Alves, venus de l’arrière. La sortie de Xavi (remplacé par Thiago) n’a en rien perturbé les Catalans qui ont poursuivi sur leur lancée malgré les déchets du jeune Espagnol à la finition. L’imprévu causé par la blessure de Piqué n’a pas eu lui non plus de conséquences sur la fin de la rencontre. Barcelone a géré.

Conclusion :

Cette deuxième double confrontation de la saison entre Barcelone et Milan laisse une impression assez paradoxale. Malgré la supériorité manifeste des Catalans, ces derniers ont inscrit leurs deux premiers buts sur des erreurs grossières de la défense milanaise (perte de balle de Mexès, faute de Nesta). A l’opposé, les Italiens ont su se montrer dangereux dans le camp du Barça, profitant -il faut le signaler- du choix très risqué de Guardiola de débuter le match retour en 3-4-3 (voire 3-3-4 pour certains). Mais lorsque ses joueurs ont lancé la machine à gérer, à aucun moment les Milanais n’ont donné l’impression de pouvoir revenir. Et à n’en pas douter, Pep Guardiola aura tiré les enseignements de cette rencontre lors du prochain tour…

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17 réponses

  1. Barcelone a profité du manque d’actions offensives du Milan pour adapter sa tactique.
    Ils sont passés à 3 derrière ce qui a mis en difficulté Milan.

    Puis Milan ne méritait pas de passer, ils ne savaient pas aligner 3 passes à un tel niveau c’est affolant, même si c’est le Barça !

    Niveau arbitrage le penalty fera polémique, il a « cassé » le moral milanais !

  2. aziz dit :

    Enfin une analyse sur le Barça. ça commençait à faire long.
    Evidemment le Barça a pris des risques tactiques énormes qui ont failli lui couter cher. Et comme tu le dis ils ont marqué sur des fautes évitables du Milan (+ un arbitre intraitable sur le deuxième péno.). Ils ont eu le mérite de ne pas paniquer et de jouer sage en 2eme mi-temps pour ne pas se faire avoir comme au match de poule. Je trouve que si le jeu en double triangle que tu cites a étouffé le Milan, il a été aussi responsable du manque (relatif) d’incisivité car dans cette configuration le jeu sur les ailes est assez stérile: Alves et Cuenca ont trop souvent repiqué sur le milieu au lieu de déborder. Cela m’amène à penser que le vrai problème du Barça quand il joue comme hier (siège de la forteresse adverse)est qu’il manque d’ailiers de débordement à l’ancienne, capables de déborder EN PHASE ARRETEE. Alves est très bon quand il prend de la vitesse, Cuenca ou Pedro pas au niveau pour ça. Pour l’année prochaine, s’impose un recrutement type Neymar ou Ribery, un repositionnement de Villa sur la droite, remise en place d’Alves à sa vrai place en 2 (pour prendre de la vitesse), conversion de Fabregas en avant centre et virer Busquets (ou le faire renter que pour tenir un résultat) .

    Barça en phase d’attaque totale:

    ——————Valdes——————-

    Alves——Piqué—–Mascherano——Puyol

    ———-Xavi————–Iniesta———

    —————–Messi———————-

    Villa———-Fabregas————–Neymar

  3. aziz dit :

    …dans cette configuration, les permutations Messi-Fabregas; Villa -Fabregas; Iniesta-Neymar; Messi-Villa devraient rendre fou les équipiers adverses

  4. Sans Busquets ?

    Messi plus bas ?

    C’est fifa la compo

    Le Barça n’a pas besoin de recruter un joueur comme Neymar.

    Pedro, Villa, Tello, Cuenca, Sanchez c’est assez je pense !

  5. aziz dit :

    @françois….
    « sans busquets »: oui en phase d’attaque totale comme écrit.
    « c’est fifa la compo » : tu viens de te rendre compte que le Barça c’est EFFECTIVEMENT play station!
    « Messi plus bas »: oui, j’ai toujours pensé que Messi c’est un Cruyff qui ne se connait pas encore. Il doit être derrière l’avant centre et profiter des espaces que ce dernier lui dégagerait. Vu aussi sa qualité de passe, se priver de son jeu en meneur est paradoxal.

  6. Laurent dit :

    Illustration du 1er schéma en video / 3D ici http://youtu.be/gXSZ3Fa-XkA

  7. Guardiola ne se passera jamais de Busquets. Tu peux placer Jordi Alba sur le côté gauche aussi à la place de Puyol si tu penses à l’année prochaine. Comme c’est dit dans l’article, le problème du Barça, c’était de lier ses deux triangles en phase offensive, le Milan les séparant bien par le surnombre dans l’axe. D’où les soucis pour trouver des décalages ensuite. Cuenca et Alves savent déborder, encore faut-il qu’ils puissent être servi pour des un contre un, ce qui n’était pas le cas hier à cause des compensations milanaises qui protégeaient la défense.

  8. xaviesta68 dit :

    toutes ces analyses sont très intéressantes, mais hier on a encore vu qu’un autre facteur est déterminant dans ce genre de match; l’arbitrage qui continu de créer la polémique.
    j’aurai bien compris les accusations des uns et des autres si ce match se déroulait en Afrique « où beaucoup d’arbitres sont moins scrupuleux », mais dans un match de ligue de champions et à ce niveau là, ça devient insensé.
    ou peu être que chaque club fait régner sa loi sur son terrain, parce-que n’oubliant pas que durant le match aller, l’arbitre était aussi un peu pros milanais, sans citer l’état du terrain généreusement arrosé pour gêner le jeu catalan.
    donc est-ce qu’on est là devant une vrai loi de jungle sur les terrains européens?
    a vous les experts d’apporter des réponses à ce sujet épineux.

  9. Attaque totale c’est peut-être le Barça mais c’est pas solide il faut pas rêver.

    Beaucoup bavent sur Barcelone.

    Vous avez connu le Real Madrid de 2003 à 2006 ?

    Demandez aux supporters moi le 1er l’absence d’un milieu défensif !

  10. Je me permets de rajouter un commentaires j’ai oublié un détail.

    Messi a enchainé les ballons d’or et les stats de folies depuis qu’il joue en faux n°9 (sauf 2009 où il jouait encore à droite).

    Le Barça a les joueurs pour créer donc inutile de le faire descendre d’un cran.

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