Real Madrid 3-4 Barcelone : du coup d’envoi au but d’Iniesta (7e)

A match historique, analyse en plusieurs parties. Rentré très fort dans le match grâce à un pressing intense de ses milieux de terrain, le Real Madrid a très vite déchanté. Incapable de gérer les mouvements de Messi au milieu de terrain, il a coulé sur la première accélération adverse.

Les compos : 

Le Real Madrid se trouve un pressing : 

Il y a cinq mois, le match aller entre les deux formations avaient été en partie tronqué par des choix longtemps discutés de Carlo Ancelotti. Ce jour-là, le coach italien – qui devait faire sans Xabi Alonso, toujours blessé – avait décidé d’aligner Sergio Ramos au milieu de terrain, en soutien de Modric et Khedira. Une option qui n’avait pas payé pour différentes raisons, et qui avait notamment coûté au Real en terme d’animation offensive (lire : Barcelone 2-1 Real Madrid, l’analyse tactique). Depuis, beaucoup de choses ont changé et l’ancien entraîneur du PSG a surtout trouvé son plan de jeu. Confiant dans les capacités de son équipe, il avait même annoncé la veille de la dernière rencontre qu’il reconduirait son équipe-type pour ce match au sommet.

Déjà vu en Ligue des Champions (lire : Schalke 04 1-6 Real Madrid, l’analyse tactique), ce onze de départ posait toutefois une question au moment de retrouver le Barça (déjà soulevée au match aller par ailleurs) : comment allait-il se comporter face à la relance blaugrana, lui qui souffre parfois du manque d’activité de ses attaquants au pressing (Ronaldo, Bale et dans une moindre mesure Benzema…). Les premières minutes de la rencontre ont répondu à cette question. De la même manière que le PSG, qui s’appuie sur Matuidi et Verratti pour compenser la « passivité » d’Ibrahimovic, le Real Madrid a envoyé ses deux milieux relayeurs très haut pour pour bloquer la transition du Barça (Busquets, Xavi…).

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Face à la relance du Barça, qui voit Xavi redescendre à hauteur de Busquets, le Real suit la transformation du milieu adverse et oppose Di Maria et Modric aux deux rampes de lancement catalanes. Xabi Alonso reste en couverture (face à Fabregas).

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Schématiquement, les attaquants madrilènes « encadrent » Xavi et Busquets (Xavi entre Benzema et Ronaldo, Busquets « entre » Ronaldo et Bale) et les milieux de terraint sorten dans ces intervalles pour harceler le porteur de balle. Sur le papier, les milieux barcelonais se retrouvent coincés entre trois joueurs : le milieu bloque la progression et les deux attaquants coupent les solutions latérales, ne reste alors que la passe en retrait vers Piqué ou Mascherano, qui doit ensuite logiquement être suivie par un pressing de l’attaquant de pointe. Exceptionnellement sur cette action, c’est Xabi Alonso qui se retrouve très haut, laissant un quatre-contre-quatre derrière lui avec Messi et Fabregas face à Ramos et Pepe, Iniesta et Neymar face à Carvajal et Marcelo.

Derrière ce travail sur la relance barcelonaise, toute la défense du Real Madrid devait se montrer active afin de serrer au maximum le marquage sur les adversaires directs. Si Xabi Alonso était très haut sur le terrain (cf. capture précédente), Pepe et Ramos devaient s’occuper eux-mêmes des déplacements en sortant de l’alignement défensif. De la même façon, Marcelo et Carvajal pouvaient aller très haut sur le terrain afin de répondre aux décrochages de Neymar et Iniesta, qui redescendaient offrir des points d’appui pour « défaire » la pression sur leurs partenaires de l’axe. Les premières minutes de la rencontre ont ainsi été marquées par un Barça incapable de franchir le milieu de terrain, étouffé par la présence des Merengues dans son propre camp.

Messi change (encore) la donne : 

Gêné pour remonter le ballon, le Barça parvenait toutefois à le conserver en utilisant la largeur, et notamment les remises de ses joueurs de couloir pour se « donner de l’air » dans l’axe (en repassant par Piqué ou Mascherano). Les deux défenseurs centraux avaient l’avantage du nombre face au seul attaquant de pointe adverse : Di Maria et Modric s’arrêtaient en effet à hauteur de Busquets-Xavi. Ils ne poursuivaient quasiment jamais leur pressing sur le dernier central laissé libre, afin d’accompagner Benzema pour un deux-contre-deux qui aurait peut-être pu forcer un peu plus les relances adverses. Un choix qui, sur le papier, permettait au Barça de conserver Xabi Alonso en couverture devant Ramos et Pepe, afin de gérer à la fois Fabregas, mais aussi Messi.

Les deux leaders de la génération 87 de la Masia travaillaient en effet ensemble afin de « casser » le pressing madrilène : Fabregas, en redescendant dans ses 40m, perturbait le travail de Modric face à Busquets, ce qui donnait de l’air à ses partenaires « premiers passeurs » (Busquets, Piqué, Mascherano). De la même façon, Messi était un véritable poison pour le Real dès qu’il décrochait, passant de la zone de Ramos-Pepe à celle de Xabi Alonso. L’Argentin devançait la plupart du temps ses adversaires, récupérant le ballon et mettant alors toute l’équipe dans le sens du jeu. Son premier décrochage a d’ailleurs changé toute l’histoire du début de partie.

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Mascherano profite de la liberté qui lui est accordée pour servir Messi, qui décroche ici à hauteur de Fabregas. Xabi Alonso le suit, alors que ses partenaires du milieu sont en place : Di Maria est dans la zone de Xavi tandis que Modric est en train de coulisser de Busquets vers Fabregas pour compenser la sortie de son partenaire.

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Messi devance Xabi Alonso et oriente sa conduite de balle vers le rond central. Di Maria le suit à son tour alors qu’en couverture, Modric a poursuivi Fabregas.

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Si Di Maria suit Messi, cela signifie qu’il a lâché Xavi, qu’il accompagnait au départ de l’action. Le capitaine du Barça monte d’un cran pour offrir une solution à son attaquant. Il récupère le ballon dans le rond central et se retrouve sans aucune pression, alors que les milieux madrilènes se sont repliés.

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Après un premier passage côté gauche (via Neymar), le ballon revient sur Xavi. Benzema redescend pour tenter de lui chiper, mais le capitaine du Barça le libère rapidement vers Busquets, monté à son tour dans le camp adverse et désormais sans opposition.

Au final, le Real Madrid s’est rapidement retrouvé dans « entre-deux » avec son pressing. A la base, bloquer Xavi et Busquets en envoyant Di Maria et Modric très haut pouvait apparaître efficace… Mais il a manqué deux choses au reste de l’équipe : être plus actif sur les passes en retrait à destination de Piqué ou Mascherano et/ou prendre le dessus dans le rond central afin de limiter l’impact de Messi. En ne contrôlant ni les « passeurs » ni ce « destinataire », le Real était condamné à reculer à un moment donné de la partie.

Pour sa première phase de possession dans le camp adverse, le Barça est apparu en contrôle total. D’un côté comme de l’autre, Jordi Alba et Daniel Alves montaient afin d’occuper les couloirs, ce qui permettait à Iniesta et Neymar de revenir dans l’axe afin d’offrir des relais supplémentaires au sein du bloc madrilène. S’appuyant toujours sur les solutions en retrait (Piqué, Mascherano) pour relancer le jeu si nécessaire, les Catalans développaient leurs actions sur trois lignes : le lancement de jeu à hauteur de l’attaque adverse (Busquets, Xavi, Fabregas, Iniesta…), le relais dans le bloc madrilène (Messi, Fabregas, Neymar, Iniesta) et la finition au sein de la défense.

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5 réponses

  1. aziz dit :

    Enfin l’analyse mon cher Florent! Je m’impatientais ! J’attendrai la fin pour commenter.

