Allemagne 1-2 Italie, l’analyse tactique

Présentée comme sûre de son fait depuis le début du tournoi, l’Allemagne s’est effondrée face à une Italie qui a fait une nouvelle fois preuve d’une très grande maîtrise tactique. Dès le coup d’envoi, Prandelli semblait avoir pris le dessus sur son adversaire, ce dernier s’estimant obligé de modifier un système qui avait pourtant fait ses preuves jusqu’ici. Portée par un Balotelli efficace, l’Italie a fait la différence quelques minutes après avoir trouvé la solution au problème posé par son adversaire.

Les compositions :

Allemagne : Neuer (1) – Boateng (20), Hummels (5), Badstuber (14), Lahm (16) – Khedira (6), Schweinsteiger (7) – Kroos (18), Özil (8), Podolski (10) – Gomez (23).
Italie : Buffon (1) – Balzaretti (6), Barzagli (15), Bonucci (19), Chiellini (3) – Pirlo (21), De Rossi (16), Marchisio (8), Montolivo (18) – Cassano (10), Balotelli (9).

L’Allemagne avait un plan, l’Italie l’a tourné à son avantage :

Favorite pour beaucoup au coup d’envoi de la rencontre, l’Allemagne s’est pourtant présentée sur la pelouse de Varsovie avec un plan pour répondre à son adversaire, au lieu de continuer sur la lancée de son quart de finale. Plutôt que d’aligner son 4-2-3-1 habituel avec Muller ou Reus sur l’aile droite, Joachim Löw a fait le choix de titulariser Kroos à la place de ces derniers. Le milieu du Bayern Munich s’est donc installé sur le flanc droit, complétant le quatuor offensif avec Özil, Gomez et Podolski. Assez rapidement, le choix de Kroos s’est expliqué par l’envie des Allemands de densifier l’axe afin d’empêcher à Pirlo et De Rossi de prendre possession du milieu de terrain comme ils avaient pu le faire face à l’Angleterre. Pour rappel, en quart de finale, le Romain (axial gauche dans le losange de Prandelli) revenait dans l’axe pour offrir un relais à ses défenseurs lorsque Pirlo était marqué de près.

Pour répondre à ce problème, Kroos s’est donc très souvent recentré lorsque les Allemands devaient se replacer dans l’entrejeu pour faire face aux premières transmissions italiennes. Avec Gomez et/ou Özil, il a cherché à se positionner le plus souvent possible devant Pirlo et De Rossi, les mettant parfois sous pression (mais sans doute pas assez). Derrière, Schweinsteiger et Khedira se positionnaient autour du rond central afin de couper les transmissions qui franchiraient le premier rideau et sortir au pressing au cas où Marchisio et Montolivo venaient à décrocher. Durant le premier quart d’heure, l’Allemagne est apparue en position de force grâce à cette forte densité de joueurs dans l’entrejeu. Pirlo a ainsi été obligé de distribuer la majorité de ses ballons latéralement, l’Allemagne ne laissant que peu d’espaces pour jouer en profondeur. Au final, l’Italie a dû se résoudre à sauter le milieu de terrain pour tenter de trouver ses offensifs. Sans trop de succès même si Balotelli a vite pris la mesure de ses adversaires directs.

Mais comme souvent dans cet Euro, la formation de Prandelli a fini par trouver la faiblesse de son adversaire : en l’occurrence son couloir droit, laissé libre par le rôle axial de Kroos en phase défensive. Positionné à gauche en raison du forfait de Abate (qui a entraîné le repositionnement de Balzaretti à droite), Chiellini était libre de tout marquage dans son couloir. Le défenseur de la Juventus est dès lors devenu un relais supplémentaire pour les relanceurs italiens, faisant le lien avec les attaquants en contournant la forte présence allemande dans l’axe. Comme face à l’Angleterre, la capacité de Pirlo ou De Rossi à sauter un ou deux joueurs dans la circulation du ballon (réussir à faire Pirlo => Chiellini au lieu de faire Pirlo => De Rossi => Bonucci => Chiellini) a permis au latéral gauche de bénéficier d’une certaine liberté devant lui, puisqu’il recevait le ballon avant que le bloc allemand ne puissecoulisser pour venir fermer l’espace et mettre en place son pressing pour l’empêcher de progresser ou de sortir du couloir.

