APOEL Nicosie 1-0 Lyon, l’analyse tactique

Honteuse ou scandaleuse, le choix semble à faire entre ces deux adjectifs pour qualifier l’élimination de l’Olympique Lyonnais. Après avoir assuré ce qui semblait être l’essentiel -gagner sans prendre de but- à l’aller, les hommes de Rémi Garde sont complètement passés à côté de leur match à Nicosie. Mais il faut dire que les Chypriotes ont livré une prestation quasiment parfaite sur le plan tactique face à un OL sans inspiration ni ressources…

Les compositions :

Après un match aller où ses joueurs ont travaillé avant tout pour limiter l’écart avant le retour -avec succès-, Ivan Jovanovic prend des risques et sort un milieu pour ajouter un attaquant afin d’épauler Ailton. C’est Solari qui en profite pour rentrer dans le onze de départ : Chiotis (22) – Poursaitidis (7), De Oliveira (6), Paulo Gomes (3), Boaventura (98) – Nuno Morais (26), Helder (31), Charalambides (10), Manduca (21) – Solari (9), Ailton (8).

Du côté de l’Olympique Lyonnais, Rémi Garde décide de ne faire qu’un seul changement par rapport à l’équipe qui avait battu l’APOEL au match aller. Le système ne bouge pas et Briand remplace poste pour poste Lacazette, qui avait pourtant été le meilleur Lyonnais du côté de Gerland : Lloris (1) – Réveillère (13), Koné (4), Cris (3), Cissokho (20) – Gonalons (21), Kallström (6) – Briand (19), Ederson (10), Bastos (11) – Lisandro (9).

L’excellente entame de l’APOEL :

Les Lyonnais avaient pourtant été prévenus : les premières minutes allaient être difficiles face à des Chypriotes surmotivés. Mais la motivation a été suivie par les actes, car les locaux ont débuté la rencontre avec un plan de jeu bien défini et qui a immédiatement mis l’Olympique Lyonnais dans la difficulté. En cause, la présence de deux attaquants pour peser sur la défense centrale Cris-Koné.

Pour pouvoir créer des situations de duels entre les défenseurs centraux de l’OL et leurs attaquants, les Chypriotes ont fait appel deux solutions. Sur chaque ballon récupéré dans sa surface, Chiotis -le gardien de but- a d’abord privilégié des relances rapides vers Ailton dont les appels excentrés profitaient des montées des latéraux lyonnais. Comme à l’aller, l’OL a conservé l’assise Gonalons-Kallström dans l’axe, libérant les latéraux mais créant aussi des espaces pour les attaquants adverses dans le dos de ces derniers. Solari est resté le plus proche de la zone de la retombée du ballon pour offrir un relais à Ailton et les deux milieux excentrés remontaient dans le même temps le terrain pour offrir eux aussi leurs soutiens.

En cas d’impossibilité de relance rapide et longue, l’APOEL a d’abord cherché à travailler dans sa moitié de terrain. L’objectif était alors de limiter les prises de risque de la part de ses joueurs de transition (latéraux et milieux axiaux) pour ne pas se retrouver en situation de se faire contrer. Six joueurs -défenseurs, latéraux et milieux axiaux- ont donc échangé ensemble dans leur camp, formant des triangles liés par la qualité technique de Helder Sousa et Nuno Morais dans l’entrejeu, tout deux capables de sauter des relais. L’objectif de ce petit groupe était de libérer l’un d’entre eux afin que celui-ci puisse ajuster une ouverture correcte dans le camp adverse pour démarrer vraiment une attaque directement dans les 30 derniers mètres lyonnais.

A la réception de la passe, censée donc traverser l’entrejeu, Ailton et Sousa avaient d’abord un duel à remporter avant que le jeu ne puisse se développer. Intelligemment, Manduca et Charalambides repiquaient dans l’axe pour être à la réception de leurs déviations ou mettre la pression sur les seconds ballons, disputant dans ce second cas les duels avec les milieux lyonnais (Kallström-Gonalons). Cette présence permettait aussi parfois aux milieux axiaux de l’APOEL de se joindre au pressing sur leurs homologues lyonnais pour récupérer des ballons ou les pousser à la faute. Ces derniers (toujours Kallström et Gonalons) se sont aussi retrouvés gênés en phase défensive : s’ils sortaient sur les milieux de l’APOEL, la défense pouvait se retrouver sans protection plein axe (voir ci-dessus). S’ils restaient collés à celle-ci, l’APOEL pouvait faire tourner le ballon à loisir dans son camp en attendant l’ouverture.

L’ouverture du score rapide, intervenant d’ailleurs sur un duel remporté par Ailton et un soutien rapide et dans l’axe de Charalambides, a conforté l’APOEL dans sa configuration et son projet de jeu : inutile de prendre des risques alors que le retard concédé à l’aller était déjà rattrapé. Et la fébrilité de la défense lyonnaise rendait sans doute les Chypriotes optimistes quant à leurs opportunités pour en mettre un deuxième.

Présence dans l’axe et pression sur les ailes :

Pour l’APOEL, il fallait dès lors veiller à bien défendre pour ne pas voir les espoirs de qualification s’envoler. Pour cela, deux choses ont été prépondérantes durant les 120 minutes de jeu. La première, et cela s’est poursuivi jusque dans les prolongations, ce fut la suprématie de la défense dans sa surface de réparation. Les Chypriotes ont quasiment réalisé un sans-faute à ce niveau-là, ne laissant aucune occasion facile aux Lyonnais. La deuxième, ce fut un pressing intelligent sur la relance lyonnaise. Celui-ci s’est mis en place sur les ailes grâce à une grosse présence chypriote dans l’axe -les deux attaquants et les deux milieux excentrés qui repiquaient pour être sur les seconds ballons et gêner les milieux lyonnais ont obligé l’OL à écarter sur leurs latéraux sous peine de se retrouver sous pression.

Résultat, les remontées de balle sont souvent passés par les côtés pour les Lyonnais, à gauche en particulier. Dans ces situations, l’APOEL changeait son organisation pour passer en losange dans l’entrejeu. Helder Sousa évoluait plus haut pour prendre le milieu axial le plus proche de l’action (ci-dessus, Kallström). Dans son dos, Nuno Morais s’occupait lui de suivre les déplacements d’Ederson. Derrière, le marquage offrait l’avantage numérique aux Chypriotes avec un quatre contre trois (les quatre défenseurs face à Lisandro -suivi dans ses décrochages-, Bastos sur l’aile gauche et Briand à droite).

Sur la capture d’écran ci-dessus, il faut particulièrement noter que toutes les passes courtes et au sol entre les Lyonnais chargés de la transition et de l’attaque (en violet et en rose) peuvent être coupées. Cissokho-Bastos (hors-champ) : par Charalambides – Cissokho-Kallström : par Ailton avec en plus Helder au marquage dans le dos du Suédois – Kallström-Gonalons : par Solari. Gonalons-Reveillère : par Manduca. Kallström-Ederson : par Helder au marquage. Kallström ou Gonalons-Briand : par Manduca.

L’OL pèse à l’intérieur :

Outre le fait que l’APOEL a connu des temps faibles durant ce match, l’OL a quand même réussi à trouver un moyen pour réussir à franchir ce rideau très compact qui s’opposait à lui dès lors qu’il se retrouvait excentré. Et c’est passé par l’ajout d’une deuxième solution (en plus d’Ederson) à l’intérieur du terrain, entre les lignes de l’APOEL, de manière à profiter des sorties de Helder de la ligne des milieux.

Lisandro a été le premier à faire ce travail de décrochage pour offrir une deuxième solution sur la même ligne qu’Ederson (et donc de Nuno Morais). Mais l’Argentin était marqué de près par De Oliveira. Dès lors, le jeu de l’OL s’est déséquilibré pour insister sur un côté fort. Et entre la tendance naturelle de Lisandro à dézoner dans ce couloir et le pied de Bastos, c’est l’aile gauche que son jeu s’est penché. Logiquement, c’est Briand qui s’est chargé de rentrer à l’intérieur du terrain depuis son aile droite pour offrir une solution supplémentaire à Ederson et aux milieux. Les ballons étaient ensuite ressortis sur l’aile gauche où la paire Cissokho-Bastos pouvait tenter le deux-contre-deux ou servir Lisandro qui plongeait entre l’axial et le latéral droit. A Ederson et Briand d’apporter ensuite le poids dans la surface adverse. Mais la plus grosse occasion lyonnaise dans cette situation est finalement revenue à Bastos.

En cours de deuxième mi-temps, le Brésilien a été replacé dans le couloir droit –comme au match aller-. Gomis est entré en jeu pour offrir un point de fixation beaucoup plus difficile à maîtriser pour la défense de l’APOEL -qui s’y est adapté au bout de quelques minutes d’ailleurs, voir par ailleurs-. L’attaquant lyonnais a mieux résisté dans les duels face aux centraux adverses et s’est donc révélé plus facile à trouver pour les relanceurs. Le jeu s’est développé autour de lui, ressortant ensuite côté droit pour Bastos et Réveillère. L’entrée en jeu de Lacazette durant les prolongations a confirmé cette donne : l’OL jouait alors son va-tout sur l’aile droite avec un Gomis désormais plus haut pour peser sur la défense et un duo Lisandro-Lacazette pour accélérer le jeu entre milieux et défenseurs (l’un offrait un relais au sol, l’autre apportait sa force de percussion), l’ensemble cherchant à créer des décalages pour Bastos ou Réveillère avant de suivre les actions dans la surface. Mais les centres n’ont pas trouvé preneurs, malgré quelques flottements dans la surface de Chiotis.

Pendant ce temps, le bloc défensif de l’APOEL en a profité pour s’adapter à ces dernières offensives lyonnaises. L’entrée en jeu de Marcinho a notamment changé la donne devant, faisant passer l’équipe en 4-2-3-1. Comme à l’aller, la formation chypriote a alors alterné entre 4-2-3-1 et 4-3-3 : lorsque Kallström et Gonalons avaient la balle, ils se retrouvaient face à deux joueurs empêchant une passe verticale vers Lisandro ou Briand/Lacazette (Marcinho et Helder puis Alexandrou). Puis une fois le ballon passé de l’axe vers l’aile, l’APOEL repassait en 4-2-3-1 avec Marcinho en relais vers Ailton et deux joueurs pour protéger la défense centrale.

Conclusion :

Si les comptes doivent être faits, ils sont sans équivoque. Si aucune des deux équipes n’a mis K.O son adversaire avant le dernier round des tirs au but, l’APOEL a affiche plus grande maîtrise tactique. Sur les quatre mi-temps qui ont été disputés, l’OL n’a semblé réussir à entreprendre ce qu’il souhaitait qu’une seule fois : lors de la deuxième mi-temps à Gerland. Sinon, dans les trois autres, il a semblé sans solution face un APOEL Nicosie qui, sans être d’un grand talent, s’est montré assez sérieux et cohérent pour profiter de ce qui a finalement été pour lui un excellent tirage au sort.

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2 réponses

  1. aziz dit :

    Pour avoir vu le match, cette équipe de Nicosie ne me semble pas mauvaise du tout. Elle me rappelle -évidemment- l’équipe de Grèce 2004. C’est vrai que Lyon a joué en dessous de son vrai niveau (surtout au niveau de l’engagement physique), mais les Nicosiens (?) ont les fondamentaux : technique sûre, rigueur tactique, engagement physique (ils ont tenus 120min à ce niveau!). Ils peuvent en faire chi…bien d’autres.
    Sinon, on peut se poser des questions sur ce mal récurrent des équipes française (EN compris) à souffrir face à des équipes supposées plus faibles mais qui en veulent. Je crois que c’est dû au fait qu’on anticipe pas assez sur le plan psychologique: On ne sait pas préparer les joueurs à ce genre de match où il faut se persuader de jouer quand même à fond.

  2. samirhenry dit :

    @ aziz: le mal face a des équipes supposés plus faibles, comme si l’OL aurai aimé jouer le Barca au lieu de Nicosie! mdr
    Bernard Lacombe l’a dit il y a quelque jours, c’est une équipe de sénateurs l’OL de cette année. La mascarade continue pour le foot français en LDC, pffffffff. d’ailleurs welah, j’admire le fait que floriant garde tout son calme pour nous proposer une analyse tactique a la hauteur, tellement les lyonnais nous ont livré un non-match! Chapeau Floriant

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