France 1-0 Espagne : les enseignements

Sans surprise, ce premier match post-Coupe du Monde 2014 n’a pas délivré de grandes réponses en vue de la campagne éliminatoire qui s’annonce. Toutefois, Français et Espagnols ont pu tirer quelques informations de cette rencontre : d’un côté des Bleus toujours dominateurs sur le plan athlétique, de l’autre une Roja qui a placé Fabregas au coeur de son animation.

Les compos : 

Pour ce match de reprise, Didier Deschamps avait décidé d’abandonner le 4-3-3 du Mondial afin de repositionner Valbuena dans le coeur du jeu en soutien de Benzema. Sissoko a profité de ce changement tactique pour prendre numériquement la place de Cabaye et s’installer sur l’aile droite. Pogba et Matuidi étaient associés dans l’entrejeu.

Dans l’autre camp, entre les néo-retraités et les absents, c’est une équipe espagnole assez remaniée qui s’est avancée sur la pelouse du Stade de France. « Orphelin » de Xabi Alonso, Busquets s’est retrouvé seul devant la défense, encadré par Koke et Fabregas. Sur les ailes, Vicente Del Bosque avait décidé de faire confiance à Cazorla et Raul Garcia.

Opposition tactique : 

4-2-3-1 côté français, 4-1-4-1 côté espagnol. Les premières minutes de la partie se sont résumées aux duels disputés au milieu de terrain. Et à ce jeu-là, ce sont les Français qui ont pris le meilleur départ. L’agressivité des défenseurs (Debuchy/Cazorla et Varane-Sakho/Diego Costa) et des milieux de terrain (Pogba/Fabregas ; Matuidi/Koke) ont offert plusieurs munitions aux Bleus en attaque rapide, alors que les Espagnols peinaient à trouver le rythme.

Au fil des minutes, ces derniers ont toutefois réussi à mettre le pied sur le ballon. En écartant le jeu dès la relance, les Espagnols déjouaient le pressing français et offraient assez de temps à Fabregas ou Koke pour se rendre disponibles au milieu de terrain. Dès que l’Espagne parvenait à remonter son bloc, elle s’appuyait ensuite sur sa capacité à créer le surnombre dans l’entrejeu pour conserver la balle.

La France attend son adversaire dans l'entrejeu, où Matuidi et Pogba bloquent Koke et Fabregas. Lorsque ces derniers décrochent en revanche,

La France attend son adversaire dans l’entrejeu, où Matuidi et Pogba bloquent Koke et Fabregas. Lorsque ces derniers décrochent en revanche, ils se libèrent du pressing. Cela leur offre du temps, ainsi qu’à leurs partenaires, pour orienter le jeu (vers Carvajal sur cette situation) afin de « déjouer » le pressing français.

Fabregas à la baguette : 

Désormais privée de Xavi, l’un des grands chantiers de l’Espagne est de se trouver une nouvelle plaque tournante dans l’entrejeu. Et au vu de la rencontre d’hier soir, et de ses performances avec Chelsea durant le mois d’août, Fabregas est un très sérieux candidat pour prendre la succession de l’ex capitaine espagnol. Axe gauche au milieu de terrain, le néo-Londonien est souvent redescendu à hauteur de Busquets pour assumer l’orientation du jeu.

Afin d’occuper la zone qu’il délaissait en décrochant, Cazorla repiquait à l’intérieur. Adversaire « naturel » de Fabregas, Pogba se retrouvait entre ces deux joueurs et était la plupart du temps contraint de rester en position. En plus du milieu de terrain des Gunners, Fabregas bénéficiait d’une deuxième solution courte dans l’axe en la personne de Koke, sans oublier Busquets en soutien. Dans les couloirs, Azpilicueta et Carvajal arrivaient lancés pour finir les mouvements.

Sur ce match, Fabregas s'est retrouvé au coeur de l'organisation espagnole.

Sur ce match, Fabregas s’est retrouvé au coeur de l’organisation espagnole. Devant lui, les mouvements de Cazorla entre les lignes limitaient le pressing de Pogba, lui offrant ainsi une certaine liberté d’action pour diriger la manoeuvre. Sur le jeu court, ces cibles étaient Koke et Cazorla ; Azpilicueta et Carvajal sur les ailes ; Raul Garcia et Diego Costa dans la défense française. A ses côtés, Busquets pouvait le suppléer mais était généralement ciblé par le repli de Valbuena.

Avec Fabregas à la baguette, l’Espagne a maîtrisé le ballon pendant une bonne partie de la première mi-temps mais a une nouvelle fois manqué de poids dans le dernier tiers du terrain. Censés peser sur la défense, Diego Costa et Raul Garcia ont souffert dans les duels. L’avant-centre a particulièrement eu du mal face à Varane et Sakho. Seuls quelques ballons touchés en position d’ailier droit, alors que Raul Garcia prenait sa place en pointe, lui ont permis de perturber l’organisation française.

La France, côté Sissoko : 

A partir du moment où les Espagnols ont pris la main au milieu de terrain, les Bleus ont logiquement eu beaucoup moins de ballons d’attaque. En repartant de leurs bases, ils étaient dépendants des duels disputés par Valbuena (vs Busquets) et Benzema (vs Ramos ou San José) afin de développer leurs contres. Le but refusé à Benzema en début de deuxième mi-temps a bien illustré ce type d’actions, l’attaquant madrilène étant à l’origine de l’action dans le camp adverse et à la finition (49e).

Privés de leur jeu rapide, les Bleus devaient trouver des solutions sur attaque placée. Lorsque la France relançait, Pogba et Matuidi étaient pris par Fabregas et Koke, qui laissaient Busquets en couverture face à Valbuena. En pointe, Diego Costa naviguait entre Varane et Sakho. Les mouvements de Griezmann, qui repiquait souvent dans l’axe pour tenter de casser l’opposition Valbuena-Busquets, ont fait pencher la préparation bleue côté gauche.

Au moment de relancer, les Bleus doivent faire face à la pression de Fabregas et Koke,

Au moment de relancer, les Bleus doivent faire face à la pression de Fabregas et Koke, qui sortent sur Pogba et Matuidi alors que Diego Costa doit couper la passe entre Varane et Sakho afin de contraindre ce dernier à jouer vers l’avant.

Attirant le bloc espagnol dans cette partie du terrain, les Français n’ont toutefois pas pu développer leur jeu sur cette aile, la faute à un système qui empêchait Matuidi de monter régulièrement afin de créer le surnombre. Ils ont donc fixé l’Espagne côté gauche pour tenter de la déborder côté droit par la suite : les ballons ressortaient jusqu’à Varane qui se chargeait de lancer la paire Sissoko-Debuchy. En un-contre-un, le joueur de Newcastle faisait la différence physiquement face à Azpi.

Dans tous les bons coups, malgré un certain déchet à la finition, Sissoko s’est aussi retrouvé sur l’action menant au seul but de la partie. Là encore, c’est son physique qui lui a permis de faire la différence, résistant à la pression de San José alors qu’il était dos au but, pour mettre Valbuena en position de marquer dans la surface espagnole. L’ancien Marseillais a finalement préféré servir Rémy, auteur d’une finition parfaite pour offrir une belle victoire de reprise aux Bleus (1-0, 73e).

preparation-france

L’objectif des Bleus était d’attirer l’Espagne côté gauche puis de ressortir le ballon à l’opposée via Varane afin de créer une situation de deux-contre-deux (Cazorla-Azpi vs Sissoko-Debuchy) où ils avaient l’avantage physique grâce au milieu de Newcastle.

Conclusion : 

Voilà deux équipes qui ont logiquement continué sur leur lancée du dernier Mondial. Solidifiée par une charnière centrale imprenable durant le temps fort espagnol, la France a pris le dessus « sur la durée » pour finir sur un dernier quart d’heure quasiment à sens unique.

Côté espagnol, le onze de départ laissait augurer de quelques changements dans l’animation offensive. Le bon pressing des Bleus sur la relance, et les difficultés de Diego Costa en pointe, ont toutefois annihilé les possibilités de jeu rapide vers l’avant. Le jeu de la Roja s’est du coup résumé à de longues phases de possession dans l’entrejeu mais un manque de tranchant flagrant dans le dernier tiers du terrain.

4 réponses

  1. hadlao dit :

    Depuis la tribune nord, j’ai trouvé l’Espagne vraiment trop attirée par l’axe. Cazorla revenant très souvent vers le cœur du jeu pour apporter des solutions. Il leur manquait vraiment des joueurs de couloirs pour écarter le jeu plus souvent.
    Evra a souffert quand les espagnols ont joué dans son dos.

  2. franz dit :

    Devant ma télé, j’ai eu la même impression, un tas de joueurs dans l’axe et assez haut sur le terrain.

    Ce qui donnait une équipe coupé en deux, avec étonnament Ramos à la bagette à beaucoup d’occasion…

    Je n’ai pas retrouvé ce trio qui maitrisait, à trois, le coeur du jeu…

  3. Oui, l’Espagne était trop attirée par l’axe pour entrer dans les 30 derniers mètres. Par contre, c’est évident que ce surnombre dans l’axe leur offrait la maîtrise du milieu. C’est ce qu’il s’est passé pendant une grosse demi-heure en première mi-temps. La deuxième avec les changements (Iturraspe dès la mi-temps, puis baisse de rythme de Fabregas jusqu’à sa sortie) a équilibré les choses au milieu. Mais l’Espagne avait la maîtrise du ballon ; preuve, la France n’avait plus de balles de contre une fois le premier quart d’heure franchi. Par contre, elle n’en faisait rien pour les problèmes signalés dans l’article (aucun relais dans le dernier tiers).

  4. denis dit :

    Salut, je dois dire que l’Espagne version 2014 n’est plus la même maintenant. Je pense que les Espagnols pourront remonter la pente avec un petit effort !

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