L’Atletico Madrid de Simeone, un an après

Arrivé en décembre 2011 sur le banc de l’Atletico Madrid, Diego Simeone est en train de faire du club rojiblanco une force montante en Espagne grâce à deux facteurs : une rigueur et un équilibre défensifs enfin retrouvés après des années de difficultés dans ce secteur de jeu, ainsi qu’une animation offensive taillée pour permettre à Falcao de se concentrer sur ce qu’il fait le mieux : marquer.

L’Atletico a appris à défendre

Quelques chiffres pour commencer : 57 buts encaissés en championnat en 2008/2009, 61 buts en 2009/2010 -année de la première Ligue Europa-, 53 buts en 2010/2011 et 27 buts encaissés en 18 matchs lors de la saison 2011/2012. Jusqu’à ce que Diego Simeone prenne les commandes du club, l’Atletico encaissait en moyenne 1,5 buts/match. Depuis un peu plus d’un an, et 39 matchs exactement, il en prend un peu moins d’un par match (0,94 exactement). La progression est fulgurante. Il est même possible de trouver un chiffre encore plus impressionnant en retirant les quatre confrontations face au Real Madrid et au FC Barcelone (12 buts encaissés en 4 matchs). Dans ce cas, le chiffre tombe à 0,67 buts encaissés par match face aux clubs normaux de la Liga.

Comment Diego Simeone a t-il pu faire de l’Atletico l’une des meilleures défenses d’Espagne aussi rapidement ? Pour le comprendre, il faut d’abord se pencher sur l’organisation tactique des Rojiblancos, et leur comportement face à la relance adverse. Si  le système de jeu peut changer dans les grandes occasions, Diego Simeone fait aujourd’hui confiance à un 4-4-2 lorsque son équipe n’est plus en possession du ballon. Falcao forme, avec son partenaire de l’attaque (Diego Costa si 4-4-2 en phase offensive) ou son soutien (Koke si 4-2-3-1), une première ligne qui se positionne au niveau du rond central pour ne jamais le quitter (ou presque). Derrière ces deux joueurs se positionne une première ligne de quatre : sitôt le ballon perdu, les milieux excentrés (Arda, Raul Garcia, Adrian, Koke…) se replient autour du double pivot, véritable garant de l’équilibre de l’équipe. Celui-ci est généralement formé par Mario Suarez et Gabi, parfois supplées par l’ancien Lyonnais Tiago. Derrière ce premier rideau défensif, la défense évolue assez bas afin de limiter les espaces dans la profondeur.

La particularité de l’organisation défensive de l’Atletico vient du comportement de ses milieux de terrain. Comme beaucoup d’autres, la première ligne est très resserrée sur l’axe. Dans cette optique, Gabi et Mario Suarez ne se livrent que très rarement, sauf quand il s’agit de suivre le décrochage d’un adversaire direct (relayeur du 4-3-3, n°10 dans le 4-2-3-1). Jeudi soir – en Coupe du Roi -, le Betis tentait de repartir de sa moitié de terrain grâce aux premières passes de Benat et de Ruben Perez. Les deux hommes s’installaient de chaque côté de la première ligne adverse (Falcao-Diego Costa) afin de s’ouvrir l’intérieur du terrain. Mais l’Atletico réagissait en faisant sortir ses milieux excentrés (Arda à gauche, Raul Garcia à droite), quitte à libérer les latéraux sévillans si ces derniers venaient à s’excentrer (voir ci-dessous). Raul Garcia et Arda s’opposaient aussi aux latéraux adverses afin de les empêcher de trouver des solutions dans l’axe, derrière la ligne Falcao-Diego Costa.

Arda et Raul Garcia montent afin d'empêcher les passes en direction de la zone gardée par Gabi et Mario Suarez.

Gabi et Mario Suarez, les chasseurs :

Bien protégé par leur quatuor offensif, Gabi et Mario Suarez ne sortent de leur position qu’en cas de décrochage d’un attaquant adverse (Eder Vilarchao au début puis Jorge Molina en cours de première mi-temps et Benat en fin de partie). Hier, ils se sont aussi livrés sur quelques phases de pressing en fin de match, qui semblaient lancés par Simeone himself depuis son banc de touche. En vérité, le double pivot colchonero intervient surtout dans sa moitié de terrain. S’il est bien en place et n’a pas à subir une quelconque infériorité numérique dans l’axe, le quatuor offensif va forcer l’adversaire à démarrer ses mouvements offensifs depuis les côtés (voir image ci-dessous, cliquer dessus pour agrandir). Ci-dessous, le latéral gauche du Betis est en possession du ballon. Falcao et Diego Costa sont en place, toujours à proximité du rond central : ils sont une menace pour Benat (point vert), seule solution axiale pour le porteur.

Raul Garcia est aussi bien placé, toujours dans l’optique de bloquer toute possibilité de retour vers l’intérieur du terrain. Le porteur de balle n’a dès lors que deux possibilités : jouer en profondeur vers son milieu gauche ou revenir en arrière vers son défenseur central pour amorcer un nouveau temps de jeu dans son propre camp (et risquer une remontée du bloc adverse et le départ d’un pressing). Il décide finalement de jouer sur le côté. La défense de l’Atletico ne laissant que peu d’espaces dans son dos, le milieu gauche (Eder Vilarchao sur cette capture) est servi dos au but et se retrouve sous la pression du latéral droit, Juanfran, qui l’empêche de se retourner. Le double pivot Gabi-Mario Suarez coulisse pour permettre au premier de s’ajouter au pressing sur le porteur. Gabi récupère facilement le ballon tandis que, dans l’axe, Mario Suarez et Falcao encadrent la seule solution qui aurait pu être rapidement trouvée (Benat en l’occurrence). Raul Garcia termine le travail en fermant la possibilité de passe en retrait à destination du latéral gauche, et devient en même temps un premier passeur intéressant pour amorcer une contre-attaque (ex : récupération de Gabi, transmission de Raul Garcia dans l’axe vers Falcao ou Diego Costa, orientation du jeu côté gauche etc…).

Deux attaquants bien utilisés :

Lorsqu’il doit mettre en place son équipe, Diego Simeone a le choix entre deux solutions pour soutenir Falcao à la pointe de l’attaque : mettre un milieu travailleur-créateur supplémentaire (Koke) qui participera au pressing et à la remontée des ballons, ou aligner un véritable deuxième attaquant qui tournera autour du Colombien (Diego Costa, Adrian…). Face au Betis jeudi soir, le coach argentin avait opté pour la deuxième solution ; c’est donc celle-ci qui a été développée ci-après. Avec un bloc positionné dans sa moitié de terrain, l’Atletico offrait à son adversaire une bonne raison de le presser et de gêner ses sorties de balle. Le Betis a d’ailleurs tenté de s’imposer dans le camp madrilène sitôt le ballon perdu : dans l’axe, Benat sortait sur la paire Gabi-Suarez pour accompagner Eder et les latéraux suivaient aussi Arda et Raul Garcia sur les côtés. Derrière, le Betis comptait sur Ruben Perez pour protéger sa défense centrale (Perquis-Paulao).

Sans surprise, l’Atletico ne s’est pas embarrassé du ballon une fois qu’il le récupérait. A moins de pouvoir le ressortir rapidement, celui-ci était envoyé devant à destination des deux attaquants. Parfois recherché, Falcao laissait la vedette dans cette zone du terrain à son partenaire, Diego Costa. Le Brésilien était clairement le joueur-cible sur les relances longues : il s’est souvent excentré pour défaire du marquage des défenseurs centraux et user de son physique face aux latéraux adverses. Dominateur dans les airs, il faisait ensuite parler son jeu de corps pour conserver le ballon avant de le libérer pour Raul Garcia-Juanfran (à droite) ou Arda-Filipe Luis à gauche. Au jeu des compensations, le Betis se retrouvait rapidement mis en difficulté : Diego Costa se déplaçant dans la zone du latéral (ex : Nacho à gauche), ce dernier lâchait son adversaire direct (Raul Garcia) qui se retrouvait automatiquement libre et dans le sens du jeu.

C’était alors au milieu axial le plus proche (Benat) de venir compenser sur ce dernier. Les Sévillans abandonnaient alors automatiquement l’axe à leurs adversaires et la paire Gabi-Suarez pouvaient s’installer dans leur camp. Le double pivot soutenait les actions de son quatuor offensif, et était là pour empêcher les sorties de balle au sol des adversaires (toujours en allant travailler sur les côtés comme sur la capture précédente). Le premier but de l’Atletico a d’ailleurs pour origine un bon pressing de Gabi dans le couloir droit, en couverture de Juanfran et Raul Garcia.

Le ballon est en l'air. Diego Costa (point blanc) est au duel avec Ruben Perez (point vert), la "sentinelle" du Betis. Zone oblige, le latéral gauche est aussi à proximité de l'action. En retrait par rapport à cette zone, Raul Garcia (normalement pris par le latéral gauche adverse) est libre et prêt à recevoir la remise de son partenaire (en jaune). Si cela arrive, cela entraînera le repli du milieu adverse le plus proche (en orange), libérant alors Gabi qui pourra orienter le jeu : soit sur l'aile vers la montée de Juanfran, soit dans l'axe avec Mario Suarez, voire vers l'avant si Benat (second milieu en train de se replier vers l'action) ne ferme pas l'espace.

Quelque soit les situations -Betis et autres matchs-, trois joueurs restent en retrait : les deux défenseurs centraux et le latéral à l’opposée de l’action. Ce dernier peut toutefois monter si l’animation le demande, soit pour se rendre disponible à la réception d’un changement de jeu, soit carrément pour apporter une présence au second poteau à la finition. Plusieurs fois face au Betis, Filipe Luis a ainsi suivi les actions qui partaient côté droit pour tenter de se rendre utile dans les 20 derniers mètres. Dans cette zone, il est intéressant de noter les rôles de Raul Garcia et Arda Turan, qui restent toujours légèrement à l’intérieur du terrain lorsque l’Atletico évolue en 4-4-2. Les deux hommes laissent les extérieurs à leurs latéraux et à Diego Costa, qui apporte profondeur et percussion sur les côtés en plus du travail en amont déjà évoqué. Son volume est tel qu’il permet à Falcao de se concentrer sur son rôle de buteur. Les deux hommes ont d’ailleurs récolté les fruits de leurs travaux respectifs : Falcao en ouvrant le score et Diego Costa en étant à l’origine des deux buts (voir ici).

Conclusion :

Analysé au printemps dernier à l’occasion des derniers matchs de Ligue Europa (lire : Atletico Madrid 4-2 Valence, l’analyse tactique et Atletico Madrid 3-0 Athletic Bilbao, l’analyse tactique), l’Atletico Madrid de Simeone a poursuivi sa progression sur le second semestre de l’année 2012. Si peu de choses ont changé par rapport au printemps dernier (bloc-équipe bien regroupé, quadrillage parfait de sa moitié de terrain, construction sur les ailes avec des créateurs attirés par le coeur du jeu), la véritable nouveauté réside dans l’éclosion de Diego Costa, qui est désormais bien intégré dans la rotation. Prêté au Rayo Vallecano lors des six premiers mois de l’ère Simeone (10 buts en 15 match), le joueur a su saisir sa chance ; plus qu’un n°2 derrière Falcao, il complète parfaitement le Colombien et lui permet de disparaître du jeu pour mieux surgir dans les surfaces adverses. De quoi élargir la palette des possibilités pour Simeone, qui possédait déjà des solutions intéressants avec Adrian et surtout Koke.

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