  2. aziz dit :

    Bon, finalement je ne peux pas attendre la fin pour commenter.
    Comparons avec l’époque de Mourinho: le pressing de début de match était beaucoup plus intense avec l’implication des attaquants (Ronaldo et Benzema) sur les centraux (les passeurs). On connait le résultat: ça marche 20 minutes et après tout le monde (au réal) est épuisé, le Barça refait surface et domine tout le reste de la partie. Conclusion: pour contrer les Barça faut attendre bas (comme Chelsea et l’Inter) et mettre un cordon sanitaire sur Messi. Sauf que le réal n’a pas cette culture… Je suis donc très pessimiste sur les chances du réal pour la finale de la Copa del Rey, à moins d’une défaillance du Barça (ce qui n’est pas impossible, ils en ont pris trois quand même!).

  3. Dieu - Bosque dit :

    Ton analyse du match aziz, est assez loin de la vérité.

    On a vu un Madrid avec des attentions que ce soit la hauteur du positionnement du bloc équipe ou le pressing effectué par les joueurs (qui n’est pas le pressing de l’époque Mourinho vu que l’analyse montre bien que seule Benzema presse les défenseurs alors que sous Mourinho c’était Ozil ¨+ Karim et qui allait même chercher le gardien).

    Comme je viens de le dire, le pressing n’était pas aussi excessif que celui des clasicos de Mou, plus contrôlé et moins épuisant – sauf pour Di Maria – par contre beaucoup moins de rigueur dans le replis comme le montre le premier but.

    Le Real au niveau des occasions net ou des tirs était sensiblement au même nombre que celui du Barca.
    Rappelons qu’avant l’expulsion de Sergio Ramos ( expulsion logique) le Real est devant au score et c’était loin d’être illogique ou contre le cours du jeu.
    Même si bien sur on pourrait revenir sur la façon dont arrive le but de CR mais ça ferait pas vraiment avancer grand chose.

  4. antoine dit :

    bonjour, merci de ces analyses votre boulot est vraiment intéressant

    j’aimerais bien avoir une analyse du travail de busquets car tout le monde dit qu’il vaut 40 millions d’euro mais perso comparé à des milieu defensif comme matic, yaya touré, ,xabi alonso , motta, gundogan ou même des légende qu’ont était des viera, makélélé je le trouve vraiment pas terrible défensivement en plus il tombe à chaque coup d’épaule…

    alors peut être son impact est t-il ailleurs mais j’aimerais vraiment une analyse la dessus car quand je vois song sur le banc qui était exxellent avec arsenal je comprend pas

    merci pour ces analyses en tout cas

  5. Jack dit :

    @antoine
    Salut, je comprends ta perplexité au sujet de Busquets mais c’est normal car c’est le joueur de l’ombre par excellence. Son rôle comme milieu défensif est assez inédit puisqu’il doit être le seul qui défend sans un deuxième milieu défensif (comme dans le 4-2-3-1 par exemple). Le principe c’est que Busquets au lieu de contenir les attaques adverses et protéger ses défenseurs, avance et tente de casser les contre-attaques dans l’œuf. Exemple: le Barça est dans la zone adverse et perd le ballon, les défenseurs et Busquets montent au pressing afin de couper la contre-attaque, Busquets gêne le porteur de balle et doit soit lui prendre le ballon, soit le gêner suffisamment pour que la passe qu’il fera arrivera dans les pieds d’un défenseur. Quand ce pressing est bien exécuté, le ballon revient vite dans les pieds du Barça et le jeu reprend comme il l’était. Si ça ne fonctionne pas, tous les joueurs recule et on défend normalement. Busquets est aussi important pour le jeu offensif car il est très doué techniquement, conserve très bien le ballon et forme un entre-jeu excellent avec Xavi, Iniesta et Fabregas. Après c’est vrai que quand il s’agit de défendre en reculant il n’est pas aussi bon qu’un Matic ou un Xabi Alonso et comme le Barça n’est plus aussi efficace au pressing qu’auparavant il en souffre car il défend plus bas. Un exemple de défenseur type Busquets c’est ce qu’a fait Cabaye avec l’EDF contre l’Ukraine. Ci-joint une vidéo pour que tu comprennes mieux que mes longues et ennuyeuses explications: http://www.youtube.com/watch?v=h00GkvAqxB4
    P-S: Tu comprendras mieux aussi pourquoi Song a du mal avec le système du Barça et pourquoi Yaya Touré qui aime trop aller de l’avant a du partir.

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