Les quatre sans coups

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A 100 jours du Mondial, l’équipe de France était à un tournant : un bon match face aux champions d’Europe espagnols et c’est tout le public français qui aurait pu se retrouver derrière elle jusqu’au coup d’envoi de la Coupe du Monde. Malheureusement, elle s’est manquée et a pris la leçon que les pessimistes attendaient. C’est bien simple, les Espagnols ont joué à leur main pendant 90 minutes. Alors certes, les absences en défense n’ont sans doute pas aidé ; mais hier soir, si une seule chose doit être retenue, c’est la faillite des cadres en attaque. Explications.

Ribéry absent sur les derniers rassemblements, ce match face à l’Espagne était l’occasion de découvrir l’attaque-type de l’équipe de France pour la prochaine Coupe du Monde. Et plus encore puis les milieux défensifs et les latéraux seront eux aussi du onze de départ face à l’Uruguay si le sort ne vient pas s’en mêler. Anelka en pointe, Ribéry à droite, Henry à gauche et Gourcuff dans l’axe, tel est le quatuor qui sera censé faire trembler les défenses mexicaines, uruguayennes et sud-africaines au mois de juin. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il va leur falloir plus d’un match à nos quatre sauveurs pour atteindre un niveau de jeu intéressant. Comparé à l’attaque espagnole hier soir, ils ont pris une leçon de spontanéité. Là où le Français cherchait à éliminer son adversaire direct, l’Espagnol libérait très vite pour un partenaire. L’action des deux louches (Fabregas puis Xabi Alonso pour Iniesta) de la cinquième minute de jeu a sans doute fait mal à l’orgueil de notre quatuor.

En première période, c’est surtout au niveau du pressing que les quatre de devant ont failli. Pour réussir face à l’Espagne, comme face à Barcelone d’ailleurs, la recette la plus efficace a toujours été d’aller les chercher dans leur moitié de terrain pour les empêcher de lancer leur mouvement. S’ils s’en sortent, c’est toute l’équipe ou presque qui doit se replier dans ses 40 mètres, à la fois pour défendre mais aussi pour offrir des solutions courtes et simples pour les relanceurs. S’il n’y a pas ces solutions, ces derniers ont toutes les chances d’être pris par le pressing des Espagnols, toujours important lorsque l’un d’entre eux vient de perdre la balle. Ces deux consignes, aller presser le relanceur adverse et suivre le repli de l’équipe derrière, Henry et Anelka ne les ont tout simplement pas appliqué. Ribéry a quant à lui gratté quelques ballons alors que Gourcuff s’est épuisé à faire la navette entre les milieux défensifs et ses attaquants.

On en arrive là au deuxième très gros problème de l’équipe de France hier soir : le manque cruel de solutions pour le porteur de balle. C’était criant lorsque les Français devaient remonter tout le terrain face à des Espagnols en phase de repli. Je passe sous silence le fait que le bleu Ciani a dû se charger de la plupart de ces relances, son voisin de terrain a déjà un casier bien chargé… Bref, le porteur français a le ballon dans sa moitié de terrain, que doit-il avoir comme solution ? Normalement, ces latéraux sur les côtés, ces milieux défensifs et parfois les décrochages de ces offensifs. Qu’avait t-il comme solution hier soir ? Les décrochages de Gourcuff et, parfois, de Ribéry et des milieux défensifs en difficulté lorsqu’il s’agit de jouer vers l’avant. « Et bien qu’ils jouent sur les côtés alors ! » Je veux bien, mais sur les côtés, sur la même ligne, ils n’ont personne : les latéraux sont déjà partis sur l’aile, parfois même devant leurs milieux offensifs.

Résultat, la France (Ciani) balance quelques scuds à l’aveugle qui atterrisse parfois dans des pattes françaises. Celles-ci arrivent à profiter de la faiblesse d’Arbeloa sur leur côté droit pour s’approcher de la surface de Casillas mais dès qu’il s’agit de trouver une solution dans l’axe, l’action s’annihile d’elle-même. On multiplie les touches de balle, l’étau espagnol se resserre, récupère la balle ; les Bleus reculent, Xavi et ses potes se promènent dans la zone du rond central et semblent même ne pas vouloir pousser leurs actions à fond. Tranquille, à leur main. Je passe sous silence leurs deux accélérations. L’une dans la verticalité, Iniesta qui trouve Villa dans la profondeur avec une feinte de Silva entre les deux. « Classic shit. » L’autre, une série d’attaque d’un côté à l’autre du terrain, pressing sur Gourcuff à 25 mètres, ballon récupéré, deuxième vague, décalage, Escudé 2-0. « Classic shit (bis). »

Au retour des vestiaires, les hommes de Del Bosque étaient tellement tranquilles qu’ils ont décidé de changer de configuration de jeu. Fini le pressing et la confiscation du ballon, l’Espagne s’est mise en position d’attente pour contrer les Français en jouant sur les appels de Fernando Torres. Le renouveau français au milieu de terrain coule de source du coup : alors que l’on pouvait en compter huit en première période, le nombre d’Espagnols au milieu de terrain décroît sensiblement et Diarra, Toulalan, Gourcuff et même Ribéry peuvent enfin se montrer aux abords du rond central. Je ne parle pas d’Henry, invisible dans l’entrejeu à tel point que les commentateurs de la rencontre ont eu l’impression que les Bleus étaient passés en 4-4-2. Bref, l’Espagne attend mais les Bleus restent stériles. S’ils arrivent désormais à relancer, les problèmes ont cette fois dans les 35 derniers mètres, là où l’influence des deux anciens, Anelka et Henry devrait se faire sentir.

Mais il n’en est rien. En bien en tout cas. Le pauvre meneur de jeu qu’est Gourcuff se retrouve sans mouvements autour de lui et donc sans solutions. Le changement de configuration des Espagnols n’a fait que déplacer le problème des Bleus : la densité est désormais à une trentaine de mètres des buts de Casillas. Preuve que les titulaires ne tournent pas rond, les Bleus vont se créer leurs seules occasions du match (pourquoi je le mets au pluriel d’ailleurs ?) après les entrées de Govou, Cissé et Malouda à la place d’Anelka, Henry et Ribéry (tiercé dans le désordre). L’attaquant du Panathinaïkos a même apporté une fraîcheur étonnante sur la pelouse, que j’ai moi-même noté alors que je ne le porte pas dans mon coeur. Son côté brut, qui tente pour se montrer et faire sa place, a contrasté avec le train de sénateurs tenus par les joueurs qu’il a remplacé. Vu que la hiérarchie ne changera pas sur un quart d’heure, on se rassurera en imaginant que les titulaires ont pris ce match pour ce qu’il était : un amical.

Mais bizarrement, ça ne me rassure pas.

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8 comments to Les quatre sans coups

  • Sur ce match, on avait clairement l’impression que l’on était en infériorité numérique sur chacun des mouvements espagnols.

    Sur les phases défensives, on avait l’impression qu’il suffisait aux espagnols de franchir la ligne médiane pour nous mettre en danger.

    Le problème est bien tactique et le sélectionneur actuel ne semble pas avoir trouvé de solutions.ReplyQuote

  • Grentzinger

    J’ai peur que Thierry Henri répète l’erreur commise par Lilian Thuram, Marcel Dessailly et quelques autres vieilles gloires… La fameuse compétition de trop. Alors, notre très cher « titi »… Meilleur buteur de l’histoire des bleus, un joueur qui a marqué son temps, a t’il encore le ressort necessaire?
    Cela va faire plusieurs saisons que je trouve « titi » limite au niveau du physique… Comme si son corps accusait une certaine fatigue due aux très nombreuses saisons effrénées passées sur le sol anglais.
    A ce manque de jus flagrant, s’installe une sorte de lassitude psychologique…
    Alors je repense à Deschamps et Blanc qui sont partis au bon moment, s’offrant même une belle ovation au SDF…
    Bref,  » Titi » va t’il nous faire mentir comme Viera et Zizou en 2006…Ou assiste t’on vraiment au long et douloureux crépuscule d’un grand?
    Dans l’immédiat, j’ai comme l’impression que la gestion du cas Henri et son positionnement ( argument non rpo-ribery ) pourrait à terme changer la donne. Mais à quoi bon. Domenech comme personne d’autre est prêt à « mourir pour ses idées »… Bref, deux latéraux offensifs qui prennent les couloirs…Deux stoppeur…Qui…Stop qui relance comme il peuvent. Deux bons millieux defensifs qui relance comme ils peuvent vers les latéraux ou mieux, vers les stoppeurs et le gardien…Un gourcuff perdu qui court tout seul, qui bouge seul, qui propose tout seul et qui va bientôt nous faire une déprime…Deux millieux de couloir qui…..Très bonne question….Et un Nico….Qui décroche, décroche , décroche tellement qu’il va bientôt finir libéro….
    Bon c’est décidé! Cet été je supporterai l’espagne et le Bresil…Arretons le masochisme…ReplyQuote

  • Gerald

    J’ai enregistré ce match et je me le suis repassé 2 fois au ralenti pour comprendre POURQUOI l’EDF a été prise à la gorge par les espagnols.
    Sur le papier, pas de quoi rougir, Ribéry, Anelka, Gourcuff, Henry, Diarra, Evra c’est quand même pas rien et ça valait bien l’effectif espagnol, alors quoi ?
    Si je peux me permettre cette petite analyse, j’ai remarqué 2 éléments importants :
    1 – les espagnols réagissent beaucoup plus vite en phase de transition et, alors que les bleus se replient en ordre dipersé (voir point 2), les espagnols pressent très vite et toujours vers le haut (sur les latéraux et les demis défensifs) ne laissant que très peu de possibilités de relance/relais
    2 – en perte de balle, les bleus exerçaient un pressing non coordonné, laissant souvent des espaces dans leur dos où les espagnols trouvaient facilement les diagonales et éliminaient la première ligne de défense obligeant le secteur défensif à sortir de sa position, d’où « re-création » de nouveaux espaces, etc. Ainsi, Gourcuff s’est-il épuisé durant tout le match à exercer un pressing haut, mais un pressing tout seul revient à courir dans le vide :-(, quant-aux autres attaquants … humm humm

    L’entrée de Cissé et Malouda a coïncidé avec un changement de style de jeu, optant pour un jeu direct dans le dos de la défense et un pressing plus haut et un peu mieux coordonné (disons avec une meilleure volonté que leur prédécesseurs)

    Henry manquait cruellement de rythme et a bafouillé son football sur son flanc, malgré toute l’admiration qu’on peut avoir pour sa carrière, la question est : « doit-on aligner un joueur lorsqu’il n’est pas titulaire dans son club, même s’il s’appelle Henry ? »

    Je termine en disant tout le mal que je pense de la stratégie (défensive) choisie par Raymond Domenech qui n’a jamais réussi à transcender cette équipe et à en rendre le jeu agréable à regarder !ReplyQuote

  • Kiya

    Je suis entraineur de football, et sur ce match, j’ai vue un chef d’œuvre tactique de l’Espagne. On comprend vite que Domenech n’a pas sa place dans le cercle des grands entraîneurs et sélectionneurs de ce monde.
    L’équipe de France possède de bon éléments, mais sans coordination collective, elle est très faible !
    Personnellement je crois en Thierry Henry, je pense qu’avec une condition physique, il fera la différence en coupe du monde. Mais si les joueurs sont dispersés sur le terrain face à une équipe bien en place, sa ne sert à rien de posséder les meilleurs joueurs du monde, l’équipe n’ira pas loin.
    Le Football c’est collectif, Domenech cela fait 6ans presque qu’il est en poste en EDF et il n’a toujours pas le niveau pour entraîner un club de ligue ! Vive la France…ReplyQuote

  • Cette équipe a avant tout un problème de mentalité distillé par des cadres clairement individualistes : Henry, Ribéry, Anelka, L.Diarra qui ne jouent pas pour l’autre, pour le collectif, mais pour eux et qui inhibent d’autres joueurs (Gourcuff, Evra, Sagna, Toulalan et la charnière centrale)ou squattent, narquois, des postes de titulaires (Qui peut aujourd’hui ne pas aligner Florent Malouda? Qui?). On peut préparer cette équipe de la meilleure condition physique qu’il soit possible d’obtenir, aligner tous les dispositifs tactiques les plus machiavéliques : cela ne fonctionnera jamais tant que ses individualités seront sur le terrain.Quand on voit l’intelligence de jeu de Gourcuff aussi jeune, on se demande comment on peut se permettre de court-circuiter dans sa propre équipe une telle promesse pour le football français.Depuis tout temps des générations font place à d’autres générations, d’autre styles, la page doit être tournée, en ligue 1 il y a largement de quoi faire un très gros mondial, mais c’est bien connu, c’est toujours mieux à l’étranger! On voit ce que ça donne…Désolant

    On a analysé ça ici pour les intéressés : France Espagne : analyse du match

    Je dois dire que j’ai apprécié les commentaires sur ce blog, assez pertinent, ça change d’autres publications dont je tairais le nom.Bonne continuation.ReplyQuote

  • Des noms ! On veut des noms ! :PReplyQuote

  • Kiya, vous avez surement plus d’esprit tactique que moi, étant donné que vous travailliez dans le football, en tant qu’entraîneur . Malgré tout, quand vous dîtes avoir vu un chef d’oeuvre tactique de l’Espagne, je ne suis pas d’accord . Pour moi, l’Equipe d’Espagne n’a pas montré mercredi soir face à la France ( je précise que j’étais au Stade de France ) toute l’étendue de son talent, et a du se contenter de confisquer le ballon comme l’a dit Florent en Première période, et en deuxième de balancer des ballons devant pour Torres . Je pense que cette équipe, championne d’Europe en titre, peut être bien plus performante … encore faut il que la résistance en face soit plus corsée…ReplyQuote

  • Moi c’est Yomgy du blog mondial-foot-2010.com, pardon de ne pas avoir signer avec mon nom.

    Le chef d’oeuvre tactique de l’Espagne il est simple : utiliser des petits gabarits très technique et vivaces pour pratiquer un style de jeu court rapide très efficace (le tiki taka), qui permet à l’équipe de conserver une possession de balle outrageuse empêchant la construction adverse (difficile de faire quoi que ce soit quand on a pas le ballon), soutenu par un pressing très mordant dès la perte de balle afin de reprendre le contrôle du cuir au plus vite.Ils ont également un duo d’attaquants (villa torres) monstrueux qui en multipliant les appels dans la profondeur obligent les meilleurs défenses à baisser d’un cran.Ensuite vous verrez que le sélectionneur fait souvent tourner les joueurs par paire au milieu(à la mi-temps ou à la 60ème eg) car ce type de jeu est très gourmand en ressource physique.
    La maturité du bloc fait qu’ils savent maintenant très bien géré leur temps fort et/ou avance…

    Footballwrite a raison : l’Espagne ne s’est pas craquer sur ce match, elle a géré.

    L’équipe de bon calibre qui sera capable d’imposer un défit physique important au milieu, tout en étant réaliste sur les opportunités offensives posera des gros soucis à la Roja.Une équipe comme l’Italie possède les qualités pour les faire tomber au mondial 2010.Comme La France de 2006.ReplyQuote

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