Atletico Madrid 3-0 Athletic Bilbao, l’analyse tactique

Au vu des parcours des deux équipes, la finale s’annonçait belle. Sur ce plan-là, elle n’a pas déçu : que ce soit sur le plan de l’engagement ou de la technique, le choc entre Athletic et Atletico a été à la hauteur. En revanche, il n’était pas prévu que le vainqueur évolue un bon niveau au-dessus de son adversaire. C’est pourtant bien ce qu’ont fait les Madrilènes, Falcao et Diego symbolisant par leurs réalisations leur classe supérieure.

Les compositions :

Atletico Madrid : Courtois (13) – Juanfran (20), Miranda (23), Godin (2), Filipe Luis (6) – Gabi (14), Mario Suarez (4), Arda Turan (11), Diego (22), Adrian (7) – Falcao (9).
Athletic Bilbao : Iraizoz (1) – Iraola (15), Javi Martinez (24), Amorebieta (5), Aurtenetxe (3) – Iturraspe (8), Ander Herrera (21), De Marcos (10) – Muniain (19), Susaeta (14), Llorente (9).

Pression madrilène :

Dès les premières minutes de la rencontre, l’Atletico a fait basculer le match en sa faveur en empêchant Bilbao de mettre en place son circuit de jeu habituel. Pour rappel, les Basques ont pour principale routine de débuter leurs mouvements offensifs dans les couloirs à partir de leurs deux latéraux, servis par les trois joueurs restant en couverture (Iturraspe, Amorebieta et Javi Martinez). Ils l’avaient notamment fait face à Manchester United à Old Trafford (voir : Bilbao conserve la maîtrise du jeu). Sans doute décidés à repartir sur le même projet de jeu, les joueurs de Marcelo Bielsa se sont présentés à Bucarest dans leur 4-3-3 habituel. Et les premiers échanges se situaient justement entre les trois joueurs en couverture et les latéraux (principalement Iraola à droite).

D’entrée de jeu, l’Atletico a mis la pression dans ces zones pour couper les transmissions entre ces joueurs. Sur le côté droit par exemple, Falcao se baladait sur les lignes séparant Javi Martinez et Iraola ou Iturraspe, tandis que ces derniers étaient eux marqués de près par Arda et Diego qui cherchaient à les empêcher de se mettre dans le sens du jeu. En cas de renversement de l’autre côté du terrain, Falcao faisait le même travail devant Amorebieta, Diego ne lâchait pas Iturraspe et Adrian récupérait le marquage du latéral gauche, Aurtenetxe. Face à cette situation, l’Athletic était ainsi forcé de sauter une ligne pour trouver ses milieux (De Marcos et Ander) qui se retrouvaient le plus souvent à subir l’impact physique de Mario Suarez et Gabi, positionnés et jaillissant de devant la défense.

Ci-dessus le pressing des offensifs madrilènes sur les premières passes adverses. A noter que Adrian reste au contact d’Aurtenetxe en bas de l’écran.

Réponse basque :

Mis en difficulté dès les premières passes (par le biais plusieurs interception des attaquants de l’Atletico), l’Athletic a changé rapidement de système de jeu pour tenter de remédier à ce problème. Quelques secondes avant l’ouverture du score de Falcao, Ander Herrera commençait ainsi à multiplier les décrochages pour redescendre travailler avec ses trois défensifs. Bilbao est alors passé en 4-2-3-1 avec lui et Iturraspe sur la même ligne et De Marcos à la pointe de ce nouveau milieu de terrain. Les déplacements de ce dernier ont libéré quelques espaces dans l’axe pour Llorente qui a alors touché ses premiers ballons au sol. En partant de plus bas, les milieux de terrain ont aussi bénéficié de plus d’espaces pour lancer des offensives sur les côtés : soit par du jeu en triangle à droite avec Iraola et Susaeta, soit en trouvant Muniain sur l’aile gauche.

L’international espoir a gagné en activité au fur et à mesure de la mise en place du nouveau schéma de jeu des Basques. Histoire de fixer son adversaire direct (Juanfran), De Marcos et Susaeta n’ont pas hésité à quitter leurs postes habituels pour se déplacer à tour de rôle sur l’aile gauche. Ces mouvements ont permis à Muniain de venir peser dans l’axe et de créer ainsi le surnombre en faveur de l’Athletic. Bénéficiant des appuis de Ander Herrera ou de Llorente, ces premières prises de balle ont fait reculer un Atletico, en tête au tableau d’affichage, avant d’aboutir au premier décalage de la partie côté Bilbao, au quart d’heure de jeu. En pénétrant dans l’axe pour rejoindre De Marcos, Llorente ou Ander, Muniain a crée le surnombre face à la paire composée de Mario Suarez et Gabi. Sur ces offensives, Susaeta pouvait occuper l’aile gauche ou droite, un latéral complétant sa position dans l’autre couloir.

Ci-dessus en jaune le duo Ander-Muniain venu de l’aile gauche et les solutions dans l’axe qui peuvent venir en appui (hors-champ), De Marcos et Llorente. En rouge la paire Suarez-Gabi, coincée entre les deux lignes et les marquages des autres joueurs de l’Atletico (Diego-Iturraspe, Arda-Iraola, Adrian-Aurtenetxe).

Adaptation madrilène :

Avec sa nouvelle disposition tactique, l’Athletic a enfin pu prendre le dessus sur son adversaire dans l’entrejeu. En plus de s’installer dans le camp madrilène, les Basques ont dans le même temps insisté sur le pressing, profitant de leur présence en nombre dans le camp madrilène. Le marquage de Falcao était ainsi partagé entre Amorebieta et Javi Martinez. Tous les autres joueurs évoluaient et travaillaient défensivement dans le camp madrilène. Rapidement, la formation de Diego Simeone a réagi sur le plan tactique en calquant une nouvelle fois son milieu de terrain sur celui de l’Atletico. Ainsi, alors qu’il restait assez haut en début de partie pour être un relais vers Falcao, Diego s’est retrouvé à défendre sur la même ligne que Mario Suarez ou Gabi (selon les situations).

Si l’Atletico opposait toujours un 4-2-3-1 aux premières passes basques, il changeait de forme pour se replier en un 4-3-3 ou 4-1-4-1 une fois la ligne médiane franchie par leurs adversaires. Ce changement tactique a eu pour conséquence directe d’annuler le surnombre que pouvait créer Muniain lorsqu’il rentrait dans l’axe. Diego, Mario Suarez et Gabi s’opposaient désormais à Muniain, Ander et De Marcos à la création. Selon le côté choisi par les Basques pour attaquer, ils étaient soutenus par l’ailier à l’opposé de l’action, qui rentrait dans l’axe pour densifier un peu plus l’entrejeu (Arda en cas d’attaque à droite, Adrian en cas d’attaque à gauche). Par ailleurs, Iturraspe ne prenant pas en compte le nouveau positionnement de Diego (et donc ne le pressant pas jusque dans ses 30 mètres), l’Atletico a bénéficié de l’apport du Brésilien à la relance pour se défaire du pressing basque et ressortir par les couloirs avec les montées de Juanfran et Filipe Luis.

Ci-dessus en rouge, la ligne de cinq de l’Atletico Madrid (deuxième mi-temps avant le changement tactique de l’heure de jeu).

Tentatives basques :

Dix minutes avant la mi-temps, l’Atletico a doublé la mise dans la foulée d’un coup-franc obtenu justement par Juanfran côté droit. Au sortir du coup de pied arrêté, Mario Suarez a chipé le ballon à Amorebieta avant que Arda Turan et Falcao ne se chargent de la finition. Jusqu’à la mi-temps, les débats n’ont plus bougé, Marcelo Bielsa attendant la reprise pour faire deux changements avec les entrées en jeu de Perez (poste pour poste avec un Iturraspe décevant) et Gomez (à la place de Aurtenetxe). De Marcos a alors pris le poste laissé vacant de latéral gauche et Muniain s’est installé en soutien de Llorente. Tactiquement, la donne n’a du coup pas véritablement changé : 4-2-3-1 contre 4-3-3. Au lieu de pencher à droite via Iraola, les lancements de jeu de l’Atletico sont en revanche plus souvent partis de la gauche via De Marcos. Mais l’Atletico n’en a pas moins résisté dans l’axe. Excepté le bel appel de Muniain dès les première secondes de la deuxième mi-temps dans le dos de Filipe Luis, les seules frayeurs sont venues de décalages rapidement effectués depuis le couloir gauche basque, lançant le duo Iraola/Susaeta à droite à pleine vitesse face à Arda et Filipe Luis.

Voyant que le match restait le même, Marcelo Bielsa a alors fait le choix de sortir l’un de ses créateurs (Ander Herrera) pour ajouter un attaquant de pointe (Toquero) : en d’autres termes, les Basques se sont retrouvés en infériorité dans l’axe avec le seul Muniain pour faire face aux milieux adverses mais avec désormais deux attaquants pour être à la retombée des ballons. Sauf exploit individuel, deux solutions s’offraient donc à eux : balancer depuis l’arrière et le trio Javi Martinez, Amorebieta, Ibai Perez et compter sur la présence à la retombée (Toquero, Llorente) ou sur les seconds ballons (Muniain, Susaeta, voire Gomez même si ce dernier a collé à la ligne de touche pour permettre les pénétrations de De Marcos à l’intérieur) ou jouer dans les couloirs avec les montées de De Marcos et Iraola. Aucune des solutions ne s’est finalement concrétisée : les nombreux centres en profondeur ont été repoussés par une défense madrilène bien compacte. Sur les longs ballons, celle-ci a eu le soutien de Mario Suarez en fin de partie, assurant par le passage en 5-4-1 une certaine sérénité. L’Atletico se retrouvant sur une seule ligne dans ces conditions, Muniain a pu parfois franchir le premier rideau, mais a toujours buté sur les jaillissements du trio défensif ensuite.

Ci-dessus, le trois contre deux en blanc dans la zone des deux attaquants derrière la première ligne de quatre joueurs.

A la finition :

Après avoir frôlé la correctionnelle sur un nouvel exploit de Falcao, l’Athletic a finalement sombré sur un petit coup de génie de Diego en balade dans une défense basque qui a cruellement manqué d’agressivité et d’expérience sur les trois buts inscrits par les Colchoneros. Les cinq dernières minutes ont ensuite permis à ces derniers de savourer cette superbe victoire, et leur deuxième Ligue Europa en seulement trois saisons. Reprenant certains codes de leur succès face à Valence en demi-finale, notamment le pressing sur les joueurs de transition (voir : l’Atletico s’installe au milieu), ils ont une nouvelle fois pu compter sur une performance exceptionnelle de Falcao pour bonifier leur excellent travail collectif. Côté banc de touche, après avoir fait ses preuves en Argentine, Diego Simeone tient là son premier gros fait d’armes sur la scène européenne.

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7 réponses

  1. Erick dit :

    Incroyable le 2ème but de falcao. Sa facilité d’elemination et sa vitesse d’exécution c’est beau le football

  2. aziz dit :

    Bilbao n’a pas été terrible. Il essayent de jouer comme le Barça en essayant de garder le ballon, en écartant sur les ailes et en combiner à une touche de balle. Le hic est que les joueurs ne sont pas individuellement au même niveau. Un seul point commun: ils ont la même fébrilité défensive!

    @florient
    Peux tu STP nous faire un bilan tactico-technique sur le Réal et le Barça et les défis qui les attendent pour la saison prochaine?? Thanks

  3. Depuis que Simeone est à la tête de l’Atletico, ils sont vraiment bon dans le jeu proposé et dans l’organisation défensive.
    Ils seront plus dangereux dans les années à venir si Simeone reste et fait jouer les Colchoneros à un tel niveau !

  4. jojofoot dit :

    Bilbao a joué l’un de ses plus mauvais matchs depuis le début de cette saison.Le pire est que c’était une finale.Après avoir pris le premier but ils ont complètement paniqués au point d’accumuler les approximations sur le plan offensif et défensif.C’est à croire que l’enjeu leur à carrément coupé l’herbe sous les pieds.

    PS: Falcao c’est du costaud.un DIABLE !!!!

  5. Jack-Mess dit :

    D’accord avec jojofoot, l’Athletic a vraiment loupé son match.
    La finale de Copa del Rey sera sûrement pour le Barça et ça va être dur pour les basques de voir que finalement, la saison sera blanche.

    Très gros match de l’Atlético, défensivement, l’équipe est vraiment meilleure depuis Simeone, ce n’est pas un hasard en même temps.

  6. Merci beaucoup pour cette analyse ! Le match en lui même était un vrai régal ! et les buts splendide ! J’ai vraiment pris mon pied ! =D

  1. 26 mai 2012

    […] relance, empêchant les Basques de lancer leurs phases habituelles de jeu court sur les ailes. Avec un schéma de jeu différent, l'Atletico avait d'ailleurs procédé de la même manière pour a…. Sanchez et Pedro se sont partagés le marquage des deux défenseurs centraux basques, tandis que […]

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