Comment l’Italie a dominé l’Angleterre ?

Si elle a dû attendre la loterie des tirs au but pour se qualifier pour les demi-finales de l’Euro, l’Italie a récité une superbe partition dimanche soir face à l’Angleterre. Dominatrice dans le coeur du jeu, la Squadra Azzurra a su contenir son adversaire pour contrôler dans sa grande partie le rythme de la rencontre. La raison ? Sa capacité à toujours trouver une réponse dans l’entrejeu pour répondre à ce que peut lui proposer son adversaire.

L’opposition :

Pas de surprise pour Cesare Prandelli en début de rencontre, l’Angleterre s’est présentée dans son schéma de jeu habituel. Quelques petites différences étaient néanmoins à signaler par rapport à l’équipe qui avait affronté les Bleus durant la phase de poules : le retour de Rooney dans le onze de départ et le repositionnement en conséquence de Young sur l’aile gauche, en lieu et place de Oxlade-Chamberlain. Sur le plan du jeu en revanche, pas de changement : les Anglais ont débuté la rencontre avec l’objectif de rester bien en place dans leur camp, abandonnant la possession de balle à leurs adversaires.

Pour trouver des solutions face à la défense anglaise, Cesare Prandelli avait lui fait le choix du milieu en losange, rendu évident par le forfait de Chiellini en défense. Par rapport à la dernière sortie de l’Italie face à l’Irlande, Montolivo remplaçait Thiago Motta dans l’entrejeu et Balotelli retrouvait sa place de titulaire en lieu et place de Di Natale. Pour rappel, voilà le onze de départ au complet : Buffon (1) – Abate (7), Barzagli (15), Bonucci (19), Balzaretti (6) – Pirlo (21), De Rossi (16), Marchisio (8), Montolivo (18) – Cassano (10), Balotelli (9).

Le pressing :

Comme évoqué précédemment, les Italiens ont débuté la rencontre par une longue phase de possession de balle, où ils ont pu mettre en place leurs circuits dans la moitié de terrain anglaise. Pour assurer les premières passes, Pirlo décrochait pour récupérer le ballon de ses défenseurs centraux. La défense anglaise évoluant assez bas pour limiter les solutions en profondeur, le milieu de la Juve envoyait ensuite le jeu sur les ailes où milieux de terrain et latéraux se couvraient mutuellement (Marchisio et Abate à droite, De Rossi et Balzaretti à gauche). Parmi eux, un seul se projetait vers l’avant pour rentrer dans les 30 derniers mètres anglais et participer à la création de décalages grâce au soutien de Montolivo et de Cassano, venant tous les deux de l’axe et dont le jeu court permettait d’accélérer la vitesse du ballon à l’approche de la surface adverse. Dans l’axe, seul Balotelli semblait plus déconnecté du jeu de son équipe, se comportant comme l’attaquant de pointe, chargé de peser sur l’axe Terry-Lescott.

Si le ballon était perdu, l’Italie lançait alors un pressing intense pour empêcher l’Angleterre de ressortir de sa moitié de terrain au sol. Les joueurs participant à la construction récupéraient le marquage des Anglais susceptibles de se projeter vers l’avant pour mener la contre-attaque (latéral, milieu axial), tandis que le joueur resté en couverture du couloir mettaient lui la pression sur le milieu excentré adverse, capable d’offrir un relais à ces derniers. La capture ci-dessous est assez parlante à ce niveau : sur cette action, De Rossi (resté en couverture) sort sur Milner, tandis que Balzaretti (monté aux avants-postes) se replie pour suivre la course de Johnson. Dans l’axe, Montolivo et Marchisio sont en place et sur les deux milieux de terrain axiaux que sont Gerrard et Parker. Hors-champ, c’est un quatre contre deux qui se joue dans le camp italien avec Pirlo devant Abate, Barzagli et Bonucci face à Rooney et Welbeck.

L’alliage Pirlo-De Rossi :

Complètement sevré de ballons, le milieu de terrain anglais s’est réveillé après la magnifique frappe de l’extérieur du pied de De Rossi, qui a terminé sa course sur le poteau de Joe Hart. Dominés par le jeu en mouvement des Italiens sur les ailes, les Anglais étaient contraints à défendre en reculant, concédant beaucoup de champ devant leur premier rideau défensif (Rooney ne revenant pas à hauteur pour suivre les montées de Pirlo ou De Rossi). Dès lors, les joueurs de Roy Hodgson se devaient d’être plus conquérants dans l’entrejeu sous peine de concéder d’autres situations dangereuses, où les milieux italiens auraient bénéficié du champ libre pour retenter leurs chances. Ils ont du coup fait le choix d’aller chercher les Italiens plus haut, afin de diminuer la qualité des sorties de balle, via Pirlo, vers les ailes. Conséquence, Rooney et Welbeck ont resserré le marquage sur la plaque tournante de la Squadra Azzurra et le bloc défensif a avancé d’une dizaine de mètres, positionnant le premier rideau derrière le rond central, voire plus haut face aux premières passes adverses (voir ci-dessous).

Rooney et Welbeck cherchant à couper la relation entre Pirlo et ses défenseurs centraux, l’Italie a trouvé un deuxième circuit de relance grâce à l’apport dans l’axe de Daniele de Rossi. Extrêmement efficace dans l’orientation du jeu, le Romain a à son tour décroché à hauteur de son patron dans l’entrejeu pour proposer une solution supplémentaire, faisant ainsi sauter le travail des deux attaquants anglais qui tentaient de diminuer le nombre de ballons touchés par Pirlo. Suivi mais non-pressé par Milner, De Rossi pouvait faire office de relais entre ses défenseurs et son meneur, voire se charger lui-même ensuite de l’orientation du jeu en restant dans l’axe aux côtés de ce dernier. L’apport de De Rossi dans l’axe a aussi libéré des espaces pour Balzaretti sur l’aile gauche, celui-ci se retrouvant avec le seul Johnson pour adversaire direct. Une situation qui a pu lui offrir du champ libre pour progresser dans son couloir, Johnson ne sortant que rarement au pressing pour ne pas prendre le risque de voir Cassano, Montolivo ou Balotelli plonger dans son dos.

Balade sur la largeur :

Une fois les premières passes effectuées et le ballon libéré aux abords de la ligne médiane, la paire Pirlo-De Rossi a vu plusieurs solutions se présenter à elle. Pendant plusieurs minutes en début de partie, Pirlo a d’abord profité du non-pressing des milieux anglais (et du non-repli de Rooney ou Welbeck afin de le gêner) pour chercher ses attaquants dans la profondeur, par-dessus la charnière Terry-Lescott. L’Angleterre reculant après quelques alertes, les Italiens se sont à nouveau installés dans le camp adverse et ont opté pour la patience, en usant au maximum de la largeur du terrain. Pour rappel, le premier rideau défensif anglais est très compact afin de limiter les possibilités de passe entre les lignes. Les Français l’avaient d’ailleurs appris à leurs dépens. A l’inverse de ces derniers, les Italiens ont fait le choix de faire courir leurs adversaires en monopolisant le ballon avant de chercher la faille. Pirlo et De Rossi ont ainsi fait profiter de leur capacité à sauter des relais pour renverser le jeu d’un couloir à l’autre dans l’entrejeu. Bénéficiant là encore d’une grande liberté laissée par les attaquants anglais, les deux hommes ont multiplié les transversales, de Abate à Balzaretti, obligeant les milieux anglais à multiplier les courses pour couvrir la largeur du terrain (voir ci-dessous).

Il est à noter qu’à la sortie de De Rossi (80e), son rôle de co-organisateur du jeu aux côtés de Pirlo a été partagé par Montolivo, qui multipliait les décrochages de sa position de meneur de jeu avancé. L’Italie dominait alors complètement son sujet et le futur milieu du Milan travaillait surtout devant le rond central, dans le camp anglais. Sur le plan du coaching, l’entrée en jeu de Diamanti (78e) et de Maggio (91e) a aussi insufflé un nouvel élan à la Squadra, qui a penché vers la droite durant la prolongation. Face à des Anglais fatigués de leurs efforts sans interruption et désormais incapables de sortir de leur moitié de terrain, la Nazionale a déroulé sur cette aile grâce à l’apport des deux entrants : Maggio occupait le couloir et Diamanti revenait à l’intérieur pour se mettre sur son pied gauche. L’attaquant de Bologne a ainsi beaucoup tenté, notamment à mi-distance mais Hart est resté vigilant dans ses cages.

Des points faibles ?

Evidemment, après avoir aussi bien maîtrisé l’entrejeu, il apparaît anormal que l’Italie n’ait pas réussi à se qualifier avant la séance de tirs au but. Manque de réalisme ou de réussite, difficile à dire, toujours est-il que l’animation offensive de la Nazionale lui a permis de se créer plusieurs grosses occasions non-concrétisées (Balotelli et De Rossi notamment). Néanmoins, elle aurait peut-être pu s’en créer plus si elle avait forcer sa chance en apportant plus de présence dans la surface de réparation anglaise. Avec un De Rossi organisateur aux côtés de Pirlo, il a parfois manqué un joueur devant pour être présent avec Balotelli à la finition alors que Cassano, Montolivo ou Marchisio construisaient les actions. L’entrée en jeu de Nocerino, beaucoup plus offensif et box-to-box que le Romain, aurait d’ailleurs pu être décisive, le Milanais perdant un face-à-face avec Hart avant de se voir refuser un but pour une position de hors-jeu. Dans les deux, c’est sa projection vers l’avant, en tant que milieu excentré à l’opposée de l’action, qui a fait la différence et offert une occasion de but.

Cesare Prandelli l’a certainement noté et il ne serait pas étonnant de voir plus de projections de la part joueurs non-concernés par la construction des actions au vu de ses récentes déclarations : « (Contre l’Allemagne) nous devons prendre des risques et pas défendre dans notre surface de réparation. Je préfère prendre un but en contre-attaque plutôt que passer 20 minutes à souffrir. » Sans doute la meilleure des solutions pour l’Italie car celle-ci a quand même montré quelques signes de faiblesse lorsqu’elle est poussée à défendre. Elle a notamment eu du mal à contenir les montées de Johnson depuis son couloir droit : en phase défensive, De Rossi se recentrait pour aider Pirlo ce qui libérait le latéral de Liverpool du marquage, lui permettant de se lancer balle au pied (Milner occupant lui Balzaretti). Ce souci pourrait toutefois être résolu par le repli de Balotelli ou de Cassano face aux montées des défenseurs adverses.

Vous aimerez aussi...

5 réponses

  1. L’italie a une excellente équipe je vois pas en quoi elle est diminuée selon les observateurs !
    Le quatuor du milieu a été très très bon. Une équipe assez jeune et expérimentée !

  2. Bonjour.

    Bravo à l’Italie pour ce match !

    Cordialement.

    Guillaume du site infofoot.info

  3. TitiHenry dit :

    pk mon commentaire n’est pas affiché ?

  4. Cyrille dit :

    Bonjour,

    A 13 ans, intéressé par la tactique, c’est un vrai plaisir et un réel enrichissement de lire tes articles.

    Continues, et merci !

  1. 3 juillet 2012

    […] l’axe afin d’empêcher à Pirlo et De Rossi de prendre possession du milieu de terrain comme ils avaient pu le faire face à l’Angleterre. Pour rappel, en quart de finale, le Romain (axial gauche dans le losange de Prandelli) revenait […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *