Allemagne 1-2 France, l’analyse tactique

Certains prédisaient le pire aux Bleus à l’occasion de leur déplacement au Weserstadion de Brême. Malgré quelques frayeurs bien légitimes, il n’en a rien été. L’équipe de France est allé chercher une victoire très probante, tant sur le plan du jeu que de l’efficacité. Même si les Allemands n’étaient pas au meilleur de leur forme, les Bleus ont rendu une copie très propre et se sont découverts de nouvelles armes en vue du prochain Euro.

Les compositions :

D’un côté comme de l’autre, plusieurs cadres ont dû déclarer forfait. Chez les Allemands, Joachim Löw doit ainsi composer sans Lahm, Schweinsteiger ou Podolski. Aogo, Schürrle et Kroos remplacent les trois forfaits : Wiese (12) – Boateng (20), Badstuber (14), Hummels (5), Aogo (4) – Kroos (18), Khedira (6) – Reus (21), Özil (8), Schürrle (9) – Klose (11).

Côté français, quelques incertitudes subsistaient concernant les choix du sélectionneur à certains postes-clés. Le couloir droit est finalement composé par Debuchy et Valbuena, tandis que Cabaye prend place dans l’axe aux côtés de M’Vila : Lloris (1) – Debuchy (2), Rami (4), Mexès (5), Abidal (22) – M’Vila (17), Cabaye (6) – Valbuena (8), Nasri (11), Ribéry (7) – Giroud (9).

Sur les problèmes posés par l’Allemagne :

Le début de l’opposition tourne à l’avantage de l’Allemagne. Devant son public, la Mannschaft imprime un gros pressing sur les deux joueurs qui doivent alimenter les quatre offensifs des Bleus. Face au 4-2-3-1 allemand, Cabaye et M’Vila se retrouvent sous la pression de Khedira et Kroos tandis que Reus et Schürrle tentent de fermer les lignes de passe vers les latéraux. Özil se joint aussi à cet ensemble pour perturber la relation entre les deux milieux de terrain français.

Conséquence de cette grosse pression, la défense est contrainte de sauter ses milieux de terrain pour chercher ses créateurs (Ribéry, Nasri, Valbuena). En début de partie, c’est Ribéry qui est le plus sollicité mais ses déplacements verticaux dans le couloir gauche sont parfaitement contenus par Boateng. Seul les relais offerts par un Nasri venu à sa rencontre créent des brèches dans le milieu allemand. Mais les deux Français multiplient les mauvais choix et les approximations une fois le premier rideau adverse franchi.

Pendant ce temps-là -et c’est le cas durant toute la première mi-temps-, l’Allemagne déroule de beaux mouvements offensifs dans le camp des Français. Les courses de l’intérieur du terrain vers les extérieurs de Özil attirent la paire de milieux français. En coulissant pour suivre le Madrilène, Cabaye et M’Vila ouvrent des espaces dans l’axe pour les incursions de Khedira -très en vue lui aussi- et Kroos. En pointe, Klose offre des appuis aux deux joueurs du Real, se montrant à plusieurs reprises plus rapides que les défenseurs français jaillissant sur lui. Schürrle à gauche et -surtout- Reus à droite sont eux à la finition de ses mouvements, complétant les mouvements d’Özil -leurs appels se font de l’extérieur vers l’intérieur du terrain-. Mais la défense française veille dans sa surface de réparation et ferme la majorité des angles de frappe.

Légende : en rouge – le travail des milieux allemands pour enfermer les milieux de terrain français dans l’entrejeu ; en blanc – les marquages des défenseurs allemands en couverture ; en jaune – Özil, au centre de l’organisation allemande, qui récupère les ballons remis par Klose ou provenant de ses relanceurs pour ensuite emmener le jeu sur les ailes ; en bleu – le milieu français qui suit le mouvement du Madrilène ; en orange – les finisseurs des actions allemandes, Reus ou Schürrle partant des extérieur pour revenir vers l’intérieur ou Khedira venu de l’arrière.

Sur la relance française :

Ribéry et Nasri peu inspirés, l’équipe de France réussit tout de même à faire reculer le bloc allemand. Dans la difficulté, Valbuena tire son épingle du jeu parmi les offensifs en rentrant à l’intérieur du terrain pour offrir des solutions et un soutien direct à Giroud. Mais les Bleus reviennent vraiment dans la partie grâce à une réorganisation rapide de son bloc en phase de relance.

Une fois qu’ils ont récupéré le ballon dans leurs 30 mètres, ils transforment ainsi leur arrière-garde. Habituellement, dans un 4-2-3-1 en phase de relance, les latéraux montent à hauteur des deux milieux récupérateurs, formant une ligne et offrant quatre solutions de relance pour les deux défenseurs centraux. Mais les Allemands peuvent calquer leur pressing à ce schéma de relance : Klose et Özil s’opposent à Mexès et Rami. Conséquence, les latéraux doivent rester à hauteur des deux défenseurs centraux pour offrir des solutions et les milieux se retrouvent sous pression.

Pour s’en sortir, les Bleus vont alors s’inspirer du modèle barcelonais, pratiqué chaque week-end -ou presque- par Abidal. A l’instar d’Alves, Debuchy évolue plus haut que tous les autres défenseurs, à hauteur de la ligne médiane. Pour le couvrir, la défense française est désormais composée de trois éléments qui occupent toute la largeur (Abidal à gauche, Mexès dans l’axe, Rami à droite). Conséquence, l’un d’entre eux est toujours libre de tout marquage face à la première ligne adverse formée par Klose et Özil. Le joueur ainsi libéré a alors tout le temps d’ajuster ses relances pour sauter le milieu de terrain où les Allemands étaient jusqu’ici dominateurs.

Or, dans le camp adverse, Giroud a pris la mesure de ses adversaires dans le domaine aérien et devient du coup une cible idéale. L’attaquant de Montpellier est ensuite soutenu par Nasri et Valbuena, qui peut désormais quitter son couloir droit grâce au positionnement avancé de Debuchy. Le Lillois devient ici le pendant de Ribéry côté gauche. Leur défense étant en difficulté sur les longs ballons, Khedira et Kroos sont obligés de reculer pour mieux la protéger. A son tour, Cabaye trouve des espaces pour devenir la plaque tournante du jeu des Bleus, cherchant lui aussi Giroud -souvent excentré côté gauche- (en orange).

Face à ce nouveau plan de jeu, les Allemands sont en difficulté. L’ouverture du score découle directement de ce changement. Aspirés dans le camp français par Cabaye et M’Vila, Kroos et Khedira sont éliminés sur la première relance française -de Rami, libre de tout pressing-. Badstuber décide de sortir sur Valbuena pour compenser l’absence de milieux de terrain… Sauf qu’il est à contre-temps. Le Français donne à Debuchy qui prend le dessus sur Aogo sur sa prise de balle et offre un caviar à Giroud. Avantage France. Les Allemands vont alors pousser et faire vivre un quart d’heure difficile à leurs adversaires. Reus et Schürrle se rapprochent de Özil et Klose pour tenter d’opposer une ligne de quatre face aux trois arrières français. Khedira et Kroos resserrent eux le marquage sur Cabaye et M’Vila.

Malgré quelques pertes de balle dangereuses, les Français réussissent à résister en défense. Nasri et Valbuena redescendent pour offrir des solutions supplémentaires aux cinq relanceurs et diminuer la pression mise par les Allemands par les six Allemands au pressing. Au-delà de Giroud qui poursuit son travail de sape en pointe, Debuchy et Ribéry offrent des appuis sur les ailes. Le premier combine bien avec Valbuena, mais le second multiplie les ratés, pas aidé par un Nasri lui aussi peu inspiré.

Sur la deuxième mi-temps :

Au retour des vestiaires, les deux sélectionneurs entrent en scène en opérant plusieurs changements. Côté allemand, Gomez et Höwedes remplacent Klose et Badstuber. Chez les Bleus, Ribéry est remplacé par Ménez. L’entrée du Parisien rééquilibre immédiatement le jeu offensif des Bleus en apportant plus de percussion sur l’aile gauche. Rapidement, la France penche de ce côté dès qu’il s’agit de contre-attaquer : Ménez est à l’accélération et Nasri est en relais mais continue son festival de mauvais choix à la finition…-. Sur l’aile droite, l’équipe se montre plus conservatrice, avec la paire Valbuena-Debuchy qui continue de se trouver dans le camp adverse.

Laurent Blanc réalise ensuite trois nouveaux changements qui vont modifier le visage de son équipe : Diarra et Malouda forment la nouvelle paire de milieux axiaux à la place de Cabaye et M’Vila (62e), puis Valbuena est remplacé par Amalfitano (68e). Bénéficiant toujours de l’avantage au score, les Bleus sont plus résolus à faire baisser le rythme de la rencontre. Nasri travaille avec ses milieux de terrain, formant un quatuor avec Diarra, Amalfitano -qui travaille à l’intérieur- et Malouda pour tenir le ballon. Ménez reste lui dans la percussion au cas où une situation se présente. Et Debuchy, s’il part désormais de plus loin, monte toujours pour créer le décalage si la situation le permet. Il ne manque pas de s’offrir sa deuxième passe décisive de la soirée, offrant le but du break à un Malouda dans un registre assez intéressant de box-to-box sur sa demi-heure de jeu.

Incapables de trouver une réponse à l’organisation française, les Allemands multiplient les approximations techniques. En plus d’offrir des ballons à exploiter aux attaquants français, les relances hasardeuses des défenseurs sèvrent de ballons leurs attaquants. Dans tous les coups en première mi-temps, Özil est beaucoup plus discret. Finalement, les joueurs de Joachim Löw sauvent l’honneur en fin de partie sur un déplacement de Muller qui aspire Mexès -sorti à l’interception mais trop court- hors de la défense française : le décalage est crée, Rami et Debuchy doivent coulisser dans l’axe -sur Muller qui a suivi et Gomez- ce qui libère Cacau seul au second poteau.

Conclusion :

Même si l’Allemagne s’est présentée sans son maître à jouer -Schweinsteiger-, l’équipe de France a de quoi capitaliser sur ce succès. Avec Valbuena et Debuchy, elle s’est trouvée un côté droit capable de varier le jeu et les approches offensives. Derrière, sa relance à la catalane -trois défenseurs sur la largeur derrière deux milieux axiaux- s’est montrée très efficace pour calmer des Allemands très pressants en début de partie. Néanmoins, elle a aussi eu un bon rendement grâce à la grosse activité de Giroud en pointe.

Au rayon des bémols, Nasri et Ribéry ont été en-dessous de tout ; paradoxalement -au vu du nombre de prétendants pour le poste-, c’est certainement à gauche que le chantier sera le plus compliqué pour Laurent Blanc après ce match… A signaler aussi un axe un peu léger en phase défensive : Cabaye et M’Vila ont souvent été pris à défaut sur les attaques allemandes -notamment en raison des projections de Khedira-, et quelques sorties en retard de Mexès -qui manque peut-être encore de rythme- ont crée des décalages au sein de la défense française.

Pour compléter – L’équipe de France : de l’utilisation d’Abidal au modèle catalan (article écrit lundi)

Autres lectures conseillées :
Les magiciens de la ville de Brême – Chroniques Bleues
Allemagne 1-2 France : classe verte – La Madjer


Vous aimerez aussi...

12 réponses

  1. The teacha dit :

    Bon match des bleus hier. Le dézonage de Valbuena à beaucoup pertubé le système allemand,j’pense qu’il a marqué des points. J’aurais souhaité voir Cabaye percuter un peu plus l’axe allemand comme l’a fait Malouda en 2nde période, ca aurait apporté une solution supplémentaire. Diaby est plus dans ce rôle la mais il n’a pas joué de la saison donc game over pour lui, Gourcuff ou Malouda en serait capable…a suivre

  2. jojofoot225 dit :

    Enocre une très belle analyse.Bonne continuation et bravo aux bleus!

  3. aziz dit :

    Même si on disait beaucoup de bien d’elle avant, cette équipe d’Allemagne a montré qu’elle n’était qu’une sélection de bundesliga à l’image de ce championnat : très offensive avec un vrai souci de construction mais complètement à côté de la plaque une fois le ballon perdu. Les joueurs adverses sont marqués à un ou deux mètres près. Ils défendent rarement à deux et par leur placement approximatif ils sont souvent en situation de un contre un. Elle me rappelle un peu Arsenal dans ses flottements et sa naïveté.
    Sinon, le principal enseignement est que l’équipe de France a montré qu’elle savait élever son niveau quand l’adversaire était un gros. Pied de nez à Platini qui ne cesse de dénigrer cette équipe. A l’euro si elle passe le premier tour, elle pourrait faire mal.
    Enfin, il faut reconnaitre que ces matchs d’équipes nationales ne sont vraiment plus le top du football mondial. Je préfère largement la ligue des champions à l’euro ou à la CM et un réal-barça à une finale de CM.

  4. The teacha dit :

    @aziz: sincerement pour un telespectateur, c’est quand meme plus convivial une coupe du monde ou un Euro qu’un match de ligue des champions!! même si desfois il y a de trés grand match. Un espagne-brésil ou un pays bas- portugal est aussi interessant à suivre.

  5. samirhenry dit :

    @ aziz: tu exagére un peu, une finale de coupe du monde est une finale de coupe du monde, je pense que france-italie (2006) ou espagne-Pays bas (2010) étaient des matchs trés intéréssants sur le double plan technico-tactique.
    Sinon, trés belle équipe de france celle qu’on a vu hier, mais bon Rybéri toujours aussi mauvais, nasri tjrs moyen, Mvilla version L1 ont été les grosses décéptions de la soirée. Par contre, on notera l’exellent Lioris, enfin on fait confiance au meilleur latéral droit francais en l’occurence Debuchy auteur d’un match énorme et la confirmation de Giroud !

  6. aziz dit :

    @theteacha et @samirhenry:
    J’exagère mais juste un peu. Le football de club a énormément progressé depuis 20 ans. La concentration des grands joueurs dans un top 10 de clubs a vachement fait évoluer les tactiques,les stratégies et la qualité technique alors que celui des équipes nationales ne fait que stagner. Au mieux on essaye de copier ce qui se fait dans les clubs. Dans les années 80 et préhistoire, ce n’était pas le cas car rare étaient les clubs qui avaient plus de 2 ou 3 grosses pointures. c’était dans les équipes nationales qu’il y avait de la qualité techniques. Ce n’est plus le cas actuellement. Quelle équipe nationale joue mieux que le Barça et le réal actuellement? L’espagne qui est actuellement la meilleure équipe nationale est = Barça MOINS Messi!!!!ça donne une idée de la différence de niveau.
    Le football des nations est mort.
    Vivement le prochain classico.

  7. freddy dit :

    Aziz,les meilleurs clubs seront toujours meilleurs que les sélections nationales tout simplement parce que les joueurs s’entrainent plus SOUVENT ENSEMBLE.Sauf exception ça me parait logique.En sélection tu dois vite trouver tes repères et ce 5-6 matchs par année.En club tu as 32 journées pour le faire.Voilà pourquoi les collectifs mettent des années à ce former.L’Espagne de 2010 a commencé sa mue après l’Euro 2004.Pareil pour la France de 2000.Les Allemands pareil.Le football des nations n’est pas mort.Au contraire il est devenu très tactique.L’analyse le prouve, la moindre erreur se paie cash.Pour l’Allemagne il faut se méfier.Après avoir enlevé Muller Podolski Schweini lahm mertesacker neuer (gotze)au coup d’envoi, dans les faits ils ont perdu par un but d’écart.De là à penser qu’ils doutent…

  8. Jeff dit :

    Reverra t-on la paire Alou Diarra – Malouda ? Ca ressemblait un peu à l’association Diarra – Keita qui marchait très bien en 2006.

  9. The teacha dit :

    @freddy: completement d’accord avec ta réponse.
    @jeff: j’aime bien Malouda dans ce role axial, il n’a plus les jambes qu’il avait a Lyon pour foutre la panique sur son coté gauche et multiplier les centres mais dans l’axe, il a une vraie carte a jouer. Ca nous emmenerait un peu d’experience à la place de Cabaye qui ne me convainc pas. Il abuse de passes en retrait et de passes latérales, il ralentit pas mal notre jeu.

  10. MR442 dit :

    hum. Le premier schéma est faux. Desolé d’etre si direct. Mais oour avoir revu le match en détail. Le 9 allemand appelait quasi systématiquement dans le dos de debuchy. Visiblement debuchy etait briefé puisqu’il gardait la distance pour couper une passe longue coté opposé. Passe longue qui n’a jamais quasi ete tenté. De meme en tenant la distance il pouvait etre le premier à faire un appel de balle à la recup francaise.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *