Barcelone 3-1 Arsenal, l’analyse tactique

Quelques chiffres pour commencer et dépassionner le débat qui fait rage autour de l’expulsion de Robin Van Persie : plus d’une vingtaine de tirs à zéro en faveur du Barça, une première incursion dans la surface catalane à la 75ème minute et plus de trois fois moins de passes tentés par les Gunners. Maintenant que le contexte est remis à sa place (pour reprendre une expression chère au sélectionneur des Bleus), il est temps d’analyser cette qualification du Barça pour les quarts de finale de la Ligue des Champions.

Les compositions :

Abidal et Busquets annoncés par tout le monde ou presque, la seule incertitude qui régnait dans le onze de Guardiola concernait le poste de latéral gauche. Finalement, c’est Adriano qui a été préféré à Maxwell, un profil aussi offensif et à l’aise dans les petits périmètres que Daniel Alves : Valdes – Alves, Busquets, Abidal, Adriano – Mascherano, Xavi, Iniesta – Pedro, Messi, Villa.

Côté Arsenal, Wenger a tenu tout le monde en haleine jusque dans l’heure précédent le coup d’envoi où la présence de Van Persie dans le onze de départ a officiellement été confirmé. Petite surprise, le choix de Rosicky pour occuper le couloir droit au détriment de Eboué, on veut semble-til essayer de tenir le ballon chez les Gunners : Szczesny – Sagna, Djourou, Koscielny, Clichy – Diaby, Wilshere – Rosicky, Fabregas, Nasri – Van Persie.

Temps 1 : Libérer Xavi et Iniesta

Les premières minutes du match rappellent celles du match aller. Le Barça tient le ballon mais ne peut pas grand chose. Les Gunners sont regroupés dans leur moitié de terrain sur deux lignes de quatre avec un milieu très compact et le duo Fabregas / Van Persie devant qui vient parfois s’y joindre en cas de besoin. Wilshere (en particulier) et Diaby sont très agressifs dans l’entrejeu pour limiter le rayon d’action de Xavi et d’Iniesta et les repousser le plus loin possible. Face à cette organisation, le Barça se montre très patient et commence son travail de sape avec les montées de ses deux latéraux.

Sur le schéma ci-dessus, le blanc délimite la zone rendue interdite pour les transmissions du Barça par l’organisation d’Arsenal. De la même couleur, on retrouve le marquage de Diaby sur Iniesta et celui de Wilshere sur Xavi. Comme évoqué plus haut, le bloc d’Arsenal est très compact dans l’axe pour limiter les risques de passe plein axe touchant directement les attaquants. Les ailiers serrent au maximum dans l’axe.

Dès lors, le Barça fait donc appel à ses latéraux. Adriano et Daniel Alves n’interviennent pas ici en fin de mouvement mais contribuent à la circulation du ballon. Ils combinent avec leurs milieux mais aussi avec leurs ailiers qui repassent ensuite vers les milieux etc… Bref, le Barça fait tourner. Et les montées des latéraux attirent forcément les ailiers d’Arsenal (Rosicky, Nasri), chargés de défendre sur eux comme au match aller.

Conséquence de cette contribution des latéraux, la première ligne d’Arsenal s’étire. Xavi et Iniesta en profite pour se défaire du marquage de leurs adversaires directs en n’hésitant pas à s’excentrer légèrement pour pouvoir se mettre tranquillement face au jeu et l’organiser ensuite.

Temps 2 : Mettre du mouvement

Les latéraux ont fait reculer Arsenal et poussé les Gunners à lâcher leur semblant de pression dans l’entrejeu. Désormais, ils doivent se contenter de bien défendre et de rester le plus compact possible. Au Barça d’accélérer pour tenter de faire la différence. C’est là que les attaquants entrent en scène.

Les ailiers londoniens fixés par les latéraux, l’axe du terrain offre du coup un duel, a priori, à deux contre deux avec Wilshere/Diaby face à Xavi/Iniesta. Mais les attaquants du Barça n’hésitent pas à décrocher pour apporter le surnombre dans cette zone capitale. Messi se charge notamment de plusieurs lancements de jeu par des tentatives de percées entre l’axial et l’ailier adverse (en bleu ciel).

Ces nombreux décrochages de l’Argentin obligent évidemment les Gunners à s’adapter : impossible de prendre le risque de laisser Barcelone prendre de la vitesse dans cette zone du terrain. Fabregas quitte définitivement son rôle de soutien à Van Persie et se joint à la ligne Diaby-Wilshere de manière à redensifier l’axe (en marron). Arsenal oscille alors entre le 4-5-1 et le 6-3-1 selon la position des latéraux barcelonais (celles-ci définissant celles des ailiers du Barça).

Dans le même registre que Messi, Pedro (et dans une moindre mesure Villa, car celui-ci restera le plus souvent en pointe pour peser sur la défense centrale et permettre à Messi de décrocher librement) se signale par des décrochages qui entraînent Clichy dans son sillage. Une consigne donné aux latéraux des Gunners certainement. Sauf que celle-ci ouvre complètement le couloir au latéral qui doit alors jouer de sa pointe de vitesse pour aller récupérer l’offrande d’un de ses partenaires.

Temps 3 : Le pressing

Outre le fait de mettre la défense d’Arsenal à contribution, les deux premiers temps ont surtout permis aux Barcelonais de faire reculer leur adversaire et d’isoler Van Persie devant. Le Néerlandais se retrouve à négocier des trois contre un face à Mascherano, Abidal et Busquets. Mission impossible. Les trois hommes se partagent parfaitement les tâches. Dans l’axe, Mascherano ratisse tout ce qui traîne et il redescend en couverture lorsque Abidal ou Busquets vont disputer des ballons passés dans le dos de leurs latéraux.

Résultat, Arsenal ne touche quasiment pas le moindre ballon dans la moitié de terrain catalane et Abidal et Busquets se chargent même de les renvoyer proprement dans les 40 mètres adverses. Avec une telle couverture, les sept Barcelonais restants (+ Mascherano sur les phases où il suit Fabregas) abattent un énorme pressing sur les relanceurs d’Arsenal (Wilshere, Diaby, Fabregas en tête) et le danger ne quitte plus les 40 mètres d’Almunia. Le but inscrit juste avant la mi-temps récompense logiquement ce gros travail de sape qui a fait travailler tout le collectif.

La reprise :

Forcé d’égaliser, Arsenal modifie logiquement ses plans au retour des vestiaires… Et particulièrement ses circuits de relance. Fini le passage obligé par l’axe avec Wilshere ou Diaby. Le jeune Anglais évolue légèrement plus bas et laisse son partenaire avec plus de libertés devant. Pour éviter les problèmes de pertes de balle, le ballon remonte en priorité via les côtés avec Nasri ou Rosicky (qui doivent néanmoins faire face à la pression de Daniel Alves et Adriano). Ceux-ci tentent ensuite de revenir dans l’axe en y cherchant Diaby ou Fabregas.

Cette nouvelle donne ne dure pas très longtemps puisque les Londoniens reviennent au score sur un CSC incompréhensible de Busquets. Huit minutes se sont passées depuis le retour des vestiaires et, comme les supporters d’Arsenal se sont peut-être dits : « Back To Square One. » Sauf que trois minutes plus tard, Van Persie est renvoyé à la douche par M.Busacca.

Utiliser la largeur :

C’est un grand classique à onze contre dix mais ça fonctionne à chaque fois quand c’est bien fait. Le Barça prépare ses mouvements d’un côté pour les terminer de l’autre, généralement en trouvant Adriano, Daniel Alves, ou Afellay après son entrée en position décalée. Pour cela, il profite de sa maîtrise technique pour faire circuler le ballon dans des petits périmètres avant de renverser côté opposé en quelques passes rapides. Moins d’un quart d’heure plus tard, Iniesta profite d’un pas sur la droite de Rosicky (qui veut certainement bloquer la passe vers Adriano) pour le crocheter et se lancer plein axe. Inutile de dire où ça aboutit.


Le but est à 1’54, observez le comportement de Rosicky sur l’action.

Suite et fin :

Après ce second but, le Barça a fait le plus dur et le troisième ne s’est pas trop fait désirer. Pris de court par l’expulsion de Van Persie et la blessure de Szczesny, Wenger ne fait entrer qu’Arshavin et Bendtner. Sans trop trembler, le Barça ajuste face à la menace russe : Adriano reste sagement au contact et Afellay entre pour terminer les actions côté gauche. Il en vendange quelques-uns et Bendtner se crée une énorme occasion… Qui lui est enlevé par Mascherano, au passage auteur d’un match exceptionnel.

A l’arrivée, le Barça se qualifie après avoir fait un très grand match. Et Guardiola a eu raison de le souligner en conférence de presse : « On a fait un match extraordinaire, on a joué très bien à onze contre onze, et à onze contre dix on a joué encore mieux. » Conclusion : Arsenal n’a pas à rougir de la défaite et de l’élimination… Et n’a surtout pas à se cacher derrière l’expulsion de Van Persie pour l’expliquer.

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. D’accord avec votre analyse. Moins avec celle de Guardiola : à 11 contre 10, le Barça a juste fait ce qu’il fallait, sans plus. La première période fut meilleure que la seconde.
    http://le-ballon-de-derriere.over-blog.com/article-renvoyes-dos-a-dos-68974296.html

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *