Barcelone 2-2 Chelsea, l’analyse tactique

Miraculeuse. Difficile de qualifier autrement la performance de Chelsea. Après un match gagné mais loin d’être maîtrisé à Stamford Bridge, les Blues sont allés chercher leur ticket pour la finale sur la pelouse du Nou Camp. Pourtant, comme l’Inter en 2010, l’affaire était bien mal embarquée à 0-2 et à onze contre dix. Mais, comme à l’aller, un rush de Ramires, bien lancé par Lampard, a changé la face de la rencontre.

Première mi-temps : et Ramires est arrivé

La victoire étant obligatoire, Pep Guardiola a fait le choix de ressortir le 3-4-3 qui avait déjà déçu face au Real Madrid pour cette demi-finale retour. Quelques noms ont néanmoins changé dans l’animation. Derrière, en début de partie, la couverture a été assurée par le trio Mascherano-Piqué-Puyol. Excentré à droite face au Real, Xavi a retrouvé son rôle d’axial aux côtés de Busquets. Les deux hommes ont parfois été soutenus par Fabregas (qui sur leur gauche) et Messi (sur leur droite) qui décrochaient de leurs positions avancées pour travailler dans l’entrejeu. Sur les côtés, Iniesta s’est retrouvé sur l’aile gauche et Cuenca sur l’aile droite. Devant, Guardiola avait fait le choix d’ajouter un attaquant-référent à son système de jeu en la personne d’Alexis Sanchez. Ce dernier a d’ailleurs été le principal facteur de danger pour la défense des Blues durant le premier quart d’heure. Plus vif que Cahill ou Terry, il a offert des relais entre les lignes à Messi ou Fabregas, entraînant des combinaisons qui se sont terminées par des tirs dangereux pour Petr Cech…

Chelsea n’a de son côté rien changé à son système de jeu et à son onze titulaire par rapport au match aller. Les trois milieux axiaux étaient toujours bien présents dans l’axe pour faire face aux lancements de jeu adverses. Ils ont été presque parfaitement soutenus par les deux excentrés (Mata et Ramires). Selon les situations, les deux hommes ont joué les rôles de spare-men. Si le Barça venait à écarter le jeu, soit ils allaient au duel avec le joueur excentré (ex : Ramires vs Cuenca), soit ils glissaient en défense de manière à conserver une dernière ligne de quatre bien compacte alors que le latéral allait au duel (ex : Mata qui glisse aux côtés de Cahill en défense alors que Ivanovic va au duel avec Iniesta). Mata et Ramires travaillant de concert avec les défenseurs, Drogba se repliait lui dans l’axe de manière à conserver la densité au milieu pour garder un nombre conséquent de joueurs chargés de protéger la défense centrale des Blues.

Au-delà de l’animation offensive, le 3-4-3 a surtout permis au FC Barcelone d’étouffer complètement son adversaire. Très rapidement, Puyol et Mascherano se sont mis à évoluer très haut dans le camp adverse de manière à empêcher Chelsea de se déployer (voir ci-dessus), laissant Piqué seul en couverture en cas de relance longue des Blues. Les deux hommes ont d’ailleurs été plutôt efficaces dans cet exercice, bien aidés par le travail de leurs joueurs offensifs (Iniesta, Fabregas, mais aussi Sanchez et Messi ont pesé sur l’axe londonien). Barcelone a privé Chelsea de ballon de cette manière. Mais, et on touche là à l’un des problèmes, il n’a pas non plus laissé le temps à son adversaire de se découvrir en se déployant offensivement. Intelligemment, les Blues n’ont pas pris le moindre risque à partir du moment où le joueur à vocation offensive (Ramires, Mata, Drogba) qui héritait du ballon ne franchissait pas le premier rideau (ex : Mata vs Puyol ou Ramires vs Mascherano). Dès lors, même si le Barça récupérait le ballon très haut, il repartait sur une phase de possession identique à la précédente, Chelsea ne s’étant pas découvert.

La première demi-heure de la rencontre a aussi été celle des changements forcés dans les deux camps. Cahill a dû laisser sa place à Bosingwa après dix minutes de jeu : le Portugais est entré à droite et Ivanovic a glissé dans l’axe aux côtés de Terry. Quelques minutes plus tard, c’est Piqué qui est sorti, remplacé par Alves qui a laissé Mascherano prendre place en couverture. Si Chelsea n’a pas ressenti le contre-coup de la sortie de son défenseur, le Barça a certainement perdu en Piqué un atout qui aurait pu peser en attaque en deuxième mi-temps. En attendant celle-ci, c’est Busquets qui a assuré à part entière le rôle de relanceur qu’il partageait jusqu’ici avec le n°3 barcelonais. Sans transition, Busquets a d’ailleurs été récompensé de son travail de l’ombre en inscrivant le premier but de la partie. Sans surprise, celui-ci est venu alors que Chelsea n’était plus en place défensivement au sortir d’un corner. Depuis l’aile gauche, Cuenca a pu adresser un centre en retrait, repris au second poteau par son partenaire.

Le match est alors passé dans une autre dimension. Les Catalans ont poursuivi leur pressing tout terrain pour empêcher la relance adverse. Terry a craqué et a laissé ses partenaires en infériorité numérique. Panique à Chelsea : Di Matteo a dû rafistoler avant la mi-temps. Ramires a glissé dans le couloir droit, laissant seulement quatre joueurs dans l’entrejeu avec Drogba. Sans solution à sa gauche (là où était Ramires précédemment), Meireles a perdu un ballon dans l’entrejeu sous la pression adverse : Sanchez en appui, Messi à la passe et Iniesta à la finition ont fait le reste. 2-0. Normalement, le match devait être plié. Mais comme à l’aller, Chelsea a frappé juste avant la mi-temps. Soutenus par leurs défenseurs, les milieux londoniens se sont sortis d’un pressing catalan plein axe. De son poste de latéral droit, Ramires a alors sollicité Lampard dans l’entrejeu. Celui-ci a résisté à la montée de Mascherano. Pendant ce temps-là, Busquets suivait l’action pour compenser la sortie de Mascherano et Puyol surveillait Mata côté gauche. Le Brésilien s’est alors engouffré entre les deux pour récupérer le caviar de son partenaire (comme à l’aller, sauf  qu’il termine l’action lui-même cette fois). A la mi-temps, Chelsea était qualifié et avait désormais quinze minutes pour parfaire son plan de reprise.

Légende – Origine du premier but de Chelsea. Six joueurs de Barcelone (points rouges) viennent de mettre la pression sur les milieux adverses qui ont écarté sur Ramires pour s’en sortir. Présent à la relance, Lampard a immédiatement pris un intervalle (en bleu, sur la ligne médiane) pour se rendre disponible. Il n’est pas suivi. Ramires le voit et va lui donner le ballon dans la course. Autour de cette zone, trois Catalans sont concernés alors que six sont déjà éliminés : Puyol est au marquage de Mata (en haut), Mascherano s’apprête à anticiper pour sortir sur Lampard (hors-champ) et Busquets est sur le point de compenser la sortie de son coéquipier en redescendant en défense. Problèmes, Lampard va gagner son duel et Ramires va se projeter vers l’avant sans être suivi par un adversaire. Le talent du milieu anglais fait le reste pour lancer son partenaire entre Puyol et Busquets, déjà en retard. 2-1.

Deuxième mi-temps : la résistance

Au retour des vestiaires, le Barça est revenu dans une nouvelle configuration offensive. Busquets a remplacé Alves en défense centrale. Le n°16 du Barça évoluait du coup stoppeur droit, aux côtés de Mascherano et Puyol. A l’instar de son capitaine, il est aussi monté à hauteur de Xavi qui est devenu de son côté la nouvelle plaque tournante du jeu catalan dans le camp des Blues. Devant ce dernier, Iniesta, Fabregas et Messi s’opposaient aux trois milieux axiaux adverses tandis que Sanchez restait seul devant, entre les défenseurs centraux. Face à ce nouveau système, Chelsea a opposé un 4-5-0 avec Drogba et Mata aux deux extrémités. Comme en première mi-temps avec Ramires (désormais latéral droit), les deux hommes ont travaillé de concert avec leurs défenseurs de manière à conserver une ligne de quatre bien compacte derrière et éviter aux deux défenseurs centraux d’avoir à justement quitter l’axe défensif pour combler un décalage.

Non sans quelques difficultés (le penalty manqué par Messi), Chelsea est parvenu à résister de cette manière. Les choix des coachs ont alors pesé sur la fin de la partie. Di Matteo a fait entrer Kalou à la place de Mata, poste pour poste. De son côté, Guardiola a fait entrer Tello à la place de Cuenca. Ce changement a marqué une petite modification dans l’animation catalane : Iniesta a pris la place du sortant sur l’aile gauche, Tello s’est installé à droite et Alves a glissé dans l’axe, avec Xavi, Fabregas et Messi. Peu fructueuse pour les Catalans, cette période a néanmoins permis de voir que Drogba était assigné au marquage de Alves. Au vu de la situation, en faisant reculer le Brésilien, Guardiola espérait sans doute le voir prendre la profondeur et profiter des ouvertures de Xavi, libéré de la pression adverse dans l’axe. Malheureusement pour lui et pour le Barça, Drogba a parfaitement couvert les déplacements du latéral barcelonais, de la même manière que Lampard a pu couvrir ceux d’Iniesta côté gauche.

Au final, c’est l’entrée en jeu de Keita à la place de Fabregas qui a eu la plus grand incidence sur la fin de la rencontre (voir ci-dessus). A l’inverse de Fabregas qui continuait de participer à la création avec Xavi, Iniesta et Messi, le Malien s’est installé en tant que second attaquant dans la surface de réparation adverse, aux côtés de Sanchez (voir ci-dessus en rouge). Immédiatement, Chelsea a dû composer avec cette entrée en jeu et a un peu plus reculé en passant en 6-3-0. Remplaçant de Drogba, Torres s’est retrouvé latéral gauche pour s’opposer à Alves comme Kalou face à Tello, passé sur l’aile gauche (en blanc). Dans l’axe, Lampard, Mikel et Meireles travaillaient eux pour protéger au mieux leurs quatre défenseurs des incursions de Messi (à droite) et Iniesta (à gauche), Xavi restant toujours en retrait à l’organisation (en bleu). En dix minutes, le Barça a décalé Alves côté droit (but de Sanchez refusé pour hors-jeu du Brésilien) et Messi a profité de l’égalité numérique dans l’axe pour toucher le poteau après un crochet. La chance des Catalans était passée. Il ne restait plus qu’à Torres de finir le travail dans les arrêts de jeu…

Conclusion :

Une semaine après, la réussite n’avait pas changé de camp. En ressortant les mêmes armes qu’au match aller, Chelsea est allé arracher une qualification miraculeuse sur la pelouse du Nou Camp. Même si le Barça a encore croqué ce soir, et aurait sans doute pu faire mieux offensivement, il avait normalement fait le nécessaire en menant 2-0. Mais la rencontre a basculé sur le but de Ramires, venu de nulle part et pourtant très logique au vu de l’organisation défensive barcelonaise. A la reprise, l’attaque-défense était attendu et il a basculé, sur des détails, en faveur des défenseurs. Comme lors du Barça-Inter de 2010.

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13 réponses

  1. Super solidité de la part de Chelsea, le tout mené par un entraîneur intérimaire, bravo Di Matteo !

  2. Fredfu dit :

    Une formidable bataille tactique ou chaque coach a posé ses pions pour le plus grand plaisir des aficionados.Une vraie partie d’échecs faite de coups d’éclats: Cahill,Piqué,Terry d’éclairs: Ramires,Iniesta, d un coup de théatre ,le penalty manqué, du siège du chateau de Chelsea et pour finir de l’estocade finale portée par Fernando T-Rex.

  3. aziz dit :

    « Auparavant, Messi était la valeur ajoutée d’une équipe exceptionnelle. Désormais, il en est le seul baromètre. Quand Messi ne va pas, au Barça rien ne va » (France Foot).

  4. Youssef dit :

    Bonjour,
    Belle analyse tactique. Une fois encore une supérieurité tactique italienne présenté dans la personne Di Matteo.
    Moi le paramètre que je voudrais souligner surtout est que l’équipe de Barça persistait dans l’axe. En plus les joueurs semblent fatigués physiquement et mentalement Surtout Messi.
    Pourquoi Messi parce qu’il a fait la Coppa America et dans le monde professionnel le préparation estivale compte beaucoup .

  5. Digital dit :

    Je crois que l’un des problemes du barca c’est d’avoir perdu un leader, une pièce maitresse de la defense de Guardiola pour sa lecture du jeu et sa polyvalence, Eric Abidal. Grace a lui Pep Guardiola jonglait plusieurs fois par matchs entre 3-4-3 et 4-4-3 pour varier les rythmes et les phases de jeu, là je trouve que le Barca etait trop prévisible et déséquilibrée.

  6. aziz dit :

    Merci le Barça pour ces 4 années de plaisir. Dieu pardonne à leurs détracteurs, ils ne savent pas ce qu’ils disent.
    Honnêtement, je suis le football assidument depuis 1974 et jamais une équipe m’a aussi fait rêver et aussi longtemps que cette équipe. Il y a bien eu le brésil 82, la juve de Platini, le milan de Van Basten, le réal des galactiques mais c’était pas aussi bien huilé. On retiendra que ce Barça nous a montré qu’un joueur de foot n’était pas forcément un monstre athlétique d’au moins 1m80 pratiquant la musculation en dehors des entrainements et surtout qu’une équipe qui gagne ne se construit pas forcement à partir de l’arrière comme c’était devenu une jurisprudence en France depuis 98. Pour tout ça chapeau les artistes et que la saison prochaine soit plus glorieuse.

  7. Youssef dit :

    Milan de Van Basten étaient beaucoup plus huilés surtout côté defensif.
    Il y’a un certain Baresi comme libéraux il orchestré la défense c’est la meilleur équipe qui a joué le hors jeux j’ai eu la chance de voir cette Milan de Sachi joué.

  8. Les 180 minutes de Chelsea sont à montré dans les écoles de football.C’est un véritable exemple de la « capacité à subir » face à un adversaire dont les armes sont visiblement plus fortes mais qu’on peut battre en jouant méthodiquement le coup(laisser venir te contrer).Car une chose est de vouloir jouer à 10 derrière.Une autre est d’avoir les hommes pour le faire.Surtout face à Barcelone.

  9. Youssef dit :

    C’est la beauté du football. il n y’a pas que le talent qui fait la différences:
    -Rigueur Tactique.
    -Mental et le coeur.
    -La chance

    C’est ce qui crée cette surprise dans le football.

    D’autant plus qu’avec ce Match il y’avait plusieurs retournement de situation comme:
    Blessure de Cahill , Carton rouge pour Thierry , Barcelone mène au score ,
    Un but avant la mi-temp le pénalty raté et le coup de grâce de Torres.
    C’est un scénario tragédique où les entraîneurs se mettaient en valeur.
    Malheureusement Guardiola a déçu.

  10. Bvggy dit :

    J’ai pensé à ton site hier soir : le positionnement tactique de Chelsea en 2nde mi-temps était très télégénique – le screenshot que tu as choisi en est un bon exemple.
    Dommage que le Barca n’ait pas :
    – joué plus souvent sur Alves, dont les provocations pouvaient pousser Drogba à la faute (plusieurs interventions très limites à l’entrée de la surface)
    – essayé de mettre à mal l’alignement de 6 joueurs de Chelsea (mais difficile d’en profiter à 16m de Cech)
    Bravo à la rigueur des blues, très prudents dans leurs sorties, pleins de maîtrise dans leurs… pertes de balle (une philo déjà utilisée auparavant par le 11 interiste d’un certain Mourinho). C’était très chouette.

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