De sa position excentrée, Chiellini pouvait alerter Montolivo ou Cassano qui se rendaient disponibles via des courses latérales.  C’est d’ailleurs de cette manière que Cassano s’est retrouvé en position d’effacer à la fois Hummels et Boateng pour offrir le ballon de l’ouverture du score à Balotelli. A l’origine de cette action, il y avait en effet une passe de Pirlo vers Chiellini qui s’est avancé dans le camp allemand avant de libérer le ballon pour l’attaquant du Milan AC. Côté droit en revanche, Balzaretti s’est fait discret en début de partie, celui-ci n’évoluant pas sur son bon pied. A signaler aussi l’importance de Balotelli devant, qui a parfaitement su soulager l’Italie lorsque celle-ci était acculée dans ses 30 mètres en s’imposant à la retombée des longs ballons face aux défenseurs adverses.

L’Italie et les transitions défensives :

Une fois la solution trouvée pour se défaire du pressing allemand dans l’axe, l’Italie a pu à son tour mettre en place le sien dans la moitié de terrain adverse. Losange oblige, les joueurs de Prandelli ont cherché à enfermer leurs adversaires sur les côtés. Dans le camp allemand, Montolivo abattait un très gros travail sur la paire Schweinsteiger-Khedira afin de forcer la relance à passer par les couloirs. Derrière lui, le milieu à trois (Marchisio, Pirlo et De Rossi) coulissait en fonction du côté choisi par les Allemands et resserrait le marquage au fur et à mesure que ces derniers progressaient dans le camp italien. Pour se défaire de cette pression, l’Allemagne avait besoin du concours de Özil dans les couloirs pour pouvoir accélérer le jeu. A plusieurs reprises, les déplacements du Madrilène ont mis à mal le milieu italien, ouvrant de grands espaces côté opposé (voire plein axe) pour les incursions de Boateng ou de Khedira, seul milieu à se projeter vers l’avant côté allemand (voir ci-dessous).

Après l’ouverture du score de Balotelli, l’Italie a changé de comportement dans son repli défensif, diminuant l’intensité de son pressing une fois les Allemands lancés. L’objectif était justement d’éviter des situations comme celle capturée ci-dessus en couvrant mieux la largeur. Derrière Montolivo, qui continuait toujours son travail pour ralentir les sorties de balle allemandes, Pirlo, De Rossi et Marchisio se repliaient désormais dans leur camp. De cette manière, ils empêchaient toute possibilité de relation au sol vers Gomez qui aurait pu servir d’appui pour les projections de Özil, Kroos ou Khedira. Face à cette ligne de trois resserrée sur l’axe, l’Allemagne était contrainte d’utiliser la largeur du terrain pour mener ses offensives. Et son déséquilibre offensif est apparu au grand jour avec l’absence de soutien à Boateng lorsque ce dernier montait sur l’aile droite.

Une fois repliés dans leurs 40 mètres, les milieux italiens travaillaient de différentes manières selon la circulation de balle adverse. Si le bloc allemand n’avait pas complètement achevé sa transition défense/attaque, Montolivo se retrouvait aux côtés de Pirlo, permettant alors à l’Italie de bien couvrir la largeur du terrain avec un premier rideau composé de quatre joueurs. En revanche, sitôt la ligne Schweinsteiger/Khedira en place dans le camp italien (à 40 mètres des buts de Buffon), le futur milieu du Milan AC sortait de la ligne pour aller gêner les deux milieux de terrain allemands. Derrière lui, le trio Marchisio-Pirlo-De Rossi reprenait son travail en coulissant sur la largeur du terrain pour fermer les couloirs. En clair, les Allemands étaient repoussés sur les côtés par le bloc défensif italien et Montolivo était chargé de marquer les joueurs qui se rendaient disponibles en soutien pour ressortir les ballons de ces mêmes côtés (voir ci-dessous). En cas de besoin, lorsque les latéraux allemands montaient en même temps par exemple, un attaquant italien revenait travailler défensivement, soit en reprenant le travail de Montolivo resté à hauteur des autres milieux, soit en allant bloquer le couloir face à un latéral (comme Balotelli face à Boateng en fin de première mi-temps).

Coaching :

Avec deux buts à remonter en une mi-temps, Joachim Löw devait faire des changements dès la reprise. C’est ce qu’il a fait avec les entrées en jeu de Reus et Klose. Le premier a clairement permis de rééquilibrer le système offensif allemand en apportant enfin un soutien à Boateng dans le couloir droit. L’Allemagne a d’ailleurs insisté sur cette aile en début de deuxième période, profitant de la présence de Reus pour attirer Chiellini hors de sa défense tandis que Khedira plongeait son dos. Malheureusement pour l’Allemagne, le travail de compensation était parfaitement effectué : par Bonucci, qui s’excentrait pour aller au duel, par De Rossi, qui coulissait en défense, et même par Montolivo qui, si nécessaire, intégrait le premier rideau défensif italien pour combler le vide laissé par le Romain à la gauche de Pirlo. Devant le bloc italien, Balotelli continuait de surveiller les Allemands qui restaient en soutien de ces offensives.

Au bout du compte, seul Cassano était véritablement exempté de tout travail défensif, restant à la pointe de l’attaque italienne. L’attaquant du Milan AC a cédé ce rôle à Balotelli au moment de sa sortie, Diamanti reprenant le rôle du Mancunien. Quelques minutes plus tard, la sortie de Montolivo au profit de Thiago Motta a modifié le système défensif de la Nazionale. Celle-ci est en effet passé en 4-3-2-1 avec les deux entrants (forcément plus frais que les autres) chargés de faire le ménage à 40 mètres de leurs buts. Là encore, l’objectif était de rester près de Schweinsteiger ou Khedira pour qu’ils ne puissent pas peser dans les 30 derniers mètres. A un quart d’heure de la fin, Löw a tenté le tout-pour-le-tout en faisant entrer Muller à la place de Boateng mais il était déjà trop tard. Seule la maladresse des attaquants italiens a permis aux Allemands d’espérer jusqu’au bout.

Conclusion :

Au vu de son onze de départ, Joachim Löw risque de ne pas être épargné par la presse allemande. Pourtant, le choix de titulariser Kroos pour ajouter du poids dans l’axe semblait être le bon en début de partie. Mais sitôt la solution trouvée côté italien, la prestation du Bavarois s’est limitée à son apport offensif quasi-inexistant. Mise à nue par la circulation de balle italienne, la jeune défense allemande a craqué sur le premier but (Hummels puis Badstuber dans les duels) avant que ce soit son capitaine (Lahm) qui faute sur le second. Les Allemands ont eu beau revenir fort en deuxième mi-temps grâce au rééquilibrage tactique en attaque, le mal était déjà fait.

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17 réponses

  1. aziz dit :

    Je n’ai jamais crû en cette équipe d’Allemagne (colosse aux pieds d’argile, n’est pas « NacerZ »). Ce match m’a rappelé celui en amical contre la France: 1-un bon début 2-ils prennent deux buts 3- ils n’ont pas le mental pour se révolter 4- ils réduisent le score à la fin mais trop tard pour faire douter l’adversaire.
    l’Allemagne se doit de trouver une bonne défense et un mental de battant pour espérer gagner une compétition.

  2. Falcao dit :

    Imaginez une seconde la Roja évoluer avec Xavi comme sentinelle et non Busquets ! Impossible car suicidaire. Ben voilà, Löw joue avec un Schweinsteiger diminué devant sa défense alors que Khedira est le plus offensif des deux.
    Et tout l’édifice s’écroule.

  3. Simplement l’Allemagne ne sait que jouer qu ballon, il n’y a pas de rigueur tactique ni de force mentale, voilà pourquoi ils ont échoué. Le placement de Kroos à droite a été un échec, il fallait mettre Özil à droite.

  4. The teacha dit :

    c’est un peu abusé de votre part messieurs de casser l’allemagne comme ça, je rappelle juste qu’ils sont en finale du mondial 2002,demi finaliste mondial 2006;finaliste euro 2008, demi finaliste mondial 2010 et demi finaliste de cet euro; ok ils ont rien gagné mais ils sont la eux au moins, pas comme nous; à chaque fois ils sont tombés contre l’Italie et l’Espagne qui est au dessus d’eux. Donc tactiquement, ca reste trés fort sauf hier ou Low à perdu son pari. Laurent Blanc aussi à tenter un pari tactique. Les entraineurs sont la pour ça!
    Par contre, quand j’entends Laurent Blanc qui dit qu’il n’y a plus aucune grande équipe qui joue avec 2 attaquants de pointe, ben merci Cassano- Balotelli pour prouver le contraire; merci à l’angleterre d’aligner rooney – welbck ou Caroll !! c’est pas le sujet mais dans les mois à venir Benz » et Rémy dans l’axe, ca pourrait le faire ! ou Giroud

  5. aziz dit :

    On devrait tirer leçon de l’erreur des Allemands. En voulant introduire de la technique et du beau jeu dans leur football, ils ont perdu leurs qualités « ancestrales » : le mental et la rigueur.
    Ici en France dans les écoles de foot on essaye maintenant d’imiter l’Espagne et leur tiki-taka. Si on fait pas attention, on risque de perdre ce qui nous a fait gagner en 98 et 2000: le physique et la rigueur défensive.

  6. aziz dit :

    …c’est con ce que je dis: on a déjà perdu ces qualités!

  7. TitiHenry dit :

    On devrait tirer leçon de l’erreur des Allemands. En voulant introduire de la technique et du beau jeu dans leur football, ils ont perdu leurs qualités « ancestrales » : le mental et la rigueur.
    Ici en France dans les écoles de foot on essaye maintenant d’imiter l’Espagne et leur tiki-taka. Si on fait pas attention, on risque de perdre ce qui nous a fait gagner en 98 et 2000: le physique et la rigueur défensive.Reply – Quote

    Tu sais que c’est avant tout par le jeu qu’une équipe arrive à gagner des matchs. C’est quoi cet argument et idée reçue, qui dit que le mental ne peut s’allier avec le beau jeu. L’Allemagne a foiré son match cela arrive, comme expliquer sur cet article, ils se sont fait bouffé tactiquement, avec un coup de poker, qui n’a pas fonctionner de Low, puis qui c’est retourné contre lui, avec Chiellini libre. Mais je ne remets pas en cause son travail, cette équipe sort d’une série monstrueuse.

    Puis pour revenir à l’article, je pense que l’auteur aurait dû parler plus précisément de Casanno, plus gros problème pour les Allemands que Chielinni côté gauche selon moi. En infériorité dans l’axe, avec Balotelli pesant sur la défense central, on a vu un Cassano très libre dans ces décrochages non suivi par un Khedira ou Schweinsteiger occupé à prendre Montollivo ou DeRossi, il a fait énormément de mal en se déplaçant entre les lignes allemandes. Les seules fois où ils ont réussi a colmater le problème Cassano, c’est en réduisant les distances du bloc entier, avec une défense jouant assez haut, même en phase de construction italienne, exemple du début de 2ème mi-temps, ce qui leur a permis de récupérer pas mal de ballon. Mais sur l’ensemble du match, il a fait très mal.

  8. Cassano a certes fait mal. Mais encore fallait-il que les ballons lui arrivent. D’où l’importance du circuit Chiellini. Après c’est le talent du bonhomme qui a fait des différences oui. Parce que comme tu le dis, il était très libre derrière des milieux allemands focalisés sur l’axe.

  9. Nacer dit :

    En réponse à Aziz, je dirais que la seule issue possible qu’il y avait pour que ton raisonnement soit faux est que l’Allemagne gagne l’Euro. Comme je l’ai déjà dit, il y a 31 équipes colosses aux pieds d’argiles, donc, bon, pas trop dur comme pronostique.

    Pour en revenir au match, je crois que la défaite est tactique. Peut être que Löw aurait dû jouer le jeu habituel de la NM en mettant Muller. Ce dernier aurait pu faire le travail qu’a fait Kroos et même mieux. De plus, il est un véritable latéral qui aurait empêcher la montée de Chielini de temps à autre. Alors que là, il n’y avait aucun joueur de métier sur tout le flanc droit Allemand (Boa est DC et Kroos plus un 10 ou 8).

  10. aziz dit :

    @nacer:
    Tu n’as pas compris ce que j’entends par colosse aux pieds d’argile: c’est une équipe qui impressionne quand c’est plus faible en face (rouleau compresseur) mais qui s’écroule comme un château de cartes devant du costaud. Il y en a déjà eu des équipes comme ça dans le passé(URSS 86, Belgique 80-86, Hollande 94-2000). C’est facile de les reconnaitre:
    1- Ils laissent l’adversaire arriver assez facilement dans leur 18m. C’est à dire qu’ils ont tendance à défendre à 4 et tout le monde ne participe pas au travail défensif. Je rejoins d’ailleurs l’analyse de « Falcao ».
    2- Quand les choses ne se passent pas comme prévu, ils baissent les bras.

    Pour la finale ça va être titanesque (ça nous changera des colosses).
    Sincèrement, je suis un adepte du jeu espagnol mais le gros problème est qu’il n’y a qu’Iniesta qui est en forme actuellement. ça risque de ne pas suffire. D’un autre côté quand je revois les Italiens chanter et que je me rappelle la « Panenka » de Pirlo je ne serai pas triste si l’Italie gagne. ça c’est de l’équipe.

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