Le Real Madrid était annoncé en perdition, déchiré par des luttes intestines. Mourinho était annoncé sur le départ en fin de saison, fatigué de prendre des coups de la part d’une presse madrilène déchaînée. Hier soir, alors que les critiques atteignaient leur apogée depuis son arrivée à Madrid, son Real a joué sa meilleure partition face au FC Barcelone. Que lui a t-il manqué ? Peut-être un attaquant réaliste en première mi-temps et du temps en seconde…
Les compositions :
Face à un Barça identique à celui qui a débuté le match aller, José Mourinho réalise quatre changements. Arbeloa revient de blessure pour s’installer sur le flanc droit de la défense. Pepe fait son retour en défense centrale à la place de Carvalho. Kaka rentre dans le onze de départ, numériquement à la place de Benzema. Le quatrième changement concerne le système de jeu : l’équipe passe du 4-3-3 à un 4-2-3-1 plus habituel.
Barcelone : Pinto (13)- Alves (2), Puyol (5), Piqué (3), Abidal (22) – Busquets (16), Xavi (6), Fabregas (4) – Iniesta (8), Messi (10), Sanchez (9).
Real Madrid : Casillas (1) – Arbeloa (17), Pepe (3), Ramos (4), Coentrao (15) – Xabi Alonso (14), Diarra (24) – Özil (10), Kaka (8), Ronaldo (7) – Higuain (20).
Premier tiers-temps : pression madrilène
A défaut de dominer outrageusement son adversaire, le Real Madrid prend clairement l’ascendant pendant 35 minutes : soit une grosse demi-heure, marquée par les occasions de Higuain et l’énorme frappe de Özil sur la transversale de Pinto. Mais l’essentiel est ailleurs : si le Real est aussi bien, c’est grâce à un pressing tout terrain qui prend le Barça à la gorge, et à des duels remportés sur les premières passes, Kaka se montre particulièrement intenable en début de rencontre.
En phase de pressing, le Real calque son milieu de terrain sur celui du Barça. Organisé dans le même 4-3-3 qui a fini le travail au Bernabeu la semaine dernière, il positionne Xavi et Fabregas aux postes de milieux relayeurs. Les deux hommes, censés être à la réception des ballons ressortis par Puyol, Piqué et Busquets, sont pris par Xabi Alonso et Diarra qui n’hésitent pas à aller les chercher jusque dans leurs 40 mètres (en rouge ci-dessous). Pour perturber la première ligne de relance catalane -Puyol, Piqué et Busquets donc-, les quatre joueurs à vocation offensive du Real forment une ligne compacte qui pousse même le pressing jusqu’à Pinto dans ses six mètres (en noir). Beaucoup moins à l’aise au pied que Valdes, la doublure ne parvient pas à trouver les joueurs normalement libérés par le pressing madrilène, à savoir Alves et Abidal dans les couloirs. Il en résulte des sorties de balle dangereuses pour le Barça ou des longs ballons rapidement perdus par les attaquants, logiquement mis en difficulté à la réception de longs ballons retombant dans les environs du rond central.
Habituellement dans ces cas-là, le Barça s’en sort en usant des décrochages et autres dézonages de ses joueurs les plus avancés. Mais cette fois, Messi est chassé quelque soit la hauteur de son décrochage -retour à hauteur de Fabregas et Xavi ou entre défense et milieu madrilène- (en bleu et noir). La donne est la même pour Sanchez. Le plus souvent, c’est Ramos qui tient le rôle de garde du corps. Les latéraux aussi travaillent en sortant de la ligne défensive. Lorsqu’un milieu sort au pressing, le latéral présent de son côté peut rentrer le couvrir dans l’axe au cas où son adversaire direct viendrait solliciter le ballon -comme Iniesta en a l’habitude lorsqu’il évolue sur l’aile gauche- (en bleu et noir). Ce travail du bloc madrilène lui offre la domination territoriale : le Barça a clairement du mal à exister durant la première demi-heure, le seul véritable danger pour Casillas venant des prises de profondeur de Sanchez sur des ballons sautant le milieu de terrain (en bleu).
En plus d’un gros pressing, le Real se montre aussi très efficace dans l’utilisation du ballon et le repli défensif. Dans ces deux domaines, Kaka et Özil sont les plus en vue. Les courses du premier sur les extérieurs perturbent le milieu du Barça -Busquets notamment en tant qu’adversaire direct selon les schémas de jeu-. Le second travaille lui à partir de l’aile droite, rentrant dans l’axe pour compléter les déplacements de Kaka. Les deux hommes ne rechignent pas non plus au repli défensif, Kaka se retrouvant à plusieurs reprises à chasser un Messi revenu toucher les ballons près de sa zone (en orange et noir) et Özil fermant le flanc droit. De la même façon, Ronaldo ferme le flanc gauche face à Alves ; dans leur camp, les Madrilènes sont organisés en 4-5-1, Kaka se retrouvant légèrement en pointe de la ligne de cinq.
Deuxième tiers-temps : retour catalan
Malheureusement pour eux, les Madrilènes vont payer leurs énormes efforts non-récompensés en fin de mi-temps. Messi profite d’un espace dans le dos de Coentrao pour échapper à Ramos, obligé de couvrir son latéral, et se lancer. Il rentre sur son pied gauche et profite de l’appel de Fabregas qui attire Arbeloa pour décaler Pedro qui conclut. Sonné par l’ouverture du score, le Real perd le fil du match et de son pressing, évoluant une dizaine de mètres plus bas qu’auparavant. Le jeu se hache, les fautes sont plus nombreuses et lorsque Daniel Alves envoie une merveilleuse reprise dans la lucarne de Casillas pour le 2-0, difficile d’imaginer ce qui va suivre.
Le début de la deuxième mi-temps n’aide pas non plus à croire à un retour du Real. Le Barça revient dans les débats avec un énorme ascendant. Bien décidés à enfoncer les Madrilènes, les Catalans vont les chercher jusque dans leurs 30 mètres, leur infligeant ce qu’ils ont subi en première mi-temps. Sanchez et Pedro évoluent en pointe du pressing et s’écartent l’un de l’autre pour laisser à Messi et Fabregas le soin de mettre la pression dans l’axe, sur les milieux du Real -et notamment Xabi Alonso- (en rouge sur le schéma plus bas). Derrière, Busquets et Xavi couvrent en deuxième rideau, aidés par les sorties de Alves et Abidal de la ligne défensive pour fermer les couloirs et le Real dans sa moitié de terrain. Les lignes madrilènes sont beaucoup plus étirés qu’en première mi-temps. Kaka n’a plus le même rayonnement. Le Barça contrôle le ballon dans l’entrejeu et semble gérer son avantage.
Troisième tiers-temps : coaching gagnant pour Mourinho
Le match entre alors dans une phase un peu spéciale : alors qu’il a le contrôle des débats, le Barça ne parvient pas à creuser l’écart. Le Real va en profiter. En dix minutes de jeu, José Mourinho fait ses trois changements : Granero remplace un Diarra au bord du carton rouge, Benzema remplace Higuain et Callejon remplace Kaka. Le Real bascule alors en 4-4-2 avec le duo Benzema-Ronaldo en pointe, Özil et Callejon fermant eux les couloirs en encadrant Xabi Alonso et Granero.
La ligne des milieux de terrain madrilènes étant très compactes sur l’axe -opposé à un Abidal qui ne monte quasiment jamais, Özil resserre régulièrement les distances avec la paire Xabi Alonso-Granero (en noir), permettant au premier de décrocher pour soutenir sa défense centrale en cas de besoin-, elle pose beaucoup de problèmes au milieu à trois barcelonais -Xavi, Busquets et Fabregas-. Devant, Messi a de nouveau du mal à échapper aux défenseurs adverses et peine au moment de décrocher pour créer le surnombre (en noir). Autre soutien habituel du milieu à trois du Barça (en bleu), Daniel Alves se retrouve désormais marqué de près par Callejon (en noir). Devant, Pedro et Sanchez manquent de munitions et ont du mal à s’exprimer dès lors qu’il s’agit d’évoluer dos au but, qui plus est avec des latéraux qui les marquent de près (en noir). Bref, le Real revient petit à petit dans le match, son milieu travaillant plus bas qu’en première mi-temps mais n’étant pas moins efficace.
Mais les Madrilènes font plus que rivaliser puisqu’ils reviennent dans le match grâce à une recrudescence du nombre de duels remportés par leurs attaquants. Partant de plus bas et donc plus libre (en blanc) -il est désormais entre Pedro et Abidal-, Özil peut se lancer depuis sa position d’excentré droit pour rentrer dans l’axe -cf. but égalisateur- ou aller provoquer Abidal. Au cas où le Français sorte sur lui (en bleu), Benzema ou Ronaldo peuvent plonger dans son dos pour aller ensuite au duel avec Piqué ou Puyol (en jaune). La donne est la même de l’autre côté avec les sorties de Daniel Alves sur Callejon. Preuve du renouveau madrilène au-delà des buts de Ronaldo et Benzema, Pep Guardiola doit intervenir : un attaquant -Sanchez- sort au profit d’un défenseur -Mascherano-. L’Argentin se place aux côtés de Piqué, Puyol glissant à droite et Daniel Alves montant au milieu de terrain. La ligne défensive du Barça ne bouge plus et tient le choc dans un fin de match très hachée où le jeu devient très difficile des deux cotés.
Conclusion :
Le Barça s’est qualifié mais, pour la première fois depuis quelques Clasicos, il ne sort pas du terrain avec un énorme ascendant psychologique. Le retour des Madrilènes dans la dernière demi-heure force le respect, d’autant plus que Xabi Alonso, qui excelle d’habitude dans le jeu long, a passé une soirée compliquée là où il aurait pu se régaler en cherchant Ronaldo ou Benzema en fin de partie. Mais si le cas du joueur formé à la Real Sociedad est évoqué, il ne faut pas non plus oublier certains Catalans qui ont connu plus de difficultés que d’habitude. La manière dont l’équipe de Guardiola s’est éteinte durant la dernière demi-heure rappelle un peu ce qui lui était arrivé à l’Emirates la saison dernière : alors qu’elle semblait avoir le match en main, elle donnait l’impression de vouloir gérer et conserver le ballon plutôt que d’attaquer. Un avertissement sans frais en somme pour le Barça, et de nouvelles raisons d’espérer pour le Real. Jusqu’au prochain Clasico.






Twitter: flotoniutti
Je rejoins évidemment SamirHenry. Une comparaison et une analyse fictive est impossible. Néanmoins, je pense que Aziz est un peu dans le vrai concernant l’inspiration milanaise pour pouvoir battre le Barça. J’avais justement prévu de faire un article sur le sujet après la dernière demi-heure à plat du Real. Le fait que Valence ait fait la même chose hier soir me conforte dans ces plans. Peut-être que la rigueur descendant de Sacchi sera ce qui pourra accrocher le Barça de Guardiola comme elle l’avait fait avec celui de Cruyff. Un éternel recommencement en somme. Ca aussi, ça fera un article.Reply – Quote
Alors vivement cet article « Florent »Reply – Quote