AS Rome 1-0 Juventus, l’analyse tactique

Deux semaines après avoir laissé filer la Juve en tête de la Serie A, la Roma n’a pas manqué l’occasion de prendre sa revanche à l’occasion des quarts de finale de la Coupe d’Italie. En procédant à quelques ajustements par rapport à l’équipe qui s’était incliné au début du mois (lire : Juventus 3-0 AS Rome, l’analyse tactique), Rudi Garcia a renforcé l’assise défensive de son équipe et pu maîtriser une équipe turinoise amoindrie par le turnover effectué par Antonio Conte.

Au coup d’envoi, c’est en effet une Juve sans son gardien, ses latéraux et ses attaquants titulaires qui débute la rencontre. Pogba est lui aussi sur le banc, remplacé par Marchisio au sein du milieu à 3 habituel des Bianconeri (Storari – Barzagli, Bonucci, Chiellini – Isla, Vidal, Pirlo, Marchisio, Peluso – Giovinco, Quagliarella). Côté Roma en revanche, toutes les forces sont là pour aller chercher la qualification. Mis au repos durant le week-end, Totti et Maicon sont titulaires. Dans l’entrejeu, Rudi Garcia fait un choix important avec la titularisation de Nainggolan aux dépens de Pjanic. La suite de la rencontre donnera raison à l’ancien coach du LOSC, tant l’activité (avant tout défensive) du nouveau venu dans la capitale romaine va peser sur les débats… jusqu’à l’entrée gagnante de l’ancien Lyonnais en fin de partie.

La Juve imprenable dans ses 40 mètres : 

Forcément plus faible qu’à l’accoutumée, la Juve ne dispute pas le contrôle du ballon et du milieu de terrain à son adversaire. Laissant De Rossi, Benatia et Castan sans pression lorsqu’ils doivent relancer, elle fait le choix d’attendre dans ses 40 mètres. Giovinco et Quagliarella sont en première ligne d’un bloc défensif très compact, organisé en 5-3-2. La pression n’est mise qu’au niveau des deux relayeurs de la Roma, Strootman et Nainggolan. Les deux attaquants turinois, mais aussi Vidal ou Marchisio, se chargent de dissuader ces derniers de pénétrer plein axe, poussant la Roma à aller sur les ailes pour approcher les buts de Storari.

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Le bloc turinois dans ses oeuvres défensives : personne ne dépasse Giovinco et Quagliarella. De Rossi, Nainggolan et Strootman ont des espaces dès lors qu’ils restent aux abords du rond central. Avec ses trois milieux et ses deux attaquants, la Juve interdit les percées dans l’axe, mais laisse toutefois venir son adversaire sur les côtés. Sur cette action, Marchisio (Maicon) et Peluso (Gervinho) se chargeront d’enfermer les Romains sur l’aile droite. Dans l’axe, Totti est pris entre Pirlo et Chiellini. Seules des incursions de Nainggolan ou Strootman semblent en mesure de perturber l’assise défensive de l’équipe.

Dès les premières minutes de jeu, et tout au long de la rencontre, la Louve insiste sur l’aile droite avec les percées de Maicon. Peluso évoluant très bas, tout comme Isla de l’autre côté, le Brésilien a suffisamment de temps pour se lancer balle au pied avant que Marchisio n’ait le temps de venir lui fermer la porte en coulissant depuis l’axe. L’un de ces déboulés offre d’ailleurs très rapidement le premier corner de la partie à la Roma. A défaut de trouver Gervinho et Florenzi dans la profondeur (du fait du bloc très bas de la Juve), Maicon cherche les relais de Totti, qui décroche comme d’habitude de sa position d’avant-centre pour offrir un relais entre des lignes turinoises très resserrées.

Mais sur chaque attaque placée, les Romains butent sur le bloc très compact des Turinois. Avec une ligne de cinq pour dernier rempart devant les buts de Storari, il est très compliqué de créer le décalage sur les ailes. Florenzi et Gervinho sont encadrés par deux joueurs, eux-mêmes aidés par leurs milieux de terrain qui répondent aux incursions des latéraux. Une situation qui force Totti mais aussi Strootman ou Nainggolan à s’excentrer pour tenter d’apporter le surnombre, ce qui réduit de fait le nombre de Romains présents dans la surface adverse. Lorsque la Juve est en place, la Roma a donc toutes les peines du monde à se créer des occasions, exceptées sur des timides tentatives à mi-distance peu dangereuses.

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Une bonne illustration du problème posé par le 5-3-2 turinois : avec 3 joueurs (Isla, Vidal, Barzagli) pour boucler l’aile, la Roma doit soit compter sur un exploit individuel, soit sur un surnombre pour espérer prendre l’avantage. Mais en ajoutant des solutions autour du porteur (Totti, Nainggolan proches de Torosidis), la Louve abandonne la surface de réparation (Gervinho seul face à 2, voire 3 joueurs).

Rome : le pressing pour se créer des situations favorables

Malgré sa stérilité offensive, la Roma accompagne sa maîtrise technique dans l’entrejeu d’un pressing efficace sur la relance adverse. Absent du précédent affrontement en championnat, Florenzi abat un énorme travail en première ligne pour gêner le trio Barzagli-Bonucci-Chiellini : le jeune Italien est le moteur du pressing romain aux avants-postes, Gervinho et Totti accompagnant ses courses sur les défenseurs bianconeri. En mettant la pression sur ces derniers, la Roma limite leurs possibilités de passes. Depuis le milieu de terrain, Nainggolan suit le mouvement et monte dans la zone de Pirlo afin de court-circuiter ce dernier, laissant Strootman-De Rossi et les défenseurs gérer en cas de longs ballons.

Le Néerlandais est aussi chargé de fermer le couloir droit en soutenant Torosidis face aux montées de Isla, censé combiner avec Vidal. La réciproque existe de l’autre côté (avec Nainggolan et Maicon, face à Marchisio et Peluso), bien que la Juve n’utilise quasiment jamais le couloir gauche pour ressortir les ballons. En couverture, De Rossi opère sans adversaire direct, compensant les déplacements de ses partenaires et couvrant en cas de duels perdus. Sa présence permet aussi à Benatia et Castan de se montrer très agressifs face à Giovinco et Quagliarella. Le Marocain gagne de nombreux duels dans le rond central en début de partie, et ses relances offrent à la Roma des ballons d’attaque intéressants, à exploiter avant que la Juve n’ait le temps de se replier… mais aucun n’aboutit sur une situation dangereuse.

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Lorsque les attaquants romains sont au contact des défenseurs de la Juve, le reste du bloc suit le mouvement : le ballon étant côté Barzagli (couloir droit de la Juve), c’est Nainggolan (milieu à l’opposé de l’action) qui sort sur Pirlo, laissant Marchisio derrière lui. Dans le couloir, Torosidis est au pressing sur Isla, tandis que Strootman le complète en étant au contact de Vidal.

Après un début de match où elle a dominé sans partage, la Roma traverse un premier temps faible au quart d’heure de jeu. Florenzi et les attaquants diminuent la pression sur les défenseurs adverse. Conséquence, Nainggolan ne sort plus sur Pirlo dans l’entrejeu et ce dernier récupère enfin des ballons aux abords du rond central. Avec Barzagli et Bonucci, ils peuvent ensuite user de leur jeu long pour alerter Giovinco ou Quagliarella dans la profondeur, et jouer dans le dos des défenseurs romains positionnés très haut. Moins à l’aise quand il faut courir après les attaquants adverses, Benatia est très vite averti (14e). Désormais privée de son agressivité pour bloquer les attaquants turinois dès le rond central, capitale pour couvrir le pressing des milieux (Nainggolan) et des attaquants (Florenzi), la Roma est forcée de changer d’approche.

Florenzi pour garder Pirlo :  

Et la nouvelle option se caractérise par l’abandon du pressing sur Chiellini, Barzagli et Bonucci. La Roma positionne sa ligne d’attaque à hauteur de Pirlo, avec un joueur dans l’axe chargé de couper les transmissions vers le meneur de jeu. Si Totti et Gervinho occupent ce rôle par instants, c’est Florenzi qui s’en charge la plupart du temps, suivant le Turinois jusque dans ses propres 40 mètres. Derrière lui, la Roma bloque efficacement les couloirs grâce à Nainggolan et Strootman qui viennent en aide à Torosidis et Maicon face aux déplacements de Marchisio, Vidal et aux montées de Peluso et Isla. Dans l’axe, De Rossi reste sans adversaire et se charge de contenir Quagliarella ou Giovinco lorsque ces derniers décrochent.

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La deuxième organisation de la Roma : Totti et Gervinho se positionnent de manière à empêcher Barzagli et Chiellini de monter balle au pied. Dans l’axe, Florenzi suit Pirlo à la trace. Sur les côtés, Strootman et Nainggolan bloquent les couloirs et empêchent les ballons de revenir dans l’axe, soutenant ainsi les efforts de Maicon et Torosidis.

En début de deuxième mi-temps, la Juve semble enfin dans son match. Les Romains n’ont pas la même rigueur défensive que durant le premier acte et Pirlo en profite pour enfin se montrer. Dès qu’un espace s’offre à lui, il aère le jeu, le renversant souvent d’une aile à l’autre. Il faut un gros quart d’heure, et un but refusé à Peluso (47e), pour voir les hommes de Rudi Garcia revenir dans le match en retrouvant leur cohésion. Pirlo est à nouveau isolé du reste de l’équipe grâce au travail des attaquants romains, et la paire Nainggolan-Strootman ne faiblit pas dans ses duels face à Marchisio ou Vidal. De Rossi monte même d’un cran pour encourager ses attaquants à ressortir en se chargeant de marquer Pirlo. Bref, d’un côté comme de l’autre, les occasions se font rares même si la Roma reprend l’ascendant dans la maîtrise des débats.

Alors que le match entre dans son dernier quart d’heure, Pjanic fait son entrée en jeu à la place de Florenzi (75e). Le Bosnien n’a besoin que de 4 minutes pour faire la différence en étant à l’origine de l’ouverture du score. Sur un ballon de relance, Totti (en décrochage, dos au but) puis Pjanic (face au jeu) devancent leurs adversaires directs (Pirlo et Bonucci). L’ancien Lyonnais conserve le ballon, mène l’attaque sur l’aile gauche et attend le moment idéal pour décaler Strootman qui a accompagné l’action. Le centre du Néerlandais trouve Gervinho, qui envoie la balle au fond des filets de Storari (1-0, 79e). D’une sérénité à toute épreuve sur jeu placé, la Juve vient de craquer sur une attaque rapide.

En deuxième mi-temps, la Roma isole Pirlo en faisant sortir l'un de ses milieux de terrain.

En deuxième mi-temps, la Roma doit faire face aux montées plus régulières de Bonucci, qui profite des espaces laissés par l’attaquant chargé de suivre Pirlo à la trace. Après quelques incursions, la Roma réagit en faisant sortir l’un de ses milieux pour récupérer le marquage du meneur de jeu. La présence de Nainggolan permet ici à Totti de dissuader Bonucci. Une situation qui n’est pas sans rappeler le système mis en place par Carlo Ancelotti lors du récent affrontement entre la Juve et son Real Madrid.

Les dernières minutes de la partie voient les Bianconeri jeter leurs dernières forces dans la bataille pour tenter de revenir : Conte passe en 4-3-3 après les entrées de Llorente et Tevez à la place de Giovinco et Peluso. La Roma reste néanmoins sereine dans le final : la pression est maintenue sur Pirlo et, surtout, Strootman et Nainggolan continuent d’avoir le dessus sur Marchisio et Vidal. Sans ses relayeurs, la Juve est condamnée à jouer direct et si Llorente parvient à remettre quelques ballons, le repli romain empêche Tevez ou Quagliarella d’en profiter.

Conclusion :  

Par rapport à la lourde défaite concédée au début du mois, la Roma a su corriger le tir. L’entrée en jeu de Florenzi parmi les trois attaquants a été capitale pour combler l’espace qui existait à l’époque entre la première ligne et les milieux de terrain. Renforcé par la présence de Nainggolan, le milieu de terrain a aussi été plus solide, contenant notamment un Vidal qui a eu beaucoup de mal à s’exprimer hier. Pirlo isolé et le Chilien bloqué, la Juve ne pouvait plus espérer grand chose offensivement en se privant aussi de Tevez, Llorente et Pogba. La défaite est logique et l’on attendra le prochain affrontement entre les deux équipes en espérant voir la même Roma face à l’équipe-type d’Antonio Conte.

 

 

 

 

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3 réponses

  1. chris dit :

    Etrange après une manita fait rare en ligue 1 pas une petite chronique pour le PSG – Nantes ???

  2. A partir du moment où il n’y a qu’une équipe sur un terrain, le match n’a pas grand intérêt.

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