[Bandelette n°9] Le latéral inversé

Elles vous ont manqué, j’en suis sûr : une cinquantaine de jours après le nouvel an et plus de deux mois après la dernière, les bandelettes font leur retour sur e-foot.eu ! Pour ce come-back, la neuvième du nom a fait le choix de décrypter le but inscrit par le Stéphanois Emmanuel Rivière samedi soir qui a mis fin à l’invincibilité de Geoffrey Jourdren. Et de zoomer sur celui qui lance l’action, le latéral droit reconverti à gauche Mouhamadou Dabo.

Les plus anciens lecteurs du blog ont sans doute déjà lu mon article sur Michel Bastos, écrit en début de saison alors que le Brésilien jouait les ailiers inversés et flambait (comme quoi !) sur le flanc droit de l’attaque lyonnaise. Pour les flemmards qui n’iront pas cliquer dessus, je présentais le concept et ce qu’il pouvait apporter à une équipe. Non, je n’en dirais pas plus, vous n’avez qu’à cliquer bordel ! Bref, une fois cet article lu, l’ailier inversé n’a plus de secret pour vous. Seule une question peut encore trotter dans votre tête : peut-on inverser (oui, là encore) les rôles : jouer avec un ailier sur son bon pied pour déborder et centrer et un latéral qui repiquera dans l’axe. Pour parler d’un club que je connais bien : Blanc a aligné une fois Benoît Trémoulinas à droite contre Guingamp en Coupe de la Ligue, résultat quelques dribbles et un but de l’entrée de la surface après avoir repiqué depuis la ligne de touche. Face à Montpellier samedi, Dabo a fait la même et, s’il n’a pas marqué, sa chevauchée a complètement déstabilisé l’arrière-garde montpelliéraine. Voyez plutôt.

Au départ de l’action, le bloc stéphanois vient d’opérer un mouvement de la droite vers la gauche au milieu de terrain face à une défense montpelliéraine en train de reculer pour se mettre en position de défense. Payet l’ailier (à gauche de la première image) sert Dabo arrêté le long de la ligne de touche. Le latéral voit venir face à lui Yangambiwa, l’arrière-droit du Montpellier Hérault. Au centre de l’image, on voit parfaitement Matuidi qui se déplace pour venir profiter de l’intervalle entre Yangambiwa et son défenseur central. L’international espoir français est suivi par Joris Marveaux. Dans l’axe, Romain Pitau observe le déroulement de l’action…avant de venir fermer l’axe à Dabo (image 2) lorsqu’il s’aperçoit que celui-ci a décidé de repiquer et a surtout pris le dessus sur son adversaire direct. On notera l’effet du déplacement de Matuidi qui a emmené avec lui l’axial droit et ainsi ouvert la porte à son latéral.

Loin d’être le plus technique, Mouhamadou Dabo n’est toutefois pas un latéral débile pour aller buter sur Pitau. Ayant embarqué Yangambiwa dans son sillage, il a libéré tout le couloir gauche à ses deux partenaires (Payet et Matuidi) qui se retrouvent désormais un supériorité numérique face au seul Marveaux, latéral droit de fortune. On ne préfère pas se demander comment Yangambiwa a pu se retrouver à défendre face à son but (image 3) mais les conséquences sont là. Dabo a arrêté son mouvement, n’est pas pressé et se retrouve face à la surface de réparation avec deux solutions : solliciter Matuidi qui se lance dans le dos de Marveaux ou servir dans le bon tempo Payet qui propose de s’infiltrer entre trois Héraultais. Puisqu’il n’est pas complètement débile, le latéral adresse une passe en profondeur pour son capitaine, profitant du couloir laissé ouvert par la faute de placement de Yangambiwa (image 4).

Le reste de l’action, c’est de l’école pure et dure. Obligé de compenser la mise hors de position de son latéral, le défenseur axial droit de Montpellier va à la rencontre de Matuidi. Cela libère du coup Rivière qu’il marquait depuis le début de l’action. L’attaquant de l’ASSE prend du coup l’intervalle entre les deux défenseurs centraux et personne ne le suit : les deux défenseurs côté droit sont attirés par le porteur de balle et les deux côté gauche semblent au marquage de deux Stéphanois (image 5). Chose pas forcément aisée, Matuidi a la bonne idée de faire le bon choix et envoie un centre fort à son attaquant qui, libre de tout marquage, n’a plus qu’à ajuster Jourdren au premier poteau (image 6). S’en suit la joie dans les tribunes de Geoffroy-Guichard, le saut périlleux arrière d’Emmanuel « Prédator » Rivière et la fin de l’invincibilité de Jourdren, une cinquantaine de secondes après qu’il ait battu celle de Carrasso, précédent record de la saison.

Toute l’action part ici du choix de Dabo de repiquer dans l’axe, parfaitement coordonné avec la prise d’espace de Matuidi pour embarquer le milieu de terrain qui aurait pu prêter main forte à Yangambiwa. La suite suit magnifiquement et les deux Stéphanois font parler leurs qualités de passe respectives pour permettre à l’action d’arriver à son terme. Après l’ailier inversé, voilà une première preuve que le latéral peut aussi être inversé. En plus, face à un ailier lui aussi inversé (oui ça fait beaucoup d’inversés tout ça), le latéral en question (on va pas redire inversé !) se retrouve à défendre sur son bon pied. Au passage, c’était la recette employée par Hiddink la saison dernière avec Chelsea pour éteindre Messi sur son aile droite : il lui avait mis Bosingwa sur le dos et on ne peut pas dire que l’Argentin avait brillé sur cette double confrontation. Comme quoi, avec un peu d’intelligence et de technique, on peut jouer partout. Le pied fort ne compte plus !

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3 réponses

  1. L'ange vert dit :

    « S’en suit la joie dans les tribunes de Bollaert » L’AS Saint-Etienne joue ses matchs à domicile à Geoffroy Guichard, pas à Bollaert.

  2. Florent dit :

    OMG. Ca m’apprendra à ne pas me relire tiens. Je modifie immédiatement. Merci de la remarque.

  3. Footballwrite dit :

    Du très très lourd ! Les Bandelettes restent mes articles préférés ! Bravo E -foot, quand décrypteras tu une action bavaroise ? :-)

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