Arsenal 1-3 Bayern Munich, l’analyse tactique

Les gros matchs se suivent et se ressemblent pour Arsenal. Après Manchester City et Chelsea, le Bayern Munich a profité d’une entame de match catastrophique de son hôte pour arriver à la demi-heure de jeu avec deux buts d’avance. Passé ce premier tiers difficile, les Gunners ont ensuite réagi au milieu de terrain pour rééquilibrer les débats. Mais comme lors des matchs précédemment cités, le mal était déjà fait. Toujours aussi sérieux et appliqué, le Bayern a évidemment confirmé son statut de candidat à la victoire finale.

Il n’y avait aucune surprise à signaler au coup d’envoi : les deux équipes s’avançaient dans leurs systèmes de jeu habituels, toutes les deux en 4-2-3-1. Le Bayern devait toutefois composer avec les absences de Boateng et Badstuber derrière (Neuer – Lahm, Van Buyten, Dante, Alaba – Muller, Javi Martinez, Schweinsteiger, Ribéry – Kroos, Mandzukic). Du côté d’Arsenal, Arsène Wenger avait fait le choix d’aligner un onze faisant la part belle à la vitesse avec la titularisation de Walcott en pointe, au détriment d’un Giroud laissé sur le banc de touche (Szczesny – Sagna, Mertesacker, Koscielny, Vermaelen – Arteta, Ramsey – Cazorla, Wilshere, Podolski – Walcott). Une équipe qui annonçait clairement les intentions des Gunners : réussir à poser le jeu au milieu de terrain, jouer court et profiter des courses de son unique attaquant de pointe dans la profondeur.

Et les premières minutes de jeu ont permis de découvrir les bases de leur animation offensive. Devant Koscielny et Mertesacker, Arteta était censé être le premier relais vers les créateurs (Wilshere ou Cazorla, qui repiquait dans l’axe depuis son poste d’ailier droit). Face à la relance à trois d’Arsenal (Koscielny, Mertesacker, Arteta), le Bayern opposait le duo Mandzukic-Kroos. Seul en pointe, le premier se positionnait entre les deux défenseurs tandis que Kroos suivait les déplacements d’Arteta. L’objectif des deux hommes était d’enfermer la relance d’Arsenal sur un côté. Les joueurs de couloir sortaient ensuite au pressing, accompagnant avec eux le reste du bloc. Dans l’axe, Javi Martinez et Schweinsteiger géraient les déplacements de Wilshere et Ramsey.

Le Bayern au pressing, v.1 : en bloquant Arteta, Kroos contraint Arsenal à écarter le jeu côté droit. Ribéry et Alaba sortent au pressing ; leurs partenaires marquent les solutions les plus proches du porteur. Sagna se retrouve dans l'obligation de jouer long ou de donner le ballon à un partenaire, qui se retrouvera à son tour sous la pression d'un adversaire.

Malgré cette organisation, ce sont les Gunners qui ont trouvé les premiers décalages. En s’excentrant (côté droit), Arteta pouvait se défaire du marquage de Kroos. Dans ce cas, Sagna laissait sa zone à l’Espagnol et jouait un cran plus haut, afin de faire reculer Ribéry. Le terrain s’ouvrait alors à Arteta, qui pouvait rechercher les relais de Ramsey ou Wilshere dans la zone de Martinez-Schweinsteiger ou ceux de Cazorla qui repiquait dans l’axe depuis le couloir droit. Par deux fois, Arsenal a trouvé des solutions dans le dos d’Alaba de cette manière, sans toutefois parvenir à conclure. Le Bayern a rapidement réagi en évoluant plus haut, positionnant deux joueurs sur une seule ligne face à Mertesacker et Koscielny afin de couper les transmissions vers Arteta.

Le Bayern au pressing, v.2 : Mandzukic permute avec Ribéry qui sort sur Mertesacker. Kroos lâche Arteta et récupère Koscielny. Les deux hommes se positionnent de manière à couper les possibilités de passes à destination de l'Espagnol. Sur les côtés, Muller et Mandzukic sont dans les zones des latéraux adverses.

Neuf secondes après la capture d’écran ci-dessus, Schweinsteiger remontait un ballon facilement récupéré au milieu de terrain (relance longue de Koscielny = domination physique du Bayern). Après un relais de Ribéry devant la défense londonienne, Muller était ensuite décalé sur l’aile et centrait pour Kroos. La reprise de ce dernier ne laissait aucune chance à Szczesny (1-0, 7e). En poussant un minimum son pressing, le Bayern a récupéré le ballon plus vite… Il en a ensuite profité en développant une attaque rapide, grâce à la présence de quatre joueurs déjà présents dans le camp adverse (+ Schweinsteiger qui a remonté le ballon). Après ce déblocage du score, les Bavarois ont adopté une tactique plus prudente mais tout autant maîtrisée, répondant à l’animation d’Arsenal.

Celle-ci s’appuyait sur un quatuor de techniciens, formé par Arteta (pour schématiser : n°6), Ramsey (n°8), Wilshere (n°10) et Cazorla (ailier droit). Tous avaient pour objectif de mettre le trio Kroos-Schweinsteiger-Martinez en situation d’infériorité numérique. Les déplacements dans l’axe de Cazorla permettaient cela puisqu’ils ne pouvaient pas être compensés par un marquage serré de la part d’Alaba : la défense bavaroise ne pouvait pas se permettre de se briser, surtout face à un Walcott réputé pour sa pointe de vitesse et sa propension à plonger sur l’aile droite. La compensation ne pouvait donc venir que de l’avant : c’est ainsi qu’après l’ouverture du score, Mandzukic est redescendu à hauteur de Kroos afin de former un véritable premier rideau défensif de deux joueurs.

Le repli de Mandzukic à hauteur de Kroos : les deux hommes se retrouvent face à Arteta et Ramsey, bloquant ainsi la relance, alors que Schweinsteiger et Javi Martinez sont sur Wilshere et Cazorla. A noter que Alaba est haut sur cette image... le bras tendu est d'ailleurs sans doute à destination de ses défenseurs centraux.

Au-delà de cet excellent quadrillage dans l’entrejeu, le Bayern a livré un match très sérieux défensivement. Car malgré la pression, Arsenal parvenait parfois à se déployer en attaque, notamment grâce aux projections de Wilshere ou Ramsey, à partir de leurs positions reculées (à hauteur de Arteta, face à Kroos-Mandzukic). En phase offensive, Arteta restait en retrait ; Cazorla rentrait dans l’axe pour offrir des relais courts ; Sagna prenait le couloir et Podolski quittait rarement son aile gauche. Le Bayern se repliait alors autour de son bloc de six joueurs (4 défenseurs, 2 milieux défensifs). Côté droit, Muller bloquait les montées de Vermaelen tandis que Kroos libérait parfois Ribéry du travail de repli en allant fermer face aux montées de Sagna. Dans d’autres cas, l’international allemand complétait le milieu de terrain, au cas où Martinez et Schweinsteiger étaient amenés à s’excentrer pour fermer à leur tour un couloir.

Sans véritable menace pour reprendre leurs centres dans la surface adverse, les Gunners étaient tout simplement sans solution face à une formation bavaroise qui a su les priver de vitesse au milieu de terrain. Qui plus est, les Londoniens ont été incapables de presser la relance allemande pendant la majeure partie de la première mi-temps. Toujours bien sentie, cette dernière cherchait notamment les appuis de Mandzukic ou Kroos dans les couloirs -dans le dos des latéraux d’Arsenal-. Ces derniers remettaient ensuite le ballon dans les pieds de leurs milieux excentrés qui lançaient les contres face à une défense forcément mise sur le reculoir. La justesse technique aidant, les premières passes arrivaient à destination, et les Gunners n’avaient pas d’autre choix que de se replier (4-4-1-1). Mais cette réorganisation rapide ne suffisait pas forcément : Van Buyten et Dante profitaient de l’absence de pression de Walcott pour porter le ballon jusqu’à la ligne médiane et mettre leurs milieux de terrain dans le sens du jeu.

Il a véritablement fallu attendre la demi-heure de jeu – après un second but encaissé sur coup de pied arrêté (Van Buyten, 21e) – pour voir Arsenal sortir la tête de l’eau. A l’instar de sa défaite face à Chelsea il y a quelques semaines (lire : Chelsea 2-1 Arsenal, l’analyse tactique), c’est en changeant de formule au milieu de terrain que les Gunners ont pu se sortir de la pression adverse. Wilshere et Ramsey sont redescendus afin de fluidifier la circulation de balle dans la zone de Kroos-Mandzukic.

