Barcelone 2-0 FC Porto, l’analyse tactique

Et ce n’est que le début ! En l’espace d’une semaine, le FC Barcelone a donc raflé ses deux premiers titres de la saison : après la Supercoupe d’Espagne (voir les analyses), c’est la Supercoupe d’Europe qui est tombée dans son escarcelle ce vendredi soir. Orphelin de Falcao, le FC Porto a lâché du lest après une grosse entame de match. Après avoir offert l’ouverture du score à Messi, il a semblé sans solution, attendant le moment fatidique où l’Argentin l’achèverait. Néanmoins, la formation de Vitor Pereira a montré des choses intéressantes sur le plan tactique. Qui méritent analyse.

Les compositions :

Dans le camp du grand favori, plusieurs absences sont encore à déclarer. Puyol et Piqué forcent ainsi Pep Guardiola à aligner une nouvelle fois une défense centrale Abidal-Mascherano. Au milieu de terrain, Keita est préféré à Busquets pour épauler Xavi et Iniesta. Devant, le trio de la saison dernière est reconduit : Valdes (1) – Alves (2), Mascherano (14), Abidal (22), Adriano (21) – Keita (15), Xavi (6), Iniesta (8) – Pedro (17), Messi (10), Villa (7).

Du côté du FC Porto, Vitor Pereira conserve l’organisation tactique qui a fait la force de Porto la saison dernière. Néanmoins, quelques joueurs changent à des postes-clés : Kleber remplace Falcao devant alors que Souza est préféré à Fernando pour sécuriser la défense derrière Moutinho et Guarin : Helton (1) – Sapunaru (21), Rolando (14), Otamendi (20), Fucile (13) – Souza (23), Guarin (6), Moutinho (8) – Rodriguez (10), Hulk (12), Kleber (11).

Porto presse haut :

A l’instar du Real Madrid récemment ou de Manchester United en finale de la dernière Ligue des Champions, le FC Porto débute son match en imprimant un gros pressing sur les Catalans et ce, dans leur propre camp. Mais à l’inverse des deux autres grands d’Europe à s’être cassés les dents, les Portugais concentrent leur pressing sur l’axe du terrain.

Ainsi, Cristian Rodriguez (10), Kleber (11) et Hulk (12) cherchent d’abord à mettre la défense catalane sous pression. Le premier objectif est de couper la relation directe entre les défenseurs et les rampes de lancement que sont Keita et Xavi dans l’entrejeu. Les trois hommes n’oublient pas non plus d’aller gêner la relance de Victor Valdes, dont la qualité de jeu au pied est aussi importante que celles des autres relanceurs. Derrière ce trio au gros volume d’activité, Guarin et Moutinho se partagent le marquage de la paire Keita-Xavi. Un peu plus en retrait, Souza suit Iniesta à la trace tandis que les quatre défenseurs s’occupent des trois attaquants restants.

Mais revenons plutôt aux trois attaquants. Le but de leur pressing, qui n’oublie aucun joueur évoluant dans l’axe, est de forcer le Barça à repartir de ses latéraux. Mais pas n’importe comment : à repartir de latéraux obligés se mettre dans le sens du jeu avant de pouvoir avancer. C’est ce petit temps de latence qui fait toute la différence et qui permet à la fois aux ailiers que sont Rodriguez et Hulk de se replier rapidement et au bloc de sept joueurs restés à l’arrière de coulisser pour enfermer les Catalans dans le couloir et les mettre à leur tour sous pression.

Malheureusement pour les Portugais, le Barça use de ses solutions habituelles lorsqu’il doit faire face à un adversaire coriace. Iniesta décroche d’une ligne pour offrir des solutions supplémentaires dans l’entrejeu ; Messi en fait de même pour se rapprocher de ses milieux de terrain. Lorsqu’il décroche dans au milieu de terrain, l’Argentin est d’ailleurs le seul joueur à ne pas être attaqué : car lorsque le Barça est ressorti de ces trente mètres, Porto a autre chose que le pressing en tête : ne pas se faire éliminer et couper les solutions au porteur de balle.

Porto dans son camp :

Lorsqu’il se replie, le 4-3-3 de Porto se transforme logiquement en un 4-1-4-1 laissant le seul Kleber en pointe et Souza chargé d’évoluer entre les deux lignes de défense. Du grand classique. Néanmoins, même si la peur de se faire éliminer calme le pressing du premier rideau défensif, la nécessité de densifier l’axe pour fermer les solutions en profondeur est toujours aussi forte.

S’il est facile de maintenir un marquage individuel, les nombreux déplacements côté Barcelonais forcent certains joueurs à défendre plus que prévu. Si l’axe est finalement assez bien bouché, les Catalans trouvent des solutions dans des zones que l’on qualifiera d’intermédiaires (en jaune sur le schéma). En clair, il s’agit souvent de la zone au sein de laquelle le porteur de balle va créer le décalage pour un joueur arrivant dans le couloir. Que ce soit Messi par une course transversale, Iniesta par un décrochage ou Xavi sur une projection, les trois hommes, dans ses zones-là, se retrouvent souvent avec la possibilité de faire la différence sur une passe.

Ainsi, dans ses zones, Porto organise des prises à deux et ce, au niveau de ses deux lignes défensives. Sur la première, Hulk et Guarin travaillent par exemple de concert côté droit.L’un met une pression venue du couloir, l’autre ferme l’angle de passe dans l’axe. Mais le travail le plus important est accompli par le dernier rideau. En collaboration avec Souza et Moutinho, les latéraux n’hésitent pas à sortir de la ligne de défense pour tout simplement arrêter le porteur avant qu’il ne puisse délivrer sa passe. Le couloir est alors grand ouvert et, généralement, Villa, Pedro ou Daniel Alves n’attendent que d’y être lancés.

Mais à cette sortie du latéral s’accompagnent deux autres déplacements. Le premier, c’est celui du milieu de terrain au marquage du Catalan qui s’excentre avec le ballon dans l’espoir de le délivrer. Toujours dans l’optique de ne pas se faire éliminer, son but est de fermer toute possibilité de retour dans l’axe, que ce soit sur une passe ou un dribble. Le second déplacement est celui de la charnière centrale : Rolando et Otamendi suivent de très près les sorties de leurs latéraux. Celui-ci, de par son jaillissement, ralentit la création du décalage, permettant la mise hors-jeu du joueur qui attend la passe dans le couloir. Pas étonnant de voir des Catalans signalés très souvent en position illicite par l’assistant ce soir (8 fois). A titre de comparaison, en 14 matchs de Ligue des Champions la saison dernière, les Catalans ont été pris au piège du hors-jeu 46 fois.

Conclusion :

Si Barcelone s’est logiquement imposé, le FC Porto n’a pas démérité. Vitor Pereira a eu le mérite de présenter une formation qui a joué une partition très intéressante sur le plan tactique et qui sera peut-être source d’inspiration pour des équipes de niveau équivalent. Car ce vendredi soir, les Portugais ont été l’une des rares équipes à avoir dû offrir l’ouverture du score à Messi pour qu’il puisse débloquer la situation en faveur des siens. Le plus dur était fait pour les Catalans qui ont ensuite beaucoup mieux contrôlé la deuxième mi-temps, le rythme de la partie s’en ressentant légèrement d’ailleurs.

PS : Ca s’appelle CarnetSport, ça a ouvert la semaine dernière et c’est très bien. Mangez-en ! Pour accéder au site, tapez le code d’accès « showtime » lorsque vous arrivez pour la première fois sur la page d’accueil.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *