Rapport : le Brésil de Scolari

Avec trois victoires en trois matchs, la Seleçao a parfaitement réussi la première moitié de sa Coupe des Confédérations. Alors que Vicente Del Bosque ou Cesare Prandelli ont profité de la phase de poules de cette compétition pour tester de nouvelles choses, Luiz Felipe Scolari avait lui pour mission de poursuivre la reconstruction d’une sélection présentée comme en perdition lorsqu’il l’a reprise, fin 2012. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le champion du monde 2002 avance vite. Analyse en détails de ce Brésil new-look, à l’occasion de son troisième et dernier match de poule face à l’Italie.

Le support d’analyse :

Déjà qualifiées avant ce troisième et dernier match de poule, les deux sélections se disputaient la tête du groupe A afin d’éviter l’Espagne en demi-finale. Malgré cet enjeu, Cesare Prandelli avait décidé de reposer Pirlo et De Rossi, ses deux indispensables du milieu de terrain, remplacés par Montolivo et Aquilani (lire : Mexique 1-2 Italie, l’analyse tactique). Abandonnant le 4-3-2-1 proposé depuis le début du tournoi, l’Italie évoluait en 4-2-3-1 avec Diamanti en soutien de Balotelli (Buffon – Abate, Bonucci, Chiellini, De Sciglio – Aquilani, Montolivo – Candreva, Diamanti, Marchisio – Balotelli).

Côté brésilien, Luiz Felipe Scolari conservait lui dix joueurs sur les onze qui avaient battu la France au début du mois (lire : Brésil 3-0 France, l’analyse tactique). Hernanes faisait son entrée dans l’équipe à la place de Paulinho (Julio Cesar – Daniel Alves, Thiago Silva, David Luiz, Marcelo – Luiz Gustavo, Hernanes – Oscar, Hulk, Neymar – Fred).

Pressing et transition défensive :

Depuis le début du mois, et notamment son match amical face à l’équipe de France, la Seleçao étonne particulièrement par la qualité de son pressing sur la relance adverse. Le match face à l’Italie n’a pas dérogé à cette règle, puisque le 4-4-2 brésilien proposé au coup d’envoi a complètement étouffé l’axe azzurri. Habituellement en pointe du système au coup d’envoi, Neymar et Fred travaillent sur les défenseurs centraux adverses (Chiellini et Bonucci) de manière à couper les transmissions vers les milieux de terrain. En deuxième rideau, Oscar et Hulk se chargent de mettre sous pression les joueurs chargés de la transition, en n’hésitant pas à quitter le couloir pour se focaliser sur le coeur du jeu. Dès la 1ère minute de jeu, Montolivo avait ainsi été poussé à la faute par un pressing gagnant d’Oscar.

Alors que le ballon est remis en jeu par les Italiens suite à un coup de pied arrêté, les attaquants brésiliens sont en place pour bloquer la relance adverse. Oscar et Neymar sont au contact de Montolivo et Aquilani.

Extrêmement actifs dans l’axe, les Brésiliens ne laissent que les couloirs aux adversaires qui souhaiteraient relancer au sol.  Mais pas à n’importe quel joueur. Après avoir subi la pression adverse dans le coeur du jeu, Montolivo a tenté de dézoner pour demander le ballon dans le couloir droit, en s’intercalant entre Bonucci et Abate. Positionné côté gauche à ce moment précis, Hulk est immédiatement venu à sa rencontre pour le bloquer et le maintenir sous pression.

En vérité, au plus fort du pressing auriverde, seuls les latéraux adverses sont « libres ». Lorsqu’ils sont servis, le bloc formé par les six Brésiliens restés en couverture se déplace en conséquence. Hernanes et Luiz Gustavo coulissent afin d’aller s’opposer aux latéraux italiens. Derrière, Marcelo et Daniel Alves sont sur leurs adversaires directs (Marchisio et Candreva face à l’Italie) et bloquent la profondeur. Dans l’axe, Thiago Silva et David Luiz jaillissent eux sur les attaquants recherchés dos au but (Diamanti et Balotelli). Face à l’Italie, le premier quart d’heure a notamment été le théâtre d’une énorme bataille entre David Luiz et Balotelli, qui a d’ailleurs tourné à l’avantage du Brésilien jusqu’à ce qu’il se soit contraint de céder sa place sur blessure.

Après le travail des attaquants, qui repousse la relance vers les couloirs, le reste du bloc entre en scène pour y enfermer l’adversaire. Ici, Hernanes est sorti sur le passeur (Abate), laissant Luiz Gustavo en couverture. Avec David Luiz, le milieu du Bayern enferme Balotelli vers la ligne de touche, l’empêchant notamment de jouer avec Diamanti qu’il a laissé seul dans le rond central. Dans le couloir, Marcelo est au contact de Candreva, soit la deuxième solution « au sol » qui s’offrait au passeur. A moins d’un exploit individuel, Balotelli n’a pas d’autre choix que de jouer en retrait… s’il parvient à éviter le repli de Hernanes.

Toute l’efficacité du pressing de la Seleçao dépend de la capacité des défenseurs à remporter leurs duels. A ce titre, le premier but italien, inscrit par Giaccherini (50e), est très révélateur. Sur cette action, partie d’un dégagement de Buffon, Marcelo et Dante ont consécutivement perdu deux duels, en étant devancés par Candreva et Balotelli.  Au marquage de Giaccherini au départ de l’action, Hernanes a fait l’erreur de couper son effort, croyant son défenseur au contact de l’attaquant italien. Giaccherini en a profité pour filer seul sur l’aile droite pour finir en solitaire dans la surface de réparation (55ème seconde de la vidéo, action surtout visible sur le replay).

En phase défensive, le Brésil se repositionne ensuite en 4-4-2 dans sa moitié de terrain. Les deux attaquants se retrouvent à hauteur des milieux défensifs adverses, laissant le champ libre aux défenseurs centraux. Sur les côtés, les deux excentrés se replient à hauteur de Luiz Gustavo et Hernanes pour former une première ligne de quatre, défendant face aux montées des latéraux et milieux adverses. Luiz Gustavo se joint parfois à sa défense afin de renforcer l’axe défensif lorsque le ballon arrive dans la surface de réparation de Julio César (sur centres notamment).

Les dernières minutes de la rencontre face à l’Italie ont permis de découvrir les Brésiliens dans un schéma plus défensif en 4-1-4-1. Entré en jeu à la place de Hulk (76e), Fernando s’est positionné devant la défense, encadré par Luiz Gustavo et Hernanes. Le Brésil a alors retrouvé une certaine efficacité dans le pressing, qui s’était délité au fil des efforts produits par les attaquants. Fernando et Luiz Gustavo ont d’ailleurs été à l’origine du 4ème but brésilien, récupérant le ballon dans un petit périmètre face à Giaccherini (pressé par Fernando alors qu’il décrochait) et Candreva.

Fernando est sorti de sa position devant la défense pour chasser Giaccherini. Mis en difficulté par le milieu du Gremio, ce dernier a ensuite buté sur Luiz Gustavo. Le ballon repartira ensuite sur l’aile gauche où Bernard, en avance sur Maggio, pourra facilement trouver Marcelo. Le tir du latéral sera repoussé par Buffon, mais finalement repris par Fred avec plus de réussite.

Relance et construction :

A la relance, le Brésil fait dans le classique. Efficace dans l’exercice, Thiago Silva et David Luiz n’ont pas véritablement besoin de l’aide de leurs milieux de terrain pour faire les bons choix et aller de l’avant. S’il décroche parfois entre eux, Luiz Gustavo ne prend pas vraiment part à ce travail, se contentant la plupart du temps de se rendre disponible pour accélérer la circulation de balle latérale. Associé au milieu du Bayern, Hernanes (ou Paulinho) n’a pas non plus pour consigne de redescendre pour réaliser les premières passes. Lorsqu’il débute en 4-4-2, le Brésil recherche généralement ses latéraux pour lancer les mouvements dans le camp adverse.

Le positionnement de Neymar en tant que deuxième attaquant aux côtés de Fred fait automatiquement pencher la construction brésilienne du côté gauche. Avec en plus Hulk pour peser sur l’aile, Marcelo bénéficie de plusieurs solutions pour prendre à défaut la première ligne adverse. Généralement, Neymar revient même à sa hauteur pour se rendre disponible. Il peut ainsi attirer à lui un adversaire, forcé de serrer le marquage pour l’empêcher d’accélérer balle au pied. Un déplacement qui peut créer des brèches dans le bloc adverse.

Les décrochages de Neymar et Fred obligent les milieux italiens à s’adapter. Candreva s’occupe du Barcelonais afin de protéger la paire Montolivo-Aquilani, qui doit en plus gérer le déplacement de Fred. Dans le couloir, Abate sort sur Marcelo, mais prend du coup le risque d’être battu dans son dos en cas d’appel de Hulk. Cette articulation défensive permet au moins à l’Italie de conserver un joueur face à Hernanes (Diamanti). Hors-champ c’est un trois contre un qui se joue en faveur du Brésil, un surnombre suffisant pour assurer la sortie du couloir et le renversement de jeu en cas de besoin (vers Daniel Alves).

Lorsque le Brésil est bloqué sur une aile, il peut compter sur la qualité de passes de ses défenseurs pour offrir une solution en retrait et renverser le jeu pour aller rapidement sur le côté ouvert. Tous les arrières sont en effet capables de transversales afin de servir un partenaire libre côté opposé. Face à l’Italie, David Luiz a joué à plusieurs reprises vers Daniel Alves, qui recevait ensuite le soutien d’Oscar en attendant le déplacement du reste des deux blocs. Plus tard, ce sont des transversales de Thiago Silva qui ont offert à Neymar des un-contre-un à jouer face au latéral droit italien (Abate puis Maggio).

Passé le quart d’heure de jeu de son match face à l’Italie, le Brésil a dû changer ses plans pour répondre à un bloc italien positionné plus haut sur le terrain. Très discret dans son couloir droit, Oscar a alors pris une toute autre mesure, comme il l’avait d’ailleurs fait face à l’équipe de France. Il s’agit là de la deuxième formule offensive de la Seleçao, avec le milieu de Chelsea en soutien de Fred et encadré par Neymar (à gauche) et Hulk (à droite). L’ancien attaquant de Porto est d’ailleurs une autre solution pour la relance brésilienne. Généralement plus fort physiquement que ses adversaires directs, il peut offrir un appui à Daniel Alves le long de la ligne de touche, au cas où l’axe soit bloqué. A lui ensuite de trouver l’un de ses milieux dans l’axe (Luiz Gustavo, Hernanes ou Oscar) pour défaire la pression adverse.

Daniel Alves cherche Hulk le long de la ligne de touche. Serré de près par De Sciglio, l’attaquant brésilien doit conserver le ballon en attendant qu’un de ses milieux lui offre une solution (ou la faute du défenseur).

Véritable révélation de la saison, Oscar se révèle être l’homme qui manquait jusqu’ici au Brésil lorsque l’adversaire décidait de lui faire face au milieu de terrain. Face à l’Italie, tout au long de la première mi-temps, le milieu aux 80 matchs dans la saison a offert des solutions à ses défenseurs centraux lorsque Luiz Gustavo et Hernanes étaient pris par les milieux italiens (Diamanti, Aquilani ou Montolivo). La réciproque était aussi vraie puisque lorsqu’il décrochait, Oscar attirait à lui un milieu, ce qui libérait naturellement l’un de ses partenaires.

Oscar décroche au milieu de terrain et attire Marchisio. Logiquement, Aquilani reste en couverture pour protéger sa défense centrale. Du coup, Hernanes se retrouve sans adversaire aux abords du rond central. Il devient une solution évidente au cas où le ballon revienne sur Thiago Silva. Au bout du circuit, le but est le même pour le Brésil : réussir à emmener le ballon sur Marcelo ou Daniel Alves dans les couloirs. Passer par Hernanes peut ainsi attirer Candreva dans l’axe et ainsi ouvrir le couloir au latéral madrilène. Sur l’action toutefois, Thiago Silva décidera de porter lui-même le ballon pour trouver Daniel Alves.

Une fois le ballon dans le camp adverse, le 4-2-3-1 du Brésil s’appuie toujours sur ses latéraux pour lancer les mouvements offensifs. Toutefois, le positionnement d’Oscar entre les lignes offre de nouvelles possibilités, le joueur devenant une menace supplémentaire pour l’adversaire dans le coeur du jeu. Et qui dit menace supplémentaire signifie adversaires moins enclins à sortir au pressing sur le porteur de balle. Face à l’Italie, c’est Hernanes qui a largement profité de ce contexte, bénéficiant d’une très grande liberté dans l’entrejeu après le passage d’Oscar derrière l’attaquant.

La position d’Oscar fait reculer le bloc italien. Marcelo ne peut pas progresser dans le couloir mais bénéficie du soutien de Hernanes à sa hauteur. Plusieurs solutions au sol s’offrent au milieu de la Lazio en fonction de l’adversaire qui viendra à sa rencontre.

Aquilani et Balotelli se déplacent pour limiter les solutions qui se présentent au porteur de balle. Côté droit, Hulk rentre dans l’axe et attire les deux joueurs de couloir italiens. L’aile s’ouvre à Daniel Alves et Hernanes va tenter de le servir en pleine course.

Il a fallu que l’Italie change de système de jeu après la pause pour diminuer l’influence de Hernanes. Prandelli est en effet revenu sur la pelouse avec le 4-3-2-1 utilisé depuis le début du tournoi, positionnant Giaccherini à hauteur de Diamanti afin de pouvoir conserver deux joueurs dans la zone de Luiz Gustavo et, surtout, de Hernanes. En conséquence, les deux excentrés de l’Italie (Candreva et Marchisio) évoluaient naturellement plus bas afin de limiter les espaces autour de Aquilani, seul devant la défense.

Les latéraux brésiliens ont largement profité de cette situation. Capable de se mettre très vite dans le sens du jeu, Marcelo a largement dominé son couloir, participant d’ailleurs aux trois buts brésiliens de la deuxième mi-temps. Si le changement tactique opéré par Prandelli a permis à son équipe de mieux contrôler le coeur du jeu, les difficultés de ses défenseurs dans les duels ont été beaucoup plus visibles en raison de la rapidité des attaques brésiliennes.

Néanmoins, l’approche italienne au cours de la deuxième mi-temps semble bien être la plus viable sur le plan tactique. Calquer son milieu de terrain sur le 4-2-3-1 brésilien apparaît en effet comme la meilleure solution, notamment pour conserver une présence dans la zone de Hernanes tout en protégeant la défense centrale. Aquilani n’étant pas dans ce registre, l’Italie se devait de l’aider avec ses excentrés, d’où le champ libre offerts aux latéraux brésiliens. Des problèmes que ne devraient pas connaître les prochains adversaires du Brésil dans cette Coupe des Confédérations. Le 5-3-2 de l’Uruguay (si Tabarez fait ce choix…) et le 4-3-3 de l’Espagne (si celle-ci vient à bout de l’Italie) ont de quoi faire d’excellents tests pour la sélection de Luiz Felipe Scolari.

Vous aimerez aussi...

7 réponses

  1. Ilyas dit :

    Très bonne analyse. L’Italie aurait pu garder son 4-4-2 losange qui avait posé beaucoup de problèmes au Brésil, en amical.

  2. TitiHenry dit :

    Super travail, super analyse, continue ! Ton site est Ze référence footballistique en France, n’ayant d’ailleurs pas le succès qu’il mérite au vu des torchons qui pullulent sur le net. Mais bon cela se serait si la France était un pays de connaisseur de ballon rond.

  3. Dario Serge Junior Laguerre dit :

    Je crois que pour une fois j ‘ai lu une analyse d ‘une tres grande qualite . Bravo et merci j ‘ai apprecier et aimer ce que Je viens de lire.

  4. Ihab dit :

    Très très bonne analyse, j’ai 17 ans et je suis obssédé par les différents tactique je trouve que votre site est une référence footballistique pour chaque entraîneur ou fan du football. :)

  1. 1 juillet 2013

    […] La formule qui avait fonctionné avec l’Italie a aussi marché face à l’Espagne (lire : Rapport : le Brésil de Scolari). Complètement dépassée, la Roja a craqué dès la deuxième minute de jeu après une action […]

  2. 10 mars 2014

    […] par ses déplacements dans les demi-espaces et son rôle de facilitateur pour ses coéquipiers. Neymar et Hazard seraient-ils aussi productifs et libres offensivement sans le travail d’Oscar… Opposé directement au milieu bas chargé de trouver les premières passe sur les schémas, les […]

  3. 21 juin 2014

    […] par ses déplacements dans les demi-espaces et son rôle de facilitateur pour ses coéquipiers. Neymar et Hazard seraient-ils aussi productifs et libres offensivement sans le travail d’Oscar ? Opposé directement au milieu bas chargé de trouver les premières passe sur les schémas, les […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *