Atletico Madrid 2-2 Real Madrid (Partie 1/2) : le plan de jeu de Simeone

Dominé en Coupe du Roi par le Real il y a quelques semaines, l’Atletico devait absolument répondre à son rival pour ne pas se laisser distancer dans la course au titre. Auteur d’une première mi-temps exceptionnelle, malgré un but encaissé d’entrée de jeu, les Colchoneros ont prouvé qu’il fallait compter sur eux en cette fin de saison. Analyse détaillée de leur plan de jeu.

Au coup d’envoi, Carlo Ancelotti reconduisait en grande partie l’équipe qui était allé chercher la victoire à Gelsenkirchen en Ligue des Champions. Seuls les latéraux et le gardien de but étaient remplacés (Diego Lopez – Arbeloa, Pepe, Sergio Ramos, Coentrao – Xabi Alonso, Modric, Di Maria – Bale, Benzema, Ronaldo). Côté Atletico Madrid, Diego Simeone présentait un 4-2-3-1. Raul Garcia était positionné en pointe du milieu de terrain, juste derrière Diego Costa. Koke et Arda Turan occupaient les ailes (Courtois – Juanfran, Godin, Miranda, Filipe Luis – Gabi, Mario Suarez – Koke, Raul Garcia, Arda Turan – Diego Costa).

Les attaquants au travail : 

L’Atletico Madrid a eu beau encaisser l’ouverture du score (Benzema, 3e) sur la première phase du Real Madrid dans sa moitié de terrain, c’est bien lui qui a survolé le premier acte grâce à une prestation collective de très haut niveau. Par instants, les Colchoneros ont offert un niveau d’intensité tel qu’il pouvait rappeler les plus belles parties du Borussia Dortmund la saison dernière en Ligue des Champions. Une activité qui se concentrait évidemment au milieu de terrain pour perturber la transition adverse, et qui démarrait dès les attaquants.

Premier élément-clé, le travail de Raul Garcia et Diego Costa sur Xabi Alonso. Sans surprise, les deux hommes n’ont pas été avares en courses et ont tout fait pour pousser la plaque tournante du Real Madrid hors de sa zone de prédilection. Naturellement face à l’ancien milieu de Liverpool, Raul Garcia abattait le gros de ce travail tandis que Diego Costa accompagnait le mouvement en sortant sur Pepe ou Ramos. Le pressing des deux hommes se relâchait dès que le Real utilisait la largeur pour les mettre hors de position (ex : pressing de Raul Garcia sur Xabi Alonso, passe pour Ramos – pressing de Diego Costa, passe pour Pepe sans opposition = les deux attaquants se replacent dans l’axe).

atletico-pressing

Premier élément du projet de jeu des Colchoneros : utiliser Raul Garcia et Diego Costa pour empêcher la relance madrilène dans l’axe. Ici, les deux attaquants ont déjà repoussé Xabi Alonso côté gauche, et mettent la pression sur Di Maria. Si le Real écarte le jeu vers Modric ou Xabi Alonso, ces derniers seront pressés par Koke et Arda Turan.

Les ailiers accompagnent : 

L’axe bloqué, le Real s’en remettait logiquement à ses deux autres milieux de terrain pour tenter de faire la transition vers les attaquants. Mais que ce soit Modric à droite ou Di Maria à gauche, aucun n’échappait à la pression du milieu madrilène. L’activité de Raul Garcia et Diego Costa dans l’axe les repoussait sur les côtés, où ils devaient alors faire face au pressing de Arda Turan (vs Modric) et Koke (vs Di Maria). Les deux créateurs de l’Atletico complétaient ainsi le travail des deux attaquants axiaux : au final, les milieux du Real n’avaient aucune zone « de répit » pour récupérer les ballons dans leur camp sans être pressé.

Evidemment, l’ensemble du bloc rojiblanco accompagnait les sorties de Koke et Arda. Quand un ailier sortait – sur Modric ou Di Maria -, les deux milieux de terrain axiaux coulissaient afin de couvrir l’espace dans son dos, accompagnés par le second ailier à l’opposé de l’action qui se déplaçait lui vers l’intérieur du terrain. Sur ce point, l’Atletico a tout simplement réussi à faire ce que l’OM a manqué dimanche soir au Parc des Princes, les Marseillais ayant souffert du manque d’activité défensive de Payet et Thauvin des deux côtés du terrain (lire : PSG 2-0 Marseille, l’analyse tactique). 

atletico-place-demi-terrain

Si le pressing sur Pepe et Ramos se relâche à un moment donné, les Colchoneros restent toujours à proximité de Modric, Xabi Alonso et Di Maria. Ici, un bel exemple du positionnement du milieu de terrain de Simeone : Arda Turan est sorti pour suivre Modric qui s’est excentré. Les autres milieux coulissent vers sa zone afin d’être présent si le ballon passe dans son dos. A noter aussi dans l’axe, le positionnement de Raul Garcia et Diego Costa qui empêchent toute transmission « en diagonale » (de Pepe à Di Maria… Pour rappel, c’est une passe de Ramos à Modric qui avait fait exploser Schalke 04 dans la semaine – cf. Schalke 04 1-6 Real Madrid, l’analyse tactique). Ici, Pepe n’a aucune passe « facile » à faire pour porter le jeu dans le camp adverse.

Dans les couloirs : les « triangles de fermeture »

Au final, seuls les latéraux du Real n’étaient jamais harcelés par le pressing des Rojiblancos. Lorsqu’ils recevaient la balle, Arbeloa et Coentrao avaient toujours un peu de temps ou d’espace pour faire le bon choix. Le problème résidait évidemment dans les solutions qui se présentaient à eux. Présents dans leurs zones, Arda Turan et Koke faisaient opposition et se jetaient sur Modric ou Di Maria si ces derniers se rendaient disponibles. De la même façon, lorsque le Croate et l’Argentin se projetaient pour offrir une solution devant, ils se retrouvaient naturellement dans la zone gardée par le duo Gabi-Mario Suarez. Sur les ailes, Ronaldo et Bale étaient eux marqués de très près par Juanfran et Filipe Luis.

atletico-fermeture-cotes-montee-modric

Parmi les joueurs de transition du Real Madrid, seuls les latéraux ne sont pas pressés. Ici, Arbeloa a tout le temps d’avancer avec le ballon. Arda fait simplement opposition et le suivra en cas de montée. Dans son dos, Mario Suarez a récupéré le marquage de Modric. A l’instar de Pepe (voir capture précédente), Arbeloa n’a aucune solution courte « facile ». Même le décrochage d’un deuxième attaquant (ex : Benzema dans l’axe) pourrait être compensé par la réaction du second milieu axial (Gabi). Evidemment, ce système ne serait rien si les défenseurs de l’Atletico n’étaient pas capables de répondre présents à l’impact et dans les duels.

transition-defensive-atletico

Après avoir forcé le Real à passer par les couloirs pour rentrer dans sa moitié de terrain, l’Atletico compte sur en effet sur ses individualités, efficaces en un-contre-un, pour bloquer la progression madrilène. Ici, l’ailier revient pour empêcher la passe en retrait, le latéral bloque la profondeur et les milieux de terrain coulissent afin d’empêcher tout retour du ballon entre les lignes, Gabi se retrouve notamment au contact de Ronaldo qui tente d’offrir une solution à l’intérieur.

Le problème Di Maria : 

Récompense de ce travail de tous les instants, les hommes de Diego Simeone ont complètement éteint la construction madrilène. Devant, Ronaldo, Bale et Benzema n’ont eux que très peu de ballons à exploiter, coincés entre la pression des latéraux (verticale) et celles des milieux de terrain (latérale). Mais le véritable symbole des difficultés merengues était bien Luka Modric. Normalement au coeur de l’animation du Real, le Croate n’a distribué que 14 passes (sur 18 tentées) au cours des 45 premières minutes. Repoussé le long du couloir droit, il n’a eu aucune influence sur le jeu de son équipe.

A l’inverse, Angel Di Maria a su composer avec la pression adverse. Son profil hybride et ses qualités d’ailier lui ont permis de tirer son épingle du jeu, même en étant obligé de s’excentrer. A défaut de pouvoir avancer, il était en mesure de ressortir du couloir avec le ballon. Le système défensif de l’Atletico forçant l’ailier à l’opposée de l’action à repiquer dans l’axe, le Real changeait alors le jeu pour atteindre le latéral à l’opposée de l’action. Di Maria s’y est employé à plusieurs reprises, secondé par Sergio Ramos et Pepe.

pressing-arda-solution-real

Plus à l’aise que Modric sous la pression, Di Maria parvient à se défaire de son garde du corps pour réorienter le jeu. A défaut de solutions courtes, il a toujours la possibilité de le renverser, latéralement (vers Pepe) ou en diagonale (sur Arbeloa, seul dans le couloir droit).

L’exploitation des faiblesses madrilènes : 

Pour le Real, l’objectif était de pénétrer dans le dernier tiers du terrain, seul moment où il était en mesure de mettre ensuite son adversaire sous pression. A partir du moment où Ronaldo, Bale ou Benzema touchaient le ballon dans le sens du jeu, c’est tout le bloc de l’Atletico qui se repliait dans ses 40 mètres. Le Real s’installait alors dans le camp adverse : Xabi Alonso bloquait Raul Garcia, Pepe et Ramos allaient au combat sur Diego Costa et les Merengues était alors en mesure de maintenir le pressing dans le camp adverse. Pour l’Atletico, il fallait donc résister et récupérer le ballon avant que la défense centrale ne soit mise à contribution (d’où « les triangles de fermeture » entre latéraux, milieux axiaux et ailiers, cf. avant-dernière capture).

En récupérant le ballon dans la première moitié de son camp, l’Atletico pouvait soit procéder rapidement en contre-attaque grâce aux solutions proposées par les ailiers et les attaquants, soit ressortir le ballon par ses défenseurs centraux. Les Colchoneros profitaient alors de l’éternel problème de la première ligne du Real Madrid : l’absence d’un joueur capable de prolonger le pressing des milieux de terrain. De Ronaldo à Bale en passant par Benzema, personne n’est sorti sur Miranda ou Godin, voire même sur Juanfran et Filipe Luis. Utilisant la largeur, ces derniers envoyaient le jeu vers les couloirs où les actions se développaient autour de Arda et Koke.

atletico-espace

A partir du moment où il n’a pas à « dégager » le ballon, l’Atletico profite de l’absence de pressing des attaquants madrilènes pour contrôler sa relance. Seul danger à éviter, les sorties de Di Maria ou Modric sur Gabi et Mario Suarez. Ni Ronaldo, ni Bale, ni Benzema n’accompagnant ces efforts, ces derniers trouvent toujours des solutions avec leurs défenseurs.

Offensivement, l’Atletico construisait dans les couloirs, utilisant ses deux attaquants axiaux (Raul Garcia et Diego Costa) pour peser sur la défense adverse. Alternant jeu dos au but et attaque de la profondeur, ils offraient des relais à Koke ou Arda, accompagnés des latéraux qui étaient chargés de dédoubler. En forçant la défense madrilène à reculer, les attaquants facilitaient le travail de leurs milieux de terrain. En allant par exemple dans la zone de Coentrao, Diego Costa fixait le latéral portugais, ce qui libérait Koke (adversaire direct de Coentrao) et forçait donc les milieux madrilènes (Di Maria, Xabi Alonso) à compenser défensivement (sur Koke mais aussi Juanfran, rarement suivi par Ronaldo).

Cela n’a évidemment pas été une surprise de voir l’Atletico insister côté droit. L’obligation de venir en aide à Coentrao et Arbeloa sur les côtés a aussi empêché Di Maria, Modric ou Xabi Alonso de faire remonter le bloc en sortant au pressing sur Gabi ou Mario Suarez. Dans le camp du Real, les deux milieux colchoneros étaient là pour soutenir les attaquants et renverser le jeu en cas de nécessité. L’Atletico pouvait même renforcer ses attaques sur les côtés en associant ses deux créateurs (Koke et Arda). C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé sur le but égalisateur de Koke (passe d’Arda pour finition du milieu espagnol, 1-1, 27e).

attaquant-pese-defense-espaces-entrejeu

Diego Costa et Raul Garcia sont dans les zones de Coentrao et Ramos, les deux défenseurs « gauche » du Real Madrid. Gabi envoie le ballon sur la paire Koke-Juanfran, qui va se retrouver face aux milieux madrilènes (Di Maria, Xabi Alonso). En ne participant pas pleinement à la phase défensive, les attaquants du Real Madrid offrent à leurs adversaires la possibilité de sortir du couloir en repassant par les milieux de terrain.

Une mi-temps presque parfaite : 

Le second but de l’Atletico (Gabi, 40e) est venu couronner une première mi-temps presque parfaite de la part des Colchoneros. Sans rechercher le ballon, leur plan de jeu parfaitement exécuté et leur agressivité leur ont permis de dominer une équipe du Real très loin du niveau vu en semaine face à Schalke 04. Au-delà du cas Modric, déjà évoqué dans ces lignes, la preuve de l’excellente mi-temps de l’Atletico tenait tout simplement dans la statistique où il n’était pas attendu : la possession de balle. A la mi-temps, celle-ci est à 51/49 en faveur du Real Madrid, avec une distribution qui en dit long sur l’efficacité des deux systèmes de jeu.

sdfsdf

Le Real a beau avoir réalisé plus de passes, celles-ci étaient en majorité latérale et dans sa propre moitié de terrain. L’Atletico insiste lui sur les côtés, et l’on distingue une plus forte densité de passes dans le rond central, la plupart venant de ballons sortis des couloirs et renversés par les milieux de terrain.

A suivre dans la deuxième partie : la renaissance de Modric, le coaching d’Ancelotti et les enseignements de la rencontre, pour la Liga et la Ligue des Champions… 

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. the teacha dit :

    Belle analyse, Simeone est un bon tactiquement.
    Il mise beaucoup sur l’agessivité et les efforts de ses joueurs mais pour le sprint final, je ne lui souhaite pas de perdre 2 joueurs clés vu le manque de profondeur de son banc.

  2. Jack dit :

    C’est un peu la même tactique que Simeone a utilisé contre le Barça et Klopp contre le Real l’année dernière. Créer le surnombre sur le coté pour mieux tenir le ballon dans le camp madrilène. La différence entre Klopp et Simeone c’est que le premier envoyait son milieu offensif (Gotze) sur les cotés avec l’ailier droit (Kuba) et son ailier gauche (Reus) dans l’axe alors que le deuxième préfère envoyer son avant-centre (Costa)sur les cotés et son milieu offensif (Garcia) dans l’axe. Mais laquelle de ces tactiques est la plus efficace sachant qu’en envoyant Costa sur l’aile,Simeone se prive d’un joueur de tête dans l’axe?

  3. TrueBlue dit :

    Très bon article. Vivement la suite de celui-ci.
    Tout comme the teacha, je souhaite à Simeone de ne perdre personne pour emmerder encore plus profondement les deux autres en club en liga.

  4. freddy dit :

    N’ayant pas vu le match? (Seulement le résumé), je me demandais si le pressing de l’Athletico se rapprochait du Brésil de Scolari pendant la coupe des Confédérations , évoqué sur ce site.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *