Argentine 3-0 Costa Rica, l’analyse tactique

Finalement, l’Argentine l’a fait. Sans trembler, elle s’est qualifiée pour les quarts de finale de la Copa America. Aguero est devenu le meilleur buteur du tournoi et Messi a retrouvé ses passes barcelonaises. En même temps, la sélection olympique du Costa Rica, si elle s’est bien défendue, n’avait pas les armes pour rivaliser.

Les compositions :

Au coup d’envoi, Sergio Batista fait quatre changements dans son onze de départ. La défense reste inchangée. Gago et Di Maria entrent dans l’entrejeu à la place de Banega et Cambiasso. Devant, Higuiain et Aguero en font de même à la place de Lavezzi et Tevez : Romero (1) – Zabaleta (3), Burdisso (4), Milito (6), Zanetti (8) – Mascherano (14), Gago (20), Di Maria (7) – Messi (10), Aguero (16), Higuain (9).

Dans le camp adverse, Ricardo la Volpe, qui n’a besoin que d’un nul pour envoyer le Costa Rica en quarts, aligne une formation très défensive : trois défenseurs centraux et un seul attaquant de pointe (Campbell) soutenu par Martinez et Elizondo : Moreira (1) – Calvo (2), Acosta (3), Duarte (19) – Salvatierra (4), Mora (6), Cubero (22), Leal (20) – Martinez (17), Elizondo (21) – Campbell (12).

Premier acte – De l’importance de Gago :

Indésirable au Real Madrid, remplaçant jusqu’ici, l’entrée de Fernando Gago dans le onze de départ a fait un bien fou à l’Argentine. Sa vista et sa qualité de passes dans l’entrejeu ont permis à Messi d’éviter de redescendre au milieu de terrain pour se concentrer de plus en plus sur les 30 derniers mètres adverses au fil des minutes.

4-3-3.
Contrairement à ce que la composition d’équipe aurait pu laisser penser, Batista conserve le schéma de jeu utilisé lors des deux premières rencontres. Aguero reprend le poste et le registre de Tevez sur l’aile gauche. Messi s’installe lui à droite ; dans l’axe, Higuain se retrouve dans un registre de pivot-buteur censé offrir des relais à ses deux partenaires de l’attaque lorsque ceux-ci rentrent à l’intérieur. Partant de plus bas, Di Maria est censé être le premier détonateur des offensives argentines. Sur les côtés, Zabaleta et Zanetti sont là pour occuper et animer les couloirs lorsque Messi et Aguero rentrent dans l’axe.

Gago libéré.
Face à cette animation offensive, le Costa Rica met rapidement en place sa réponse défensive. Face à Messi et Aguero, ils répondent par une prise à deux ou trois selon la zone du terrain : sont concernés le responsable du couloir d’où Messi démarre (20), le stoppeur le plus proche (2) et, si besoin, le milieu défensif (22). Dès les premières minutes de la partie, Zabaleta se retrouve ainsi à plusieurs reprises en position de débordement : les pénétrations dans l’axe de Messi obligeant les défensifs de la zone à resserrer les lignes. Rapidement, Elizondo (21) fait le chemin inverse de ses défenseurs et s’excentre pour venir fermer le couloir face au latéral argentin. Cette compensation forcée libère Gago dans l’entrejeu. Pas attaqué, le milieu du Real peut orienter le jeu à sa guise et surtout suivre les actions sans être marqué et devenir le fameux « joueur venu de l’arrière » indispensable pour déstabilise un bloc regroupé. Au milieu de la première mi-temps, Zanetti commence à imiter Zabaleta sur son côté gauche ; de la même façon, il excentre Martinez et permet à l’Argentine de contrôler complètement le ballon dans la moitié de terrain adverse.

But.
Sentant le danger de plus en plus grand, La Volpe demande à Campbell de décrocher de son poste à la pointe de l’attaque costaricienne pour aller se positionner dans la zone de Gago et l’empêcher de lancer le jeu à sa guise. L’attaquant s’exécute et vient se placer entre l’Argentin et ses partenaires de la défense. Néanmoins, dès lors que le ballon rentre dans les 40/35 derniers mètres, il lâche le marquage et laisse Gago naviguer, soit entre les lignes, soit devant le bloc défensif. Sans adversaire direct pour le gêner dans sa course, l’Argentin profitera de cette liberté pour reprendre de volée un ballon sorti par la défense costaricienne. Le gardien repousse mais Aguero suit pour le 1-0.

Deuxième acte – Messi, face au jeu :

Mené au score, le Costa Rica revient sur la pelouse en faisant deux changements. Calvo (2) cède sa place à Brenes (10), censé apporter un soutien plus proche à Campbell devant, alors que Madrigal (11) remplace Martinez (17) poste pour poste. S’en suivent alors vingt minutes terribles pour les Costariciens dont le milieu de terrain est enfoncé à plusieurs reprises par les chavauchées argentines. Bilan, Messi se retrouve lancé face au jeu et à la défense adverse. Massacre, comme sur ce troisième but.

Circuits de passe.
Trouver Messi face au jeu, tel est la condition indispensable pour mettre le double Ballon d’Or dans les meilleurs conditions. Face au Costa Rica, les Argentins ont trouvé plusieurs solutions pour y parvenir, après quelques minutes de flottement (Messi a perdu ses premiers ballons le temps de se retourner et d’enchaîner).

– Première solution : les montées de Zabaleta. Le latéral de Manchester City déborde et remet en retrait pour Messi qui doit ensuite faire la différence tout seul face à un ou plusieurs joueurs, souvent arrêté.

– Deuxième solution : qui peut expliquer le choix de Di Maria en position plus reculée. Un relayeur part en percussion plein axe pour enfoncer le milieu adverse. Messi rentre dans l’axe profiter du champ libéré. Le ballon lui revient d’une quelconque manière : le voilà plein axe à 30/25 mètres des buts adverses, dans l’une de ses positions favorites.

– Troisième solution : la force du nombre. C’est ce qu’il se passe sur le troisième but (en vidéo ci-dessus). En se déplaçant à droite pour travailler avec Gago et Zabaleta, Aguero occupe le joueur qui aurait habituellement suivi Messi. Le reste du bloc costaricien restant bien en place et Messi se tenant intelligemment à l’écart, il est parfaitement placé lorsque le ballon ressort et bénéficie du champ nécessaire pour placer son accélération. Pour ne rien gâcher, l’appel de Di Maria est parfait.

Conclusion :

Si l’on ne s’enflammera certainement pas sur le résultat au vu de la très jeune opposition, l’Argentine a su se rassurer. Plus mobile que Tevez, Aguero offre un complément idéal à Messi, capable de détourner l’attention des défenseurs de ce dernier. Néanmoins, difficile de savoir si la formule marchera lors du prochain match, particulièrement si l’Uruguay et ses excellents jouteurs (comprendre bons dans les duels) se retrouvent sur la route des Argentins. Réponse ce soir, après Chili-Pérou et Uruguay-Mexique.

Vous aimerez aussi...

3 réponses

  1. Neiam dit :

    Génial le site ! Avec lui on se contente pas seulement de regarder mais aussi d’ANALYSER !!!!!!!!!!!!! c’est du super boulot ;)

  2. Merci Neiam. N’hésite pas à en parler autour de toi ;)

  3. Paul-Adrien dit :

    Je viens de voir la rediff’ du match, impressionné par la passe en première intention de Gago à chaque fois. Vers l’avant, à une touche, ça accélère le jeu. J’avais gardé de lui l’image d’un poulet sans tete au Real, mais là, bon ça reste le Costa Rica, mais l’Argentine ressemblait à quelque chose.

    Le choix de placer Di Maria plus bas côté gauche dans ce 4-3-3 était inattendu mais intéressant.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *