Lyon 0-0 Marseille, l’analyse tactique

Sans étincelle, le choc de la 28ème journée de Ligue 1 s’est soldé sur un score nul et vierge d’une logique implacable. Limitant les prises de risque, Lyonnais et Marseillais se sont neutralisés pendant 90 minutes. Les visiteurs ont dominé le premier acte grâce à un pressing haut sur la relance lyonnaise. Logiquement, ils ont ensuite baissé de pied physiquement et reculé pour finir le match dans la peau des contre-attaquants.

Alors que le public de Gerland attendait Clément Grenier, Rémi Garde a crée la surprise en titularisant Gueïda Fofana pour compléter son milieu de terrain aux côtés de Maxime Gonalons et Steed Malbranque. Excepté ce choix, l’OL s’avançait dans sa formation du moment, Mouhamadou Dabo remplaçant Anthony Réveillère (blessé) sur le flanc droit de la défense (Vercoutre – Dabo, Bisevac, Lovren, Umtiti – Gonalons, Fofana, Malbranque – Lisandro, Lacazette, Gomis). Côté marseillais, la surprise se nommait Modou Sougou, titulaire sur l’aile droite aux dépens de Foued Kadir ou Jordan Ayew, tous les deux sur le banc de touche (Mandanda – Fanni, Nkoulou, Mendes, Morel – Romao, Barton – Sougou, Valbuena, A.Ayew – Gignac). Sur le plan de l’opposition tactique, les deux systèmes étaient calqués l’un sur l’autre : le 4-1-4-1 de l’OL répondait au 4-2-3-1 de l’OM.

Valbuena & Gonalons

Après cinq minutes de jeu, la partie semblait tourner à l’avantage de l’OL : derrière Gomis, la première ligne (Lisandro, Fofana, Malbranque, Lacazette) s’opposait aux Marseillais censés lancer les actions dans le camp adverse (Fanni, Romao, Barton, Morel). L’objectif était simple : empêcher les transmissions au sol à destination de Valbuena et des milieux excentrés. Les quatre Lyonnais ne concédaient que très peu d’espaces à leurs adversaires directs ; côté gauche, Lisandro sortait par exemple sur Fanni dès que le ballon arrivait dans sa zone. Résultat, la relance marseillaise est souvent revenue aux défenseurs centraux (Nkoulou, Mendes), qui ont allongé de manière à sauter ce premier rideau pour rechercher directement Gignac et construire autour de lui.

La première ligne de l'OL face à la relance marseillaise : aucune pression n'est mise sur Nkoulou et Mendes mais toutes les solutions courtes sont marquées par les milieux de terrain lyonnais. Ici, Gomis est aussi au contact de Romao, ce qui permet à Fofana de rester plus en retrait. Hors-champ, cinq Lyonnais sont en couverture face à quatre Marseillais (dont Ayew à gauche de l'image).

Principale victime de ce système, Valbuena a été très difficile à trouver en début de partie ; au bout de quelques minutes, il a même été contraint de décrocher entre ses milieux de terrain et ses défenseurs centraux pour toucher le ballon. L’OL était en train de réussir son coup en repoussant le meneur de l’OM loin de sa zone préférentielle. Les Lyonnais n’ont toutefois pas réussi à se montrer dangereux. Le seul mouvement offensif est en vérité parti d’un pressing manqué (car à contre-temps) de Ayew sur Dabo, qui a laisse le temps à l’ancien Stéphanois d’alerter Malbranque pour mettre en place un jeu à trois avec Lacazette. Ce dernier a ensuite pris Morel de vitesse pour déborder sur son aile avant de rechercher Gomis dans l’axe. L’attaquant de l’OL n’a pas pu conclure, étant repris par Nkoulou (4e).

Mais après cette première alerte, l’OM n’a plus failli au pressing et a pris le dessus sur son adversaire en allant tout simplement chercher le ballon plus haut que lui. Seul devant, Gomis ne pouvait empêcher les défenseurs marseillais de lancer le jeu. A l’inverse, positionnés sur la même ligne, Gignac et Valbuena occupaient eux la zone préférentielle de Gonalons (dans le rond central) afin de l’obliger à décrocher au niveau de Bisevac et Lovren. Les trois Lyonnais devaient faire face à Gignac et Valbuena, qui n’hésitaient pas à sortir au pressing pour les mettre en difficulté. Derrière ce duo, la première ligne de quatre de l’OM travaillait de la même façon que celle de l’OL : Ayew, Barton, Romao et Sougou sortaient sur leurs adversaires directs (Dabo, Malbranque, Fofana, Umtiti) si ces derniers décrochaient pour se rendre disponibles à leurs relanceurs.

A cause des positons de Valbuena et Gignac, Gonalons est obligé de décrocher pour s'ouvrir le terrain (sur la largeur). Mais les distances avec ses latéraux sont trop grandes pour ne pas empêcher les milieux de l'OM de réagir en coulissant pour aller fermer les couloirs. Dans l'axe, Fofana et Malbranque sont eux pris par Romao et Barton lorsqu'ils décrochent.

Gignac plus mobile

Le pressing de Gignac-Valbuena obligeant le trio Gonalons-Bisevac-Lovren à reculer, les distances devenaient trop importantes entre ces derniers et les Lyonnais chargés de la transition. Cela laissait le temps à la première ligne marseillaise de lire les trajectoires et d’anticiper pour aller rapidement fermer les espaces, dans les couloirs notamment. Barton et Romao ont ainsi dominé leurs adversaires directs, Malbranque et Fofana. Seul Lacazette semblait en mesure de faire des différences dans son duel avec Morel. Trop peu pour mettre à mal la défense marseillaise. L’OL était du coup le plus souvent forcé d’allonger vers Gomis, mais le manque de soutien autour de lui rendait la tâche facile pour la paire Nkoulou-Mendes.

Fort de son pressing – plus entreprenant que celui de son adversaire -, l’OM a ensuite pris le dessus dans le jeu en élevant le niveau dans les duels. L’OL avait beau poursuivre son entreprise de destruction au milieu de terrain, les Marseillais ont su appuyer sur les points faibles de la défense lyonnaise pour franchir la ligne médiane et aller construire dans le camp lyonnais. D’abord renvoyés plein axe, les longs ballons de Nkoulou-Mendes ont ensuite ciblé la zone de Dabo, qui souffrait dans les airs face à Ayew et Gignac.

Après avoir perdu ses premiers duels face à Lovren et Bisevac, l’attaquant de pointe de l’OM a changé d’approche et s’est mis à travailler sur toute la largeur du terrain, de manière à quitter la zone des centraux lyonnais. Autour de lui, le soutien rapide de Valbuena et des milieux excentrés permettait ensuite à l’OM d’enchaîner. Dabo oblige, le jeu a penché côté gauche, se développant autour de Valbuena et Ayew. Quand Gignac quittait l’axe, Sougou y repiquait pour compenser son absence et occuper les centraux de l’OL. En revanche, les prises de risque étaient trop peu présentes dans les 30 derniers mètres pour espérer créer le danger sur les buts de Vercoutre (peu de montées des latéraux, idem pour Barton ou Romao).

Un long ballon de l'OM dans la zone de Dabo : Gignac et Ayew sont à la retombée. Lacazette est loin puisqu'il doit être au marquage sur Morel au départ de l'action. La suite du mouvement dépend de la capacité des Marseillais à enchaîner avant le repli des milieux lyonnais.

Neutralisation

La fin du premier acte a vu l’Olympique Lyonnais revenir dans le match grâce à la baisse de régime des Marseillais au pressing. Cette tendance s’est confirmée après la pause. Gonalons a retrouvé sa zone de prédilection, et les distances se sont réduites entre les défenseurs centraux et les joueurs de transition. Introuvable en première mi-temps, Lisandro a aussi décroché dans l’entrejeu pour récupérer des ballons de relance entre Sougou, qui suivait les montées de Umtiti, et Romao, toujours au marquage de Fofana. L’entrée de Grenier à la place de ce dernier peu après l’heure de jeu (63e) a permis à Rémi Garde d’ajouter une solution supplémentaire entre les lignes marseillaises.

Lisandro rentre dans l'axe pour offrir une solution à ses relanceurs (Lovren à la passe). Dans le couloir, Umtiti rend la transmission possible en entraînant Sougou avec sa montée. Romao se retrouve obligé de sortir sur l'Argentin, laissant Grenier dans son dos.

Avec Lisandro, l’entrant a pesé sur l’axe marseillais, faisant notamment reculer le duo Romao-Barton qui se retrouvait pris entre deux lignes (Malbranque-Gonalons / Lisandro-Grenier). A droite, Dabo, Malbranque et Lacazette continuaient de travailler ensemble mais les quelques duels remportés par le dernier cité face à Morel n’ont pas été convertis en occasions de but. En mettant plus de mouvement devant (Lisandro dans l’axe, Grenier derrière l’attaquant etc…), l’OL s’est naturellement désorganisé défensivement.

A défaut de s’imposer à nouveau dans le camp lyonnais, les Marseillais ont trouvé plus d’espaces pour franchir rapidement le premier rideau adverse et lancer des contre-attaques. Lisandro quittant son aile en phase offensive, Nkoulou et Fanni ont hérité du travail de relance sur leur côté droit. Ils recherchaient ensuite les relais de Valbuena, Gignac ou Sougou (puis Ayew, 74e) sur l’aile, qui étaient ensuite chargés de mener les contres. Malgré quelques remontées de balle rapides, les défenseurs lyonnais ont toutefois conservé l’avantage dans la zone de vérité, tout comme les Marseillais dans l’autre moitié de terrain.

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1 réponse

  1. christophe dit :

    Bonjour, merci et bravo pour vos analyses régulières de matchs que je trouve très instructives. Continuez!…

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