Albanie 1-2 France, l’analyse tactique

Après un excellent match de reprise (au vu de l’adversaire) face au Chili, les Bleus ont repris leur route pour l’Euro 2012 en Albanie. S’ils ont trouvé une victoire au bout des 90 minutes de jeu, il est difficile de retenir plus de réponses que de questions quant à la manière avec laquelle ils l’ont obtenu. A moins d’un an de l’Euro, les progrès collectifs faits par rapport à l’ère Domenech sont de moins en moins visibles.

Les compositions :

Déjà loin des outsiders de ce groupe, l’Albanie se présente face à la France avec une formation résolument défensive. Bogdani évolue seul en pointe alors que Salihi est relégué à la couverture du couloir gauche. Positionné en défense centrale, Cana a pour mission de diriger un bloc de neuf joueurs en phase défensive : Ujkani (23) – Daliku (4), Cana (5), Teli (16), Vangjeli (3) – Skela (13), Bulku (8), Curri (6), Agolli (7), Salihi (18) – Bogdani (22).

Côté français, Laurent Blanc décide d’oublier les matchs du mois de juin et les bonnes performances de Martin. Diarra fait son retour dans l’entrejeu avec le brassard où il est associé avec M’Vila. Devant, Benzema et Nasri sont dans l’axe alors que Malouda s’exile à droite pour laisser l’aile gauche à Ribéry : Lloris (1) – Réveillère (13), Kaboul (5), Abidal (22), Evra (3) – Diarra (18), M’Vila (19) – Malouda (15), Nasri (11), Ribéry (7) – Benzema (10).

Diarra / M’Vila ?

Au vu de la qualité de l’adversaire, le choix d’associer Diarra et M’Vila devant la défense soulève quelques questions. Pour principale : quel intérêt face à une équipe qui va évoluer regrouper dans son propre camp ? Avec deux buts d’avance au tableau d’affichage au bout de vingt minutes de jeu, difficile de critiquer ce premier choix du sélectionneur. Et en effet, l’association des deux hommes a eu du bon.

Car l’Albanie évolue avec deux ailiers qui resserrent dans l’axe pour densifier cette zone de jeu une fois le ballon perdu. Seule exception à cette règle, Salihi évolue dans une position légèrement avancée qui le rapproche de Bogdani… Et qui, surtout, en fait le joueur au marquage et au pressing sur Diarra, censé être le premier relanceur des Bleus. Le travail de Salihi est simple : gêner le Marseillais pour l’empêcher de relancer proprement. Or, et c’est là la bonne pioche de Blanc, M’Vila évolue carrément sur la même ligne que son capitaine.

Sauf qu’à la différence de Diarra, il n’est pas suivi par celui qui pourrait être son adversaire direct, en l’occurence Skela, l’ailier droit albanais. Car si côté droit, Malouda a forcément tendance à rentrer dans l’axe, permettant ainsi aux Albanais de fermer le couloir sans difficulté, l’association de Ribéry et Evra côté gauche force les Albanais à fermer ce flanc avec deux joueurs (puisque les deux Français ont pour habitude de faire la différence en débordement en club). Résultat, M’Vila, dans une position légèrement excentrée, peut orienter le jeu à sa guise et trouver des solutions facilement vers l’avant.

Ainsi, il permet au quatuor offensif français de recevoir quelques ballons dans la course et de prendre les quelques mètres d’avance nécessaires pour semer des Albanais extrêmement agressifs et rigoureux dès lors que leur adversaire direct est arrêté. Autre point positif du milieu à deux joueurs, M’Vila et Diarra imprime un gros pressing dans le camp adverse pour ralentir ou stopper les remontées de balle. Un gros travail qui permet à la défense de récupérer des ballons sans avoir à disputer beaucoup de duels avec les attaquants adverses.

Premières retouches :

Rapidement menée au score, l’Albanie revoit rapidement ses plans et cible évidemment l’influence de M’Vila dans l’entrejeu. Comme un symbole de son activité, le Rennais s’est en plus signalé en inscrivant le second but des Bleus. Rapidement, le bloc défensif albanais s’adapte à son cas et réussit à resserrer les espaces… Ce qui laisse déjà présager d’une deuxième mi-temps difficile pour les Bleus.

A l’instar de Salihi qui défend toujours sur Diarra quand la relance français n’est pas encore achevée, Skela hérite du marquage de M’Vila. Le dernier quart d’heure de la première mi-temps met souvent aux prises les deux hommes. S’il densifie l’axe, ce resserrement des deux ailiers albanais a le don de libérer les couloirs pour les Français. Problème, pour avancer, il faut, au choix, jouer la profondeur dans le dos des latéraux, ou réussir à combiner rapidement pour jouer le surnombre (ailier-latéral vs latéral) avant que le bloc adverse n’ait le temps de coulisser.

Or, le dernier quart d’heure de la première mi-temps permet de constater la supériorité des latéraux albanais dans les duels. Malouda et Ribéry sont largement dominés et Evra ou Réveillère ne se retrouvent en position intéressante que lorsqu’ils sont alertés de loin et par-dessus les défenseurs. Entre les deux lignes de son bloc, l’Albanie remporte la grande majorité des duels : le quatuor offensif français est dominé et peine à tenir les ballons ou à les libérer dans des conditions idéales pour permettre d’enchaîner ensuite. Résultat, les Bleus ne s’en sortent pas.

En fin de première mi-temps, Nasri est même obligé de décrocher à hauteur de ses deux milieux de terrain pour permettre aux Français de varier leurs ballons de relance. Problème, ses décrochages enlèvent logiquement une solution devant ; Benzema se retrouve très esseulé dans l’axe et Ribéry et Malouda n’ont pas plus d’impact sur les latéraux adverses. Au bout du compte, malgré le score largement favorable, les Bleus terminent le premier acte de manière très mitigée. Et le second acte va confirmer cet état de fait.

Des Bleus à la rue :

Menés au score, les Albanais se retrouvent forcés de revenir sur la pelouse avec, comme le dit l’adage, d’autres intentions. Et c’est ce qu’ils font. Entré en jeu au coeur de la première mi-temps, Lala se retrouve positionné devant la défense et a la charge de tenir un milieu de terrain désormais calqué sur l’entrejeu des Bleus.

Et qui dit schéma calqué dit possibilité de marquage individuel… Et donc de pressing beaucoup plus poussé. C’est ainsi que derrière Bogdani qui reste seul en pointe, les Albanais s’organisent avec deux milieux axiaux chargés de gêner M’Vila et Diarra alors que les deux ailiers, Salihi et Skela, retrouvent un travail plus normal de marquage des latéraux adverses. Derrière ce premier rideau défensif, l’arrière-garde soutenue par Lala est là pour remporter les duels face au quatuor offensif français.

Pressing haut du premier rideau oblige, ce quintet défensif libère des espaces dans la profondeur (notamment pour Ribéry sur l’aile gauche des Bleus). Mais, d’un autre côté, l’agressivité des défenseurs albanais leur permet de jaillir sur un grand nombre de ballons -pour faire simple, chaque ballon reçu dos au but par un Français sera quasiment perdu- et de renvoyer la pression sur une défense française loin d’être sereine au cours des 90 minutes de jeu.A ce petit jeu, l’avant-centre Bogdani se révèle comme un vrai poison pour la charnière Kaboul-Abidal.

Suite et fin :

Rapidement revenue à 2-1, l’Albanie ne parvient pas néanmoins à refaire son retard. La faute, entre autres, à un Lloris décisif sur deux grosses occasions adverses et à une baisse physique logique les minutes passant. Les dernières minutes sont même françaises avec les poteaux de Kaboul et de Nasri. A l’arrivée, les Bleus décrochent une victoire logique au vu de leur réalisme en début de partie. Mais le rendement des joueurs offensifs, particulièrement dans les duels, ne laisse pas augurer du meilleur si l’on imagine des formations plus huppées et ne faisant pas l’erreur de laisser le jeu se lancer s’opposer à cette équipe de France.

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