Argentine 1-1 Uruguay, l’analyse tactique

Le plus vieux derby du monde a tourné à l’avantage de la Celeste. Dans un match à très haute intensité, l’Uruguay est sorti vainqueur aux tirs au but grâce à un énorme mental et un science de la défense qui lui a permis de tenir près d’une heure en infériorité numérique… Tout en attaquant grâce au travail monstre de Forlan et surtout Suarez.

Les compositions :

Zéro surprise à signaler côté argentin. Sergio Batista reconduit le onze qui a convaincu face au Costa Rica. Messi est toujours à droite sur le tableau noir et Di Maria occupe toujours sa position à l’intérieur du terrain, Aguero évoluant au large : Romero (1) – Zabaleta (3), Milito (6), Burdisso (4), Zanetti (8) – Mascherano (14), Gago (20), Di Maria (7) – Messi (10), Aguero (16), Higuain (9).

En face, l’Uruguay se présente dans le système qui a fait sa force lors du dernier Mondial : un 4-2-3-1 avec les paires-clés dans l’entrejeu (Perez – Rios) et à l’avant (Suarez – Forlan). Alvaro Pereira est titulaire au milieu à la place de Rodriguez : Muslera (1) – M.Pereira (16), Lugano (2), Victorino (5), Caceres (22) – Perez (5), Rios (17) – Gonzales (20), Alvaro Pereira (11) Forlan (10) – Suarez (9)

L’Argentine comme le Barça :

De manière très étonnante, les premières minutes de la partie permettent de découvrir une Argentine qui ressemble fortement au Barça que connaît tant Messi dans le déplacement de ses joueurs à vocation offensive. Devant, à l’instar de Villa et Pedro, Higuain et Aguero occupent des positions excentrées, respectivement à droite et à gauche. Le premier trouve d’ailleurs des espaces en raison de marquage serré (et suivi dans l’axe aussi) de Caceres sur Messi un peu plus haut. Positionné côté droit, le double Ballon d’Or repique comme toujours à l’intérieur à la recherche d’appuis pour progresser dans les 30 derniers mètres. A gauche, Di Maria récupère le rôle du dynamiteur du premier rideau adverse tenu par Iniesta à Barcelone.

Le mimétisme est frappant sur plusieurs mouvements de l’Albiceleste. Néanmoins, il s’arrête à ce quatuor offensif. Car derrière, les latéraux ne suivent que très peu et Gago ne semble pas au même niveau que face au Costa Rica en ce début de rencontre (voir : Argentine 3-0 Costa Rica, l’analyse tactique). Il faut dire que Gonzales et Alvaro Pereira resserrent dans l’axe dès qu’ils le peuvent pour mettre la pression sur la relance argentine. Au passage, l’Uruguay ouvre le score sur coup de pied arrêté grâce à Diego Perez (6e).

Etonnamment, c’est à partir de là qu’il va perdre le fil du match. A sa décharge, il perd aussi un défenseur centrale : touché à la cuisse alors qu’il tentait de stopper un raid d’Aguero côté gauche, Victorino est remplacé par Scotti. Entre la blessure et le remplacement, l’Argentine a déjà égalisé et pris les choses en main. Mis en confiance par sa passe décisive, Messi devient intenable depuis son aile droite. Caceres ne parvient plus à l’empêcher de démarrer. Il faut deux voire trois joueurs supplémentaire pour réussir à le stopper. Zabaleta commence à monter pour profiter des brèches ouvertes dans le couloir droit et Gago profite aussi de cette liberté nouvelle pour suivre les mouvements. La Celeste multiplie les fautes, M. Amarilla distribue les cartons et Diego Perez en ramasser un deuxième. L’Uruguay est à dix et l’Argentine semble en route vers le dernier carré de la compétition. Ou pas.

4-3-2, leur amour :

C’est dans le dernier So Foot : « Raymond explique, schéma à l’appui, pourquoi il ne faut pas revenir à deux lignes de quatre quand on est réduits à dix. » Domenech l’avait fait face à la Serbie avec un excellent résultat au bout. Oscar Tabarez en a fait de même pour le même succès à l’arrivée. Perez expulsé, sa formation passe donc en 4-3-2. Alvaro Pereira et Gonzales se recentre pour soutenir Arevalo Rios, désormais seul à la récupération et évoluant parfois en couverture des deux autres. Ce trio de l’entrejeu coulisse sur la largeur du terrain selon la circulation de balle adverse.

Surtout, il permet à Tabarez de ne pas casser son duo d’attaque Forlan-Suarez. Comme toujours, le premier évolue en soutien du second qui se balade sur tout le front de l’attaque uruguayenne. L’attaquant de Liverpool abat d’ailleurs un travail monstrueux sur la défense argentine, faisant avertir Burdisso, Milito et expulser Mascherano en fin de partie. Depuis son couloir droit, Maxi Pereira apparaît aussi très à l’aise pour remonter les ballons et ensuite soutenir ses deux attaquants. Gonzales et Alvaro Pereira complètent la liste des Uruguayens vus en attaque dans le camp adverse malgré l’infériorité numérique. Sans oublier, évidemment, le danger constant sur les buts de Romero en cas de coup de pied arrêté.

La présence de Suarez et Forlan entre ses deux lignes défensives pousse l’Argentine à ne pas se jeter à l’abordage pour éviter des situations d’égalité numérique, voire même de trois contre deux dans l’axe. Mascherano et surtout Gago n’apparaissent que très peu dans les 40 derniers mètres adverses, les soutiens viennent plus des latéraux, Zanetti et Zabaleta dont les montées permettent à l’Argentine de faire courir le premier rideau uruguayen sur la largeur.

Les faiblesses de l’Albiceleste :

Mais le véritable problème pour les Argentins, c’est qu’une fois passé les 30 derniers mètres, le jeu se concentre dans l’axe. Les latéraux ne sont plus sollicités (ou très peu). Comme évoqué plus haut, Zabaleta et Zanetti sont surtout là pour faire courir le milieu adverse. Entre en jeu à vingt minutes de la fin du temps réglèmentaire, Pastore distille plusieurs changements de jeu qui vont commencer à épuiser le trio axial uruguayen. En sautant un relais vers l’aile opposé, le joueur de Palerme lance à plusieurs reprises Zabaleta, seul sans opposition jusqu’à ce qu’il croise la route du latéral gauche uruguayen. Sauf qu’aucun Argentin ne vient dans cette zone pour jouer le deux contre un. Au contraire, plutôt que de jouer le débordement, l’Argentine s’entête à revenir dans l’axe. Zabaleta libère pour Messi qui repique en cherchant un appui pour rentrer au sein du bloc adverse.

L’Albiceleste se heurte alors au même problème, mais un peu plus haut dans le camp uruguayen… Et face à un 4+3 uruguayen beaucoup plus resserré. L’entrée en jeu de Tevez à la place d’Aguero confirme cette tendance. Alors que le joueur de l’Atletico n’hésitait pas à s’excentrer, Tevez évolue plein axe, prenant au cours des prolongations le rôle tenu par Messi jusqu’à l’expulsion de Mascherano : un rôle de milieu de terrain qui ne lui sied guère. De son côté, Messi récupère alors le rôle de deuxième attaquant derrière Higuain mais se retrouve la plupart du temps à hauteur de ses deux milieux de terrain (Pastore et Tevez). Sans plus de succès, le 4+3 de l’Uruguay fonctionne et s’accorde des moments de répit assez longs grâce à l’énorme travail de Suarez et Forlan devant.

Sentant la fatigue gagnée son entrejeu, Oscar Tabarez fait entrer Eguren et Gargano à la place d’Arevalo Rios et Maxi Pereira à dix minutes de l’issue des prolongations. Quelques minutes plus tôt, Batista avait abattu sa dernière carte : Biglia remplace Gago. L’Argentine réduite à dix après l’expulsion de Mascherano, le technicien ne se permet pas un troisième changement offensif, l’Uruguay est devant dans les têtes.

Conclusion :

Plus les minutes ont passé et plus l’Uruguay a pris confiance. Alors qu’elle semblait impossible à arrêter après l’égalisation de Higuain, emmenée par un Messi exceptionnel, l’Argentine s’est éteinte à petit feu après l’expulsion de Diego Perez. Le 4-3-2 a fonctionné sur toutes les lignes. Suarez et Forlan ont fait douter les défensifs argentins, limitant indirectement leur soutien aux attaques. Arevalo Rios a livré une prestation exceptionnelle au coeur du milieu de terrain et la défense a gagné ses duels. Sans oublier Muslera dans les buts évidemment. Néanmoins, l’exploit n’aurait peut-être pas été possible si l’Albiceleste s’était décidée à mener ses actions à terme sur les ailes. La peur d’être dominée dans les airs peut-être ?

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