Saint-Etienne 1-0 Rennes, l’analyse tactique

s32 ans que le Forez attendait ça : l’AS Saint-Etienne a enfin soulevé un trophée après avoir battu Rennes hier soir en finale de la Coupe de la Ligue. Sans être brillants, les Stéphanois ont construit leur succès en première mi-temps grâce à un milieu de terrain très efficace au pressing et à la récupération. Ils ont ensuite géré leur avantage en deuxième mi-temps, profitant d’adversaires manquant cruellement d’inspiration offensive.

Compositions et systèmes :

Pour ce grand rendez-vous, Christophe Galtier pouvait compter sur un groupe au complet si l’on excepte les blessés de longue date (Clément en tête). C’est donc l’équipe-type de ces dernières semaines qui a débuté la rencontre, avec notamment le trio Guilavogui-Cohade-Lemoine dans l’entrejeu (Ruffier – Clerc, Zouma, Perrin, Brison – Guilavogui, Lemoine, Cohade – Mollo, Aubameyang, Brandao). Côté rennais, Frédéric Antonetti devait se passer des services de Théophile-Catherine, touché au pied droit. Mavinga a récupéré sa place sur la gauche de la défense rennaise, aux côtés de Kana-Biyik, Boye et Danzé, titulaire après une semaine d’incertitude (Costil – Danzé, Boye, Kana-Biyik, Mavinga – Makoun, Pajot – Diallo, Féret, Pitroipa – Erding).

Saint-Etienne a débuté dans son 4-3-3 habituel avec Guilavogui positionné devant la défense et encadré par Lemoine et Cohade. Devant, Brandao faisait office de point d’appui dans l’axe tandis que Aubameyang et Mollo bénéficiaient d’une certaine liberté lorsque lorsque Saint-Etienne avait la possession du ballon. Sitôt celui-ci perdu, ils revenaient défendre dans leur moitié de terrain afin de renforcer le bloc défensif. Côté rennais, Frédéric Antonetti a lui opté pour un 4-2-3-1 asymétrique avec Pitroipa sur l’aile droite et Diallo à gauche. Le premier se comportait comme un véritable attaquant, recherchant en priorité son avant-centre. Diallo était lui dans un registre de faux ailier, revenant dans l’axe dès que possible afin de fluidifier le jeu au milieu de terrain et d’offrir des solutions entre les lignes stéphanoise.

Rennes : l’avantage Diallo

Le Guinéen a d’ailleurs pesé dans le bon début de rencontre de son équipe, parfaitement rentrée dans son match. Après s’être crées la première occasion de la partie (Pitroipa pour Erding, 1e), les Rennais ont su couper la relation entre la relance stéphanoise et ses relayeurs (Lemoine, Cohade). Bien en place au milieu de terrain, ils ont ainsi forcé les défenseurs stéphanois à allonger, à défaut de pouvoir construire au sol. Erding traînait toujours dans la zone de Guilavogui ; Makoun et Pajot surveillaient les déplacements de Cohade et Lemoine, les suivant quand ils décrochaient à tour de rôle. Avec en plus, Diallo, Féret et Pitroipa, les Rennais opposaient un premier rideau imposant qui, en coulissant correctement sur les côtés, empêchait les Verts de repartir « proprement ».

Les Rennais forcent Saint-Etienne à jouer long pour sortir de sa moitié de terrain. Féret, Pajot, Diallo, Pitroipa et Erding se déplacent ensemble sur le terrain de manière à se positionner sur toutes les lignes de passes courtes tout en conservant Lemoine et Cohade sous surveillance. Derrière, Makoun opère en couverture devant Kana-Biyik et Boye, notamment pour ratisser les ballons ressortant des duels aériens disputés avec Brandao.

En couverture devant la défense, Makoun facilitait la récupération des ballons en se positionnant de manière à empêcher Brandao de trouver Aubameyang ou Mollo avec ses remises. Kana-Biyik et Boye se chargeaient de contrôler le Brésilien et les Rennais récupéraient la majorité des longs ballons adverses sans difficulté. Ils remontaient ensuite rapidement jusqu’au milieu de terrain grâce aux décrochages de Féret ou aux déplacements dans l’axe de Diallo. Les deux hommes permettaient de créer le surnombre face à Lemoine et Cohade, normalement opposés à Makoun et Pajot. Les Rennais ont ainsi pris la main au milieu : Makoun et Pajot lançaient les mouvements, Diallo et Féret travaillaient entre les lignes stéphanoises et le duo Pitroipa/Erding intervenaient dans les 30 derniers mètres, le plus souvent sur le côté droit. Côté gauche, Mavinga occupait l’aile pour compenser le travail de Diallo dans l’axe.

Saint-Etienne : le bloc-équipe pour faire la différence

Pris entre l’envie de presser Makoun et Pajot et la nécessité de soutenir Guilavogui face à Féret et Diallo, Lemoine et Cohade ont resserré les espaces au bout de quelques minutes de jeu. Au lieu de sortir au pressing sur les deux rampes de lancement rennaises, les deux hommes se sont repliés autour de leur sentinelle. Sur les côtés, Aubameyang et Mollo complétaient le premier rideau défensif. Derrière, les défenseurs ont eux aussi resserré les rangs de manière à limiter les espaces entre les deux lignes de quatre : selon les déplacements de Erding et Pitroipa, Brison et les défenseurs centraux n’hésitaient pas à quitter l’alignement pour sortir sur ces derniers. Conséquence, Makoun et Pajot ont gagné en liberté mais manquaient désormais de solutions pour aller de l’avant. Plus vifs, les milieux stéphanois jaillissaient sur toutes les transmissions et Féret, Diallo ou Pitroipa étaient désormais introuvables.

Saint-Etienne fait le choix d'attendre dans ses 40 mètres. Très compacte, la première ligne est au contact de Féret et Diallo tandis que les défenseurs sont prêts à sortir de l'alignement pour empêcher Pitroipa ou Erding de se mettre dans le sens du jeu. Les Rennais ont plus de liberté au milieu de terrain mais vont être pris par l'agressivité stéphanoise dès qu'ils vont rechercher leurs attaquants dans l'axe. Derrière, les contres partent vite grâce aux appuis de Brandao dans l'axe et aux projections de Mollo, Aubameyang, Cohade et Lemoine.

Incapables d’avancer comme ils avaient pu le faire durant les premières minutes de jeu, les hommes de Frédéric Antonetti étaient contraints de reculer pour faire sortir le bloc stéphanois. Problème, à chaque passe en retrait, Brandao ou Aubemayang faisaient l’effort de sprinter sur le porteur de balle de manière à permettre au reste de l’équipe de remonter. C’est sur ces phases de jeu que les Verts réussissaient à se montrer dangereux, en récupérant le ballon le plus haut possible. C’est d’ailleurs de cette manière que le seul but de la partie est venu : un pressing a priori anodin de Aubameyang a d’abord forcé Danzé à obtenir une touche difficile à jouer (côté droit, au niveau de sa surface de réparation). Sur la remise en jeu, l’équipe a accompagné l’effort de l’attaquant gabonais, poussant Rennes à une perte de balle immédiatement sanctionnée par un mouvement entre les trois attaquants (Mollo pour Aubameyang pour Brandao, 18e).

Suite des débats :

Après ce but, les Rennais ont eu besoin de plusieurs minutes pour relever la tête. Les milieux stéphanois ont pris le dessus dans l’entrejeu : à chaque ballon récupéré à 40 mètres de leurs buts, Cohade et Lemoine se projetaient vers l’avant pour assister Mollo, Aubameyang et Brandao en contre-attaque. Un ballon rapidement sorti sur Aubameyang, dans le dos de Mavinga monté sur l’aile gauche, a failli aboutir au second but de la partie, peu avant la demi-heure de jeu (Aubameyang pour Brandao, 26e). Jusqu’à la pause, les Stéphanois ont dominé leurs adversaires grâce à leur bloc très compact au milieu de terrain. Pour ne rien arranger aux affaires rennaises, Frédéric Antonetti a perdu Erding (24e) puis Danzé sur blessure (54e).

La blessure du latéral droit a peut-être pesé sur la deuxième mi-temps. Les Rennais étaient en effet revenus des vestiaires avec l’envie d’approcher différemment la zone de vérité. Au lieu de s’entêter dans l’axe, ils ont commencé par utiliser la largeur du terrain, fixant d’un côté (Danzé pour Pitroipa) puis ressortant le ballon en profitant de la liberté accordée à Makoun et Pajot pour accélérer le jeu et tenter de trouver la faille côté opposé (Mavinga-Diallo). L’entrée d’Apam à la place de Danzé a limité les possibilités offensives dans le couloir droit et les Rennais s’en sont alors remis au jeu long de Pajot pour mettre la pression sur la défense stéphanoise en évitant le milieu de terrain. Les zones dans le dos des latéraux stéphanois sortis au pressing étaient notamment recherchés, Diarra se chargeant de faire les appels devant Pitroipa, Féret et Diallo qui étaient eux sur les seconds ballons. Makoun était aussi plus porté vers l’offensive.

Rennes évitant désormais d’attaque plein axe, Saint-Etienne a récupéré les ballons plus bas et eu moins d’occasions de remettre la pression loin de ses buts. Aubameyang, Brandao et Mollo ont évidemment eu un coup de mou après l’heure de jeu, et eu plus de difficultés pour lancer le pressing. Les Verts ont plus subi dans la dernière demi-heure, mais le manque d’inspiration de l’attaque rennaise leur a permis de résister sans se faire d’importantes frayeurs. Féret et Pitroipa n’ont jamais semblé en mesure de créer le danger sur les cages de Ruffier, celui-ci n’est véritablement venu que sur des phases arrêtés (72e, 86e, 88e). L’entrée en jeu de Montano (88e) à la place de l’ancien Nancéien n’a rien changé : Saint-Etienne avait déjà les deux mains sur la Coupe de la Ligue.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *