Allemagne 0-1 Espagne : l’analyse et zoom sur la paire Xabi Alonso/Busquets

Dimanche soir, le Klub des 7 deviendra le Klub des 8. Que ce soit l’Espagne ou les Pays-Bas, le vainqueur soulèvera pour la première fois la Coupe du Monde et inscrira sa première étoile sur son maillot. Le perdant rentrera chez lui complètement dévasté. Hier soir, l’Espagne est venue à bout sans trembler de l’Allemagne qui avait fait s’enthousiasmer tout le monde jusqu’ici. Pressing haut et conservation de la balle pour rendre les Allemands inoffensifs et coup de casque de Puyol, telle était la recette de Del Bosque. Détails.

L’analyse vue du bar :

Il n’y a pas eu de match. Ou presque. Dès les premières minutes, les Espagnols se sont imposés dans l’entrejeu et ont assuré la possession de balle face à des Allemands qui n’avaient tout simplement pas les capacités de montrer autre chose que ce qu’ils avaient proposé jusqu’ici : quadriller parfaitement leur moitié de terrain en attendant que le six majeur (devenu huit ce soir d’ailleurs) ne réussisse à récupérer le ballon. Problème, à l’inverse des autres équipes, les Espagnols ne reculaient pas face à la relance allemande. Bien au contraire.

Xavi, Iniesta, Pedro, Villa : de ce quatuor-là, les plus proches du balllon resserraient leur étreinte sur le porteur tandis que les deux milieux défensifs (Xabi Alonso ou Busquets) défendaient en avançant pour être à l’interception, au bon endroit au bon moment comme on dit. Le ballon était libéré quasiment dans la foulée soit grâce à la disponibilité quasi constante de Xavi et Iniesta, soit grâce aux solutions proposées par les latéraux sur les côtés (Capdevila et Ramos). Ensuite, l’Espagne conservait son bloc haut et reprenait sa circulation de balle habituelle.

Seul véritable problème des Espagnols sur ce match, le manque de mouvement dans les 30 derniers mètres a souvent ralenti le jeu et permis aux Allemands de se replacer après une perte de balle pouvant être dangereuse. Titularisé à la place de Torres, Pedro a parfaitement rempli son office de dynamiteur du premier rideau adverse et des latéraux. Après l’ouverture du score de Puyol, l’Espagne s’est contenté d’attendre des situations de contre. Le raté de Pedro serait devenu légendaire si l’Allemagne était revenu au score mais Puyol a été irréprochable dans le dernier quart d’heure.

Le projet de Del Bosque : l’importance de Xabi Alonso et Sergio Busquets

Lundi, je vous proposais un petit manuel pour battre l’Allemagne. En quelques mots : presser haut pour gêner la sortie de balle, ne pas livrer ses latéraux et utiliser les extérieurs. Pour cela, je préconisais une recette à base de Xavi et d’Iniesta dans l’axe devant le seul Xabi Alonso et de vrais ailiers (Navas, Silva, Mata) pour éviter aux latéraux d’avoir à animer le couloir. Dans les faits, l’Espagne a sensiblement suivi les mêmes objectifs mais avec des ingrédients différents. Et les deux principaux se nommaient Xabi Alonso et Sergio Busquets. Allez on explique ?

Le pressing haut ?

Comme je l’ai rapidement évoqué dans l’analyse, le quatuor offensif travaillait au harcèlement du porteur de balle sitôt le ballon perdu. L’étreinte se faisait de plusieurs façons mais aboutissait toujours sur le même résultat : à la première combinaison allemande, Xabi Alonso ou Busquets jaillissait de sa moitié de terrain pour venir mettre fin au mouvement. Très souvent, les harceleurs travaillent à la fermeture des solutions latérales pour empêcher les renversements de jeu alors que les deux milieux récupérateurs montaient d’un cran pour ratisser les passes qui tentaient de partir vers l’avant. Xabi Alonso et Busquets ont tous les deux sortis un énorme match à ce niveau, en se montrant très fort dans l’anticipation.

Ne pas livrer les latéraux ?

Cela a été ma principale erreur dans mon avant-match. Jamais je n’aurais pensé que l’Espagne fasse autant participer ses latéraux après avoir vu Ozil se régaler dans les couloirs lors des deux tours précédents. Et pourtant, Ramos est resté aussi offensif et Capdevila s’est autorisé plus de montées que d’habitude. Pourquoi ? Les réponses sont les mêmes qu’au point précédent : Xabi Alonso et Sergio Busquets. Lorsque les offensifs espagnols n’engageaient pas le pressing, les deux hommes s’excentraient légèrement sur les côtés de manière à prévenir tout dézonage de Mesut Ozil. L’Espagne pouvait ainsi conserver son assise avec quatre gars en couverture en cas de problème…

Utiliser les extérieurs ?

Et qui dit quatre joueurs en couverture dit aussi des latéraux un peu plus libérés. Un peu comme les Pays-Bas face à l’Uruguay, les milieux travaillaient pour la plupart dans l’axe pour fixer la défense et les latéraux étiraient tout ça en proposant des solutions sur les côtés. Ramos a animé le couloir droit à lui tout seul ou presque, souvent décalé par Xavi à la manière de la relation Xavi/Alves du Barça. A gauche, la prudence de Capdevila a été compensée par les travaux d’Iniesta : que ce soit à 40 mètres pour attirer Sneijder ou 20 mètres pour travailler sur Lahm, le gentil fantôme du Barça a fait très mal au côté droit allemand. Résultat de tous ces travaux, les ailiers allemands ont passé le plus clair de leur temps à défendre et ont laissé Ozil et Klose errer entre la défense centrale et le milieu espagnol.

Conclusion :

Je l’avais sous-entendu en préambule de mon analyse : l’Espagne a maîtrisé ce match de bout en bout. Tactiquement, Del Bosque a largement remporté sa bataille tactique sur Joachim Low. En même temps, l’Allemagne n’avait fait que punir des collectifs déséquilibrés lors des deux tours précédents. Et n’était logiquement pas en mesure de proposer autre chose lors de cette demi-finale face à un adversaire plus fort individuellement et collectivement.

A trois jours de la finale, l’Espagne se pose comme le favori indiscutable. A l’heure actuelle, je vois mal comment le collectif des Pays-Bas pourrait éviter une leçon comme celle que l’Allemagne a prise ce soir. J’ai même peur pour eux vu l’état de leur défense, autrement moins solide que celle de la Mannschaft. S’ils subissent autant au milieu de terrain, ça risque de rapidement virer à la promenade pour la Roja. Les Néerlandais devront être agressifs (Sneijder en mode harceleur milanais, Van Bommel en mode Van Bommel) pour résister. Et qui sait, sur un malentendu (ou un exploit individuel)…

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