Atletico Madrid 1-1 FC Barcelone, l’analyse tactique

Bousculés pendant une heure de jeu, les Blaugranas ont dû s’employer pour sortir du Vicente Calderon avec l’avantage avant le match retour. Il a fallu l’entrée de Fabregas et une baisse de rythme de la part des Colchoneros pour qu’ils puissent enfin approcher les buts de Courtois.

Au coup d’envoi, aucune surprise à signaler dans les choix des deux entraîneurs. Malgré sa bonne rentrée face à Levante, Fabregas débutait sur le banc de touche, cédant sa place à Iniesta au sein du milieu de terrain. Devant comme derrière, les choix de Martino étaient dans la lignée de ses prédécesseurs (Valdes – Alves, Piqué, Mascherano, Alba – Busquets, Xavi, Iniesta – Sanchez, Messi, Pedro). Du côté de l’Atletico Madrid aussi, Diego Simeone faisait dans la continuité. Par rapport à l’équipe-type de la saison dernière, seul le nom de l’avant-centre changeait avec l’arrivée de Villa à la place de Falcao (Courtois – Juanfran, Miranda, Godin, Filipe Luis – Diego Costa, Gabi, Mario Suarez, Koke, Arda Turan – Villa).

L’Atletico dans le camp adverse :

Il a suffit d’une petite minute de jeu pour y voir très clair dans l’organisation tactique des deux formations. A l’instar du onze-type, rien n’a changé du côté de Barcelone : une fois en possession du ballon, l’équipe s’est déployée comme elle en avait l’habitude la saison dernière : Busquets entre Piqué et Mascherano derrière, capable de monter d’une ligne pour rejoindre les décrochages de Xavi ou Iniesta. Les quatre hommes formaient le losange habituel avec Messi à la pointe de l’attaque, quatuor encadré par les paires Alba-Pedro côté gauche et Alves-Sanchez à droite. Du côté de l’Atletico, l’organisation tactique a aussi pris forme dès les premières secondes de jeu. Attendu aux avants-postes pour épauler Villa, Diego Costa débutait finalement au poste d’ailier droit, complétant ainsi une ligne de cinq joueurs capable de couvrir toute la largeur au milieu de terrain.

17 secondes de jeu et l'opposition tactique a déjà pris forme : les latéraux du Barça évollu

17 secondes et l’opposition tactique est en place : les latéraux du Barça évoluent haut dans le camp adverse afin de faire reculer Arda et Diego Costa. Les Catalans espèrent ainsi s’ouvrir la première moitié du camp adverse pour lancer leurs actions.

Il a suffit de quelques secondes supplémentaires pour voir l’un des premiers choix tactiques de Diego Simeone pour son équipe. Alors que le Barça semblait avoir retrouvé son pressing face à Levante samedi dernier, le coach de l’Atletico a mis en place un circuit rapide afin de le défaire. Dès le premier ballon récupéré par son gardien, il a encouragé son bloc à remonter afin d’aller soutenir Diego Costa sur l’aile droite. L’attaquant brésilien était en fait la cible des relances longues de ses défenseurs, lui qui se retrouvait naturellement au duel avec Jordi Alba. Qu’il gagne ou non à la retombée de la relance, les Madrilènes devaient aller occuper la zone pour ensuite tenter de s’imposer physiquement sur les seconds ballons.

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Milieux et attaquants de l’Atletico se déplacent vers la zone de Diego Costa et Jordi Alba afin d’être au contact des Barcelonais à la retombée. Busquets est encadré par Villa et Arda ; Xavi et Iniesta sont pris par Gabi et Koke. Mario Suarez est en couverture.

Au-delà de ce travail sur les relances longues de Courtois ou des défenseurs, les Madrilènes allaient aussi travailler dans les 30 derniers mètres du Barça afin de ralentir, si ce n’est pas empêcher, la sortie de balle habituelle des Blaugranas. Ainsi, lorsque le Barça repartait de sa surface (par Valdes), Villa, toujours dans l’axe afin de s’opposer à Busquets, était accompagné par deux ou trois partenaires. Diego Costa et Arda Turan sortaient dans les couloirs afin de bloquer Piqué et Mascherano qui s’excentraient. Dans l’axe, Koke pouvait lui aussi quitter sa position afin de suivre le décrochage de Xavi. L’objectif premier était de forcer le Barça à jouer long en espérant gagner les duels à la retombée. A partir du moment où le Barça sortait de ses 30 mètres, notamment en utilisant ses latéraux, tout le monde se repliait afin de reformer le 4-5-1 présenté plus haut.

Valdes doit relancer. Villa est rejoint par Diego Costa, Arda Turan et Koke afin de bloquer toutes les solutions courtes qui s'offrent à lui.

Valdes doit relancer. Villa est rejoint par Diego Costa, Arda Turan et Koke afin de bloquer toutes les solutions courtes.

L’Atletico bloque l’axe :

Malgré quelques outils pour perturber la mise en place du jeu barcelonais dans le camp adverse, les Colchoneros ont évidemment passé le plus clair de leur temps à défendre dans leur moitié de terrain. Leur 4-5-1 s’articulait de manière à répondre aux différents circuits mis en place par les Catalans. Seul en pointe, Villa devait rester dans l’axe afin d’empêcher les transmissions dans le rond central (Piqué-Iniesta ou Mascherano-Xavi par exemple) tout en restant au contact de Busquets afin de l’empêcher de jouer vers l’avant. Sa position forçait Xavi ou Iniesta à décrocher à hauteur de leur partenaire du milieu de terrain. Leurs déplacements étaient suivis par Koke et Gabi, qui sortaient de la ligne de cinq.

En couverture dans l’axe, Mario Suarez et le milieu resté en position protégeaient la défense centrale et avaient pour mission de couper la relation avec Messi ou, au pire, d’empêcher l’Argentin de démarrer avec le ballon. Le milieu défensif espagnol suivait aussi les décrochages de Messi lorsque ce dernier s’ajoutait dans l’entrejeu pour toucher le ballon. Lorsqu’il restait en couverture avec Gabi ou Koke, il recevait le soutien de Arda Turan et Diego Costa qui resserraient évidemment la ligne afin de limiter les espaces autour de leurs deux axiaux (le troisième étant au pressing sur Xavi ou Iniesta).

Gabi sort de la ligne de cinq pour s'opposer à Iniesta.

Gabi sort de la ligne de cinq pour s’opposer à Iniesta et rejoint Villa en première ligne. Koke et Mario Suarez encadrent Messi. Arda Turan resserre dans l’axe afin d’être à proximité de Xavi.

Même situation de l'autre côté du terrain : Xavi est en possession du ballon, Koke sort pour s'opposer à lui.

Même situation de l’autre côté du terrain : Xavi est en possession du ballon, Koke sort pour s’opposer à lui. Dans l’axe, Villa reste dans la zone de Busquets. Derrière, la ligne de quatre gère les mouvements de Messi, Iniesta et même Alves. Xavi est alors contrait de jouer en retrait à destination de ses défenseurs centraux. Il va choisir d’ouvrir côté opposé vers Mascherano.

Mascherano récupère le ballon mais aucune solution ne s'offre à lui. Tous les joueurs de l'Atletico quadrillent parfaitement les 40 derniers mètres.

Mascherano récupère le ballon mais n’a pas de solution. Les joueurs de l’Atletico quadrillent parfaitement les 30 derniers mètres. Au coeur du bloc adverse, Messi est encerclé par trois adversaires (Mario Suarez, Arda Turan et Filipe Luis).

De la même façon, si Piqué tentait de se substituer à Xavi en offrant une solution à hauteur de Busquets, Koke sortait faire opposition. Derrière, la ligne de quatre restante se resserrait en conséquence afin de bloquer à la fois Xavi, Iniesta et Messi. Perturbé par un problème à la cuisse, l’Argentin a traversé la première mi-temps sans se montrer, subissant l’impact des milieux adverses. Généralement positionné entre les lignes adverses, ils se retrouvaient régulièrement pris par trois joueurs (un défenseur central dans son dos, et les deux milieux les plus proches de la zone où il demandait le ballon). Sur l’ouverture du score de l’Atletico, c’est d’ailleurs lui qui perd le ballon, pris entre Godin, Arda Turan et Koke.

A l'origine du but de l'Atletico, une prise à trois autour de Messi : Godin sort de l'alignement pour lui mettre la pression, Koke et Arda Turan l'enferment afin de l'empêcher de se retourner.

A l’origine du but de l’Atletico, une prise à trois autour de Messi : Godin sort de l’alignement pour lui mettre la pression, Koke et Arda Turan l’enferment afin de l’empêcher de se retourner.

Ce marquage très serré dans les 30 derniers mètres, l’Atletico l’appliquait aussi sur les ailes. Logiquement accessibles au milieu de terrain en raison du travail axial de Arda Turan et Diego Costa, Jordi Alba et Daniel Alves manquaient toutefois de solutions une fois qu’ils recevaient les premiers ballons de leurs milieux de terrain. Les latéraux de l’Atletico ne laissaient que très peu d’espaces à Sanchez et Pedro, déjà isolés du reste de l’équipe par le positionnement des milieux adverses : en se recentrant, Arda et Diego Costa bloquaient le jeu direct de l’axe vers les ailes (ex : Xavi => Sanchez ou Iniesta => Pedro). Une situation qui empêchait les dédoublements des latéraux.

Au-delà de ce souci, les milieux de l’Atletico mettaient une très grosse pression dans les couloirs. Une fois que Jordi Alba et Daniel Alves étaient en possession du ballon, la ligne de cinq du milieu de terrain coulissait vers leur zone et serrait au maximum les distances. Arda et Diego Costa s’opposaient évidemment aux latéraux mais l’intérêt était surtout de voir Koke ou Gabi sortir de nouveau au pressing sur Xavi ou Iniesta, qui ont l’habitude de se rendre disponibles en retrait. Pour compléter ce travail des milieux de terrain, Villa revenait aussi défendre dans la zone de Busquets. Au final, le Barça n’avait quasiment aucun espace à exploiter depuis ces zones pour pénétrer dans les 20 derniers mètres.

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A défaut de pouvoir progresser dans le camp adverse, le Barça profite du fait que Gabi et Koke ne sortent qu’à tour de rôle au pressing pour utiliser la largeur. Ici, Iniesta n’est pas suivi par Gabi pour Koke n’est pas encore replacé dans la ligne de cinq. Sans adversaire, il fait le choix d’envoyer le jeu vers Jordi Alba.

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L’Atletico oppose une très forte densité de joueurs dans un petit périmètre pour Daniel Alves. Exceptés Diego Costa et Juanfran, 8 des 10 joueurs de champ sont concernés par l’action. Arda Turan s’oppose à Daniel Alves. A sa hauteur, Koke et Mario Suarez sont prêts à sortir au pressing si le Brésilien recherche Xavi sur la même ligne. David Villa bloque lui la passe vers Busquets.

Comment Fabregas a débloqué la situation :

Blessé, Messi a cédé sa place dès la reprise, remplacé poste pour poste Fabregas. L’impact de ce dernier n’a pas été immédiat puisque l’Atletico a tenté de profiter de la sortie de l’Argentin pour défendre un peu plus haut sur le terrain et mettre plus longtemps la pression sur la relance adverse. Mais, les minutes passant, les efforts étaient forcément de plus en plus difficile à accomplir pour les Colchoneros, d’autant plus que le Barça se montrait beaucoup plus mobile. Au lieu de rester à gauche et à droite de Busquets, Xavi et Iniesta se retrouvaient parfois du même côté : l’un se retrouvait au lancement du mouvement offensif quand l’autre allait peser dans la zone du milieu qui devait normalement sortir au pressing.

Xavi passe côté gauche sur cette action. Il

Xavi passe côté gauche sur cette action. Il profite de la présence d’Iniesta dans la zone de Gabi pour s’avancer sans adversaire direct pour s’opposer à lui. Mario Suarez ne peut pas sortir à moins de risquer une passe dans son dos pour Fabregas.

Même situation de l'autre côté du terrain : Iniesta

Même situation de l’autre côté du terrain : Piqué est en possession du ballon mais Koke ne peut sortir sous peine de laisser un espace dans son dos. Iniesta peut aussi monter dans la zone de Mario Suarez, alors que Xavi évolue entre ce dernier et Gabi.

En plus de combiner ensemble, Xavi et Iniesta ont donc pu compter sur les mouvements de Fabregas entre les lignes adverses pour fluidifier la circulation de balle. Reprenant le rôle abandonné par Messi, ce dernier a été beaucoup plus mobile que l’Argentin, diminué par sa blessure : travaillant à gauche comme à droite, il offrait ses relais entre les milieux adverses et accélérait la circulation de balle, permettant d’aller plus rapidement d’une aile à l’autre. Alors que les Barcelonais étaient jusqu’ici bloqués sur un demi-terrain par le pressing des milieux (Koke, Gabi, Mario Suarez) et la présence de Villa pour couper la relation avec Busquets, la présence de Fabregas a permis d’accélérer le jeu latéral. Et de fatiguer encore un peu plus des Colchoneros qui ont commencé à baisser de pied à l’heure de jeu.

A l'origine du but de Neymar, Fabregas participe

A l’origine du but de Neymar, Fabregas participe au changement de jeu en décrochant entre Gabi et Mario Suarez avant d’alerter Xavi, qui se chargera ensuite de servir Daniel Alves sur l’aile. A noter que Villa aurait pu empêcher l’action de se développer en se positionnant à peine quelques mètres plus bas. Mais il reste toujours en place par rapport à Busquets, son adversaire initial…

Une fois revenus au score (66e), les Barcelonais ont contrôlé le reste des débats sans toutefois se montrer très dangereux. La baisse physique de l’Atletico, qui a peut-être payé les efforts fournis en début de deuxième mi-temps dans le camp du Barça, n’a pas pu être compensée par le coaching de Simeone. Entrés en jeu entre la 73e et la 79e minute, Oliver Torres, Leo Baptistao et Cristian Rodriguez n’ont pas réussi à faire mieux que les titulaires qu’ils ont remplacés (Koke, Arda Turan, Diego Costa). Leur baisse physique s’est aussi ressentie offensivement : le jeu long vers Diego Costa n’étant plus aussi efficace, les Colchoneros ont beaucoup plus subi le pressing adverse après la pause, pressing renforcée par Fabregas qui s’est joint aux efforts de Pedro et Sanchez en première ligne.

Au final, le Barça sort de ce match aller avec un avantage qui devrait lui suffire pour contrôler la rencontre à domicile la semaine prochaine. L’Atletico a toutefois fait très bonne impression avant de souffrir à partir de l’heure de jeu. Malgré le départ de Falcao, l’équipe semble ne rien avoir perdu de ce qui faisait sa force la saison dernière, et David Villa a déjà montré sur 90 minutes que son transfert à 5M€ pourrait bien être l’affaire de l’été.

Capable de traduire cette analyse (ou une partie de celle-ci) en Anglais, en Espagnol ou une autre langue ? Contactez-moi à cette adresse ([email protected]) afin de contribuer à la rapide diffusion des Chroniques Tactiques à l’international ! D’avance, un grand merci aux plus téméraires qui pourront m’accorder un peu de leur temps.

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5 réponses

  1. sebtheouf dit :

    C’est marrant mais sur la dernière photo plutôt que Villa, c’est le milieu madrilène qui dort. Ils sont 4 à regarder Fabregas et oublie Xavi (surtout le 2e en partant du bas en fait).

    Surement la fatigue.

  2. Iliass dit :

    Pourquoi Alexis ne se positionne pas en pointe pour permettre à Messi d’avoir plus de liberté entre les lignes ? Sinon très bonne analyse, et Chelsea pourrait s’inspirer de l’organisation de l’Atlético pour affronter le Bayern en Supercoupe

  3. Clément dit :

    Très bonne analyse, on voit en effet que Simeone avait préparé ce match depuis un bout de temps, il aurait surement réussi avec de meilleurs entrants… Je pense qu’avec les différentes tactiques mises en place (par le Bayern, notamment) pour contrer le Barça et le vieillissement de leurs joueurs, la domination du Barça (et l’Espagne, par conséquent) sur le football européen va petit a petit diminuer.

  4. @sebtheouf – Villa est quand même un peu haut à partir du moment où Fabregas revient au milieu. Et Koke est en effet en retard sur sa sortie parce qu’au départ du mouvement, Gabi n’est pas placé à hauteur des autres milieux.

  5. jAX dit :

    Le mouvement débute sur une relance rapide du Barça qui profite du fait que l’Atlético ne soit pas parfaitement organisé défensivement pour aller vite dans la moitié de terrain adverse. Le ballon est dans les pieds de Neymar et Gabi est forcé de sortir sur lui, Neymar arrive à ressortir le ballon sur Iniesta et Cesc vient s’engouffrer dans l’espace laissé libre par Gabi.

    Avant ce match j’avais relu l’analyse de la finale de Copa del Rey contre le Real. Simeone a débuté les deux matchs avec le même plan de jeu, la différence c’est que face au Barça son équipe n’a pas pu mettre cette pression en début de seconde période et enfoncer le Barça. Au retour, ça va être très difficile, le récent historique entre les deux clubs au Camp Nou laisse présager d’une boucherie. À voir.

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