Barcelone 0-1 Real Madrid, l’analyse tactique de la finale de la Coupe du Roi

« Pour moi le Real a mérité sa victoire. Il n’y a aucun doute. Et pour être franc, nous profitons de deux équipes exceptionnelles, c’est historique. » Julio Maldonado, alias @maldinisport sur Twitter, a tout résumé : ce second round entre le Real et le Barça, sur terrain neutre cette fois, a tout simplement été épique. L’intensité des débats, la tension entre les deux formations, l’ambiance d’un Mestalla en fusion… Ajoutez-y une bonne dose de science tactique et vous obtenez un match, comme l’a bien dit Julio, historique. Et à match historique, analyse fleuve.

Les compositions :

Malgré les difficultés entrevues samedi à Bernabeu, Guardiola ne change rien à ses plans et se contente de remplacer les joueurs qui n’étaient pas prévus dans le onze ce mercredi. Puyol est ainsi supplée par Mascherano alors que Pinto remplace Valdes dans les buts comme il le fait depuis le début de la saison en Coupe du Roi : Pinto – Alves, Mascherano, Piqué, Adriano – Busquets, Xavi, Iniesta – Pedro, Messi, Villa.

Côté Madrilène, Mourinho ne surprend personne puisque le fait de n’aligner aucun véritable attaquant de pointe était annoncé depuis plusieurs jours. Sorti lessivé du premier Clasico, Pepe est bien présent dans l’entrejeu. La suspension d’Albiol entraîne le replacement de Ramos dans l’axe et la titularisation d’Arbeloa à droite : Casillas – Arbeloa, Ramos, Carvalho, Marcelo – Xabi Alonso, Pepe, Khedira – Özil, Di Maria, Ronaldo.

La permutation Pepe-Xabi Alonso :

Dès les premières secondes de la partie, le changement saute aux yeux. Pepe n’est plus positionné en sentinelle chargée de traquer Messi dans ses décrochages. C’est désormais à Xabi Alonso qu’incombe cette lourde tâche, primordiale pour une équipe qui veut bien défendre face au Barça. Khedira étant toujours en individuelle sur Iniesta lorsque le Real défend sa moitié de terrain, Pepe hérite lui de Xavi. Et bien plus encore…

Comme Xabi Alonso samedi dernier, la présence physique en plus, Pepe n’hésite pas à aller chercher Xavi jusque dans sa moitié de terrain. Mis à part ce changement, les marquages sont les mêmes que samedi dernier. Sur les côtés, les latéraux suivent les décrochages de Pedro et Villa et les ailiers défendent sur Alves et Adriano. Dans l’axe, comme on l’a évoqué plus haut, Xabi Alonso hérite de la surveillance de Messi tandis que Khedira est en promenade aux côtés d’Iniesta tant que celui-ci ne dézone pas. Bref, tout repart comme la dernière fois, l’impact de Pepe sur Xavi (et c’est important) en plus.

Mais une différence subisite. Samedi dernier, le Real était forcé à reculer dès lors que l’un des défensifs du Barça tentait d’apporter le surnombre (Piqué ou Busquets). Cette fois, et aussi grâce à la présence de Pepe une ligne plus haut, cette solution ne fonctionne pas pour les Catalans. Ainsi, lorsque Piqué monte, il se retrouve face à un adversaire direct qui le met sous pression et place son corps de manière à empêcher une passe qui irait dans sa zone ou sur son adversaire direct. Exemple : Pepe va au pressing sur Piqué et le force à jouer côté gauche.

On en revient ici au même credo de samedi dernier : fermer toute profondeur dans l’axe pour empêcher les liaisons directes vers les latéraux dans les couloirs. Ceux-ci ne sont pas utilisés dans les 30 derniers mètres mais se retrouvent à jouer arrêtés et dans la zone de leurs adversaires directs, qui eux aussi font un gros travail défensif. Résultats des courses : 35ème minute, le Barça envoie ses premiers longs ballons vers l’avant ; quelques minutes plutôt, Messi, Xavi et Iniesta se retrouvaient sur la même ligne et devaient faire face à une ligne de cinq madrilènes qui défendaient en avançant.

Au final, le système défensif madrilène a résolu tous les problèmes posés par le Barça… Au prix, évidemment, d’une énorme débauche d’énergie. Casillas n’a strictement rien eu à faire et, à l’inverse, la vitesse d’éxécution des trois offensifs madrilènes ainsi que la capacité de Pepe et Khedira à apporter le soutien a permis aux Madrilènes d’inquiéter Pinto. Ronaldo rate une occasion à la demi-heure de jeu après un appel croisé parfait de Özil. Et quand Pepe voit sa tête s’écraser sur le poteau juste avant la mi-temps, il semble écrit que les Catalans vont aller chercher le match en deuxième mi-temps.

Le retour du Barça Old School :

Repoussé sur les côtés pour un résultat nul lors de la première mi-temps, le Barça Guardiola revient des vestiaires avec une nouvelle formule. Une formule qu’il connaît bien puisqu’il s’agit tout simplement du 4-3-3 original avec Villa à la place de Eto’o à droite, Pedro dans le couloir gauche où il s’est fait connaître et Messi de retour sur l’aile droite où il a fait ses débuts.

Avec cette configuration, le Barça a désormais de quoi faire sur les côtés où le pressing adverse les envoyaient en première période. Pedro est le premier à mettre Casillas à contribution dès la 52ème minute. A gauche, Iniesta trouve des espaces grâce à la présence de Pedro sur l’aile pour réaliser ses percées balle au pied et tenter de trouver Villa en appui. Côté droit, la triplette Messi, Xavi, Daniel Alves se reforme, les deux derniers permutant régulièrement (aile ou soutien) sur les rentrées dans l’axe du premier. Heureusement pour le Real, Di Maria ferme le couloir lorsque Daniel Alves monte…

Car Marcelo doit suivre son adversaire direct. Contrairement à ce qui a été signalé par certains, le gaucher brésilien n’a pas joué milieu défensif gauche en deuxième mi-temps. Il a juste suivi Messi, son adversaire direct, à la trace. Car comme en première, l’Argentin n’a pas limité son influence, décrochant jusque dans l’entrejeu pour récupérer des ballons (mais démarrant toujours de son côté droit). Plusieurs fois, il s’est infiltré dans l’axe, passant devant toute le premier rideau madrilène avant de trouver l’espace pour glisser le ballon à Iniesta (lancé vers le but) ou Villa et Pedro (sur la ligne de défense).

Généralement, une fois la liaison faite entre ces quatre joueurs, le Real se recroqueville autour de sa surface et tente de fermer les espaces. Et c’est là qu’arrive l’un des symboles du Barça Old School (avec Messi à droite) : Xavi libre à 20/25 mètres des buts et qui cherche la passe qui va être décisive. Malheureusement pour lui et pour les Catalans, il ne la trouvera pas. La faute à une défense centrale très forte dans l’anticipation et le placement (alignement), un repli efficace de Di Maria sur Alves et, en dernier recours, à San Iker dans les buts.

Le Barça est alors dans sa période de domination la plus forte. Excepté Ronaldo (puis Adebayor), c’est tout le bloc du Real qui est condamné à évoluer dans ses 30 mètres : car ils sont tous derrière le ballon, occupés à défendre leur camp. A la récupération/relance, Busquets, Piqué et Mascherano se régalent et les vagues d’attaque se succèdent. Mais une faille subsiste côté gauche. 67ème minute : Messi est rentré dans l’axe pour aller vers Iniesta et Alves a pris le couloir. Di Maria est donc sur Alves et a Marcelo devant lui pour relancer. Busquets fait la compensation et vient stopper le Brésilien…

Coaching et prolongations :

Özil cramé, Mourinho fait entrer Adebayor (70e). Le Togolais va peser autant qu’il le pourra (seul devant c’est compliqué) mais sera rapidement soutenu par Ronaldo. Après quelques duels où il est pris de vitesse, Adriano décide de limiter les prises de risques dans le couloir gauche. Cela n’empêche pas le Real de se créer des situations via ce duo : des occasions qui seront parfois terminées côté gauche (frappe de Di Maria et sauvetage de Pinto dans les arrêts de jeu).

Arrive alors la 103ème minute de jeu, qui fait écho à la 67ème. Messi est dans l’axe au niveau du rond central. Pressé par Marcelo et le joueur présent dans la zone, il perd le ballon. Le latéral du Real s’en empare et prend immédiatement l’espace côté gauche. L’Argentin ne le suit pas. Marcelo arrive lancé dans la zone de Alves et Busquets fait le déplacement pour compenser. Mais cette fois, la vitesse est du côté madrilène. Le deux-contre-deux est parfaitement joué, le centre de Di Maria est magique. La défense centrale est éliminée (Mascherano interception, Piqué premier poteau) et Ronaldo reprend par-dessus Adriano au second.

Le but marqué, Mourinho fait immédiatement entrer Granero à la place de Khedira, en souffrance depuis plusieurs minutes. De son côté, Guardiola injecte de la fraîcheur. Afellay remplace Villa et le Barça retrouve sa formation d’origine. Keita entre pour jouer les attaquants de soutien alors que Piqué se jette lui aussi vers l’avant et termine en pointe. Xavi et Mascherano relancent, Messi et Iniesta relaient, Afellay et Alves/Pedro étirent… Mais Casillas passe une fin de match sans histoire.

Conclusion :

Un match exceptionnel, qui marquera forcément cette saison. Monstrueux en première mi-temps, le Real a eu tout ce qu’il fallait pour contrer le Barça. Les 75 minutes suivantes ont été plus ou moins laborieuses, la faute à des Catalans qui ont répondu tactiquement mais aussi une baisse sensible des Madrilènes sur le plan physique. Après deux matchs, Mourinho semble avoir la recette. Le problème, c’est qu’il devra en inventer une autre lors du troisième round. Pepe sera en effet suspendu. En attendant, il peut savourer ce succès de très haut rang. Jusqu’à demain.

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