Atletico Madrid 4-2 Valence, l’analyse tactique

Cette saison, difficile de faire la différence entre les rencontres de Ligue Europa et de Ligue des Champions. Les deux demi-finales disputées hier soir l’ont confirmé. Pendant que le Sporting résistait à l’Athletic (2-1), l’Atletico Madrid a infligé une correction à Valence (4-2). Mise sur orbite par un gros travail de son milieu de terrain, la formation de Diego Simeone ne regrettera que sa fébrilité sur coups de pied arrêtés, qui permet aux Valenciens de faire encore illusion…

Les compositions :

La paire Aguero-Forlan, c’est bien terminé mais le vainqueur de la Ligue Europa 2010 a su les remplacer. Falcao emmène l’attaque des Colchoneros avec Adrian, meilleur buteur du dernier Euro Espoirs, à ses côtés. Arda et Diego sont là pour créer et soutenir les attaques : Courtois (13) – Juanfran (20), Miranda (23), Alvaro Dominguez (18), Filipe Luis (6) – Mario Suarez (4), Gabi (14), Diego (22), Arda Turan (11) – Adrian (7), Falcao (9).

Côté Valencien, Unai Emery doit composer depuis plus d’un mois avec l’absence de son maître à jouer, Ever Banega. Tino Costa le remplace dans l’entrejeu aux cotés de Mehmet Topal. Autre absent de marque, le latéral droit portugais Miguel est remplacé par son compatriote, Ricardo Costa : Diego Alves (1) – Ricardo Costa (20), Rami (4), Victor Ruiz (18), Jordi Alba (17) – Mehmet Topal (5), Tino Costa (24), Mathieu (22), Feghouli (8), Jonas (7) – Soldado (9).

L’Atletico insiste sur un côté pour faire reculer son adversaire :

Au coup d’envoi, le Vicente Calderon découvre deux équipes qui évoluent dans le même schéma de jeu, entre 4-4-2 et 4-2-3-1 selon les positionnements de Adrian d’un côté et de Jonas de l’autre. Devant son public, c’est l’Atletico qui réalise la meilleure entame. Si Gabi et Mario Suarez (les deux milieux axiaux) restent en place, les trois offensifs en soutien de Falcao font le choix de peser tous ensemble sur le même côté lors des offensives. Adrian et Arda Turan font pencher le jeu des Colchoneros à droite et sont soutenus par Juanfran qui vient participer aux lancements des actions. Dans l’axe, Diego apporte sa présence entre les lignes adverses tandis que Falcao pèse sur la défense.

En s’excentrant côté droit, Adrian oblige Tino Costa à coulisser sous peine de créer le surnombre à trois contre deux face à Mathieu et Jordi Alba. Victor Ruiz et Mehmet Topal, joueurs les plus proches de cette zone et capables du coup d’offrir à Valence la supériorité numérique, ne peuvent pas intervenir en raison du positionnement sans ballon de Falcao et Diego (en jaune). Résultat, à trois contre trois, ce sont les duels qui font loi. Et en début de partie, ils penchent largement en faveur de l’Atletico Madrid. Jordi Alba souffre dans ses un-contre-un face à Adrian et Arda Turan et, logiquement, Valence concède le premier but de la partie sur un débordement du Turc qui surprend Rami avant de déposer le ballon sur la tête de Falcao au premier poteau (18ème). Peu avant la mi-temps, Emery réglera une partie de ces problèmes défensifs en faisant permuter Mathieu et Jordi Alba, le Français étant largement plus solide dans les duels.

Ci-dessous, une image qui illustre la capacité de l’Atletico à créer le surnombre sur un côté. Cette fois, cela se passe côté gauche. Diego tient le ballon et est encadré par Adrian et Arda Turan, sans adversaire direct et assez libre car ayant quitté son aile droite et Jérémy Mathieu. A noter la présence de Filipe Luis à gauche en position de débordement et Falcao prêt pour le un-contre-un dans l’axe.

Valence repoussé dans son camp, l’Atletico s’installe au milieu :

Plus grave que l’ouverture du score, Valence a surtout perdu la bataille du milieu de terrain dès le premier quart d’heure. Tino Costa obligé de défendre et Mehmet Topal forcé de surveiller les déplacements à l’intérieur du jeu de Diego, les deux hommes ne sont pas en mesure de sortir à tant de leurs 30 mètres pour empêcher les milieux axiaux de l’Atletico de réorienter le jeu si nécessaire. Après avoir tenté leurs approches côté droit, les Madrilènes peuvent désormais renverser le jeu sur l’autre aile en passant donc par le duo Gabi-Mario Suarez, ces derniers pouvant solliciter leurs défenseurs centraux si besoin. Diego pesant plutôt dans l’axe, c’est Filipe Luis qui se charge des déboulés sur l’aile gauche depuis sa position de latéral. Heureusement pour Valence, Feghouli est attentif dans le repli défensif et bloque correctement les montées de son adversaire direct.

Repoussés dans leur moitié de terrain, les Valenciens ont aussi 80 mètres à remonter pour espérer porter le danger sur les buts de Courtois. Laissant un spare-man à la relance pour Valence (Victor Ruiz le plus souvent), l’Atletico se concentre sur le marquage des joueurs censés opérer la transition entre les défenseurs et les attaquants. A Valence, ce travail revient aux deux milieux axiaux et aux latéraux, qui se retrouvent tous sur la même ligne lorsque l’équipe récupère le ballon. Dans les couloirs, Arda et Diego se positionnent de manière à couper la relation entre latéraux et ailiers valenciens lorsque le cuir arrive dans leur zone. Dans l’axe, Falcao évolue entre défenseurs et milieux de terrain ; Adrian évolue lui en retrait, navigant entre les deux milieux valenciens selon la circulation de balle.

L’image ci-dessous permet de bien voir la première ligne madrilène au marquage de celle de transition valencienne. Falcao est plus haut que les autres. Adrian est à hauteur des milieux valenciens et est accompagné de Mario Suarez, sorti de l’entrejeu pour compléter la ligne de quatre. A droite, Arda est au marquage de Jordi Alba. Plus intéressant, Diego n’est pas positionné de manière à bloquer la profondeur à son adversaire direct. La raison est simple : en se positionnant ainsi, il ferme l’intervalle qui aurait existé entre lui et Adrian, un espace dans lequel aurait pu décrocher l’un des offensifs valenciens (Jonas ou Feghouli vu la zone) pour créer le surnombre sur cette ligne et réussir à lancer une combinaison ou à se retourner pour se retrouver face au jeu.

Ne trouvant pas ses appuis habituels dans l’axe (Costa ou Jonas), Valence tente de changer de configuration à la relance. Mehmet Topal décroche parfois pour former une ligne de trois avec ses deux défenseurs centraux. Ce recul marque l’avancée du bloc madrilène dans le camp valencien. Falcao et Adrian mettent sous pression Mehmet Topal et Rami alors que Victor Ruiz, moins précis à la relance, reste le joueur laissé libre. Dans l’entrejeu, les milieux axiaux compensent les déplacements de leurs attaquants : Gabi sort sur Tino Costa et Mario Suarez suit les déplacements de Jonas, ne le lâchant que lorsque celui-ci décroche jusque dans son propre camp. Parfois, les milieux de l’Atletico sentent aussi les coups et sortent de l’entrejeu lorsque leurs deux attaquants travaillent dans la même zone. C’est ce qui arrive sur le but du break, signé Adrian, l’action démarrant d’une sortie réussie de Mario Suarez dans les pieds d’un Mehmet Topal déjà encadré par les attaquants madrilènes.

Les conséquences côté valencien :

Tino Costa bloqué, Jonas introuvable ou presque, les couloirs bloqués, Valence doit sauter le milieu de terrain et passer par les remises de Soldado pour tenter de trouver ses créateurs (Jonas, Alba et Feghouli). Les deux excentrés quittent leurs ailes pour se rapprocher de leur attaquant de pointe et disputer les seconds ballons. Malheureusement pour eux, Soldado est en souffrance dans les duels, que ce soit face à Miranda ou Alvaro Dominguez. Qui plus est, leurs adversaires directs ne les lâchent pas (Filipe Luis vs Feghouli ; Juanfran vs Alba) et l’Atletico conserve toujours un milieu de terrain en retrait lorsque l’autre sort à hauteur de ses offensifs (afin de former la ligne de quatre avec Adrian, Diego et Arda derrière Falcao) : le surnombre est donc toujours conservé (cinq contre quatre).

Sans véritable inspiration, Unai Emery n’influera sur la partie qu’en proposant des changements poste pour poste pour tenter de débloquer la situation. Mais les entrées de Canales côté gauche (à la place de Alba), Piatti côté droit (à la place de Feghouli) et Aduriz dans l’axe (à la place de Jonas) ne changeront rien à l’affaire. A 3-1, les Valenciens ont néanmoins joué leur va-tout offensif face à un Atletico qui a peu à peu lâché son emprise sur l’entrejeu. Assez pour aspirer son adversaire et le prendre dans son dos avec la merveille de Falcao dans le dernier quart d’heure. Après le bijou du Colombien, l’Atletico a confirmé l’option défensive en renforçant son milieu de terrain, sans doute fatigué par son pressing en deuxième mi-temps (Tiago qui remplace Arda Turan pour passer en 4-3-1-2, 81ème).

Conclusion :

Diego Simeone ajoutera un second changement défensif en faisant sortir Diego au profit de Perea, un défenseur supplémentaire. Mais l’entrée du Colombien n’a pas empêché Valence de réduire le score sur coup de pied arrêté en toute fin de match. Battus dans tous les autres compartiments du jeu, les Valenciens peuvent toujours croire à la finale grâce à la faiblesse des Colchoneros sur coups de pied arrêtés défensifs. Un miracle au vu de leur prestation d’ensemble. Néanmoins, il leur faudra montrer autre chose dans une semaine pour espérer voir Bucarest au mois de mai. Car, comme certains ont pu l’annoncer aux Blues mercredi soir, les miracles ne se produisent pas deux fois.

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3 réponses

  1. Les Colchoneros jouent un beau football avec Simeone rien qu’à voir comment ils ont baladé le Real Madrid, ils ont aussi des joueurs de ballon qui permettent un tel jeu.

  2. Baresi dit :

    Bonjour Florent,
    petite anecdote, à la fin du match Fred Hermel qui était présent au stade a permis une conversation telephonique entre Rmc et Jerémy Mathieu, ce dernier nous informait que le changement de poste avec Alba avait été décidé par les deux joueurs durant le match, puis confirmé par Emery durant la mi-temps.

  3. Intéressant. Et pas étonnant au final, merci de l’info !

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