Arsenal 2-3 Tottenham : l’analyse du coup de maître de Harry Redknapp

« The derby of North London » : peut-être les plus chaudes de la capitale anglaise ces confrontations entre Arsenal et Tottenham. Pour le compte de la 14ème journée de Premier League, les Spurs se rendaient à l’Emirates où ils n’avaient encore jamais gagné. Après avoir mis fin à dix années de disette face aux Gunners la saison dernière à White Hart Lane, les hommes de Redknapp sont cette fois allés l’emporter chez l’ennemi. Et pourtant, après 45 minutes, on voyait mal comment Arsenal pouvait laisser filer les trois points de la victoire…

Les formations :

Du très grand classique d’un côté comme de l’autre. Arsenal présente son 4-3-3 habituel : Fabianski dans les buts, une défense 100% française (Sagna, Squillaci, Koscielny, Clichy), un milieu à trois avec Denilson moins porté vers l’offensive que Song ou Fabregas, Arshavin à gauche et Nasri à droite encadrant Chamakh seul en pointe. Côté Spurs, Redknapp renouvelle le 4-2-3-1 que l’on avait pu voir face à l’Inter il y a quelques semaines, Jenas entrant aux côtés de Modric à la place de Huddlestone et Pavlyuchenko étant préféré à Crouch : Gomes – Hutton, Gallas, Kaboul, Assou-Ekotto – Jenas, Modric – Lennon, Van der Vaart, Bale – Pavlyuchenko.

Rouge sur Blanc, tout fout le camp :

La première mi-temps va se résumer à un massacre en règle de tous les points forts affichés par Tottenham ces derniers temps. Premier atout des Spurs, la relation Modric – Van Der Vaart est coupée par le gros travail du duo Song-Denilson au milieu de terrain. Le premier suit Modric à la trace tandis que le second ne lâche pas Van Der Vaart pour l’empêcher de se retourner afin de se mettre face au jeu. Dans son couloir, l’arme fatale Gareth Bale est éteinte par une prise à deux parfaitement effectuée par Sagna et Nasri. Côté droit, Lennon est orphelin de Jenas qui ne parvient pas à faire jouer les relais entre Hutton et lui.

Résultats de tous ses constats pour les Spurs, une première mi-temps catastrophique largement dominée par Arsenal. Comme expliqué plus haut, le milieu est généralement bouffé par des Gunners qui comptent sur leur supériorité numérique dans cette zone pour faire la différence. Bale et Lennon restant scotchés sur leur ligne de touche, Van der Vaart, Modric et Jenas se retrouvent généralement face à quatre adversaires (Song, Fabregas, Denilson, Nasri ou Arshavin). Dans ces cas-là, l’envie d’éviter les pertes de balle dangereuses vous fait balancer devant… Sauf que Pavlyuchenko souffre dans les duels face à Squillaci.

Bref, lorsque l’arbitre siffle la mi-temps, le 2-0 au tableau d’affichage sonne presque comme une humiliation pour les Spurs avec, en point d’orgue, la contre-attaque exceptionnelle de la droite vers la gauche et conclue par Chamakh pour le deuxième but des Gunners. Quelle marge de manoeuvre pour Redknapp ? De mon canapé, je me dis que l’entrée de Crouch, autrement plus gênant pour un défenseur que Pavlyuchenko peut permettre à Tottenham de relever la tête. Mais à la reprise, le Russe est toujours sur le terrain.

Le coup de génie de Redknapp :

Plutôt que Crouch, l’entraîneur des Spurs choisit de faire rentrer Defoe à la place de Lennon. Le nouveau s’installe en pointe entre Squillaci et Koscielny pendant que Van der Vaart glisse sur le côté droit pour laisser sa place dans l’axe à Pavlyuchenko. Du coup, le Russe se retrouver à jouer le même rôle que celui tenu par Van der Vaart en première période : des ballons au sol ou dans les airs, reçus dos au but, avec un adversaire dans le dos. Sauf qu’à l’inverse du Néerlandais, Pavlyuchenko excelle dans ce domaine. Et s’il avait eu des difficultés face à Squillaci, il bouffe Denilson à ce petit jeu.

Car un cran plus haut, Defoe abat lui aussi un très gros travail. Que ce soit dans les airs où il fait parler sa détente ou au sol en prenant quelques fois la profondeur, l’international anglais délivre une partition beaucoup plus gênante pour la charnière Squillaci-Koscielny. Dans le même temps, sur les côtés, Bale et Van der Vaart n’hésitent plus à quitter leur couloirs respectifs. Le second but est l’exemple parfait de cette nouvelle animation : Defoe qui gagne un duel dans les airs, Van der Vaart qui récupère plein axe et qui écarte sur Bale à droite (voir le but). En outre, le fait de rentrer à l’intérieur facilite les connexions avec Modric.

Blanc sur Rouge, plus rien ne bouge :

Cette nouvelle donne va complètement transformer la physionomie de la rencontre. Tottenham va même aller jusqu’à dominer Arsenal pendant le premier quart d’heure de la deuxième mi-temps. Avec un Van der Vaart qui rentre à l’intérieur, Hutton va terminer plusieurs mouvements offensifs sur son aile droite. Cette transformation du jeu de Tottenham aurait pu avoir des conséquences néfastes pour les Spurs. Dès qu’un ailier quitte son couloir pour être plus imprévisibles, il met forcément en danger son équipe en cas de repli défaillant : pour atteindre un point B, la diagonale est toujours plus longue que la ligne droite.

Or, en plus d’avoir un bloc de six très solide (quatre défenseurs + deux milieux défensifs, je rappelle), les Spurs vont assister à une grosse baisse de niveau des attaquants d’Arsenal. Arshavin, qui aurait pu poser des problèmes dans le dos d’un Hutton plus offensif, s’éteint très rapidement avant d’être suivi par Chamakh et Nasri. Les trois hommes vont d’ailleurs quitter leurs partenaires avant le coup de sifflet final… Et les trois remplaçants n’apporteront rien de neuf à un collectif gunner incapable d’aller chercher le second souffle qui lui aurait permis de réagir.

Conclusion :

Il a suffit d’un changement pour changer complètement la physionomie de la rencontre. L’entrée de Defoe en pointe a complètement changé la donne dans l’entrejeu avec un Pavlyuchenko enfin dominateur et un duo Bale – Van Der Vaart impossible à contrôler pour les latéraux d’Arsenal. A l’arrivée, le renversement de situation n’est même pas étonnant pour qui a suivi la rencontre de A à Z. Sans faire un aussi grand match que face à l’Inter, les Spurs ont prouvé qu’ils étaient capables de faire mieux que de rivaliser avec le Big Four. Un tournant dans leur championnat  ?

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1 réponse

  1. saM dit :

    Un super match, et surtout choqué par la non-réaction des gunners. De chez moi, je ne voyais pas de solution pour Wenger et ce fut très frustrant (gt pour les gunners).

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