Arsenal 1-2 Borussia Dortmund, l’analyse tactique

Au sommet de leurs championnats respectifs, Arsenal et Dortmund se retrouvaient mardi soir pour l’un des chocs de la 3e journée de Ligue des Champions. Dans un match très serré, c’est finalement Dortmund qui est sorti vainqueur. Bousculés durant la dernière demi-heure, les vice-champions d’Europe s’en sont remis à Lewandowski pour arracher la victoire.

Très vite dans ce match, il a été possible de constater qu’il ne s’agissait pas d’une opposition entre deux styles de jeu. Il suffisait de voir les dispositions des deux équipes face à la relance adverse pour comprendre qu’Arsenal et Dortmund avaient décidé d’aborder le match (quasiment) de la même manière. Côté Gunners, le 4-2-3-1 était privé de son véritable milieu défensif en la personne de Flamini (Szczesny – Sagna, Mertesacker, Koscielny, Gibbs – Flamini, Ramsey – Wilshere, Rosicky, Özil – Giroud). Côté Dortmund, Jurgen Klopp composait lui toujours sans Gundogan pour gérer la première relance et mener le jeu du Borussia (Weidenfeller – Grosskreutz, Subotic, Hummels, Schmelzer – Bender, Sahin – Blaszczykowski, Mkhitaryan, Reus – Lewandowski).

Dortmund plus pressant : 

D’un côté comme de l’autre, « Allemands » et « Anglais » ont choisi de se positionner au milieu de terrain, avec une première ligne, symbolisée par Giroud et Lewandowski, à hauteur du rond central. Généralement accompagnés par un partenaire, les deux attaquants laissaient venir les défenseurs adverses. Le pressing était ensuite déclenché par les milieux de terrain, qui sortaient sur les joueurs sollicités. A ce niveau, les premières minutes de la partie ont tourné à l’avantage du Borussia en raison de l’agressivité de ses milieux.

Premier joueur-clé de ce pressing, Mkhitaryan était chargé de limiter l’influence d’Arteta dans le rond central. L’efficacité de son travail obligeait Arsenal à trouver d’autres solutions pour franchir la ligne médiane. Des solutions qui tentaient de se rendre disponibles en décrochant (Ramsey ou Wilshere, Rosicky, Sagna, Gibbs), et qui se retrouvaient donc sous la pression des quatre milieux de Dortmund. Excepté Sahin, parfois en retard dans ses sorties et donc dépassé par les transmissions adverses, les milieux allemands ont largement maîtrisé les tentatives de leurs adversaires. Défensivement, ils ont ensuite pu profiter du manque de justesse technique du trio Sagna-Wilshere-Ramsey côté droit pour pouvoir contenir les assauts dans les 30 derniers mètres.

Arsenal attend… et le paye : 

Une fois en possession du ballon, le Borussia Dortmund faisait face à une formation londonienne beaucoup plus attentiste. Derrière Giroud et Ramsey (ou Özil, voire Wilshere selon les situations), les milieux d’Arsenal étaient beaucoup plus passifs face aux premières passes de leurs adversaires. Il faut dire que le Borussia faisait tout pour limiter la pression, en garnissant l’axe de « menaces » en tout genre. Devant une relance gérée par Sahin, Hummels et Subotic, Bender et Mkhitaryan étaient rejoints Reus qui quittait sa position d’ailier gauche pour s’ajouter aux solutions dans l’axe. Ce déplacement obligeait les milieux d’Arsenal à se resserrer autour de leurs récupérateurs, ouvrant ainsi des espaces sur les ailes pour les incursions de Grosskreutz ou Schmelzer.

Reus et Mkhitaryan repiquent dans l'axe, et offrent trois solutions à leurs relanceurs (Sahin, Hummels et Subotic).

Reus et Mkhitaryan repiquent dans l’axe, et offrent trois solutions à leurs relanceurs (Sahin, Hummels et Subotic). Les milieux et les attaquants d’Arsenal réagissent en conséquence et tentent d’isoler les deux atouts offensifs adverses, libérant des espaces sur les côtés pour Schmelzer et Grosskreutz/Bender.

Autre danger pour les Gunners, les montées des défenseurs (Hummels en tête). Lewandowski, avec sa capacité à tenir le ballon face à Mertesacker et Koscielny, était une solution naturelle à solliciter en pivot dos au but, pour permettre ensuite les incursions plein axe de Reus ou Mertesacker. En ne se livrant pas dans l’entrejeu pour conserver une première ligne de quatre très compacte, les Gunners limitaient le risque qu’il soit sollicité dans de bonnes conditions. Rarement mis en danger sur les attaques placées des vice-champions d’Europe, les Londoniens ont pourtant craqué à cause de leur attentisme défensif.

Car accepter de subir le jeu face à Dortmund, c’est aussi prendre le risque d’être mis sous une énorme pression dans ses propres 30 mètres. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé sur l’ouverture du score de Mkhitaryan (18e). Arsenal a récupéré le ballon à l’entrée de sa surface de réparation, mais Ramsey a été poussé à la faute par le bon pressing de Reus qui a pu récupérer le ballon. Un relais de Lewandowski plus tard, et la recrue la plus chère de l’été du Borussia pouvait ouvrir le score.

La largeur, clé pour gêner Dortmund : 

Fort de ce but d’avance, Dortmund a continué sur sa lancée mais a dû faire face à des Gunners beaucoup plus mobiles qu’en début de partie. Au lieu de rester dans la zone de Mkhitaryan, Arteta n’a pas hésité à décrocher pour s’ouvrir le terrain, et laisser de la place pour les décrochages de Rosicky (côté gauche) et Ramsey-Wilshere (à droite). Arsenal a alors appuyé sur l’une des rares faiblesses du Borussia, en utilisant la largeur pour dépasser son milieu de terrain. En grande forme, Rosicky décrochait et attirait un adversaire ; les milieux de Dortmund restés en position se resserraient autour de leur partenaire sorti au pressing ; Rosicky renversait le jeu côté opposé, où Sagna et Wilshere-Ramsey devaient enchaîner rapidement afin d’attaquer Schmelzer avant que le reste du bloc n’ait le temps de revenir l’aider.

Repiquant à l'intérieur, Rosicky se défait du pressing de Sahin et profite de l'espace accordé par Reus pour change le jeu côté opposé. Mkhitaryan devra rapidement fermer le couloir pour éviter le deux-contre-un face à son latéral.

Repiquant à l’intérieur, Rosicky se défait du pressing de Sahin et profite de l’espace accordé par Reus pour changer le jeu côté opposé. Mkhitaryan devra rapidement fermer le couloir pour éviter le deux-contre-un face à son latéral.

En deuxième mi-temps, Arsenal continue d'insister sur les renversements de jeu. Ici, c'est Cazorla qui envoie le ballon sur l'aile droite vers Özil.

En deuxième mi-temps, Arsenal continue d’insister sur les renversements de jeu. Ici, c’est Cazorla qui envoie le ballon vers Özil.

Peu avant la pause, les Londoniens sont revenus au score sur une action de ce type, démarrant par une très bonne sortie de balle malgré la pression allemande, et un renversement de jeu en deux passes pour arriver jusqu’à Sagna. Face à des milieux allemands sur le reculoir, le latéral droit a eu tout le temps de solliciter un une-deux pour progresser dans le camp adverse et ajuster son centre. A la réception, Subotic et Weidenfeller se sont manqués, offrant une égalisation facile à Giroud (41e).

Deuxième mi-temps : 

Après la pause, le jeu a repris sur les mêmes bases avec une équipe d’Arsenal attentiste et acceptant la domination de son adversaire. Alors que Rosicky et Özil se chargeaient de bloquer les couloirs face à Grosskreutz ou Schmelzer, Giroud et Ramsey étaient amenés à revenir très bas dans leur moitié de terrain pour contenir les montées de Hummels ou Subotic. Mais, privé de Gundogan, Dortmund peinait toujours à se créer des occasions, ne pouvant s’appuyer que sur les différences faites par Lewandowski, Reus ou Mkhitaryan pour créer des décalages dans les 20 derniers mètres (et notamment finir côté droit avec les montées de Grosskreutz).

La rencontre a réellement changé de physionomie à l’entrée de Cazorla (57e). Remplaçant Wilshere, l’Espagnol s’est positionné sur l’aile gauche mais évoluait dans un rôle de faux-ailier. Depuis quelques minutes, les Gunners tentaient en effet de dépasser le milieu adverse en passant dans l’axe et en s’appuyant sur les décrochages de Rosicky (désormais axial droit) et Wilshere (milieu gauche). Mais le jeune Anglais a frôlé la sanction en perdant un ballon sous la pression, étant sauvé miraculeusement par un coup de sifflet de l’arbitre de la rencontre alors que le Borussia filait vers les buts de Szczesny.

Cazorla change le match : 

Cazorla a donc repris son travail en repiquant constamment dans le coeur du jeu pour compléter Rosicky et Arteta. Ses déplacements permettaient à Ramsey d’évoluer une ligne plus haut et de soutenir Giroud, alors que Özil se retrouvait lui avec Sagna sur l’aile droite. Avec le ballon, Arsenal se retrouvait avec un losange (Arteta ; Rosicky-Cazorla ; Ramsey) dans l’axe. Résistant au pressing adverse, Cazorla orientait le jeu de la même manière que Rosicky en première mi-temps, le renversant vers l’aile droite… où le joueur-clé d’Arsenal (Özil, invisible en première mi-temps) trouvait enfin des espaces pour s’exprimer. L’autre solution pour Cazorla-Rosicky et Arteta était de rechercher Ramsey entre les lignes adverses.

Beaucoup plus à l’aise dans cette position avancée, le Gallois allait aussi compléter les mouvements de Sagna et Özil côté droit, entraînant forcément le recul du bloc du Borussia, qui devait à la fois éviter le surnombre et empêcher l’Allemand de faire des différences en un-contre-un. En densifiant son couloir gauche pour répondre aux offensives d’Arsenal, Dortmund diminuait sa présence au pressing : les Gunners ont alors enfin pu s’installer dans le camp adverse, et utiliser Arteta pour distribuer le jeu sur toute la largeur. Rentrant dans les 30 derniers mètres en passant par la droite, ils pouvaient ressortir le ballon en passant par le Catalan pour finir côté opposé avec les montées de Gibbs.

Dès la première mi-temps, Arsenal parvient à passer le pressing de Dortmund et a trouvé des solutions courtes entre les lignes. Ici, Wilshere, revenu à hauteur d'Arteta, résiste à la sortie de Sahin et trouve Rosicky, qui enverra ensuite le jeu sur l'aile droite.

Dès la première mi-temps, Arsenal parvient à passer le pressing de Dortmund et à trouver des solutions courtes entre les lignes. Ici, Wilshere, revenu à hauteur d’Arteta, résiste à la sortie de Sahin et trouve Rosicky, qui envoie ensuite le jeu à droite.

Arsenal fait redescendre deux joueurs à hauteur d'Arteta, attirant ici les sorties de Sahin et Blaszczykowski. Dans l'axe, Rosicky se retrouve seul avec Bender. Le losange prend réellement forme.

Arsenal fait redescendre deux joueurs à hauteur d’Arteta, attirant ici les sorties de Sahin et Blaszczykowski. Dans l’axe, Rosicky se retrouve seul avec Bender. Le losange prend forme côté Gunners, alors que Özil s’est installé sur l’aile droite.

Le losange d'Arsenal permet notamment d'enchaîner après les renversements de jeu. Rosicky offre une solution courte à Sagna, et Ramsey à Özil. Quelques secondes après cette capture d'écran, Cazorla envoie le ballon sur la transversale de Weidenfeller.

Le losange d’Arsenal permet notamment d’enchaîner après les renversements de jeu. Rosicky offre une solution courte à Sagna, et Ramsey à Özil. Quelques secondes après cette capture, Cazorla envoie le ballon sur la transversale de Weidenfeller suite, justement, à un échange entre Ramsey et Özil une ligne plus haut. 

Lewandowski assassin : 

Face à cette nouvelle domination d’Arsenal, Jurgen Klopp a décidé de réagir en faisant entrer Hofmann et Aubameyang à la place de Mkhitaryan et Blaszczykowski (65e). Deux changements qui ont acté le fait que Dortmund recherchait désormais la contre-attaque. Mis en danger sur une superbe frappe de Cazorla sur la barre (68e), les Schwarz-Gelben étaient désormais plus que jamais dépendants du rendement de Lewandowski, en tant que seul joueur déchargé du travail défensif. Pendant de longues minutes, le Polonais était dominé à l’impact par Koscielny et Mertesacker…

… Mais il lui a suffit d’un seul ballon gagné pour lancer l’action aboutissant au but de la victoire. Prenant Mertesacker de vitesse, il est parvenu à remettre ses milieux dans le sens du jeu en quelques touches de balle. Envoyant le jeu de la gauche vers la droite, ces derniers ont décalé Grosskreutz sur l’aile, après un relais d’Aubameyang qui a attiré Gibbs sur lui pour lui ouvrir le couloir. Sans adversaire direct, le latéral droit a eu tout le temps de déposer son centre au second poteau, sur un Lewandowski lancé et libre de tout marquage en raison des courses de Reus et Hofmann qui ont attiré le reste de la défense d’Arsenal dans l’axe (82e).

Conclusion :

Loin d’apparaître sous son meilleur jour, le Borussia Dortmund a tout de même su arracher une victoire capitale dans l’optique du duel à 3 qui s’annonce avec Arsenal et Naples. L’absence de Gundogan est toujours très problématique face aux équipes regroupées, et Arsenal l’avait certainement noté au vu de son approche tactique. Malheureusement pour eux, les Gunners ont payé cash une erreur individuelle qui les a mis dos au mur. Il n’a pourtant pas manqué grand chose pour que le plan de Wenger fonctionne, certaines individualités manquant clairement de justesse hier soir (Wilshere, Ramsey) pour soutenir les joueurs les plus en vue (Rosicky et Giroud en tête). En vue du match retour, Arsène Wenger retiendra très certainement le « losange » déployé en deuxième mi-temps, qui a énormément perturbé le pressing habituel du Borussia Dortmund. Il faudra de toute façon ramener quelque chose d’Allemagne pour conserver une avance sur Naples avant le déplacement au San Paolo lors de la dernière journée.

 

 

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4 réponses

  1. Carlitos__94 dit :

    BOnjour Florian,

    Encore une tres bonne analyse du match hier (quel match dans l intensité d ailleurs). je me demande toujours si les coachs sont responsables des strategie employes(par exemple Wenger qui dirait a joueurs, en 1ere on attend et on presse qu a hauteur de ligne mediane) ou si c est le jeu qui commande ca?
    Contrairement au basket (je te sais grand fan de NBA 2k14) avec des coachs decidant des strategies offensives / defensives sur chaque action, le role des coachs en football est plus difficile a cerner? Le jeu parfois impose ces strategies?

    Interessant d avoir ton opinion sur ca. (surtout quand on met cette strategie d arsenal en 1ere MT avec celle d Arsenal contre Norwich ce WE ou le pressing se faisait tres haut).

    Merci

  2. Le basket est un jeu d’attaque-défense. Le football est l’un des rares sports qui va au-delà de ça. La mise en place tactique doit prendre en compte plusieurs phases (trois défensives : récupération/pressing, repli, défense ; trois offensives : relance, construction, finition). Le fait qu’il n’y ait pas non plus de limite dans le temps de possession change aussi les approches.

  3. FcMeute dit :

    Je me joins à Carlito en te félicitant pour l’Analyse!

    J’insisterai juste sur la volonté (que tu mentionnes d’ailleurs) qu’à eu Arsenal, jusqu’au but encaissé, de subir afin de Ralentir les attaques de Dortmund (leur super point fort comme tout le monde le sait (et d’ailleurs remarquable contre l’OM.

    Prévoyant la nécessité de défendre. Même si la volonté de daligner RAmsey qui peut apparaitre plus fort (de son physique) au côté d’Arteta et en l’absence de Flamini, a tout son sens. Wilshere reste pour moi essentiel au coeur du jeu (où le risque de blessure est plus important aussi). D’autant plus que Ramsey, malgré son coming out de buteur , n’a pas encore retrouvé tout son niveau et sa lucidité. On pourra rappeler son but refuser, pour une faute « idiote » de Laurent.

    Je me posais la question de savoir si Le fait qu’Arsenal soit leader du Groupe à l’entame du match est influé le choix tactique de Génie Arsène ou non… (?)

    EN tout cas, tes éclairages font plaisir aux jeunes loups dans mon genre.

  4. yetaland dit :

    merci, très bonne analyse.

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