Arsenal 0-2 Bayern Munich, l’analyse tactique

Décidément, il ne faisait pas bon recevoir pour cette première série des huitièmes de finale de Ligue des Champions. Malgré une excellente entame de match, Arsenal n’a pu empêcher le Bayern de réciter sa partition habituelle. Le penalty manqué de Özil au sortir de leur temps fort et l’expulsion de Szczesny ont eu raison des chances des Londoniens. En face, les Bavarois sont montés en puissance après 10 minutes difficiles et ont fait preuve de beaucoup de patience pour arriver à leurs fins après la pause.

Pas de coup tactique à signaler au coup d’envoi, les deux formations se présentaient dans leurs schémas habituels. Arsenal démarrait avec son 4-2-3-1 avec Wilshere et Flamini dans l’entrejeu et la surprise Sanogo en pointe (Szczesny – Sagna, Mertesacker, Koscielny, Gibbs – Wilshere, Flamini – Oxlade-Chamberlain, Özil, Cazorla – Sanogo). Côté Bayern, le 4-1-4-1 était lui aussi au rendez-vous avec Javi Martinez en soutien de Thiago et Kroos dans l’entrejeu. Ribéry absent, c’est Robben qui héritait du couloir gauche, Götze étant son pendant côté droit (Neuer – Lahm, Boateng, Dante, Alaba – Javi Martinez, Thiago, Kroos – Götze, Robben, Mandzukic).

Bien décidés à ne pas revivre le scénario de la saison dernière, les Gunners sont entrés très forts dans ce match. Face au système du Bayern, les Londoniens préparaient leurs mouvements sur les côtés afin d’éviter la pression bavaroise dans l’axe. Bien aidés par la position décrochée de Flamini, qui fluidifiait ainsi la circulation de balle entre les défenseurs, ils faisaient courir la première ligne du Bayern (Mandzukic, Robben et Götze) jusqu’à forcer les sorties de Alaba et Lahm de leurs couloirs.

Car lorsque leurs ailiers se recentrent afin d’accompagner Mandzukic dans l’axe (face à Koscielny-Mertesacker), Alaba et Lahm ont en effet l’habitude de sortir de l’alignement afin de bloquer les couloirs le plus haut possible. Les Gunners ont cherché à exploiter au maximum les espaces dans leur dos : Wilshere (à droite) et Özil (à gauche) s’y sont engouffrés à plusieurs reprises, évitant ainsi l’axe où ils se retrouvaient sous la pression de Thiago, Kroos et Javi Martinez. Après avoir pris le dessus sur Lahm ou Alaba, les Londoniens allaient ensuite le plus vite possible vers le but adverse, attaquant la profondeur (Oxlade-Chamberlain, Özil) et mettant ainsi à l’épreuve l’alignement de la défense adverse.

Götze est sorti du couloir pour s'opposer à Koscielny. Lahm accompagne son déplacement

Götze est sorti du couloir pour s’opposer à Koscielny. Lahm accompagne son déplacement en sortant sur Gibbs dans le couloir. Problème, Özil plonge dans l’espace dans son dos et offre une solution directe à son latéral. 

Même sans décalage au départ, Arsenal parvenait à franchir le milieu de terrain adverse. Ici, Sagna sert Oxlade-Chamberlain qui devance Alaba et peut servir Wilshere, déjà dans le dos de Javi Martinez. Sur cette action, le milieu anglais se retrouve directement au duel face à Dante.

Même sans décalage au départ, Arsenal parvenait à franchir le milieu de terrain adverse. Ici, Sagna sert Oxlade-Chamberlain qui devance Alaba et peut servir Wilshere, déjà dans le dos de Javi Martinez. Sur cette action, le milieu anglais se retrouve directement au duel face à Dante.

Une fois dans le camp allemand, Arsenal avait fait le plus dur. Avec Flamini pour soutenir les attaques et orienter le jeu sur la largeur, les Gunners étaient en mesure de s’installer dans le camp bavarois et d’utiliser tout le terrain pour trouver le décalager. Cazorla dézonant souvent de son aile, Arsenal a encore une fois insisté côté droit avec Oxlade-Chamberlain et les montées de Wilshere. En l’espace de deux minutes, les hommes d’Arsène Wenger se sont crées deux énormes occasions, d’abord par Sanogo (7e) puis Özil (8e, sp). Des tentatives à chaque fois détournées par Neuer.

Passé cet orage, le Bayern a doucement mais sûrement pris l’ascendant dans le jeu. Jusque-là, les Gunners faisaient preuve d’une très grande cohésion quand il s’agissait de défendre leur moitié de terrain. A l’instar du… Bayern face au FC Barcelone la saison dernière, la première ligne anglaise (Özil-Sanogo) redescendait jusque dans ses 40 mètres afin de bloquer les joueurs restant en soutien des attaques bavaroises. Ecartant le jeu vers ses latéraux, le Bayern ne parvenait pas forcément à retrouver des solutions dans l’axe. Jusqu’à ce qu’il procède à quelques ajustements concernant ses milieux de terrain.

Kroos et Thiago sont d’abord redescendus afin de participer eux aussi à la relance en compagnie de Dante, Boateng et Javi Martinez. Dès qu’ils étaient trouvés, l’Espagnol se projetait dans l’axe et s’en allait épauler Mandzukic. Un déplacement anodin a priori, puisque le ballon ne lui est que très peu arrivé, mais qui a eu des conséquences sur la cohésion du bloc d’Arsenal, et notamment l’espace entre l’attaque et le milieu de terrain, embarqué par cette montée imprévue pour protéger une défense qui devait déjà gérer Mandzukic (danger du deux-contre-deux en cas de jeu direct). Kroos et Thiago prenaient ensuite les choses en main, toujours soutenus par Dante et Boateng, et orientaient le jeu sur la largeur pour progresser dans le camp adverse.

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1. A partir du moment où il n’a plus à se soucier de la relance, Javi Martinez se projette vers les buts de Szczesny, laissant la main à Kroos et Thiago dans l’entrejeu.

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2. (5 secondes plus tard) S’il ne reçoit jamais le ballon dans cette position, le simple déplacement de l’Espagnol fait reculer le bloc d’Arsenal, et allonge la distance entre le milieu de terrain et l’attaque Özil-Sanogo. Efficaces lorsqu’elles sont compactes, ces deux lignes n’ont alors plus aucun effet sur la construction bavaroise. Kroos et Thiago orientaient alors le jeu vers leurs latéraux. 

Les deux latéraux du Bayern sont devenus des relais pour rentrer dans le dernier tiers du terrain. Ensuite, il tentait soit le jeu latéral, entre les lignes londoniennes, pour trouver Robben ou Götze, soit ils ressortaient le ballon dans l’axe sur Kroos ou Thiago qui cherchaient ensuite leurs attaquants au sol dans les petits espaces. Arsenal a toutefois fait bonne figure face à ces tentatives venant des ailes, grâce à l’activité de ses milieux axiaux (Wilshere, Flamini, mais aussi Özil). Pour les Gunners, le vrai danger en début de partie se nommait Götze :  l’Allemand repiquait dans l’axe dès que possible et offrait des solutions entre les lignes. Si la relance bavaroise parvenait à le trouver au lieu d’écarter vers ses latéraux, il était ensuite capable de créer le décalage, notamment en lançant Lahm sur son aile (13e, 15e, 17e, 26e).

Ces alertes ont poussé les Gunners à focaliser leur attention sur la fermeture du coeur du jeu afin de couper les transmissions vers Götze. Des espaces se sont crées sur la largeur pour Alaba et Lahm. Jusqu’à la 37e minute où un autre joueur s’est excentré : Robben. Comme d’habitude dans cette position, le Néerlandais a repiqué dans l’axe et semé le désordre dans le bloc d’Arsenal. Il a remis la balle en retrait pour Kroos avant de prendre la profondeur. Parfaitement servi par son coéquipier, il devançait ensuite Szczesny pour obtenir un penalty, tournant de la partie puisqu’ayant pour conséquence l’expulsion du gardien polonais (37e), à défaut de l’ouverture du score (40e)…

Jamais sur son côté gauche depuis le coup d'envoi, Robben est pour la première fois dans sa position préférentielle côté droit.

1. Jamais sur son côté gauche depuis le coup d’envoi, Robben est pour la première fois dans sa position préférentielle côté droit. Le Bayern est dans une phase de conservation du ballon. L’activité du milieu d’Arsenal le force même à reculer dans son camp pour pouvoir se mettre dans le sens du jeu. Sa maîtrise technique lui permet de s’en sortir. 

Boateng sert Robben de la même façon qu'il servait Lahm dans cette position depuis le début du match. Le Néerlandais se retrouve face à Özil et Flamini s'il vient à repiquer. Devant lui, Götze est prêt à embarquer Monreal.

Boateng sert Robben de la même façon qu’il servait Lahm dans cette position depuis le début du match. Le Néerlandais se retrouve face à Özil et Flamini s’il vient à repiquer. Devant lui, Götze est prêt à embarquer Monreal.

Dernière étape "tactique" avant que le talent de Kroos ne fasse la différence. Après avoir éliminé Özil, Robben parvient à fixer Flamini ET Wilshere, ce qui libère forcément un joueur dans l'axe. En l'occurrence, c'est Kroos qui en profite, alors que Cazorla revient devant Thiago et que Oxlade-Chamberlain suit la montée d'Alaba.

Dernière étape « tactique » avant que le talent de Kroos ne fasse la différence. Après avoir éliminé Özil, Robben parvient à fixer Flamini ET Wilshere, ce qui libère forcément un joueur dans l’axe. En l’occurrence, c’est Kroos qui en profite, alors que Cazorla revient devant Thiago et que Oxlade-Chamberlain suit la montée d’Alaba.

A 10 contre 11, Arsenal n’avait plus les ingrédients pour retrouver un temps fort similaire à celui du début de partie. Cazorla a été sacrifié pour permettre l’entrée de Fabianski dans les buts et l’équipe est passée en 4-4-1. Seul en pointe, Sanogo était parfois épaulé par Wilshere, qui ne devait toutefois pas oublié de protéger sa zone pour empêcher les transmissions directes vers Götze. A la pause, le score était toujours de 0-0 mais la suite s’annonçait forcément compliquée pour les Gunners, surtout que Pep Guardiola décidait de ne prendre aucun risque à la reprise : déjà averti et passé tout près de l’expulsion, Boateng laissait sa place à Rafinha. Javi Martinez glissait en défense centrale, laissant son poste à Lahm. Un changement déjà vu en championnat lors du dernier match face à Dortmund.

Face à des Londoniens réduits à 10 et désormais forcés de défendre dans leurs 40 mètres, le Bayern a adapté son animation offensive. Notant que Lahm et Alaba étaient très libres dans leurs couloirs, Guardiola les a remplacés par des profils plus percutants. En début de deuxième mi-temps, Robben (définitivement passé à droite) et Götze se rendait disponibles sur les ailes pour les relances de leurs défenseurs. Le Néerlandais est resté dans ce rôle excentré pendant tout le second acte, tandis que Götze a parfois laissé ce rôle à Thiago côté gauche. Désormais, les latéraux étaient chargés d’accompagner les fixations des « techniciens » sur les ailes en dédoublant. Même Lahm, depuis sa position de n°6, s’en est chargé sur certaines phases de jeu. C’est d’ailleurs lui qui offre le ballon de l’ouverture du score à Kroos, suite à une bonne phase de possession du Bayern côté droit (54e).

A 10 contre 11, Arsenal a dû affaiblir son premier rideau. Inutile donc, pour le Bayern, d'utiliser Thiago dans cette zone en plus de Lahm et Kroos.

A 10 contre 11, Arsenal a dû affaiblir son premier rideau. Inutile donc, pour le Bayern, d’utiliser Thiago dans cette zone en plus de Lahm et Kroos. L’ex-Barcelonais s’excentre donc sur l’aile gauche afin d’être – sur cette action – le pendant de Robben à droite (hors-champ). Si le ballon arrive jusqu’à lui, son rôle est de fixer Sagna et Oxlade en attendant les appels de Götze et Alaba. 

L’avantage au score acquis, le Bayern est entré dans une longue phase de gestion. Pas une surprise pour une équipe de Guardiola : posséder le ballon est le meilleur moyen de ne pas prendre de buts. Les Bavarois ont appliqué ce principe jusqu’à l’extrême, ne s’aventurant dans les 20 derniers mètres qu’en cas de réelle opportunité. Au courage, Arsenal a su limiter les dégâts même s’il faut signaler que le Bayern était en manque d’accélérateurs de jeu dans les 20 derniers mètres. Thiago et Götze à gauche n’ont pas eu l’impact d’un Ribéry et les dribbles de Robben n’ont au final que très rarement aboutis sur des actions concrètes.

Les changements opérés par Pep Guardiola dans la dernière demi-heure laissait d’ailleurs penser que le coach du Bayern n’était pas forcément satisfait du rendement de ses troupes. Avec Muller (pour Mandzukic, 64e) et Pizarro (pour Thiago, 79e), il a ajouté deux joueurs mobiles et excellant dans leurs appels de balle. Un coaching gagnant puisque les deux hommes se sont retrouvés impliqués sur le second but du Bayern : sur un nouveau ballon de Lahm (là aussi revenu dans ses pieds depuis le couloir droit), Pizarro fait la fausse piste qui embarque Mertesacker pour Muller qui finit seul de la tête dans l’espace abandonné par le défenseur (2-0, 88e).

Conclusion : 

Un match qui a basculé sur deux penaltys manqués. Celui de Özil a marqué la fin du temps fort d’Arsenal : après ça, le Bayern a adapté son jeu et su faire reculer le bloc londonien pour s’installer dans le camp adverse. Si le pressing des Gunners a parfois forcé les Bavarois à reculer, ils n’ont jamais perdu la maîtrise du ballon et donc des débats après ce premier quart d’heure difficile. Le second tournant est évidemment l’expulsion de Szczesny, qui a justement condamné Arsenal à défendre dans sa moitié de terrain pendant toute une mi-temps. Une contrainte trop importante pour continuer à espérer la clean-sheet voulue par Arsène Wenger avant la rencontre.

Le Bayern a eu beau réciter sa prestation habituelle en termes de jeu, il a su faire exactement ce qu’il fallait pour sortir d’un début de match difficile. Les montées de Javi Martinez pour faire reculer le bloc d’Arsenal, le positionnement de Robben à droite à effet immédiat en fin de première mi-temps, les ajustements pour renforcer la force de percussion sur les ailes après les pause et le coaching gagnant pour ajouter un second but, autant d’exemples qui renforcent l’image d’un Guardiola au moins autant obsédé par les « détails » que par la possession de balle. Peut-être plus d’ailleurs. 

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4 réponses

  1. Daryl dit :

    Bonjour Florian,

    Très bonne analyse comme souvent, surtout pour ces petits détails.
    Selon toi, pourquoi le Bayern version Guardiola et le Barca n’ont pas essayé de plus de tirer aux 25-20 mètres?
    Kroos a marqué et Xavi a inquiété Hart de cette manière.

  2. mechri nejib dit :

    certes,une bonne analyse du match,mais ce qui a fausse le resultat est surement la sortie du gardien d arsenal suite au carton rouge…l arsenal a fait une bonne entame du match et ce en occupant rationnellement le terrain et aurait pu ouvrir le score a maintes reprises…sans toutefois minimiser la victoire du Bayern avec une maturite tactique sans reproche mais surtout grace a sa superiorite numerique en 2eme mitemps…

  3. pourqu oi tous le monde son contre le bayern mais la logique a ete fait grace la bonne conservation du ballon de la part du bayern
    en a vue que bayern a attaquer par une superiorite numerique par la monter de lhame et alaba puis en a trouver le jeus a trois dans chaque zone offensive au bayern (le moitier d arsenal)comme en trouve toujours qu il ya un joueur libre de ces trois joueurs et dès que le perte du ballon en trouves le grand pressing commance par ce joueur libre de chaque zone de trois parce qu ils sont proche de l action
    le bayern applique le systeme de l attaque plcèe qui baser par la conservation du ballon dans le but de provoquer l ARSENAL de commet beucoup des fautes (carte jaune et rouge) en finale c est le bayern qui a provoquer l arsenal de reculer et commet des fautes et laisses l iniciatif au bayern)

  4. higgins dit :

    je ne vois pas l’intèrêt de laisser Giroud sur le banc TOUT le match, s’il est en méforme il n’est même pas sur la feuille….Sanogo est trop juste… du coup la deuxime mi-temps est juste impossible à gagner pour Arsenal…Giroud aurait pu faire un point de fixation devant…m’enfin ils vont gagner 1-2 à Munich et seront bien déçus….

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