La reconstruction de la relance d'Arsenal : Wilshere et Ramsey sont désormais des solutions pour Koscielny et Mertesacker. Une réorganisation qui multiplie les possibilités de combinaisons pour se sortir de la pression allemande dans l'axe et lancer des mouvements dans le camp adverse.

Leur vitesse d’exécution aidant, ils ont perturbé le pressing de Javi Martinez et Schweinsteiger, d’autant plus que Cazorla profitait des espaces que les deux milieux du Bayern laissaient dans leurs dos. Une fois le jeu lancé, Wilshere et Ramsey poursuivaient leurs courses dans le camp adverse, utilisant les déplacements de Podolski (côté gauche) ou de Walcott (côté droit) pour se frayer un chemin dans la défense bavaroise. Conséquence logique de ce réajustement dans l’entrejeu, Arsenal est revenu des vestiaires avec un système se rapprochant plus du 4-3-3, avec trois milieux de terrain travaillant pour sortir les ballons et des latéraux positionnés plus haut sur les ailes.

Soutien de Walcott en début de partie, Wilshere a beaucoup plus travaillé au milieu, offrant des solutions devant la paire Schweinsteiger-Martinez. Désormais plus haut, Cazorla récupérait son rôle en évoluant quasiment en tant que deuxième attaquant, tout en continuant son travail d’exploitation des intervalles entre les lignes. Podolski et Walcott se partageaient eux le front de l’attaque : l’Allemand penchait à gauche et repiquait dans l’axe lorsque le jeu était à droite et inversement pour Walcott. La sortie du premier au profit de Giroud (71e) a achevé le passage en 4-3-3, Cazorla finissant côté gauche et Walcott côté droit. Plus agressif et efficace au pressing, Arsenal a aussi compliqué les sorties de balle bavaroises : les trois milieux ont notamment mieux couvert la largeur, afin notamment de répondre aux déplacements de Kroos.

Le pressing d'Arsenal en deuxième mi-temps : Sagna et Vermaelen sur Muller et Robben sur les côtés, mais surtout Arteta sur Kroos au lieu de rester en couverture devant la défense. Au centre du terrain, Wilshere fait l'effort pour compenser le déplacement de son partenaire et couvrir la montée de Schweinsteiger.

Derrière en revanche, le KO n’était jamais loin puisque Koscielny et Mertesacker jouaient désormais sans protection, Arteta se joignant au pressing au lieu de couvrir devant la défense. Après quelques alertes, les Gunners ont finalement payé la note sur un long ballon réceptionné et nettoyé par Mandzukic : l’attaquant croate a résisté au duel imposé par Koscielny et remis le ballon à Robben avant qu’Arteta n’ait le temps de venir couper la trajectoire. Dans le même temps côté droit, Lahm a déposé Cazorla pour pouvoir être lancé par le Néerlandais. Malgré cinq défenseurs d’Arsenal dans la surface, il a pu trouver Mandzukic pour permettre au Bayern de plier la partie… et sans doute le huitième de finale.

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4 réponses

  1. Beau match, tes analyses sont vraiment intéressantes, même si j’ai un faible pour Arsenal, on voit que la structure et la technique du Bayern, est bien là !

  2. François dit :

    Arsenal s’apparente de plus en plus à une équipe du subtop européen. Sans être étincelant, le Bayern était très impressionnant collectivement. Le parallèle avec la Mannshaft saute aux yeux: rigueur défensive & offensive, jeu simple, bloc en béton.

    Encore une très bonne analyse, merci !

  3. NoOne dit :

    Non, mais on a bien vu que les problème d’Arsenal c’était que le Bayern bloquait toutes les balles vers l’avant, l’article est super bien écrit, bien structuré…no comment quoi ;)

  1. 21 février 2013

    […] dérision ayant atteint ses limites. Mais n’hésitez pas à faire un tour du côté des Chroniques Tactiques de l’ami @flotoniutti pour vous faire une idée. Pour ma part, j’avais quelques […]

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