Paris SG 1-1 Valence, l’analyse tactique

Non sans difficulté, le PSG a décroché son ticket pour les quarts de finale de la Ligue des Champions. Dominés dans l’entrejeu, les Parisiens ont résisté en s’appuyant sur un quatuor défensif de très haut niveau dans l’axe avant que Gameiro n’apporte la fraîcheur nécessaire pour perturber l’animation valencienne.

Malgré les absences de Ibrahimovic et Verratti, Carlo Ancelotti a décidé d’aborder ce match retour en conservant le 4-4-2 qui avait posé beaucoup de problèmes à Valence il y a trois semaines. La formation parisienne était en plus renforcée par les retours de Thiago Silva et Thiago Motta qui remplaçait Verratti au milieu de terrain. Devant, Lucas Moura était préféré à Gameiro pour évoluer aux côtés de Lavezzi. Chantôme en profitait pour récupérer son poste habituel sur le côté droit du milieu de terrain (Sirigu – Jallet, Alex, Thiago Silva, Maxwell – Chantôme, Thiago Motta, Matuidi, Pastore – Lucas Moura, Lavezzi).

Côté valencien, les nombreuses absences ont forcé Ernesto Valverde à recomposer entièrement sa ligne défensive. Laissé sur le banc à l’aller (lire : Valence 1-2 PSG, l’analyse tactique), Albelda intégrait aussi le onze de départ au détriment de Ever Banega, décevant lors de la première confrontation entre les deux équipes (Guaita – Barragan, Victor Ruiz, Mathieu, Cissokho – Albelda, Parejo, Costa – Feghouli, Jonas, Soldado).

Le facteur Albelda

Une large partie de la rencontre a été marquée par la domination et la maîtrise de Valence au milieu de terrain. Tout partait de la relance et de la liberté accordée à un joueur par le système de jeu parisien : positionné devant la défense, Albelda a en effet pleinement profité de la faiblesse défensive de la première ligne du PSG. Avec Mathieu et Victor Ruiz, il était en surnombre face à Lavezzi et Lucas Moura qui, en plus, manquaient d’efficacité dans leur travail défensif (pressing insuffisant, mauvais positionnement).

Lucas Moura et Lavezzi sont dépassés alors que le bloc parisien est sur le reculoir. Les montées des joueurs de transition de Valence (latéraux et milieux axiaux) obligent les milieux parisiens à se reculer. Sans adversaire, Albelda peut progresser avec le ballon sans être attaqué.

Valence avait du coup deux solutions pour ressortir les ballons. La première consistait à utiliser la bonne qualité de relance de Mathieu ou d’Albelda pour rechercher Soldado au contact avec les défenseurs parisiens. Les déplacements de Jonas et Feghouli et les montées de Tino Costa et Dani Parejo permettaient aux Valenciens d’être à la retombée des duels pour mettre la pression sur les seconds ballons. Le positionnement avancé des deux relayeurs valenciens faisait aussi reculer les deux milieux parisiens (Thiago Motta et Matuidi).

Conséquence logique, les espaces entre le premier rideau du PSG (Lavezzi-Moura) et les milieux de terrain étaient énormes. Albelda en a profité, décrochant à hauteur de ses défenseurs centraux pour récupérer les ballons et les remonter jusqu’au niveau de la ligne médiane. Il était la deuxième solution de relance, au sol cette fois et rechercher avant tout des relais courts avec ses milieux relayeurs. Il est dommage que la première ligne parisien n’ait pas su limiter l’influence d’Albelda car sur les côtés, Pastore et Chantôme ont très bien bloqué les latéraux valenciens.

Matuidi-Motta condamnés à reculer

Une fois la ligne médiane franchie, Valence passait de la phase de relance à celle de construction. Celle-ci se lançait à partir de la transmission d’Albelda à destination de l’un de ses deux relayeurs (Parejo ou Tino Costa) qui revenait à sa hauteur. Pendant la remontée de balle, Valence se déployait dans le camp parisien et créait un surnombre dans la zone de Thiago Motta et Matuidi afin de les empêcher de sortir sur le milieu qui devait décrocher offrir une solution à Albelda. Exemple : si Dani Parejo décrochait, Feghouli repiquait dans l’axe pour occuper la zone gardée par Matuidi. Avec Soldado, Costa et Jonas, ils pesaient ensemble sur l’axe parisien, de la même manière que le Real Madrid mardi soir, lors de sa deuxième mi-temps à Old Trafford (lire : Manchester United 1-2 Real Madrid, l’analyse tactique).

Lavezzi et Lucas toujours dépassés, Albelda peut s'avancer dans le camp parisien sans risquer d'être attaqué. Devant lui, les positionnements de Costa et Parejo font reculer Matuidi et Thiago Motta, lui offrant le champ libre. Dans cette configuration, Jonas et Feghouli restaient sur les ailes. Ensuite, le repli d'un attaquant parisien (Lucas) sur Albelda entraînait le décrochage d'un milieu (Tino Costa ou Parejo) et le déplacement vers l'axe d'un ailier (Feghouli ou Jonas).

Valence s’est ainsi retrouvé en totale maîtrise dans l’entrejeu, avec Albelda et un deuxième milieu de terrain à la baguette (le plus souvent Parejo) pour alerter Soldado, Jonas et Costa entre les lignes parisiennes. Pastore et Chantôme étant occupés à boucler les couloirs face aux tentatives de Barragan et Cissokho, la paire formée par Matuidi et Thiago Motta étaient contraintes de reculer pour limiter les espaces dans son dos. Cela n’a pas empêché les premières passes de Parejo ou d’Albelda d’arriver à destination. Toutefois, le peu d’espaces entre les lignes parisiennes a limité le danger pour la défense centrale : Thiago Silva et Alex n’ont quasiment jamais été pris en défaut sur les combinaisons adverses. Le bon repli des milieux limitait en plus les risques de projections de Parejo ou Tino Costa.

Résultat, Valence a une nouvelle fois été contraint de passer par les ailes pour approcher les buts de Sirigu. Côté droit, Feghouli intervenait à la finition quand il ne repiquait pas dans l’axe. A gauche, l’animation du couloir revenait à Cissokho qui compensait les déplacements de Jonas vers le coeur du jeu. Mais là encore, les défenseurs parisiens sont restés maîtres sur la majorité des situations : les latéraux n’ont quasiment jamais été débordés, permettant à Alex et Thiago Silva d’écarter la majorité des centres adverses dès le premier poteau. Au bout du compte, la large domination valencienne s’est surtout traduite au nombre de corners obtenus (12 contre 4). Des coups de pied arrêtés qui ont permis de confirmer la solidité des Parisiens sur ces phases de jeu.

Une bataille au milieu

Forts de la possession de balle et de la domination territoriale, les Valenciens ont pu imposer un pressing sur la relance parisienne. Profitant de la couverture d’Albelda devant la paire Victor Ruiz-Mathieu, Tino Costa et Dani Parejo sortaient mettre sur Matuidi et Thiago Motta afin de les empêcher de se mettre dans le sens du jeu. C’est d’ailleurs un pressing gagnant de Tino Costa sur Matuidi qui a été à l’origine de l’ouverture du score de Jonas (54e).

Quelques secondes avant l'ouverture du score valencienne : le positionnement de Jonas et Banega empêche Chantôme et Van der Wiel de progresser. Le Français tente alors une passe dangereuse dans l'axe pour Matuidi qui se retrouve pris par la montée très rapide de Tino Costa.

Cela a obligé le PSG à passer par les côtés ou à jouer long pour sortir de ses 30 mètres. Absence d’Ibrahimovic oblige, la deuxième solution n’était pas viable et il a donc fallu que les Parisiens utilisent les couloirs pour ressortir proprement les ballons de leur moitié de terrain. Maxwell et Jallet puis Van der Wiel ont ainsi récupéré plusieurs ballons de relance et recherché leurs milieux excentrés. Une fois servis, Chantôme et Pastore devaient se défaire du marquage serré de leurs adversaires directs (Cissokho et Barragan) pour pouvoir se mettre dans le sens du jeu et trouver ensuite leurs attaquants.

En première mi-temps, Pastore a été le seul joueur capable de faire des différences. Il tentait ensuite de lancer rapidement Lavezzi, au duel avec les défenseurs centraux de Valence. Mais la présence d’Albelda a permis aux Valenciens de bien contrôler ces tentatives adverses, au mieux en les ralentissant, au pire en les stoppant irrégulièrement.

L'un des rares mouvements offensifs parisiens en première mi-temps. Servi par Maxwell, Pastore se retrouve dos au but avec la pression de Barragan. Dans l'axe, Matuidi a anticipé la future réussite de son partenaire en prenant l'espace sur l'aile gauche. Un choix payant puisque Pastore va réussir à se mettre dans le sens du jeu et libérer le ballon avant que Parejo n'ait le temps de venir fermer la porte à l'intérieur du terrain.

Une mi-temps de coachs

Après 45 minutes largement dominée par son équipe, Ernesto Valverde a pris une décision forte en faisant entrer en jeu Ever Banega à la place David Albelda (46e), qui disputait là son dernier match européen sous les couleurs de Valence. Plus créatif et plus porté vers l’avant, l’Argentin devait à son tour profiter de la faiblesse du premier rideau parisien. Dani Parejo a endossé le rôle du n°6 chargé de remonter les ballons, qui était le sien à l’aller. Banega s’est lui installé en tant qu’axial gauche et est devenu un rampe de lancement pour Cissokho sur l’aile.

Sa présence a pesé sur la deuxième mi-temps puisque le jeu de Valence a énormément penché à gauche. L’entrée en jeu de Piatti (63e) à la place de Feghouli a confirmé cette nouvelle donne puisque l’Argentin a multiplié les courses vers l’intérieur du terrain, plongeant dans le dos de Matuidi et Chantôme – replacé dans l’axe à la sortie de Thiago Motta, 58e -. Il s’est même retrouvé à déborder sur l’aile gauche pour adresser un centre dangereux en fin de partie, seulement repoussé par Maxwell au second poteau (78e).

Côté parisien, l’entrée en jeu de Gameiro après l’ouverture du score a été une grande réussite. L’ancien Lorientais a immédiatement apporté ce qu’il manquait à la première ligne parisienne depuis le début de la partie : des courses et une véritable implication défensive. Ce n’est pas un hasard si l’égalisation de Lavezzi (66e) a eu pour origine une récupération de balle de l’entrant dans les pieds de Dani Parejo, soit dans les pieds du fameux joueur valencien jusqu’ici oublié par le système de jeu parisien.

Le pressing gagnant de Gameiro sur Dani Parejo.

Après cette égalisation, Valence a remis le pied sur le ballon et poursuivi ses tentatives côté gauche. Avec l’entrée en jeu de Valdez à la place de Jonas (76e), Valence a basculé dans un 4-4-2 à plat calqué sur l’organisation parisienne. Soldado et Valdez évoluaient ensemble devant, Banega et Piatti pesaient depuis les ailes et le duo Costa-Parejo complétait le milieu de terrain dans l’axe. Ce dernier changement côté espagnol a eu pour effet de faciliter la tâche des Parisiens défensivement puisque désormais tous les Valenciens avaient un adversaire direct. Gameiro et Lavezzi ont ainsi pu perturber les sorties de balle de Mathieu et Victor Ruiz, permettant à leurs milieux de jouer plus haut pour marquer Tino Costa et Dani Parejo.

Valence trouvait toutefois toujours des solutions grâce au positionnement hybride – ni sur l’aile, ni dans l’axe – de Ever Banega qui influait sur le jeu depuis sa zone coté gauche. Des appels dans le dos de Van der Wiel (Valdez, Piatti, Cissokho) ont permis aux Valenciens de multiplier les centres et les corners mais la défense parisienne a tout repoussé. Carlo Ancelotti a tout de même assuré le coup dans les dernières minutes, en ajoutant Sakho à sa défense (83e) pour couvrir le second poteau de Sirigu sur ce genre de tentatives.

Conclusion

Certes, pour la manière le PSG devra repasser mais l’objectif est atteint : le club est en quarts de finale de Ligue des Champions. Même s’ils ont subi pendant la majeure partie de la rencontre, les Parisiens sortent de ce match avec quelques certitudes supplémentaires quant à leur solidité défensive. Néanmoins, celle-ci sera mise à rude épreuve si le prochain tour met sur leur route le Real Madrid de Xabi Alonso ou la Juventus d’Andrea Pirlo. Dans de tels cas de figure, les attaquants devront rendre une partition toute autre défensivement, sous peine de voir ces meneurs reculés livrer un véritable récital.

Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)

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2 réponses

  1. thomasito2001 dit :

    Merci pour (encore une fois) une très bonne analyse. Une question alors: pourquoi Ancelotti a t-il choisi de laisser ce positionnement haut de ses attaquants qui, comme vous le montrez très bien, est à l’origine d’un déséquilibre et de la mainmise par Valence qui en résulte sur le milieu du terrain? Même en l’absence d’Ibra, une solution alternative existait (illustrée par le remplacement de Lucas par Gameiro et ses conséquences: l’égalisation). C’est donc sans doute que ce positionnement haut de 2 attaquants rapides (Lavezzi et Lucas) était voulu, afin de pouvoir remonter rapidement le ballon et planter en situtation de contre attaque (et ainsi tuer le match). Ce plan initial n’ayant pas fonctionné (pourquoi les rares contre-atttaques, souvent initiées par Pastore, n’ont-elles pas donné de choses bien interessantes..?), Ancelotti est passé sur son plan B, a sorti Lucas pour Gameiro, ce qui a mis le pressing sur le premier relanceur et mené à l’égalisation! Sur ce coup, le Sourcil n’a pas fait moins bien que le Special One la veille…

  2. théo dit :

    Bonjour,
    Grand fan de foot, j’étais passé à côté de ce site super complet. Je n’avais jamais trouvé un site ou la stratégie est aussi bien disséquées.

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