Arsenal 2-1 Barcelone, l’analyse tactique

Mès que un suffisance ? C’est la question qu’il convient de se poser quand il s’agit d’analyser ce match entre Arsenal et Barcelone. Même si les Gunners ont prouvé sur ce match qu’ils avaient franchi un palier niveau maturité, il est impossible de passer sous silence la maladresse, voire parfois l’égoïsme, de certains attaquants barcelonais (un double Ballon d’Or en tête) qui ont eu plusieurs occasions de faire le break. Impossible non plus, d’éviter d’évoquer la dernière demi-heure, où le coaching offensif de Wenger a fait la différence alors que des Catalans amorphes devant semblaient cuits physiquement. Alors on n’occulte rien et on analyse.

N’oubliez pas non plus que la review de la soirée européenne de ce mercredi est en ligne ici.

Les compositions :

Comme pour le Milan-Tottenham de la veille (voir l’analyse), aucune surprise n’est à signaler d’un côté comme de l’autre. Arsenal et Barcelone sont tous les deux dans leurs organisations habituelles et avec leurs équipes du moment. Pour Arsenal, le 4-2-3-1 habituel avec l’entrée d’Eboué en défense à la place de Sagna ; Song et Wilshere dans l’entrejeu ; Nasri et Walcott sur les ailes pour contrer et contrôler les latéraux catalans et Fabregas derrière Van Persie devant. Côté catalan, Abidal remplace Puyol dans l’axe et Maxwell prend le flanc gauche. Devant eux et à leur droite, c’est le grand classique.

Densifier l’axe :

C’est le credo qu’ont essayé de tenir les Gunners, avec plus ou moins de réussite selon les périodes, tout au long de la rencontre. Pour y parvenir, ils ont dû appliquer un gros travail de placement et de compensation selon la position du ballon… Et surtout, ils ont su par instants mettre assez de pression et d’agressivité pour ralentir la circulation de balle adverse.

Un peu comme Tottenham hier, Arsenal a choisi de jouer avec un milieu de terrain très compact dans l’axe afin de laisser le moins d’espaces possibles aux créateurs et aux joueurs susceptibles de créer le décalage. En clair, si vous arrivez à bloquer Xavi et Iniesta, Daniel Alves et Maxwell auront beau monter, ils n’auront pas le ballon. Dans cette optique, les Gunners ont opposé deux lignes de quatre avec des ailiers qui ne se préoccupaient des montées des latéraux que lorsque les Catalans avaient franchi les 40 mètres.

Dans ce cas précis, ils s’écartaient pour aller s’occuper de leur adversaire direct alors que le reste de l’équipe compensait leur déplacement. Sur l’exemple ci-dessus, on voit (en rouge) la montée de Daniel Alves, le déplacement de Nasri en sa direction et celui de Fabregas pour couvrir celui du Français et gêner la solution d’un retour vers l’intérieur du Brésilien. Toutefois, jusqu’à l’ouverture du score, le principal problème des Anglais n’était pas la fermeture des côtés mais l’alignement et la couverture de la profondeur.

Les latéraux catalans n’intervenant généralement qu’en fin de mouvement, la possession de balle était assurée par les deux trios du milieu et de l’attaque (en noir). En dézonant constamment, notamment pour venir aider leurs milieux de terrain, les trois attaquants (Messi en tête, voir flèche jaune) ont entraîné la défense adverse dans leur sillage, celle-ci étant dans l’obligation d’être au plus près du premier rideau défensif pour limiter les espaces entre les lignes. Cela a ouvert la profondeur aux Catalans qui en ont profité à plusieurs reprises… Mais pour un seul but et quelques hors-jeux.

Extra – Arsenal en contre :

Cela n’a pas été l’un des éléments-clés de la rencontre mais c’est un mouvement qui m’a particulièrement marqué et qui est certainement à méditer en vue du match retour au Nou Camp. Pour ceux qui s’en souviennent, lors de la demi-finale entre l’Inter et le Barça, Sneijder avait joué un rôle primordial dans le lancement des attaques milanaises en jouant le relais entre le bloc défensif replié et son attaquant. Hier soir, Wenger avait mis en place un autre circuit, utilisant notamment à plein-régime la vitesse de Theo Walcott.

Prenons l’exemple d’un ballon récupéré par Arsenal sur le côté gauche de sa défense. Daniel Alves vient de monter. Clichy et Nasri l’ont bloqué et tiennent le ballon. Il s’agit désormais de relancer. En pensant Sneijder, le relais idéal serait Fabregas mais l’Espagnol (carré noir) n’est jamais très loin de son compatriote Busquets qui sera là pour l’empêcher de se retourner. Idem dans l’axe où la présence barcelonaise (trois attaquants + Xavi et/ou Iniesta) rend la relance dangereuse si le joueur recevant le ballon n’est pas face au jeu.

Arrive alors la solution idéale, venue de l’autre côté du terrain. Walcott se lance dans une course en diagonale pour perturber le pressing catalan et proposer ce fameux relais au sol entre la défense et l’attaque. La vitesse aidant, il peut semer Maxwell qui doit de toute façon plus penser à se replier qu’à le suivre maintenant qu’Arsenal est face au jeu. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seul, Walcott se retrouve du coup en position de mener une contre-attaque avec deux solutions devant lui (Fabregas et Van Persie) lancés face aux deux derniers remparts avant Valdes.

La suite :

A la mi-temps, difficile de croire encore aux chances d’Arsenal. Barcelone a le ballon et la défense londonienne, loin d’être ridicule, peut remercier le manque de lucidité dans le dernier geste des attaquants catalans. La deuxième mi-temps démarre sur les mêmes bases mais, au fil des minutes, le Barça se fait de moins en moins dangereux et pressant. Arrive alors la 69ème minute et les deux premiers changements : Guardiola sort Villa pour Keita et Wenger joue son va-tout en faisant entrer Arshavin à la place de Song.

“La nouvelle donne du marquage : Villa sorti,

le Barça n’a plus de pointe pouvant peser sur la défense centrale et libérer Messi.”

Pour Barcelone, ce remplacement marque la cassure entre la sixte qui arrivait jusqu’ici à se trouver. Villa sorti, Barcelone perd celui qui pesait efficacement sur la défense centrale. Pedro et surtout Messi doivent le suppléer et, par conséquent, l’Argentin ne décroche plus autant, alors qu’il faisait jusqu’ici le relais entre le milieu et l’attaque. Déjà qu’elle devenait de plus en plus stérile, cela n’arrange pas la qualité de la possession de balle catalane. Face à un Barça amorphe, le nouveau duo Nasri-Wilshere dans l’entrejeu trouve vite ses marques et impressionne.

Dix minutes plus tard, Arshavin touche le ballon côté gauche avant de remettre à Clichy qui lance Van Persie pour l’égalisation. Victor Valdes n’a toujours pas compris. Le Barça n’est même pas réveillé par ce retour au score, le mental revigoré des Gunners fera le reste sur une action merveilleuse lancée par Fabregas, emmenée par Nasri et conclue parfaitement par Arshavin. Toujours sans Victor Valdes. Arsenal remporte la première manche. Historiquement, c’était la plus simple à négocier.

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