Angleterre 1-1 France (Mondial féminin), l’analyse tactique

C’est une première dans son histoire : l’équipe de France féminine atteint le dernier carré d’une Coupe du Monde. Maîtres du ballon du début à la fin de la rencontre, elles ont toutefois failli payer leur manque d’efficacité devant. Heureusement, Elise Bussaglia s’est muée en sauveuse en égalisant dans les toutes dernières minutes du temps réglementaire. Analyse.

Les compositions :

Après la parenthèse allemande (voir : France 2-4 Allemagne, l’analyse tactique), Bruno Bini relance son équipe-type pour ce quart de finale. Bompastor, Viguier, Abily et Delie font leurs retours dans le onze de départ. Sapowicz suspendu, Deville prend place dans les buts : Deville (1) – Lepailleur (11), Viguier (20), Georges (4), Bompastor (8) – Soubeyrand (6), Bussaglia (16) – Abily (10), Thiney (17), Necib (14) – Delie (18).

Côté anglais, Hope Powell n’a aucune absence à déplorer au moment de composer son onze de départ. Face aux Françaises, elle oppose un 4-2-3-1 avec un intéressant duo Williams – Scott dans l’entrejeu. A noter que beaucoup de joueuses évoluent aux Etats-Unis : Bardsley (1) – A.Scott (2), White (5), Stoney (6), Unitt (3) – Williams (8), J.Scott (4) – Carney (12), Smith (10), Yankey (11) – White (9).

De la domination française :

D’entrée de jeu, et jusqu’au coup de sifflet final, les Françaises ont dominé la rencontre et maîtrisé le milieu de terrain. Incapable de ressortir convenablement les ballons, l’Angleterre s’est très vite retrouvée obligée de balancer les ballons vers la seule White devant. La raison : l’énorme travail défensif du quatuor offensif français.

Surnombre.
Delie, Thiney, Necib et Abily. Si ces quatre joueuses sont à la base de tous les mouvements offensifs français, elles sont aussi les premières à défendre une fois le ballon perdu. Le duo Williams – Scott, présent devant la défense anglaise, l’a appris à ses dépens. Les Français ont rapidement fait de cette zone leur terrain de jeu, pressant la relance anglaise pour récupérer les ballons le plus haut possible. Voyant ses coéquipières en infériorité numérique (3 contre 2), Smith (10) a dû quitter son poste en soutien de White pour aller prêter main forte à ses milieux. Mais cela n’a pas suffit pour permettre aux Anglaises de se sortir du pressing français, Bussaglia suivant les décrochages de son adversaire direct pour aller elle aussi mettre la pression. Soubeyrand reste elle en retrait pour couvrir ses partenaires du milieu de terrain et remonter les ballons gagnés par la défense centrale française.

Coupée en deux.
Résultat de ce gros travail des Françaises dans la première moitié de leur propre camp, les Anglaises n’ont plus que deux solutions : balancer sur White prise entre Georges, Viguier et Soubeyrand ou passer par les côtés pour trouver leurs deux joueuses de couloir (Yankey, 11 et Carney, 12). Ici aussi, les deux joueuses se retrouvent serrées de près. Bompastor et Lepailleur se montrent très agressives au marquage et empêchent leurs deux adversaires de se mettre dans le sens du jeu. Au final, les incursions anglaises se font très rares, les Françaises dominant la grande majorité des duels disputés dans leur moitié de terrain. Jusqu’à cette fameuse 59ème minute où Scott profite d’un mauvais placement de Viguier et Lepailleur pour aller ouvrir le score d’une belle frappe qui lobe Deville.

Du manque d’efficacité français :

Ce but encaissé vient punir des Françaises aussi efficaces à la récupération que maladroites dans les enchaînements. En cause, beaucoup de déchets techniques devant et un soutien sans doute insuffisant des joueuses venus de l’arrière.

Infériorité numérique.
Se sachant dominées au milieu de terrain, les Anglaises décident rapidement de ne prendre aucun risque au moment de relancer. Les quatre joueuses à vocation défensive ainsi que les deux milieux de terrain (trois si l’on compte Smith et ses décrochages) ne sortent que lorsque le ballon est dans le camp adverse. En d’autres termes, si le quatuor offensif français (+ Bussaglia) gagne un ballon dans l’entrejeu, il se retrouve immédiatement en situation d’infériorité numérique, avec six ou sept joueuses anglaises entre elles et les buts gardées par Bardsley. Les Françaises étant en plus resserrées dans l’axe (situation post-pressing), elles évoluent sur la même ligne, n’ont que très peu d’espaces pour combiner et la plupart du temps, elles s’en remettent à des ballons en profondeur pour la seule Delie. Les montées de Bompastor et Lepailleur sur les ailes auraient pu apporter un plus intéressant sur les côtés. Mais sans joueuse devant elle pour dédoubler, elles se contentent de centres en profondeur sans éliminer d’adversaires parmi les six défensives anglaises. Du coup, celles-ci sont toujours en surnombre (six contre quatre) et renvoient ces tentatives sans grande difficulté.

Coaching.
Menée au score à l’heure de jeu, la France doit tout donner pour revenir au score. Première nouveauté, Bussaglia (15) suit désormais les offensives des Bleues dans l’axe. Quelques minutes plus tard, Bruno Bini fait sortir Soubeyrand (6) et la remplace par Thomis (12). La Lyonnaise s’installe sur l’aile droite, replaçant Abily dans l’axe pour former une paire (enfin) offensive avec Bussaglia. Durant les dernières minutes de la partie, Thomis enfonce plusieurs fois le côté gauche de la défense anglaise au point que Hope Powell répliquent à ce changement en remplaçant ses deux latérales. Finalement l’égalisation intervient sur un centre en profondeur de Bompastor. Comme souvent, l’Angleterre se dégage mais cette fois, Bussaglia est plus haut et présente sur le second ballon. La suite est connue. Fatigués, les Françaises baisseront ensuite le rythme durant les prolongations malgré les percussions de Thomis et Le Sommer (entrée à gauche pour faire la même chose que la première citée à droite). Pas grave, la réussite fera le reste lors de la séance de tirs au but.

Conclusion :

Sans le ballon, l’équipe de France a réalisé le match parfait, coupant rapidement la relation défense-attaque pour asphyxier son adversaire. Néanmoins, le déchet dans l’animation, autant causé par le rendement insuffisant de certaines (Necib) que par le retard des soutiens, a failli lui coûter très cher. Heureusement, la pièce est tombée du bon côté. Rendez-vous désormais mercredi face aux Etats-Unis pour une nouvelle opposition de style face à une formation supérieure à l’Angleterre.

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