Arsenal 3-1 Chelsea, l’analyse des choix payants de Wenger

Un nul et dix défaites. En battant Chelsea ce lundi soir, Arsenal a mis fin à sa très mauvaise dynamique face à ses concurrents directs dans la course au titre. Mieux, alors qu’ils étaient jusqu’ici habitués à donner ce genre de matchs à leurs adversaires, ils ont su le maîtriser pendant une bonne heure, le temps d’inscrire trois buts dont deux en profitant d’énormes erreurs défensives des Blues. Erreurs défensives et Blues dans la même phrase, oui. De là à dire qu’Arsenal n’a toujours pas battu de gros cette saison, il n’y a qu’un pas. Et l’analyse qui suit va vous permettre de savoir s’il faut le franchir ou non…

Les formations :

– Si Ancelotti fait dans le classique avec son 4-3-3 (sans Anelka, remplacé par Kalou), Wenger surprend avec quelques changements : Van Persie remplace Chamakh, Walcott remplace Arshavin et fait glisser Nasri côté gauche et Djourou rentre en défense aux côtés de Koscielny. Si ces choix ne changent rien à l’organisation fixe des Gunners, l’animation va s’en retrouver transformée comme nous allons le voir ensuite. Avant de passer à ses choses plus sérieuses, voilà les deux onzes de départ.

– Arsenal : Fabianski – Sagna, Djourou, Koscielny, Clichy – Song, Wilshere – Walcott, Fabregas, Nasri – Van Persie.
– Chelsea : Cech – Ferreira, Ivanovic, Terry, Cole – Mikel – Kalou, Essien, Lampard, Malouda – Drogba.

Les premières minutes :

Comme on aurait pu s’y attendre, aucune des deux équipes ne semble prendre l’avantage dans le premier quart d’heure. Néanmoins, les rôles sont déjà bien établis. Si cela ne se traduit pas forcément sur le plan statistique, Arsenal veut le ballon tandis que Chelsea veut contrer, notamment en appliquant un pressing intense au milieu de terrain, sur les joueurs de transition. C’est ainsi que l’on voit tour à tour Malouda monter sur Sagna, Lampard sur Song, Essien sur Wilshere et Kalou sur Clichy. Sans succès véritable : sitôt le ballon perdu, les Gunners restent dans la zone et se font très agressifs sur le porteur de balle adverse.

Cette neutralité de façade dans l’entrejeu est rapidement effacée par l’évolution de plusieurs duels-clés à quelques endroits du terrain. Dans le camp d’Arsenal tout d’abord, Djourou prend rapidement la mesure de Didier Drogba dans les airs. Mais surtout, Nasri et Walcott prennent déjà le dessus lors des face-à-face avec Paulo Ferreira et Cole.

Arsenal prend la main :

Conséquence directe des difficultés de ses latéraux, Chelsea recule. Sur l’aile gauche d’Arsenal, Nasri se retrouve régulièrement pris à deux : Paulo Ferreira pour le couloir et Michael Essien à l’intérieur. De fait, le Ghanéen joue plus bas. A gauche, c’est Mikel qui s’y colle pour aider à la surveillance de Walcott tandis que Malouda suit les nombreuses montées de Sagna. Lampard reste lui en couverture, pour couper les transmissions vers l’axe mais aussi pour se rapprocher au plus vite de Drogba si un contre se présente.

Enfermé dans ses 40 mètres, le bloc de Chelsea est constamment mis en difficulté lorsqu’il doit en ressortir. Arsenal occupe parfaitement le terrain et les approximations techniques sont nombreuses dans les rangs blues. Conclusion, ça balance sur Drogba en espérant qu’il tienne la balle… Mais Djourou l’eclume reste efficace et le marteau Song se replie lui aussi très vite.

Love Song :

On l’a vu, le bloc des Blues est repoussé dans son camp par celui d’Arsenal. Drogba erre seul devant la défense des Gunners en attendant ses partenaires. Outre le jeu direct vers l’Ivoirien, les Blues d’Ancelotti avaient, jusqu’il y a peu de temps, une autre arme : un côté gauche capable de ressortir et de lancer des mouvements dangereux à partir du milieu de terrain. Mais Arsenal a parfaitement bossé pour fermer ce couloir. Trois noms s’y sont principalement attachés : Bakary Sagna, Theo Walcott et Alexandre Song.

Si les deux premiers ont appliqué les basiques de la défense à deux contre deux dans le couloir, Song a eu un apport extrêmement intéressant faisant office de métronome au milieu de terrain. En cas de perte de balle dans le couloir droit, il était tout d’abord le premier ralentisseur de la relance adverse, s’occupant régulièrement du cas de Florent Malouda. L’équipe repliée dans cette zone (avec Walcott et Sagna), il y restait pour couvrir les possibles déplacements de Lampard ou d’un Drogba en décrochage.

Une fois le cuir récupéré, ses déplacements collaient alors à ceux du ballon. Si le jeu est à droite, il reste légèrement en retrait, offrant à Sagna et Walcott une possibilité de sortir du couloir pour conserver le ballon. A l’inverse, si le jeu est à gauche, il glisse dans l’axe pour se retrouver en position de sentinelle dans le rond central derrière Wilshere et Fabregas qui opèrent alors comme deux relayeurs. Son but est d’ailleurs un parfait exemple de ce changement de casquette lorsque Arsenal a le ballon (et que Chelsea est replié dans sa moitié de terrain).

En rouge, la course de Song sur cette action…

Le choix Van Persie :

On a déjà évoqué le cas de Djourou qui a mis en difficulté Drogba et de Walcott qui a fait mal à Cole. Reste à se pencher sur le cas de Robin Van Persie, le troisième choix de Wenger sur ce match. Car dans un tout autre registre que Chamakh, le Néerlandais a su peser sur cette rencontre. Loin d’essayer de rivaliser avec Terry ou Ivanovic, il a joué sur ses décrochages pour se défaire de ses adversaires directs et aller semer le trouble dans des couloirs déjà dominés par les Gunners.

Comme le montre le Chalkboard ci-dessus (quand est-ce qu’ils vont importer ce truc en France au fait ?), il a beaucoup joué latéralement, permettant notamment aux Gunners de conserver la maîtrise du ballon dans le camp adverse. Outre quelques combinaisons de bonne facture avec Nasri et Fabregas, il était intéressant de noter ses déplacements dans le couloir droit, aboutissant régulièrement sur des permutations avec Walcott qui s’installait en pointe. Un échange pas forcément anodin.

Pour l’expliquer, il suffit de se pencher sur les différences de profil entre Walcott et Nasri les deux ailiers. Si le second peut aisément participer au jeu qui se développe au milieu de terrain, le premier a un profil qui colle plus aux 30 derniers mètres adverses, lorsqu’il s’agit de faire la différence. Avec un attaquant comme Van Persie, capable de décrocher pour participer au jeu, Walcott peut alors se permettre de rester plus haut sur le terrain, quitte à toucher moins de ballons mais surtout pour profiter des brèches ouvertes par les décrochages du Néerlandais.

La suite des évènements :

Tout ça c’est bien beau, mais on s’est éloigné du déroulement du match. Reprenons donc après notre Love Song qui nous a expliqué comment Arsenal a ouvert le score : Chelsea qui recule, la prise à deux Essien/Ferreira, Nasri qui s’en défait avec la montée de Song depuis son poste dans le rond central, l’appui sur Wilshere et la fin plus ou moins fluide dans les buts de Cech. La mi-temps arrive vite après ça, 1-0 pour Arsenal. De mon canapé, je n’attends qu’une chose : la réaction de Chelsea. Elle est personnifiée par Ramires qui remplace Mikel au retour des vestiaires. Essien passe devant la défense.

Malheureusement pour lui, il va être à l’origine du second but d’Arsenal en lançant malencontreusement Walcott au but. S’en suit deux minutes de petite folie où Arsenal poursuit son pressing et où la défense de Chelsea multiplie les erreurs. Résultat, à la 53ème minute, Arsenal possède deux buts d’avance et la rencontre est pliée. Ou presque puisque la réaction d’Ivanovic quatre minutes plus tard va faire retomber la pression du côté de l’Emirates. La dernière demi-heure restera du domaine de l’anecdotique, avec des Gunners pas forcément sereins mais qui ne trembleront que sur les quelques coups de pied arrêtés intéressants obtenus par Chelsea.

Conclusion :

Wenger avait tenté trois paris au coup d’envoi (Walcott, Djourou et Van Persie). Les trois se sont rapidement révélés comme des réussites. Du tout bon donc pour le coach des Gunners, en espérant qu’ils retiennent que s’adapter n’est pas forcément un mal quand il s’agit d’affronter un adversaire du même rang. Reste à savoir si les Blues de ce mois de décembre sont de la même stature qu’Arsenal. Quand on regarde le bilan du match : Drogba décevant en un-contre-un, des latéraux débordés et deux buts quasiment offerts sous le pressing de l’adversaire, difficile de l’affirmer.

Ancelotti a bien résumé les choses : «La qualité de jeu a fait la différence. Arsenal a produit un jeu de plus grande qualité que nous ce soir. Ils ont joué au football et l’ont fait mieux que nous. Nous n’avons pas bien joué.» Une déclaration bateau qui en dit long : les Gunners ont répondu présent face à un adversaire en-dessous de ses moyens depuis plusieurs semaines maintenant.


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