Angleterre 1-2 France : l’analyse qui en fait plus que les Anglais

Un peu plus d’une décennie plus tard, les Bleus ne sont peut-être plus champions du monde mais restent au moins maître à Wembley, dans le nouveau qui plus est. Pour terminer l’année, les hommes de Laurent Blanc se sont offerts une victoire de prestige face aux Three Lions de Fabio Capello. Evidemment, le prestige ne sera que sur le papier et pour les fous furieux de la rivalité franco-anglaise (Jeanne d’Arc tout ça). Car sur le terrain, les boys de Capello ont été en-dessous de (presque) tout pendant 75 minutes. Retour sur et analyse de ce match très amical.

La première mi-temps :

Très bonne surprise au coup d’envoi côté français avec la présence de Gourcuff et Nasri ensemble dans l’axe devant M’Vila en sentinelle : un 4-3-3 donc avec Valbuena et Malouda sur les côtés, Benzema en pointe et une défense Sagna, Rami, Mexès, Abidal et un Lloris capitaine dans les bois. De quoi jouer au football convenablement ! Côté anglais, c’est un peu moins évident : le 4-2-3-1 installe Carroll en pointe devant Gerrard, Milner et Walcott dans les couloirs, la paire Barry-Henderson à la récupération et une défense à quatre dont trois stoppeurs (Jagielka à droite, Ferdinand, Lescott dans l’axe et Gibbs à gauche).

Dès les premières possessions de chaque côté, on distingue immédiatement les deux projets de jeu. Côté français, les lancements de jeu se font dans l’axe avec les mouvements incessants et les combinaisons de Malouda, Gourcuff, Valbuena et Nasri : une-deux, jeux en triangle, fausses pistes, les combinaisons sont nombreuses et effacent littéralement la première ligne défensive anglaise, bien gênée aussi par les montées de Sagna et Abidal qui étirent le bloc anglais. Quand il s’agit d’attaquer, ce dernier fait dans le basique : on cherche en priorité la tête de Carroll qui tente ensuite de dévier sur Milner, Walcott ou Gerrard qui lui tournent autour.

Les Anglais n’y sont pas. Benzema s’amuse à l’entrée de la surface avant de solliciter Malouda qui lui remet en une touche dans la surface : les défenseurs filment et Benzema frappe au premier poteau, 1-0 (voir le but). Plus largement, ce manque d’agressivité est particulièrement flagrant dans l’entrejeu où Barry et Henderson encaissent les vagues françaises sans réagir. A leur décharge, ils pouvaient difficilement faire mieux. Explications.

Ci-dessus, nous sommes dans une situation où la France a le ballon. Les quatre milieux « offensifs » sont dans l’axe et mettent le duo Barry-Henderson en infériorité numérique. Milner et Walcott, les deux ailiers anglais qui pourraient eux aussi rentrer dans l’axe pour aider leurs récupérateurs, sont eux aux marquages de Sagna et Abidal. Dernier soutien possible au milieu anglais, Gerrard était sur la même ligne que Carroll lors de la relance française. Le reste du bloc ne suivant pas, il était éliminé sur la première passe et ne revenait jamais ensuite. A signaler aussi, les mouvements de Benzema vers les ailes pour étirer la défense adverse.

Incapable de presser, les Anglais ont autant de mal à conserver le ballon. Mis à part sur une poignée de phases construites (montée des latéraux, stoppeurs qui s’écartent et relancent au sol dans le couloir, milieux axiaux qui couvrent dans l’axe), tout tourne autour des duels remportés par Andrew Carroll. Et le Magpie domine régulièrement ses adversaires directs dans les airs, que ce soit Rami, Mexes ou M’Vila. Le vrai problème se situe après la déviation : soit elle est dans le vide, soit les choix ne sont pas bons (tir de Milner malgré deux solutions de passe, 27e). Walcott se signale par sa pointe de vitesse face à Abidal mais rien n’inquiète Lloris.

La deuxième mi-temps :

Alors que Sakho remplace logiquement Mexes côté français, Capello change ses plans et décide de faire trois changements. Jagielka quitte le couloir droit où il a pris l’eau pendant 45 minutes pour retrouver l’axe et laisser sa place à Richards, un stoppeur devenu spécialiste du poste à Man City. Gerrard prend la place de Barry aux côtés de Henderson et Milner glisse à la place de Gerrard en soutien de Carroll. Les deux ailiers changent aussi : Young rentre à gauche et Johnson en fait de même à droite pour former un couloir 100% Citizen (avec Richards).

Et justement, c’est ce côté droit qui va poser des problèmes à l’équipe de France au fil des minutes en s’opposant au couloir le plus efficace des Bleus lors de la première mi-temps. Alors que Jagielka évoluait comme un véritable stoppeur en jouant très bas dans son couloir, Richards se montre plus agressif et intercepte de nombreux ballons au niveau du milieu de terrain. A partir de là, c’est tout le bloc anglais qui évolue un cran plus haut grâce à ce genre de récupérations. Petit problème, Gibbs n’est pas aussi efficace sur le flanc gauche et se fait déborder sur le second but français par une combinaison classique ailier/milieu/latéral (voir le but).

Dans le même temps, les sélectionneurs font tourner leur effectif. Côté français, l’équipe perd en qualité devant avec les entrées de Rémy (Benzema out), Hoarau (Gourcuff) et Malouda (Payet). Nasri se créera en solo la dernière occasion française depuis l’aile droite sur laquelle il s’est retrouvé après la sortie de Valbuena au profit de Diarra. L’entrée du Bordelais va d’ailleurs déstabiliser l’arrière-garde française pendant quelques minutes, le temps que l’équipe se réorganise avec notamment un M’Vila plus haut et plus agressif sur le porteur de balle et des repères à prendre avec la charnière Rami-Sakho.

Ces petits réajustement, les Anglais vont en profiter dans le dernier quart d’heure. Le cas de Richards a déjà été évoqué derrière. Au milieu, Gerrard est plus à l’aise et réussit quelques projections vers l’avant en sollicitant Milner qui n’hésite pas à s’excentrer pour trouver des angles de passe intéressants. Sur les côtés, si Young reste transparent à gauche, Johnson provoque beaucoup et pose pas mal de problèmes à Abidal. Les entrées de Bothroyd (Carroll out) et de Crouch (Gerrard) vont faire basculer les duels dans le camp français en faveur des Three Lions. Crouch fuit Diarra et réduit le score. Wembley pousse mais le score ne bouge plus.

A l’arrivée, les Français ont réalisé une prestation intéressante sur le plan offensif qui pourrait leur servir au moment d’affronter des équipes regroupées (et qui ne pressent qu’au dernier moment). Défensivement, l’équipe a en revanche généralement souffert dans les duels, un souci qui s’est ensuite retrouvé sur plusieurs coups de pied arrêtés anglais qui ont pu inquiéter Lloris.

Gourcuff-Nasri, alors ?

Un peu plus d’un mois après mon article sur le sujet (voir l’article), Gourcuff et Nasri ont enfin débuté un match ensemble sous le maillot bleu. Mieux, ils ont débuté tous les deux dans l’axe dans un 4-3-3 alors que Nasri était à droite et Gourcuff en soutien de l’attaquant face à Luxembourg. S’ils n’ont pas énormément combiné ensemble, ce premier match a au moins distribué les rôles et les zones de jeu. Sur la largeur, Gourcuff penche plutôt à droite et Nasri à gauche. Plus intéressant, le Lyonnais évolue généralement plus bas que le Gunner.

En clair, voilà ce que cela donnerait si l’on devait schématiser grossièrement le partage des tâches entre les deux hommes. Gourcuff redescend jusque dans son propre camp pour jouer avec ses défenseurs et aider à la relance tandis que Nasri est plus porté vers l’avant et son attaquant de pointe. Deux rôles qui leur conviennent plutôt bien à première vue. A revoir face au Brésil !

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *