Atletico Mineiro 2-0 Olimpia, l’analyse tactique

Mercredi soir, l’Atletico Mineiro a décroché la première Copa Libertadores de son histoire face à l’Olimpia Asuncion. Sans solution en première mi-temps face au système défensif paraguayen, les Brésiliens se sont transformés après la pause grâce à un coaching parfait de la part de Cuca.

Le contexte :

L’affaire était pourtant très mal embarquée pour les coéquipiers de Ronaldinho puisque ces derniers devaient remonter deux buts (défaite 2-0 à l’aller) pour espérer les prolongations. Sans surprise, le coach brésilien Cuca a aligné une équipe tournée vers l’attaque, récupérant au passage Bernard suspendu lors du match aller. Avec Ronaldinho, Diego Tardelli et Jô, le jeune Brésilien composait le quatuor d’attaque du 4-2-3-1 de l’Atletico (Victor – Michel, Rever, Leonardo Silva, Junior Cesar – Pierre, Josué – Tardelli, Ronaldinho, Bernard – Jô).

Evidemment face à une telle armada et avec un avantage de deux buts à défendre, l’Olimpia est entré dans la rencontre avec un système de jeu en 5-3-2 résolument défensif (Silva – Mazacotte, Manzur, Miranda, Candia, Benitez – Pittoni, Aranda, Alejandro Silva – Salgueiro, Bareiro). Sur le plan des marquages, les latéraux devaient  suivre de près les mouvements de Bernard et Diego Tardelli sur les ailes. Dans l’axe, les trois défenseurs centraux devaient eux contenir Jô et Ronaldinho. Lorsque l’un des deux décrochait, un stoppeur sortait de l’alignement afin de rester au contact et tenter de s’imposer à l’impact.

Source : Soccerway.

Source : Soccerway.

Début de match intense :

Les duels joués par les défenseurs étaient capitaux puisque l’Olimpia a débuté la rencontre en essayant de jouer le plus haut possible afin d’empêcher l’Atletico d’alimenter son quatuor offensif. En pointe du système, Bareiro et Salgueiro sortaient au pressing sur les défenseurs centraux (Rever et Leonardo Silva) afin de couper la relation avec les milieux de terrain (Josué et Pierre). Derrière eux, la ligne de trois travaillait sur la largeur afin de bloquer les joueurs de transition : Alejandro Silva et Pittoni sortaient au pressing sur les latéraux brésiliens, Michel et Junior Cesar, et faisaient front autour d’Aranda lorsque Josué ou Pierre se retrouvaient en possession du ballon.

L’objectif de l’Olimpia était simple : forcer le Galo à jouer long, gagner les duels à la retombée et aller ensuite très vite vers l’avant pour se créer des situations de but. Côté gauche, Alejandro Silva et Benitez se sont offerts deux occasions au cours de la première mi-temps. Mais en face, l’Atletico Mineiro a tout de même trouvé ses offensifs grâce aux duels remportés par Jô dans les airs. Quelques-uns de ses déviations ont trouvé Bernard et Tardelli, qui attaquaient la défense adverse en solitaire ou attendaient le soutien de leurs latéraux. Cette importance donnée aux duels a lancé la rencontre sur un rythme très élevé.

Lorsque les attaquants de l'Olimpia pressent efficacement, la défense est en position de force dans sa moitié de terrain. Les latéraux serrent le marquage sur Bernard et Tardelli. Dans l'axe, Ronaldinho et Jô sont pris entre les deux lignes de trois qui doivent naturellement s'imposer et récupérer le ballon.

Lorsque les attaquants de l’Olimpia pressent efficacement, la défense est en position de force dans sa moitié de terrain. Les latéraux serrent le marquage sur Bernard et Tardelli. Dans l’axe, Ronaldinho et Jô sont pris entre les deux lignes de trois qui n’ont dès lors aucune excuse pour ne pas s’imposer et récupérer le ballon.

Au fil des minutes, le Galo a mis le pied sur le ballon grâce aux décrochages de Bernard et Tardelli sur les côtés. Une fois le ballon arrivé au milieu de terrain, l’Olimpia relâchait la pression sur l’axe et passait en phase défensive. En pointe du système, Bareiro et Salgueiro se plaçaient à hauteur de la paire Josué-Pierre afin de limiter son influence. Derrière, le 5-3 formé par les défenseurs et les milieux de terrain travaillait sur toute la largeur et devait répondre à la fois aux mouvements des quatre attaquants ainsi qu’aux montées des latéraux brésiliens.

Le Mineiro atteint le milieu de terrain : les attaquants de l'Olimpia lâchent le pressing. En couverture ces derniers, les milieux bloquent l'axe et suivent la circulation de balle sur la largeur. Si Josué sert Michel à sa droite, Alejandro Silva sort au pressing à son tour.

Le Galo atteint le milieu de terrain : les attaquants de l’Olimpia lâchent le pressing. Les milieux bloquent l’axe et suivent la circulation de balle sur la largeur. Si Josué sert Michel à sa droite, Alejandro Silva doit sortir au pressing.

Michel récupère le ballon dans le couloir. Alejandro Silva quitte donc l'alignement pour aller dans sa zone. Dans l'axe, Bareiro fait l'effort pour aller marquer Pierre, forçant ainsi le latéral à revenir en retrait vers son défenseur central.

Michel récupère le ballon dans le couloir. Alejandro Silva quitte l’alignement pour aller dans sa zone. Dans l’axe, Bareiro fait l’effort pour aller marquer Josué et forcer le latéral à jouer en retrait vers son défenseur central. S’il poursuit son effort, l’attaquant paraguayen peut permettre la remontée de l’ensemble de son bloc.

Une fois en place dans le camp adverse, le Galo développait principalement ses attaques sur les côtés. En couverture, Pierre restait aux côtés de ses défenseurs centraux afin de conserver l’avantage du nombre face à Salgueiro et Bareiro. Dans l’entrejeu, Josué était la plaque tournante, étant chargé d’orienter le jeu et de sortir au pressing si nécessaire. Sur les côtés, Michel et Junior César montaient afin d’offrir des solutions à leurs quatre attaquants. Ils étaient eux aussi chargés de mettre la pression sitôt le ballon perdu devant eux afin d’empêcher les sorties de balle adverses vers Salgueiro ou Bareiro.

Mineiro cherche la solution :

Une fois que l’Atletico a pu mettre le pied sur le ballon pour le faire tourner entre ses défensifs, l’intensité s’est réduite et le jeu a enfin pu se poser au sol. Les Brésiliens se sont installés au milieu de terrain et ont déployé leur organisation dans le camp adverse. Malheureusement pour eux, les attaques développées sur les ailes étaient avortées grâce à un excellent travail de compensation entre les joueurs de couloir de l’Olimpia.

Lorsque les latéraux (Mazacotte ou Benitez) étaient amenés à sortir de l’alignement défensif (pour répondre par exemple à un décrochage de Bernard ou Tardelli), leurs déplacements étaient immédiatement compensés par le milieu excentré (Pittoni, Alejandro Silva) ou le stoppeur les plus proches. De la même manière si un stoppeur devait quitter sa position, un milieu pouvait redescendre pour le couvrir. L’Olimpia conservait ainsi sa ligne de cinq dans les 30 derniers mètres : dès lors, aucun décalage possible sur les côtés et toujours trois défenseurs dans l’axe pour repousser les centres.

Passé à gauche sur cette action, Ronaldinho a fait sortir Mazacotte (latéral droit) de l'alignement défensif. Junior César (latéral gauche) prend l'espace pour offrir une solution au porteur de balle, mais Pittoni (axial droit, Olimpia) va compenser l'absence de son latéral en suivant son déplacement.

Passé à gauche sur cette action, Ronaldinho a fait sortir Mazacotte (latéral droit, Olimpia) de l’alignement défensif. Junior César (latéral gauche, Mineiro) prend l’espace pour offrir une solution dans la profondeur, mais Pittoni (axial droit, Olimpia) empêche le décalage en suivant son déplacement.

Le Galo a toutefois trouvé des solutions pour approcher les buts adverses. Il y a d’abord eu les déplacements de Ronaldinho côté gauche. Sentant l’axe bloqué, le meneur de jeu s’est rendu disponible dans le couloir afin d’attirer les milieux adverses. L’absence de réel repli défensif des attaquants de l’Olimpia ouvrait ensuite la porte à un changement de jeu vers l’aile opposée : à la réception, Michel pouvait progresser le temps que la ligne de trois coulisse à nouveau pour ramener Alejandro Silva dans sa zone. Les compensations de la défense paraguayenne ont toutefois eu raison de ces changements de jeu, les centres étant encore une fois tous repoussés.

Aux alentours de la demi-heure de jeu, les Brésiliens ont tenté d’attaquer plein axe. Au lieu de rester sur les ailes, Bernard ou Tardelli revenaient dans le coeur du jeu afin d’offrir des solutions entre les milieux adverses (autour de Aranda, positionné dans l’axe). Josué et Rever prenaient aussi parfois l’initiative en attaquant le premier rideau balle au pied pour chercher un partenaire au coeur du bloc adverse. Jô était une nouvelle fois au centre de toutes les attentions, son jeu dos au but étant indispensable pour enchaîner dans les 20 derniers mètres. La densité défensive de l’Olimpia dans cette zone a toutefois eu raison de la plupart de ces tentatives.

Au lieu de rester dans le couloir, Bernard rentre à l'intérieur pour se positionner entre les milieux adverses.

Au lieu de rester dans le couloir, Bernard rentre à l’intérieur pour se positionner entre les milieux adverses.

Mais là encore, le système défensif de l'Olimpia fonctionne : Benitez (latéral gauche) sort sur Bernard pour compenser l'absence de Alejandro Silva, qui protège lui-même son latéral en anticipant sur la course de Michel (latéral droit). A part Jô, aux prises avec les défenseurs centraux adverses, Bernard n'a aucune solution pour progresser excepté le dribble.

Là encore, le système défensif de l’Olimpia fonctionne : Benitez (latéral gauche) sort sur Bernard pour compenser l’absence de Alejandro Silva. Ce dernier s’apprête lui à protéger son latéral en anticipant sur la course de Michel (latéral droit). A part Jô, aux prises avec les défenseurs centraux adverses, Bernard n’a aucune solution pour progresser excepté le dribble.

Coaching gagnant :

A la mi-temps, le score n’a pas bougé et il est difficile d’imaginer le Galo renverser la tendance. Un changement était indispensable et Cuca n’a pas perdu de temps pour le faire. Dès le retour des vestiaires, le coach optait pour une organisation résolument plus offensive avec la sortie de Pierre au profit de Rosinei. Au lieu de rester en arrière avec Rever, Leonardo Silva et Josué, le remplaçant avait pour mission de peser offensivement. Il s’est ainsi installé dans le couloir droit, afin de créer le surnombre face au duo excentré-latéral formé par Alejandro Silva et Benitez.

Il a suffit d’une petite minute de jeu pour ce changement tactique fasse la différence. En ajoutant un joueur aux combinaisons côté droit, l’Atletico Mineiro forçait la défense paraguayenne à pencher de ce côté. En participant au jeu jusque dans les 20 derniers mètres, Rosinei obligeait l’un des stoppeurs à quitter sa zone pour venir en aide à ses partenaires censés. Sur le but de Jô (47e), le milieu entré en jeu s’est retrouvé à la passe avec Candia (stoppeur droit face à lui) alors que Alejandro Silva et Benitez étaient occupés par les mouvements de Bernard et Michel dans le couloir. En dix minutes, Rosinei a été à l’origine de deux autres occasions de but (Tardelli, 50e / Jô, 54e) venues de son côté.

En allant participer au jeu côté droit, Rosinei oblige l'un des trois stoppeurs à sortir au marquage pour venir en aide aux deux joueurs qui bloquaient jusqu'ici les couloirs. Dans l'axe, c'est Junior Cesar (latéral gauche, Mineiro) qui compense l'absence du milieu de terrain en tant

En allant participer au jeu côté droit, Rosinei oblige l’un des trois stoppeurs à sortir de sa position pour venir en aide aux deux joueurs qui bloquaient jusqu’ici les couloirs. Dans l’axe, c’est Junior Cesar (latéral gauche, Mineiro) qui compense l’absence du milieu de terrain en tant que premier ralentisseur en cas de contre adverse. Derrière, Josué, Rever et Leonardo Silva couvrent face aux deux attaquants de l’Olimpia.

L'activité de Rosinei a aussi des conséquences sur le pressing de l'Olimpia. Ici, sa présence oblige Aranda (milieu axial, Olimpia) à être au marquage de Tardelli.

L’activité de Rosinei a aussi des conséquences sur le pressing de l’Olimpia. Ici, sa présence oblige Aranda (milieu axial, Olimpia) à être au marquage de Tardelli. Pittoni est lui-même forcé de se recentrer pour couvrir son partenaire, ce qui ouvre l’espace pour une passe à destination de Ronaldinho côté gauche.

L’Atletico Mineiro a ainsi poussé sans marquer jusqu’à la 70e minute et un changement tactique de l’Olimpia. En l’occurrence, c’est Alejandro Silva qui a cédé sa place à Gimenez. Beaucoup plus défensif, l’entrant était là pour renforcer le couloir gauche, en grande difficulté depuis la reprise et l’entrée en jeu de Rosinei. Cuca a immédiatement réagi à ce changement : dans la minute suivante, il a sorti son latéral droit (Michel) pour faire entrer en jeu un attaquant supplémentaire (Alecsandro, 71e). Pourquoi en effet conserver un véritable latéral alors que la principale menace dans le couloir gauche de l’Olimpia (Alejandro Silva) était désormais sortie ?

A dix minutes de la fin, c’était au tour de Guilherme d’entrer en jeu à la place de Diego Tardelli, faisant passer l’Atletico dans son organisation finale (80e). Le nouvel entrant s’est positionné en tant qu’animateur du couloir droit, délivrant les ballons pour Rosinei qui occupait désormais seul l’aile. Alecsandro, Ronaldinho et Jô pesaient ensemble sur l’axe de la défense adverse, tandis que Bernard et Junior Cesar continuaient d’animer le couloir gauche. En couverture, Josué devant le rond central devait protéger une défense centrale aux prises avec Ferreyra, entré en jeu à la mi-temps à la place de Bareiro (46e).

L’attaquant argentin a d’ailleurs failli fausser compagnie à ses gardes du corps (82e) : bien servi dans la profondeur, il a pris de vitesse Rever avant d’effacer le gardien… et de s’écrouler avant de pouvoir marquer. A n’en pas douter un tournant puisque dans la foulée, Alecsandro et Jô ont attaqué la défense adverse et poussé Manzur à la faute. Recevant un deuxième avertissement, le défenseur laissait ainsi ses partenaires à dix contre onze pour les dernières minutes. Des partenaires qui ont fini par craquer dans les arrêts de jeu, sur un coup de tête de Leonardo Silva, monté aux avants-postes suite à un coup de pied arrêté (90e+2).

Le résumé vidéo de la rencontre :

2e : le triangle Tardelli, Josué, Michel crée le premier décalage de la partie pour le Galo. Un mouvement qui annonçait déjà l’apport que pouvait avoir un milieu axial combinant sur les côtés tel que Rosinei…

15e et 34e : les deux actions de jeu de l’Olimpia, développée côté gauche grâce aux appels en profondeur de Benitez (latéral gauche, compensé par son milieu) et Alejandro Silva. Dans les deux cas, ils sont servis par Salgueiro, l’un des deux attaquants.

47, 51e, 55e : les trois mouvements offensifs permis par l’apport de Rosinei sur l’aile droite. Obligé de renforcer ce couloir défensivement pour empêcher les constructions depuis le milieu de terrain, l’Olimpia se découvre dans l’axe et côté gauche (Ronaldinho à la passe, 64e).

82e : sans doute l’action qui fait basculer la Copa Libertadores. La sortie du latéral droit ouvre des espaces pour Ferreyra. Leonardo Silva est battu sur la passe, Rever est pris de vitesse… Mais la finition ne suit pas.

Suite et fin :

Plus rien n’a ensuite bougé sur le plan tactique. Le Galo a continué à se créer des occasions au cours des prolongations, mais l’Olimpia a tenu le choc en s’en remettant en dernier recours à son gardien de but, Martins Silva, décisif à plusieurs reprises. Le dernier mot est finalement revenu à son homologue brésilien, Victor, qui a parfaitement lancé la séance de tirs au but de son équipe en stoppant la première tentative de Miranda. Un sans-faute des Brésiliens plus tard, c’est un tir sur le poteau de Gimenez qui offrait au Galo la première Copa Libertadores de son histoire.

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. Alex dit :

    A quand une analye de l Euro feminin ?

  2. Alex dit :

    Je sais bien que mon commentaire n’avait rien à voir avec ce match, mais franchement l’Euro féminin n’était pas moins aussi passionnant que cette finale plutôt ch…te.
    Alors moi je fais l’analyse pour l’équipe de France: trop fébrile, bien que courageuse, limitée sauf dans l’axe en défense et au milieu. Cette équipe mérite un meilleur entraîneur, la fédé s’en est d’ailleurs rendue compte.
    Normal que les Nordiques s’imposent au final.
    Pas normal le peu de place laissé dans les médias au filles du foot, quoiqu’on en pense : ouah trop nulles, même pas du niveau DH, euh moi j’ai joué au niveau DH, ça peut envoyer grave quand même les gars.
    Moi je dis chapeau les filles, le foot n’est pas très féminin à la base, mais vous montrez quand même une autre mentalité sur le terrain que les superstars du Racaille Football Club!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *