Italie 1-3 France : ode au jeu de position

A un ou deux tirs au but près, l’Italie et la France auraient pu se retrouver en demi-finale du dernier Euro pour une grande opposition de style. D’un côté, une Italie besogneuse mais intelligemment construite par Antonio Conte ; de l’autre, une France bourrée de talent mais dotée d’un système de jeu minimaliste lorsqu’il s’agit d’attaquer.

A défaut d’avoir eu droit à cette affiche en juillet dernier, les deux sélections se sont retrouvées hier à l’occasion d’un match amical disputé à Bari. Une rencontre que la France a remporté en se montrant réaliste grâce à Martial, Giroud et Kurzawa. Mais se satisfaire du résultat reste léger quand en face, l’Italie a récité une partition qui a rappelé que les Bleus pourraient faire tellement mieux avec le ballon.

Les compos : 

Et pourtant, la Squadra Azzurra était pourtant privée de quelques cadres. En plus de Marchisio, absent de longue date, et Verratti, laissé sur le banc de touche, elle devait faire sans Bonucci. Elément-clé du jeu de position mis en place par Conte durant l’Euro, le défenseur de la Juve était remplacé par Astori, beaucoup moins « capable » lorsqu’il s’agit de relancer. Autre changement par rapport à l’équipe-type du dernier Euro, la titularisation de Bonaventura en lieu et place de Giaccherini.

Côté français, Didier Deschamps avait décidé de revenir à son système de jeu du début de l’Euro, à savoir un 4-3-3 avec le trio Kanté, Pogba, Matuidi dans l’entrejeu. Les grands changements se situaient sur les côtés de la défense avec les titularisations de Kurzawa et Sidibé pour remplacer les vétérans Evra et Sagna.

Italy vs France - Football tactics and formations

Dans la continuité de l’Euro :

Après la Coupe du Monde 2014, le premier match amical de l’équipe de France avait été l’occasion de « fêter » le Mondial réussi en faisant participer les joueurs qui avaient fait le voyage au Brésil. Cette première sortie de la saison a semblé avoir le même objectif, pour la France comme pour l’Italie. Les deux équipes ont repris les systèmes et les principes de jeu déjà vus à l’Euro, pour une reprise au petit trot.

Début de saison oblige, inutile de se fatiguer en pressant à tout va. Ce n’était de toute façon pas dans les habitudes des deux sélections en juin et juillet dernier. Français et Italiens ont retrouvé leurs blocs médians (en 4-3-3 et en 3-5-2), avec un petit plus côté azzurri : un positionnement haut des attaquants sur les relances de Lloris de manière à forcer le portier français à allonger.

Une France toujours sans idée : 

Face à la relance française, on a retrouvé l’Italie d’Antonio Conte : celle qui coulisse en bloc sur la largeur, cadre toujours le porteur de balle et réduit les espaces autour des solutions les plus proches qui s’offrent à lui.

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Alors que Pelle cadre Matuidi, Candreva et Barzagli sortent sur Kurzawa et Martial.

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Même chose à l’opposée avec Bonaventura sur Sidibé, De Sciglio sur Pogba et De Rossi qui gère le déplacement de Griezmann dans l’axe.

Le petit rythme de la rencontre n’incitait évidemment pas au spectacle et aux grandes envolées, mais le fait est que les Bleus ont eu toutes les peines du monde à franchir le milieu de terrain face à ce bloc italien bien compact. On a retrouvé une nouvelle fois les (mauvaises) habitudes de la relance française : à savoir une défense centrale qui refuse de prendre l’initiative de jouer vers l’avant (sauf pour allonger). Résultat, des milieux forcés de redescendre pour faire la relance et moins de solutions pour « progresser » vers les buts de Buffon.

C’est sur ce point que la comparaison avec l’Italie fait mal.

Une Italie plus pénétrante : 

La sélection de Ventura n’avait pas plus de talent, elle n’a pas non plus mis plus d’intensité. Mais grâce à une structure de jeu cohérente (occupation intelligente du terrain), elle a su franchir les deux premiers tiers du terrain avec une grande facilité, profitant parfois de pressings pas très bien sentis de la part des Français.

Comme lors de l’Euro, la Squadra Azzurra s’est appuyée sur son quatuor défensif (Chiellini, Barzagli, Astori, De Rossi) pour mettre le jeu dans le bon sens. Objectif n°1 : déplacer le bloc adverse jusqu’à trouver l’ouverture pour une passe directe vers Eder et Pelle, qui jouent les pivots dans la zone des défenseurs centraux adverses.

La ligne de passes peut être créée par les mouvements des milieux (Parolo, Bonaventura) : leurs courses peuvent embarquer leurs adversaires directs (Pogba-Matuidi) et créer des brèches dans l’axe. La Belgique en avait fait les frais lors du dernier Euro.

La France a tout de même bien mieux défendu dans ce secteur que la Belgique lors de l’Euro. Le positionnement de Kanté, très proche de ses défenseurs, a permis de conserver un avantage numérique sur le duo Eder-Pelle. Par ailleurs, l’Italie ne pouvait pas relancer aussi bien qu’à l’Euro en raison de l’absence de Bonucci. Astori n’a aucune aptitude pour casser les lignes comme peut le faire le quarterback de la Juve.

De Rossi a toutefois eu l’occasion de faire oublier l’absence du défenseur central sur une action en première mi-temps qui a rappelé les habitudes de l’Italie lors de l’Euro.

A défaut de trouver ces points de fixation dans le coeur du jeu, l’Italie a utilisé les couloirs grâce aux montées de Candreva et De Sciglio. Positionnés haut sur le terrain, ces derniers offraient toujours des solutions sur la largeur pour la Squadra Azzurra.

Le manque d’activité de l’attaque française en phase défensive (Griezmann, Martial peu impliqués) permettait aux défenseurs (Chiellini, Barzagli) de garder le ballon jusqu’à ce que la passe soit possible. Les latéraux italiens avaient ensuite du champ en raison du positionnement de leurs milieux de terrain : plusieurs fois, les latéraux français (Kurzawa, Sidibé) se sont retrouvés pris entre-deux : fermer le couloir face au latéral, ou rester en position afin de protéger l’espace dans leur dos (Bonaventura ou Parolo).

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Lorsque les défenseurs qui prennent l’initiative de relancer, c’est tout le bloc-équipe qui peut se positionner plus haut et offrir des solutions.

Le fait d’avoir 6 joueurs en position très avancée sur le terrain permettait aussi à l’Italie d’exploiter toute la largeur. Une attaque démarrée côté gauche pouvait rapidement basculer à l’opposée grâce à la disponibilité du deuxième latéral. Ce schéma s’est d’ailleurs souvent produit en deuxième mi-temps sans que Candreva ne parvienne réellement à prendre le dessus à la retombée  (24 centres, mais seulement 2 passes-clés dans le jeu).

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De Candreva à De Sciglio, l’Italie peut compter sur six joueurs positionnés haut dans le camp français.

Le vrai (seul ?) plan français : 

Face à une Italie bien plus « joueuse » qu’elle, la France comptait opérer en contre-attaque en profitant justement du positionnement haut des Italiens. Mais elle s’est heurtée pendant près de 70 minutes au bon comportement de ces derniers à la perte du ballon. Très souvent, les joueurs de Ventura ont remis le pied sur celui-ci dans les secondes qui ont suivi la récupération française, ce qui leur a permis de rester haut dans le camp français.

Au fil des minutes, et malgré l’entrée de Rugani auteur d’excellentes anticipations dans le camp des Bleus, ce pressing de la Nazionale s’est toutefois étiolé, permettant aux Français de sortir plus souvent de leurs 40 mètres. Cela n’a toutefois pas été couronné de succès, les joueurs de Didier Deschamps manquant de justesse dans leurs remontées de balle malgré les sorties de Sidibé ou Kurzawa pour y participer.

Conclusion : 

Oui, l’Italie a perdu ce match, mais la France n’a pas mieux joué, que l’on considère son projet de jeu sur ce match (bien défendre et contrer) ou que l’on compare la richesse de sa partition à celle jouée par son adversaire. Grâce à son jeu de position, la Squadra Azzurra a obtenu bien plus de situations favorables, sans toutefois les transformer en occasions franches. La faute à des duels (au sol ou dans les airs) où ses individualités se sont montrées inférieures à celles de la France.

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Tous les défenseurs français se retrouvent à jouer des un-contre-un… et Candreva est seul à l’opposée !

Certains supporters des Bleus tireront de ce constat un point positif : oui, l’équipe de France s’appuie aujourd’hui sur un vivier de talents impressionnant, et ce sur toutes les lignes. Sur ce match, on retiendra notamment la bonne performance de la charnière centrale, qui a eu fort à faire avec de nombreuses situations de un-contre-un à gérer (dont le but encaissé).

Mais pour aller plus loin, il faut voir ce match autrement : sans grand talent mais avec un jeu d’attaque réfléchi et structuré, le collectif de l’Italie est parvenu à créer des situations d’égalité numérique aux abords de la surface adverse. On ne peut dès lors que se demander ce dont seraient capables les Bleus si une véritable réflexion était menée concernant leur manière de construire et d’attaquer… peut-être n’auraient-ils pas eu besoin d’attendre d’inhabituelles erreurs italiennes (Chiellini, Barzagli) ou de coups de pied arrêtés pour se montrer dangereux.

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3 réponses

  1. Benm dit :

    Oui je suis d’accord l’équipe d’Italie m’a clairement plus entousiasmé que l’équipe de France …l’Italie est une vrai équipe de foot cohérente, l’équipe de France ne s’appui que sur le talent et la puissance physique de ses milieu et de ses latéraux avec les deux nouveaux qui est bien au dessus de la moyenne niveau projet de jeu c’est vraiment très pauvre pour l’instant

  2. BiGBi dit :

    Très bon article encore une fois. Ajouter les petites vidéos ou séquences à regarder rend la lecture encore plus agréable.
    Toujours présent dans la data room cette année ?

  3. Non, l’émission s’est arrêtée en mai dernier.

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