Equipe de France : la verticalité au coeur du projet

« On joue à onze, tout le monde a sa responsabilité dans l’animation offensive. Déjà, si la première relance est verticale, ça fait gagner du temps. » Lâchés au moment de défendre Karim Benzema en conférence de presse, ces propos de Didier Deschamps ont pris de l’ampleur au fil des performances de ses Bleus depuis la rentrée.

Après une fin de saison 2014-15 calamiteuse, ponctuée par une défaite en Albanie, l’équipe de France a repris la « compétition » du bon pied. Les matchs amicaux sont toujours le « quotidien » des Français, mais l’implication des joueurs est tout autre. Défensivement comme offensivement, tout le monde met beaucoup plus d’intensité et de rythme. Et sans surprise vu l’adversité relativement faible, le bilan comptable (4 victoires de rang, une première depuis que Didier Deschamps est à la tête de la sélection) va dans le bon sens.

L’animation offensive fait partie de ces évolutions positives. En juin, nombreuses étaient les attaques évoquant une équipe de France sans style, incapable de savoir ce qu’elle devait proposer sur le terrain. Depuis, les matchs de la rentrée ont permis de dégager des circuits de jeu assez évidents à lire, s’appuyant justement sur une « première relance verticale ». Une transmission importante vu le groupe construit par Didier Deschamps, notamment au milieu de terrain : en s’appuyant sur une relation directe entre défense et attaque, le sélectionneur peut passer outre les limites créatives de ses relayeurs.

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La verticalité, élément important dans le jeu des Bleus : de Schneiderlin à Griezmann.

Titulaires à ces deux postes, Paul Pogba et Blaise Matuidi partagent en effet les mêmes limites. Dans leurs clubs respectifs, ils ne participent que très peu à la phase de relance. La saison dernière, la Juve la laissait à Bonucci, Chiellini et Pirlo, qui s’appuyaient sur les relais courts de Vidal et Marchisio. A Paris, Matuidi s’efface lui devant le duo Motta-Verratti, qui profite entre autres des décrochages d’Ibrahimovic (de Di Maria ou Pastore) pour fixer le bloc adverse.

Plus de rythme, plus d’efficacité : 

Pour verticaliser le jeu efficacement, il faut d’abord multiplier les solutions pour le porteur. Sur ce point, ce sont évidemment les joueurs offensifs qui doivent se montrer généreux dans leurs déplacements. Depuis la rentrée, Valbuena et Griezmann ont été installés dans le onze-type et ont pris l’habitude de quitter les ailes, où ils évoluent en phase défensive, pour se proposer entre les lignes adverses. Leurs déplacements dans l’axe sont compensés par les montées des latéraux qui occupent les couloirs.

Défenseurs et milieux de terrain axiaux se chargent de la relance : souvent au contact de la première ligne adverse, les relayeurs redoublent les passes en attendant de libérer un partenaire capable de mettre le jeu dans la moitié de terrain adverse (par le dribble ou par la passe). Anodine pour le spectateur, cette phase de jeu est pourtant capitale : sans rythme, impossible de faire bouger le bloc adverse et de créer l’espace pour effectuer la relance. Le rythme, c’est justement ce qu’il manquait aux Bleus jusqu’à cette rentrée 2015.

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Le circuit de jeu principal des Bleus depuis la rentrée : une préparation axiale autour des milieux et des défenseurs, qui recherchent ensuite la verticalité vers le trio d’attaque. Une fois ces derniers trouvés, les joueurs de transition (latéraux, milieux relayeurs) se projettent dans le camp adverse.

Depuis la reprise, quelques joueurs sont sortis du lot pour donner « l’impulsion ». Face à la Serbie, Schneiderlin a montré beaucoup de qualité dans ce secteur, nouant une relation intéressante avec Griezmann (11 passes du premier pour le second). Mobile, cherchant toujours à créer une solution (avec et sans ballon), le Mancunien est capable d’avoir un gros volume de jeu lorsqu’il évolue devant la défense, capable de décharger ses partenaires du travail de préparation. Son match de septembre l’avait placé en alternative à Lassana Diarra : Schneiderlin se rend disponible pour prendre la responsabilité de la relance quand Diarra s’efface et travaille « sans ballon » pour libérer ses partenaires de la défense.

Contre l’Arménie justement, ce sont Varane et Sakho qui auraient dû profiter du travail de l’ombre du néo-Marseillais. Finalement, l’ancien Parisien a été le seul à prendre de réelles initiatives avec le ballon. Sans pression, il a rappelé que lui aussi était capable de casser les lignes adverses avec son pied gauche (12 passes pour Valbuena). Seul indiscutable de l’arrière-garde de Deschamps, Varane est lui resté en retrait sur ces phases de jeu. Peut-être se souvient-il encore de cette passe perdue par Giroud à l’origine du but encaissé en septembre face à la Serbie.

A la réception : Griezmann et les autres 

La réception parlons-en, puisqu’un joueur a pris une nouvelle envergure depuis la rentrée : Antoine Griezmann. Depuis la rencontre face au Danemark en mars dernier, son volume de jeu n’a quasiment jamais cessé d’augmenter. Fin techniquement, l’attaquant de l’Atletico s’appuie sur une première touche qui lui permet d’enchaîner rapidement. Avec lui, la vitesse apportée par la première passe peut être maintenue si une solution s’offre rapidement.

La dernière sortie au Danemark a marqué un tournant dans son évolution en bleu puisqu’il s’agissait de sa première sortie sans véritable meneur de jeu à ses côtés. Une situation nouvelle qui ne l’a toutefois pas perturbé : le joueur formé à la Real Sociedad est devenu le référent des Bleus lorsqu’il fallait maintenir la possession du ballon dans le camp danois. Cela explique le nouveau bond statistique effectué par rapport aux matchs face à la Serbie ou l’Arménie.

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A ses côtés, Mathieu Valbuena a souffert de la comparaison. Sa première touche est moins fluide et sa propension à tenir le ballon casse souvent le rythme donné par la première passe. Sur son cas précis, l’équipe de France se retrouve avec les mêmes soucis que l’Olympique Lyonnais : le rythme de jeu est plus lent et l’équipe bénéficie de moins de profondeur pour faire mal à son adversaire (lire : Valbuena à Lyon : du changement derrière les deux attaquants). Dans cette animation, il se pose plus en alternative qu’en solution n°1, malgré sa capacité à se rendre disponible.

En ce qui concerne la finition, la présence de nombreuses solutions dans l’axe (Valbuena, Griezmann, Benzema + Pogba, Matuidi en soutien) pousse souvent l’adversaire à resserrer son bloc lorsqu’une relance parvient à casser le milieu de terrain. A défaut de pouvoir enchaîner dans les petits espaces, les Bleus ont ainsi des solutions à exploiter sur les ailes grâce aux montées des latéraux. L’exemple le plus évident reste le premier but inscrit face à la Serbie avec une longue phase de préparation qui permet la relation Schneiderlin-Griezmann plein axe, avant une finition côté sur Bakary Sagna.

Mais Griezmann n’est pas le seul membre du groupe France doté d’une excellente première touche. La perte de Fekir contre le Portugal a privé Deschamps d’une autre solution de ce type, mais un joueur comme Benzema montre chaque week-end avec le Real qu’il est à l’aise dans ce domaine. Véritable avant-centre contre l’Arménie, il a laissé Valbuena et Griezmann oeuvrer entre les lignes, mais il serait intéressant de le voir décrocher avec un autre joueur capable de le remplacer à la pointe de l’attaque (Martial ?). Reste la question de l’équilibre de l’équipe, même si l’attaquant de Manchester United a réalisé un match sérieux face au Danemark sur le plan du repli défensif.

Equipe-type ? - Football tactics and formations

Circuits secondaires, richesse offensive ?

En retrait dans cette nouvelle animation, Mathieu Valbuena n’en reste pas moins un joueur important dans le groupe France. Sa capacité à se rendre disponible sur tout le terrain devrait offrir à l’équipe d’autres solutions face à des adversaires capables de couper la relation directe entre défense et attaque. Dans ce contexte, le meneur de jeu lyonnais peut apporter par sa mobilité, son jeu dans les petits espaces, qui maintiennent le bloc haut, sa capacité à obtenir des fautes et sa qualité sur coups de pieds arrêtés. Parmi les plans B, Anthony Martial s’est aussi signalé face au Danemark dans un rôle d’attaquant excentré difficile à bouger (lire : Analyse : Martial face au Danemark).

La préparation basse et le positionnement axial du trio d’attaque libérant des espaces sur les extérieurs, certaines relances pourront aussi passer par le jeu long. Peu en vue lorsqu’il s’agit de verticaliser le jeu, Varane va avoir d’autres opportunités de montrer ses qualités de relance si le système actuel est maintenu. Même chose pour Diarra, Schneiderlin ou Pogba, qui n’hésitent pas à passer par les airs dans leurs clubs respectifs.

Absent des derniers rendez-vous d’octobre, le retour du milieu de terrain de la Juve sera d’ailleurs à scruter de près le mois prochain. Il pourrait en effet apporter un autre élément à l’animation des Bleus : le changement de rythme par le dribble dans l’entrejeu. Dans une animation où la verticalité (et le danger) peuvent aussi venir des défenseurs centraux, les adversaires risquent de laisser plus de liberté à Pogba que lors de ses précédentes sorties. A lui d’en profiter pour prendre une autre envergure dès le mois prochain, à l’instar de Griezmann depuis la rentrée.

 

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1 réponse

  1. 13 octobre 2015

    […] Équipe de France : la verticalité au cœur du projet (Florent Toniutti, Les Chroniques Tactiques, 13/10/2015) : le « manque de rythme ». Pourquoi je revois encore dans ma tête ces images cauchemardesques de l’équipe de France de Domenech, sans joueurs en mouvement, le porteur de balle obliger de jouer derrière ou latéralement. Plus jamais ça. Sinon, on devine clairement que Diarra pourrait avoir un rôle considérable dans la préparation du jeu à l’Euro (et Schneiderlin le suppléera efficacement) si cette animation est maintenue. Tu pourras également constater la montée en puissance de Griezmann. En revanche, je ne pense pas que Valbuena soit en train de devenir « une alternative » pour Deschamps. Je ferais bien un truc comme ça : […]

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