Vu du stade : les changements tactiques de Bordeaux face à Rennes

Trop loin des places européennes, les Girondins de Bordeaux terminent leur exercice 2011/2012 sans véritable objectif. Après avoir battu Marseille et Sochaux, ils sont venus à bout de Rennes mercredi soir. Le temps d’une petite heure de jeu, les Bordelais sont passés par trois systèmes de jeu pour venir à bout d’un potentiel européen. Retour sur les transformations bordelaises et éclairage sur le nouveau système mettant en valeur Henri Saivet.

4-2-3-1 et 3-5-2 :

Après deux sorties en 4-4-2 en raison de l’absence de Marc Planus, les Girondins ont retrouvé leur 3-5-2 type. De retour de suspension, Planus a retrouvé sa place en défense centrale, entre Ciani et Henrique. Trémoulinas et Mariano étaient comme d’habitude dans les couloirs, encadrant un milieu à trois composé de Nguemo, Obraniak et Plasil. Devant, Maurice-Belay et Gouffran se déplaçaient sur le front de l’attaque. En face, les Rennais se sont eux aussi présentés dans leur schéma de jeu habituel (4-2-3-1). Un temps incertain, M’Vila a débuté la rencontre dans l’entrejeu aux côtés de Doumbia. Les deux hommes protégeaient une arrière-garde avec Apam et Boye dans l’axe, Théophile-Catherine à gauche et Danzé à droite. Devant, Hadji évoluait devant un trio composé de Brahimi (à gauche), Féret (dans l’axe) et Kembo (à droite).

L’opposition des deux systèmes de jeu a rapidement permis de repérer certains points-clés. Sans surprise, tout s’est passé dans l’entrejeu où la paire Doumbia-M’Vila s’est naturellement opposée aux créateurs bordelais, Plasil et Obraniak. Lorsque Bordeaux joue en 3-5-2, les deux hommes sont en effet à la base des lancements de jeu girondins, soutenant notamment leurs latéraux. Souvent, l’objectif de ces paires est de fixer la défense adverse d’un côté (ex : Plasil, Trémoulinas et Maurice-Belay), avant de renverser le jeu de l’autre (ex : sortie du ballon via Nguemo puis renversement vers Obraniak-Mariano). Bien en place dans l’entrejeu, les Bretons n’ont eu aucun mal à contrer ce genre d’offensives, enfermant les Girondins dans les couloirs. En cas d’attaque côté gauche, Plasil se retrouvait pris par Doumbia tandis que Trémoulinas était lui enfermé entre la sortie de Danzé à sa rencontre et le repli de Kembo. Derrière, la charnière Apam-Boye se chargeait de surveiller les solutions proposées par Maurice-Belay ou Gouffran.

4-2-3-1 et 4-4-2 :

Au vu de leur début de partie, les Rennais avaient pour objectif de prendre le dessus dans la bataille des couloirs, usant de l’impact de leurs axiaux (M’Vila-Doumbia et Apam-Boye) sur les Bordelais soutenant les montées de leurs latéraux. En récupérant le ballon haut, (en jaune), ils aurait alors pu ressortir rapidement dans le dos du latéral bordelais en lançant Kembo ou Brahimi, ces derniers devant ensuite faire la différence face aux défenseurs bordelais. Mais une blessure chez les locaux a rapidement changé la donne. Touché à l’arcade, Michael Ciani a dû céder sa place. Sané suspendu et donc absent, Francis Gillot n’avait pas d’autre choix que de changer de système : avec l’entrée en jeu de Saivet, les Girondins sont donc passés en 4-4-2.

Ajoutant un joueur supplémentaire pour animer le couloir, cette nouvelle organisation a changé la physionomie de la partie. Penchant déjà nettement à gauche, le jeu bordelais s’y est définitivement installé. Un constat qui s’explique par le fait que Plasil (axial gauche) participait à la construction offensive alors que Nguemo (axial droit) restait toujours en converture pour protéger sa défense. Bordeaux a donc construit autour du Tchèque, des montées de Trémoulinas et de Maurice-Belay sur le flanc gauche, tandis que Obraniak et Mariano étaient plus discrets à droite, faute de soutien. Entré d’abord dans l’axe avant de permuter avec Maurice-Belay, Saivet a apporté à plusieurs surprises le surnombre sur l’aile gauche. Mais, faute d’automatismes, ses passes dans l’espace n’ont jamais trouvé preneurs.

A la fin du premier acte, le 4-4-2 a permis aux Girondins de mieux tenir le ballon dans l’entrejeu et de ne plus subir, tout en développant plusieurs actions, toujours dans les couloirs. Si les Bretons ont cédé sur les extérieurs, ils sont néanmoins restés largement maîtres dans l’axe, tant au milieu en phase défensive que dans leur surface de réparation. Bordeaux ayant besoin de quatre joueurs pour créer le décalage sur l’aile gauche (Plasil, Trémoulinas, Saivet et Maurce-Belay), il ne leur en restait que deux pour peser à la finition (Gouffran et Obraniak). Un nombre insuffisant pour faire la différence face à trois Rennais (M’Vila, Boye, Mavinga).

4-2-3-1 et 4-4-2 en losange :

Sans doute conscient de l’inefficacité de ses hommes dans les 30 derniers mètres, Francis Gillot a changé une nouvelle fois de système au retour des vestiaires. Cette fois avec succès. Du 4-4-2 à plat usant à fond des couloirs, les Girondins sont passés à un 4-4-2 en losange, dans le but de créer le surnombre dans l’axe face à la paire M’Vila-Doumbia. Au retour des vestiaires, Nguemo est ainsi resté devant la défense pour se retrouver encadré par Obraniak (axe gauche) et Plasil (axe droit). Ce trio évoluait juste derrière Saivet qui se déplaçait sur la ligne du milieu de terrain rennais et travaillait en soutien de ses deux attaquants, Maurice-Belay et Gouffran.

En ajoutant un troisième joueur à la création dans l’axe, Gillot a perturbé le travail défensif de la paire M’Vila-Doumbia. Plutôt que de passer au marquage de zone, les deux hommes n’ont pas lâché le marquage de Plasil et Obraniak. Ainsi, il a suffit que l’un des deux décroche à hauteur de Nguemo, toujours en retrait, pour qu’un espace se libère entre les lignes adverses. Espace immédiatement occupé par Saivet. L’action menant au premier but bordelais est justement venu d’une situation de ce type, tout démarrant d’une montée de Doumbia sur un Plasil en position décrochée. Intelligemment, Saivet s’est positionné dans la zone laissée libre par le Rennais, s’alignant avec M’Vila, occupé lui par Obraniak. C’est Mavinga qui a du coup été forcé de quitter son poste de latéral gauche pour récupérer le marquage de Saivet. Il a alors suffit aux Girondins d’une combinaison dans l’entrejeu pour trouver Gouffran sur l’aile droite, celui-ci entraînant Boye avec lui et créant le décalage dans la défense rennaise.

Au-delà de cette réalisation, l’animation bordelaise s’est beaucoup plus concentrée sur l’axe. Ainsi, alors qu’il la franchissait la médiane en utilisant leurs latéraux en première mi-temps, les Bordelais se sont plus appuyés sur leurs milieux de terrain pour pénétrer dans le camp rennais. Après une première fixation dans l’axe, via les relais de Saivet ou les décrochages de Gouffran ou Maurice-Belay, les couloirs étaient à leur tour mis à contribution au moment d’entrer dans les 30 derniers mètres. En cas d’attaque rapide, les attaquants pouvaient ainsi prendre la profondeur sur les ailes, profitant des décalages crées dans la défense rennaise (cf. montées de Mavinga sur Saivet) ; en cas d’attaque placée, les deux attaquants restaient dans l’axe, laissant aux latéraux le soin d’occuper les couloirs après le travail de leurs milieux. Le second but bordelais peut d’ailleurs servir d’exemple, toute l’action ayant été préparée dans l’axe, avant que le travail combiné de Trémoulinas et Obraniak envoie la défense rennaise sur son côté droit et que Saivet décale Nguemo pour sa frappe des 20 mètres.


Bordeaux-Rennes : les buts d’Obraniak et N’Guemo par ChezLesGirondins

Conclusion :

Le temps d’un petit quart d’heure, les Bordelais ont ainsi réalisé ce qu’ils n’avaient pas su faire jusqu’ici depuis le début de la saison, ou trop peu souvent : concrétiser des combinaisons intéressantes dans l’entrejeu dans la zone de vérité. Le rendement de Henri Saivet en soutien des deux attaquants a été déterminant à ce niveau, celui-ci offrant à la fois un relais technique intéressant à ses milieux et les décalages à la finition. A trois journées de la fin du championnat, Francis Gillot s’est peut-être trouvé le plan B qui lui a fait défaut si souvent cette saison, ses différents circuits privilégiant jusqu’ici la préparation des actions dans les couloirs. Mieux vaut tard que jamais.

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1 réponse

  1. Baresi dit :

    Bonjour
    Excellente nouvelle pour le petit Saivet qui a vraiment un bon potentiel

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