L’Allemagne, modèle du 4-2-3-1 ?

On l’attendait tous depuis le coup d’envoi du Mondial : l’Allemagne s’est révélé comme étant la première équipe à marquer les esprits. Face à leur 4-2-3-1 très bien rôdé, les pauvres Socceroos n’ont même pas eu l’occasion de faire illusion et ont sombré corps et biens (0-4, la vidéo). Au cœur du jeu de la Mannschaft, Mesüt Ozil a particulièrement brillé. A l’instar de Gourcuff en France, le meneur du Werder s’est imposé dans l’équipe-type allemande pendant les éliminatoires. A l’inverse du Bordelais, il est aujourd’hui indiscutable. e-foot.eu essaie de comprendre pourquoi.

« L’important, ce n’est pas le système mais l’animation. » Tous les entraîneurs, de Mourinho de Madrid à Georges Ranu de Pouilly-sur-Yvette, le savent. Même Raymond Domenech est au courant, c’est dire ! Le sélectionneur français l’a d’ailleurs rappelé après le 0-0 face à l’Uruguay. La démonstration du 4-2-3-1 allemand d’hier soir pourrait/devrait lui donner des idées à trois jours de la rencontre face au Mexique. Avec Ozil à la baguette et des couloirs emmenés par Muller et Podolski, la Mannschaft a délivré une vraie leçon de jeu dans les intervalles, loin, très loin du tempo français extrêmement Ribéry-dépendant.

Les profils :

Cette efficacité, l’Allemagne la tient d’abord des profils choisis par Low pour entourer le numéro 10 (je parle du positionnement). Puisqu’il faut comparer, comparons avec l’équipe de France. Domenech a choisi :

  • Anelka : une fausse pointe qui apporter du mouvement en décrochant ou en permutant avec ses ailiers et provoque.
  • Ribéry : un impact-player qui fait la différence par ses dribbles et sa capacité à percuter.
  • Govou : un ailier dans tout ce qu’il y a de plus basique.

Je n’apporte rien de nouveau mais ça me permet d’enchaîner sur une des raisons de l’inefficacité de Gourcuff sous le maillot bleu vendredi soir. En plus de ne pas être au niveau pour tenir cette position lors d’une compétition internationale, le Bordelais se retrouve avec deux partenaires sur trois qui aiment tenir le ballon pour faire la première différence eux-mêmes. En reculant un peu, on pourrait même y intégrer Diaby et ses raids pour remonter le ballon.

Côté allemand, les profils sont complètement différents et, surtout, mis au service du meneur de jeu :

  • Klose : une attaquant pur capable de peser sur la défense en tant que point de fixation ou dans la profondeur,
  • Podolski : un attaquant axial de formation, maîtrisant le B.a-BA des appels dans cette zone du terrain,
  • Muller : voir Podolski.

L’enchaînement coule de source. Les trois sont dépendants de leur meneur de jeu. N’ayant pas les moyens de faire la différence en solitaire, ils ont besoin de lui pour recevoir des ballons dans des conditions qui leur permettront de faire la différence. Et Ozil a besoin de leurs appels pour pouvoir tirer son épingle du jeu. Donnant-donnant, gagnant-gagnant comme dirait Ségolène.

Les consignes :

Évidemment, construire une animation ne se résume pas à associer différents profils de joueurs. L’entraîneur doit en plus leur donner des consignes de jeu, des préceptes à respecter pour le bon fonctionnement du collectif. Face à l’Uruguay, il n’était pas difficile de dégager les grandes consignes de jeu données aux trois Français entourant Gourcuff.

  • Anelka : décrocher ou prendre la profondeur pour aspirer un défenseur et offrir des espaces, permuter avec ses ailiers.
  • Ribéry : fixer/provoquer son adversaire direct, repiquer dans l’axe pour ouvrir le couloir au latéral.
  • Govou : voir Ribéry, prendre la position d’Anelka lorsque celui-ci quitte son poste.

Si les consignes diffèrent plus ou moins selon les hommes, elles ont toutes un point commun : elles poussent à un moment donné les trois joueurs à venir marcher dans la zone de jeu de Gourcuff. En ayant pour principal credo de confier les débordements à ses latéraux, Domenech pousse ses ailiers à repiquer vers l’axe. Résultat logique, Gourcuff se retrouve logiquement effacé des circuits de passes préférentiels et doit reculer pour pouvoir poser sa patte sur le jeu (qui a dit relayeur ?). Ajoutez à ça les raids de Diaby faisant le lien entre la ligne médiane et les 25 derniers mètres et vous obtenez une animation qui court-circuite complètement l’influence de Yoann Gourcuff.

Côte allemand, l’animation est complètement différente. Podolski et Muller sont les véritables animateurs de leurs couloirs respectifs, offrant régulièrement des solutions dans la profondeur. Le second bénéficie en plus de l’excellent rendement offensif de Lahm. Au passage, les relations ailier/latéral se construisent généralement sur des une-deux et autres combinaisons de passes rapides. Comprendre : on n’est pas près d’avoir une relation Ribéry/Evra efficace sur le côté gauche… Mais revenons aux Allemands. Les déplacements de Podolski et de Muller offrent des solutions dans l’espace là où Ribéry et Govou reçoivent majoritairement le ballon arrêté et en attendant les mouvements ensuite.

Autre problème, les deux ailiers français sont souvent à la réception de la première passe verticale. Et leur propension à repiquer les oblige à contrôler et donc immédiatement à arrêter l’accélération de l’action. Ce temps d’arrêt permet à l’adversaire de se réorganiser après avoir vu son bloc percé par la passe. Podolski et Muller reçoivent eux le ballon alors que l’action est déjà enclenché. Ici, le départ de l’action est donné par une permutation entre Ozil et un milieu de terrain. Le second sert le premier qui décroche, aspire un milieu et rejoue avec son milieu ou se remet dans le sens du jeu. Derrière, l’espace ouvert par le décrochage est utilisé pour servir l’ailier qui peut enchaîner le mouvement et la suite suit. Ou pas.

Conclusion :

S’il souhaite conserver son 4-2-3-1 et Yoann Gourcuff, Domenech doit s’inspirer de ce qu’a montré la Mannschaft ce dimanche soir. Le travail de fixation doit être celui des joueurs d’axe et non plus celui des ailiers. Ces derniers doivent être décalés et dans le sens du but et non pas servis alors qu’ils regardent la tribune de face opposée à leur couloir. Résultat, les latéraux  seront moins importants dans l’animation des Bleus et ça ne sera pas plus mal vu leur apport face à l’Uruguay. Mais surtout, Gourcuff pourra prendre ses aises dans le cœur du jeu, travaillant avec Toulalan façon Ozil/Schweinsteiger , Diaby jouant à lui seul le rôle de créateur d’intervalles grâce à ses montées balle au pied.

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2 réponses

  1. Alex dit :

    J’tavais parlé d’une ressemblance entre le jeu bordelais et le jeu catalan, tu m’avais dis qu’il existait effectivement un parallèle avec les deux tactiques avec les ailiers qui rentrent les latéraux qui prennent les couloirs, … Donc le jeu bordelais ne ressemble-t-il pas au « jeu » de l’EdF ? Et si oui comment a fait Laurent pour permettre a Gourcuff de remplir son rôle de meneur ? (mais peut-être l’avais tu déjà expliqué dans un article, me semble)
    Sinon continues comme ça, tes articles sont toujours aussi passionnants ;-)

  2. admin dit :

    Si le jeu bordelais a de grandes similitudes avec celui de l’edf, notamment dans le rythme très lent des actions et le manque de profondeur rédhibitoire lorsque les individualités ne sont plus au rendez-vous. Gourcuff remplit son rôle axial (pas de meneur dans mon esprit, voir la mort du 10) à Bordeaux parce qu’il a des ailiers à son service. Ces derniers se rendent disponibles et surtout ne cherchent pas le dribble ou l’exploit solo. Ils sont là pour faciliter la circulation de balle dans le camp adverse jusqu’au décalage crée sur la montée d’un latéral. L’équipe de France a des ailiers qu’on pourrait qualifier de rupture. C’est eux qui donnent l’impulsion au mouvement final. Or, avec un tempo de départ lent, cette rupture doit se faire plus tôt pour permettre une accélération progressive du jeu pour arriver lancé dans les 30 derniers mètres.

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