Athletic Bilbao 2-1 Manchester United, l’analyse tactique

L’Athletic Bilbao avait fait le plus dur la semaine dernière, en allant l’emporter à Old Trafford en y mettant la manière. Encore fallait-il confirmer cette superbe performance face à une équipe de Manchester United qui a quand même renversé d’autres montagnes dans le passé. Malgré sa jeunesse, l’équipe basque a rempli son objectif grâce une excellente gestion de la rencontre, ne cédant du terrain qu’en toute fin de partie.

Les compositions :

Inutile de changer une équipe qui gagne. Pour ce match, Marcelo Bielsa a conservé l’ossature de la formation qui est allé créer la surprise à Old Trafford. Un changement est à signaler au coup d’envoi : le retour d’Amorebieta, qui prend la place de San José aux côtés de Javi Martinez en défense centrale. Iraizoz (1) – Iraola (15), Javi Martinez (24), Amorebieta (5), Aurtenetxe (3) – Iturraspe (8), Ander Herrera (21), De Marcos (10) – Susaeta (14), Muniain (19), Llorente (9).

Du côté de Manchester United, Sir Alex Ferguson a réalisé plusieurs changements par rapport à l’équipe alignée la semaine dernière. Rooney s’est retrouvé seul en pointe devant Giggs, tandis que Carrick et Park sont alignés devant une défense centrale Evans-Ferdinand : De Gea (1) – Rafael (21), Evans (6), Ferdinand (5), Evra (3) – Carrick (16), Park (13) – Cleverley (23), Giggs (11), Young (18) – Rooney (10).

Les enseignements mancuniens :

Il y a sept jours, les Red Devils avaient pris une véritable leçon au milieu de terrain. Titulaires devant la défense, Giggs et Jones n’avaient pu être que spectateurs face à la maîtrise technique de leurs adversaires. Bilbao avait récité ses gammes habituelles pour prendre l’ascendant, créant des situations dans les couloirs avec ses latéraux à la première passe et Ander Herrera à la baguette. Devant, De Marcos et les trois attaquants -Munain, Llorente et Susaeta- multipliaient les courses dans un petit périmètre pour offrir des solutions au sol et permettre des combinaisons rapides. Une semaine plus tard, Manchester United s’est donc déplacé en Espagne avec ces schémas bien en tête et un projet réfléchi pour tenter d’y mettre un terme.

Les Mancuniens ont d’abord décidé de marquer de près les trois rampes de lancement du jeu basque : Giggs a hérité du marquage de Iturraspe dans l’axe, mais surtout, Young -à gauche- et Cleverley -à droite- sont toujours restés proches de Iraola et Aurtenetxe (rectangles rouges). Derrière ce premier rideau, Park avait pour consigne de sortir au pressing sur Ander Herrera (flèche rouge). Pourquoi ça ? Tout simplement pour tenter d’enfermer Bilbao le long de la ligne de touche lorsque le jeu est sur l’un de ses latéraux (zone symbolisée par les traits blancs). Le rôle de Park s’est révélé prépondérant dans cette organisation, le Sud-Coréen couvrant toute la largeur du terrain et se retrouvant donc au pressing à droite comme à gauche.

Bilbao a dû composer avec cette nouvelle donne : un Manchester désormais capable de l’empêcher de jouer là où il avait l’habitude de démarrer ses actions il y a une semaine. Une situation plus compliqué qui n’a pas empêché De Marcos d’évoluer dans le même registre qu’à Old Trafford, se projetant vers l’avant pour aller évoluer dans la zone de Carrick et soutenir Llorente (en blanc et rouge). Ses courses ont ouvert l’intérieur du terrain à Muniain qui s’est ainsi rendu disponible aux environs du rond central, dans le camp anglais. L’international espoir espagnol s’est ainsi libéré du marquage de Rafael. Il restait alors aux relanceurs basques de lui faire parvenir le ballon.

A l’aller, l’Athletic s’était signalé par sa capacité à toujours aller de l’avant, quelque soit les situations. Hier soir, il a impressionné par sa capacité à garder son sang-froid et à tenir le ballon sous la pression adverse. Le comportement inverse en somme. En plaçant Park dans le rôle du harceleur sur Ander, Sir Alex Ferguson imaginait peut-être que les Basques attaqueraient à tout-va comme la semaine dernière, et perdraient donc beaucoup plus de ballons. Au lieu de cela, ces derniers n’ont pas oublié qu’ils avaient l’avantage du score et n’ont pas hésité à conserver le ballonen repassant par leur trio défensif (Iturraspe, Javi Martinez et Amorebieta). A trois contre deux face à Giggs et Rooney, il était dès lors facile pour l’un d’entre eux de se libérer du marquage adverse pour ajuster une passe. Leurs qualités techniques aidant -Javi Martinez en tête-, ils ont à plusieurs reprises casser le premier rideau mancunien par des ballons à destination de Muniain (en jaune), De Marcos ou Llorente, toujours présents dans les airs -et sur le but-.

Bielsa et le marquage individuel :

« Vous savez quelle est ma philosophie défensive ? Il faut courir tous ensemble. Le travail de récupération du ballon se limite à quelques schémas inébranlables. (…) C’est pour cette raison qu’il est plus facile de défendre que d’attaquer. Courir c’est le fruit de la volonté… » Du Marcelo Bielsa dans le texte. Des paroles que ses joueurs ont parfaitement appliqué face à l’aller comme au retour. Car au-delà de leur maîtrise du jeu qui a duré plus d’une heure hier soir, les Basques n’ont concédé que très peu d’occasions franches grâce à un très gros travail défensif. Pressants avant l’ouverture du score, ils ont ensuite attendu et ont opposé une bloc compact dans leur moitié de terrain ensuite. Leur secret : rendre impossible toute transition au sol entre les relanceurs et les créateurs adverses.

Clé de cette organisation : le marquage individuel. En calquant son 4-3-3 sur l’organisation mancunienne, les duels étaient aisément repérables dès le coup d’envoi. Iturraspe, Ander Herrera et De Marcos ont respectivement hérité de Giggs, Park et Carrick. Ce dernier évoluant en tant que premier relanceur de United avec Ferdinand et Evans (en noir), De Marcos est parfois sorti au pressing très haut, se joignant à ses trois attaquants (en rouge). L’activité de Park, sur toute la largeur du terrain, gênant Bilbao en début de partie (en orange), il s’est ensuite fait plus prudent, laissant le travail de pressing à ses attaquants et permettant à ses partenaires de conserver le surnombre au coeur du jeu quoiqu’il arrive.

Bilbao s’est aussi chargé d’éteindre les milieux excentrés, très importants dans le système de Manchester. Quelque soient leurs déplacements, ils ont tous été suivis à la trace : le moindre décrochage de Young ou de Cleverley a entraîné la sortie de Iraola ou Aurtenetxe de la défense, et tout démarrage de Evra ou Rafael a été couvert par le repli de Susaeta ou Muniain. Même chose pour Rooney devant : Javi Martinez et Amorebieta se sont partagés le marquage selon la zone il évoluait. En cas de sorties forcées de leur zone, leurs déplacements étaient compensés par Iturraspe dont la course était elle-même compensée par un autre milieu de terrain… D’où l’avantage d’avoir un milieu supplémentaire aux alentours (cf. De Marcos).

Après la sortie de Llorente :

A cinq minutes de la mi-temps, l’Athletic a dû composer avec la sortie sur blessure de Llorente. Son remplaçant, Toquero, s’est installé en pointe mais n’avait clairement pas les qualités pour tenir le ballon et résister dans les duels comme pouvait le faire jusqu’ici l’international espagnol. Dès lors, les Basques ont dû une nouvelle fois s’adapter en deuxième mi-temps. Au fil des minutes, Manchester United a accentué la pression dans l’entrejeu. Libéré de la menace Llorente, Carrick a pu abandonner ses défenseurs, ses derniers pouvant gérer seul le problème Toquero, pour aller mettre la pression sur De Marcos, à l’instar de ce que Park faisait jusqu’ici face à Ander.

Bien regroupé dans son camp, Bilbao a conservé le marquage individuel pour tenir le choc défensivement et a surtout compté sur l’explosivité de ses joueurs de couloir pour prendre à défaut les Mancuniens. L’axe de plus en plus bouché  -Welbeck et Rooney en première ligne face aux deux défenseurs centraux, Park et Carrick puis Pogba en deuxième rideau face aux trois milieux de terrain-, Bilbao a profité de son cinquième homme dans cette zone pour libérer le jeu sur les côtés. Il revenait ensuite aux paires Muniain-Aurtenetxe et Susaeta-Iraola de faire la différence face à leurs adversaires directs. Dans le camp adverse, Toquero offrait un relais au niveau du rond central pour ces remontées de balle au sol. Une fois atteint, c’est l’ensemble du bloc basque qui explosait ensuite en attaque, certains joueurs déboulant côté opposé pour profiter des espaces -les attaques partaient généralement de Muniain pour finir côté droit-.

Conclusion :

Old Trafford avait été le théâtre d’une démonstration offensive. Ce match retour a permis de découvrir une équipe de Bilbao impressionnante de maturité au vu de sa jeunesse et de son inexpérience d’un tel niveau de compétition. Alors que United est venu avec quelques idées pour les contrer, les joueurs de Marcelo Bielsa ont su garder leur calme et patienter, utilisant au mieux la largeur et s’appuyant sur leurs qualités techniques pour tenir le ballon en attendant de trouver la faille. Après avoir surpris l’Europe la semaine dernière, Bilbao a confirmé. Reste désormais à assumer un nouveau statut, car après une telle démonstration de force, ne pas les voir en finale de la Ligue Europa serait une énorme déception.

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1 réponse

  1. The teacha dit :

    Je souhaite vraiment que Bilbao et Valencia se retrouvent en finale car ils disposent de 2 grands entraineurs obsédés juste par le jeu, le vrai.

    Distinction spéciale à Bielsa qui avec son groupe réduit à détruit Sir Alex sur le plan tactique, malgré l’impression effectif et les multiples solutions de rechange de United, Sir Alex en 2 matchs s’est tout simplement fait manger.

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