Rapport : le Bayern Munich, version Guardiola

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Avant de retrouver le Barça ce mercredi puis le Borussia Dortmund en finale de la Supercoupe d’Allemagne, le Bayern Munich a disputé et remporté la Telekom Cup durant le week-end. Opposés à Hambourg puis à M’Gladbach dans des matchs de 60 minutes, les Bavarois ont eu l’occasion de présenter les premières effets de l’arrivée de Pep Guardiola.

Les deux équipes :

Pour la première sortie du week-end face à Hambourg, l’ex-coach du Barça avait réservé quelques surprises. Si l’organisation était somme toute classique pour une équipe entraînée par l’ex-coach du Barça, ce sont les positionnements de certains joueurs qui ont étonné.

Franck Ribéry s’est retrouvé en position de milieu axial gauche aux côtés de Toni Kroos, Thiago Alcantara a fait ses débuts au poste de n°6 -devant la défense bavaroise- et Mario Mandzukic a évolué entre l’aile droite et la pointe de l’attaque, occupée par Claudio Pizarro (Starke – Lahm, Van Buyten, Boateng, Alaba – Thiago, Kroos, Ribéry – Mandzukic, Pizarro, Shaqiri).

Le lendemain face à M’Gladbach, Guardiola a reconduit le même système de jeu mais en changeant quelques têtes. Rafinha et Contento sont entrés des deux côtés de la défense, faisant glisser Lahm dans l’entrejeu aux côtés de Kroos. Ribéry en a profité pour retrouver son côté gauche et former le trio d’attaque avec Muller et Robben (Starke – Rafinha, Van Buyten, Boateng, Contento – Thiago, Lahm, Kroos – Robben, Muller, Ribéry).

Ce sont ces changements de poste qui ont modifié l’animation offensive de l’équipe entre les deux rencontres. Sur l’aile gauche, Ribéry a par exemple évolué dans un registre beaucoup plus large que celui de Shaqiri la veille. La titularisation de Robben aux avants-postes a aussi rééquilibré le jeu d’attaque du Bayern, qui a assez largement penché côté gauche face à Hambourg (voir par ailleurs).

La relance :

Face à Hambourg comme face à M’Gladbach, le Bayern a rapidement mis le pied sur le ballon. La saison dernière déjà, le 4-2-3-1 de Jupp Heynckes reprenait les codes de la relance à trois avec Schweinsteiger décrochant entre les deux défenseurs centraux. L’arrivée du coach catalan en Bavière a sans surprise confirmé cette articulation ; sur les deux heures de jeu du week-end, celle-ci a même été poussée à l’extrême puisque Van Buyten et Boateng quittaient carrément la surface de réparation pour aller flirter avec la ligne de touche.

Thiago se rendait alors disponible pour les relances de Tom Starke en décrochant dans l’axe. Si un adversaire le suivait, c’est Kroos qui décrochait à son tour -comme lorsque Xavi décrochait à Barcelone pour offrir une solution lorsque Busquets était pris-. Ribéry et Pizarro étaient les solutions suivantes en cas de marquage serré des milieux adverses. Mais plus ces derniers suivaient les décrochages, plus ils risquaient d’être pris de vitesse une fois dépassés…

La relance du Bayern avec un premier "losange" composé de Thiago, Boateng, Van Buyten et Starke. Un second se construit ensuite pour la transition avec Thiago, Kroos, Ribéry et Pizarro.

La relance du Bayern avec un premier « losange » composé de Thiago, Boateng, Van Buyten et Starke. Un second peut ensuite être construit pour la transition avec Thiago, Kroos, Ribéry et Pizarro.

Le Bayern a clairement profité des deux matchs de préparation pour travailler cette phase de jeu. Même lorsque l’adversaire accompagnait les mouvements de Thiago et Kroos dans l’axe, Starke recherchait en priorité le jeu court, quitte à mettre ses défenseurs en difficulté sur les côtés. Plusieurs fois sur les deux rencontres, des carrés se sont formés dans les couloirs, entre le gardien, un défenseur, un latéral et un milieu afin de sortir « proprement » le ballon malgré la pression. L’un d’entre eux a d’ailleurs lancé une phase de jeu superbe aboutissant au 3ème but de l’équipe face à Hambourg.

Du losange au rectangle : lorsque la relance du Bayern est repoussée vers les couloirs, le latéral s'ajoute au système pour permettre la sortie de balle.

Du losange au rectangle : lorsque la relance du Bayern est repoussée vers les couloirs, le latéral s’ajoute au système pour permettre la sortie de balle.

Inutiles du côté de Barcelone, les relances longues devraient tout de même rester une arme en Bavière grâce à la présence de Mandzukic, Pizarro ou même Muller aux avants-postes. Pour peu que les milieux adverses sortent très haut, un simple duel gagné par Mandzukic peut devenir une arme redoutable si les partenaires sortent plus vite que le repli défensif. Néanmoins, cette solution sera sans aucun doute utilisée en dernier recours, tant le Bayern a insisté sur le jeu au sol durant ces deux sorties du week-end. Autre enseignement, Pep Guardiola va attendre de ses gardiens un poids sur le jeu identique à celui que pouvait avoir Victor Valdès à Barcelone.

Ribéry, l’homme fort côté gauche :

Tout au long du week-end, la construction bavaroise a penché côté gauche en raison de l’activité du Français. Capable de permuter à loisir avec Shaqiri et Alaba face à Hambourg, son côté a logiquement été priorisé par Kroos et Thiago. A droite, Lahm était le seul joueur à se rendre disponible sur le côté. Le latéral allemand voyait ensuite des solutions se présenter à lui, la majorité vers l’intérieur du terrain (Mandzukic, Kroos). Comme indiqué précédemment, l’entrée en jeu de Robben face à M’Gladbach lors du match de dimanche a quelque peu ranimé le flanc droit.

Servi par Van Buyten, Lahm se retrouve lancé dans le couloir mais n'a pas d'autre solution que de revenir dans le coeur du jeu.

Servi par Van Buyten, Lahm se retrouve lancé dans le couloir mais n’a pas d’autre solution que de revenir dans le coeur du jeu.

Mais revenons au point le plus intéressant : le côté gauche du samedi avec Shaqiri, Ribéry et Alaba. Reprenant les codes d’un profil déjà vu à Barcelone, le premier tenait un rôle d’ailier « de rupture ». Ne quittant que très rarement son couloir lorsque le ballon était au milieu de terrain, le Suisse pesait sur le flanc droit de la défense adverse et attirait constamment le latéral à lui.  En début de partie, le Bayern parvenait à le trouver très facilement. Le temps que son adversaire direct sorte sur lui, il avait le temps de remettre le ballon dans l’axe pour les courses de Ribéry, qui plongeait dans l’espace entre le latéral et le défenseur central adverse.

Lahm a trouvé une solution avec le décrochage de Pizarro dans le coeur du jeu.

Lahm a trouvé une solution avec le décrochage de Pizarro dans le coeur du jeu. Le Péruvien attire un défenseur hambourgeois et remet le ballon en retrait pour Thiago. L’ex-Barcelonais renverse côté opposé : Ribéry et Shaqiri se retrouvent à deux contre un.

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Aucun milieu ne revenant compenser, le latéral droit de Hambourg doit faire un choix entre Shaqiri et Ribéry. Ici, il abandonne l’axe pour aller au duel avec le Suisse qui va récupérer le ballon. Un énorme intervalle s’ouvre alors pour le Français.

Un autre exemple sur une transition offensive beaucoup plus rapide.

Un autre exemple sur une transition offensive beaucoup plus rapide. Shaqiri est servi et attire à lui le latéral droit adverse. Les défenseurs centraux sont très loin, concernés à la fois par Pizarro et Mandzukic. Plus rapide que les milieux hambourgeois, Ribéry peut une nouvelle fois prendre l’espace.

Après plusieurs alertes de ce type, Hambourg s’est ajusté ; le latéral droit a serré le marquage sur Shaqiri afin de lui laisser moins de temps pour contrôler le ballon. Le Bayern s’est du coup rabattu sur Alaba pour emmener le jeu sur le flanc gauche. Et le triangle Alaba-Ribéry-Shaqiri a continué son mouvement perpétuel pour chercher le décalage sur l’aile. En cas d’attaque placée côté gauche, Pizarro et Mandzukic pesaient sur la défense. Le Péruvien (comme Muller le lendemain face à M’Gladbach) offrait des solutions de sorties, pour les pénétrations dans la surface de Shaqiri ou Ribéry. A l’opposée de l’action, Kroos (comme Lahm dimanche) se plaçait en tant que troisième solution à la finition.

Le triangle Alaba-Ribéry-Shaqiri prépare l'action en attendant de trouver le décalage sur l'aile ou un partenaire dans l'axe afin de pénétrer dans la surface adverse. Ici, c'est une nouvelle fois Pizarro qui fait la différence par son décrochage :

Le triangle Alaba-Ribéry-Shaqiri prépare l’action en attendant de trouver le décalage sur l’aile ou un partenaire dans l’axe afin de pénétrer dans la surface adverse. Ici, c’est une nouvelle fois Pizarro qui fait la différence par son déplacement, attirant le défenseur central et ouvrant ainsi l’intervalle à Shaqiri.

Le poids du trio côté gauche et les solutions qui s’offraient à lui entraînaient forcément le déplacement du bloc adverse vers le ballon, libérant ainsi l’aile opposée. Plusieurs fois, Alaba et Ribéry ont changé le jeu pour trouver leur latéral droit. Au mieux, Lahm trouvait ensuite les relais de Kroos ou de ses attaquants dans le coeur du jeu. Sinon, il pouvait profiter du champ libre pour adresser un ballon de loin dans la surface adverse.

Après quelques échanges côté gauche, Ribéry s'est sorti de la zone protégée par l'adversaire pour changer le jeu et alerter Lahm, complètement seul sur l'aile opposée.

Après quelques échanges côté gauche, Ribéry s’est sorti de la zone protégée par l’adversaire pour changer le jeu et alerter Lahm.

Que ce soit à gauche comme à droite, les Bavarois n’ont jamais hésité à rechercher la solution directe dès que l’adversaire laissait un peu de champ libre. Muller (face à Hambourg) et Robben (face à M’Gladbach) ont ainsi marqué sur des services de Lahm et Ribéry sans qu’un décalage n’ait été crée au préalable (centres en profondeur et duels gagnés dans la surface). Un peu plus tôt dans le second match, le Français a lui-même profité d’un service de Robben en prenant parfaitement la profondeur.

Thiago et la menace axiale :

A défaut de trouver des solutions pour progresser sur les côtés, les Bavarois revenaient en arrière et jouaient avec Thiago, toujours présent dans le rond central. L’ex-milieu de terrain du Barça était l’organisateur de la circulation de balle dans le camp adverse, devant se rendre disponible pour ses partenaires et ce des deux côtés du terrain. Il gérait ensuite le renversement du jeu côté opposé, soit par une transversale soit par les relais de Boateng ou Van Buyten. Les deux défenseurs montaient en effet à sa hauteur en cas de nécessité.

Mais ce rôle de plaque tournante, tenu par Busquets à Barcelone, Thiago l’a dépassé allègrement dès que des espaces s’offraient à lui pour aller de l’avant. Tout comme ses partenaires dans les couloirs, il n’a pas hésité à jouer directement pour trouver des partenaires en profondeur (Ribéry, Shaqiri notamment). Il est d’ailleurs à l’origine du second but inscrit face à Hambourg, sa passe trouvant l’appel de Ribéry auteur du caviar pour Mandzukic.

Thiago récupère un ballon sans adversaire au pressing :

Thiago récupère un ballon sans adversaire à proximité. Il peut envoyer le jeu côté ouvert sur Lahm ou attaquer balle au pied en utilisant le relais le plus proche, mais il choisit finalement la solution Ribéry par-dessus la défense adverse.

A l’instar de ce qu’il avait pu monter lors de l’Euro Espoirs avec Illarramendi et Koke à ses côtés, Thiago est aussi régulièrement sorti de son rôle (n°6) pour se projeter vers les buts adverses. Son aisance technique et les relais offerts par Kroos, Ribéry, Mandzukic ou encore Pizarro dans l’axe lui permettaient de prendre de la vitesse et transpercer le premier rideau adverse. Afin de conserver un certain équilibre, Kroos compensait ses montées en restant en retrait sur ces phases de jeu.

Si elles n’ont pas abouti, ces accélérations de l’Espagnol depuis le poste le plus reculée du milieu de terrain pourraient devenir, à terme, une solution de percussion supplémentaire. A défaut d’avoir un attaquant comme Messi, capable de décrocher et de percuter, Guardiola pourrait se rabattre sur ce « faux n°6 », en mesure d’accélérer à n’importe quel moment en bénéficiant d’un grand nombre de relais devant lui. Reste à savoir si cette première de Thiago devant la défense était un véritable essai pour la saison à venir ou un choix par défaut dû à l’absence de Schweinsteiger.

Quelques mots sur le pressing :

Survolant les deux oppositions, le Bayern n’a pas été mis à l’épreuve défensivement. Il a toutefois fait le job nécessaire dès la perte de balle pour se faciliter la tâche. Les attaquants ont ainsi abattu un pressing suffisant sur la relance adverse pour pouvoir récupérer rapidement le ballon. Comme à Barcelone, Guardiola s’appuyait sur les cinq joueurs les plus avancés (Mandzukic, Pizarro, Shaqiri, Ribéry, Kroos face à Hambourg) pour occuper le camp adverse et mettre la pression sur les relanceurs.

Coup d'envoi pour Hambourg : les cinq Bavarois au pressing montent immédiatement pour occuper le camp adverse.

Coup d’envoi pour Hambourg : les cinq Bavarois au pressing montent immédiatement pour occuper le camp adverse.

Lorsque l’adversaire passait par les couloirs, les milieux relayeurs coulissaient ensemble afin d’augmenter la pression autour du porteur de balle. Derrière, Thiago restait en place devant une défense très compacte. L’Espagnol ne sortait à hauteur de Kroos ou Ribéry que lorsque l’un de ces derniers était appelé en première ligne aux côtés de l’attaquant de pointe.

De la même façon, les latéraux quittaient l’alignement défensif lorsque le ballon passait dans le dos des attaquants excentrés. Ils étaient alors eux-mêmes couverts par le glissement du reste de la défense (Boateng pour couvrir Alaba, Van Buyten pour couvrir Lahm, avec toujours Thiago à proximité en cas de besoin).

Conclusion :

En à peine un mois de travail, Pep Guardiola a déjà posé sa patte sur le champion d’Europe 2013. Au-delà du système de jeu, la priorité donnée au jeu court à la relance, le positionnement des ailiers et le pressing rappellent évidemment son FC Barcelone. Mais le Catalan a aussi intégré plusieurs caractéristiques de sa nouvelle équipe : les actions se préparent en majorité sur les ailes et se peuvent se terminer par des centres lointains ou des services en profondeur afin profiter des appels et/ou de l’impact athlétique des attaquants. Bref, un début de synthèse plus qu’alléchant pour les supporters du Bayern… et ceux de Guardiola.

Capable de traduire cette analyse en Anglais, en Espagnol ou une autre langue ? Contactez-moi à cette adresse ([email protected]) afin de contribuer à la rapide diffusion des Chroniques Tactiques à l’international ! D’avance, un grand merci aux plus téméraires qui pourront accorder un peu de leur temps à ce petit coup de pouce.

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6 réponses

  1. Ilyas dit :

    Super analyse, comme d’habitude

  2. Diamond dit :

    Des tactiques de jeu qui va permettre à l’équipe de Guardolia de s’imposer rapidement sur les terrains. A moins de faire face à des adversaires qui seront plus sur la défensive, le jeu pourrait se corser.

  3. Bob dit :

    Donc si le plan de Pep marche, on aura une sorte d’équipe ultime qui sait tout faire sur le terrain contrairement au Barça de Pep.

  4. Ramona dit :

    Quand l’expérience se mixe à une touche personnelle, on peut s’attendre à un jeu qui pourrait surprendre plus d’un sur le terrain. Attendons de voir la pratique sur le terrain…et le nombre de buts enregistrés!

  5. Shinji dit :

    Je suis sceptique par rapport à l’efficacité à la récupération du milieu bavarois. Sur le papier, Thiago – Kroos – Ribéry, c’est très offensif, pas super musclé et ça manque de vice. Schweini me semble plus qu’incontournable à la place de Kroos pour garantir un réel équilibre à la récupération.

    Après, la marque de Guardiola c’est le gros pressing des joueurs offensifs. Mais j’aimerais voir ce que ça donne face à des milieux plus costauds ou très technique capables de ressortir le ballon en 3-4 passes et au sol.

  6. Tarik Kabbadj dit :

    Ce qui est interressant au niveau de la relance c’est qu’on peut constater qu’elle a évolué positivement au niveau des exigences de Pep Guardiola : au début le bayern utilisait 50% des ballons longs et 50% courtes. Ce qui est interressant à voir ce sont leur différents déplacements pour réceptionner le ballon mais également que vont-ils faire lors de la réception du ballon sachant qu’ils seront sous pression. Pour moi la relance est faîte par 6 joueurs voir 7 et la transition offensive-défensive par 3 voir 4 joueurs. Le risque Munichois c’est de s’entêter à vouloir toujours utiliser la relance courte et ne pas utiliser de point d’appui, l’autre risque c’est de voir les latéraux placés trop haut sur le terrain et bloqués par les ailiers adverses.

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