Naples 1-1 Juventus, l’analyse tactique

Choc au sommet de la Serie A vendredi soir : le Napoli, deuxième à six points, recevait le leader turinois. Quelques jours avant de recevoir le Celtic pour valider sa place dans le Top 8 européen, la Juventus est parvenue à maintenir son rival à distance en prenant un point sur son terrain… Pourtant, ce dernier a pris tous les risques en deuxième mi-temps pour arracher la victoire et relancer le championnat.

Tous les joueurs étaient sur le pont pour ce premier match du week-end : des deux côtés, Conte et Mazzarri pouvaient compter sur leurs meilleurs éléments. Sans surprise, ils ont donc reconduit leurs systèmes de jeu habituels, respectivement en 3-4-3 (De Sanctis – Campagnaro, Cannavaro, Britos – Maggio, Behrami, Inler, Zuniga – Hamsik – Cavani, Pandev) et en 3-5-2 (Buffon – Barzagli, Bonucci, Chiellini – Lichtsteiner, Vidal, Pirlo, Marchisio, Peluso – Giovinco, Vucinic). A noter que la Juve enregistrait le retour de Chiellini après une longue période d’indisponibilité, qui a coïncidé avec la fin de son invincibilité. La défense à trois formée par Barzagli, Bonucci et Chiellini n’a en effet jamais connu la défaite en Serie A depuis qu’elle a été lancée par Antonio Conte.

Dès le coup d’envoi, le Napoli a annoncé ses intentions : un raid de Pandev dans le couloir droit et un tir de Hamsik (1e) ont envoyé Buffon sur la ligne des 6 mètres. Sur cet arrêt de jeu, les trois attaquants napolitains se sont positionnés à hauteur des trois défenseurs centraux turinois afin de forcer le gardien de la Juve à jouer long. Derrière cette première ligne, Behrami sortait du bloc défensif pour aller chercher Pirlo, laissant un six contre six à la retombée du ballon au cas où Buffon décidait véritablement d’allonger. Evidemment, en cas de décrochage turinois, un Napolitain suivait de près.

Le positionnement du Napoli sur les relances de Buffon : les trois attaquants face aux trois défenseurs, Behrami dans le dos de Pirlo. Dans les couloirs, sur cette image, Inler et Maggio sortent face à Lichtsteiner et Marchisio.

Peu avant le quart d’heure de jeu, le Napoli s’est crée une grosse opportunité sur un pressing de ce type, Behrami récupérant un ballon dans les pieds de Pirlo avec l’aide de Hamsik. Ce dernier est ensuite parti jouer un trois contre trois que la défense turinoise a contenu tant bien que mal (frappe écrasée de Pandev en fin de mouvement, 13e). Mais malgré la bonne entame du Napoli, ce mouvement n’était que sa première réaction après l’ouverture du score turinoise. Au cours des premières minutes de jeu, la Juve a en effet laissé venir son adversaire, l’attendant aux environs de ses propres 40 mètres pour lancer son pressing. Peluso et Lichtsteiner sortaient sur les latéraux napolitains, permettant au milieu à trois de rester dans l’axe.

La Juve au pressing en début de partie : Peluso sort sur Maggio. Le milieu à trois n'a pas à aller fermer les couloirs face aux latéraux napolitains. En couverture, Chiellini sort de la défense pour suivre les décrochages de Pandev.

Il a suffit que les attaquants bianconeri commencent à mettre la pression sur la relance adverse pour que la Juve prenne l’ascendant au milieu de terrain. Comme les Napolitains sur les relances de Buffon, Vucinic et surtout Giovinco jaillissaient sur les solutions choisies par De Sanctis en cas de relance courte (Britos, Cannavaro ou Campagnaro). Derrière cette première pression, tout le bloc turinois évoluait plus haut, et mettait l’impact physique nécessaire pour prendre le dessus à chaque fois que les défenseurs adverses allongeaient. Pandev et Cavani ont particulièrement souffert dans ce contexte.

Désormais en difficulté pour sortir de son camp, Naples n’était plus en mesure de mettre la pression sur la Juve comme en début de partie (dans les 30 premiers mètres). Car sitôt le ballon dans les pieds d’un défenseur, les attaquants du Napoli étaient contraints de changer d’organisation : il leur fallait abandonner le marquage de Bonucci pour récupérer celui de Pirlo. Les défenseurs turinois se retrouvaient donc à trois contre deux face à Cavani et Pandev, un surnombre suffisant pour faire tourner le ballon sur la largeur à défaut de pouvoir progresser. Dans l’entrejeu, Inler et Behrami marquaient Vidal et Marchisio ; la défense à trois devait gérer les déplacements de Giovinco et Vucinic tandis que les latéraux bloquaient les montées de leurs homologues.

En début de partie, Zuniga et Maggio avaient fait le choix de s’aligner avec leurs défenseurs centraux, afin de bien couvrir la largeur du terrain et d’éviter à Bonucci ou Pirlo de trouver des solutions en profondeur sur de longues ouvertures (appels de Vidal, Giovinco ou Marchisio sur les ailes). En conséquence, les latéraux turinois bénéficiaient d’une certaine liberté lorsqu’ils évoluaient au milieu de terrain. Ils sont ainsi devenus des relais pour permettre à la Juve de s’installer dans le camp adverse et de développer des actions au sol. Les décrochages de Vucinic de la ligne d’attaque et les montées de Pirlo, mal contenues par les attaquants napolitains en début de partie, ont crée des surnombres dans la zone gardée par Behrami et Inler.

La Juve dominatrice au milieu de terrain : Cavani a du mal à contenir Pirlo qui a plusieurs solutions pour distribuer le jeu. Vucinic et Marchisio en offrent dans l'axe, autour de Behrami. Sur les ailes, Lichtsteiner et Peluso sont libres. Vidal apporte lui de la profondeur avec ses courses vers l'aile droite ; il entraîne Inler avec lui, ce qui ouvre encore plus l'espace au milieu de terrain.

Le repli forcé des attaquants napolitains en réaction à cette situation offrait en plus aux Turinois des situations pour revenir en retrait, repasser par leurs défenseurs, allonger le temps de possession… et surtout éviter les pertes de balle dans l’entrejeu, sources des contres les plus dangereux du Napoli. Il a suffit de quelques minutes de temps fort de la Juve (bloc haut, travail des attaquants, recherche de la possession grâce à Vucinic et Pirlo) pour lui permettre de prendre l’avantage au sortir d’un coup de pied arrêté (tête de Chiellini, 10e).

Forte de cette petite avance, la Juve a relâché la pression sur la relance napolitaine et attendu son adversaire, usant de longs ballons (via Bonucci et Pirlo) pour tenter de lancer Vidal (côté droit) ou Giovinco (côté gauche) dans le dos des latéraux adverses. Le Napoli en a lui profité pour enfin remettre le pied sur le ballon, notamment grâce à l’impressionnante activité de Hamsik. Désormais au marquage de Pirlo en phase défensive, le Slovaque décrochait à hauteur de Inler et Behrami afin de s’intercaler entre sa défense et ses milieux pour faciliter la relance. De la même façon, il se déplaçait aussi sur les ailes, utilisant le positionnement haut de Zuniga sur l’aile gauche (qui faisait reculer Lichtsteiner) pour offrir une solution à ses milieux de terrain.

Hamsik fait courir le milieu turinois : en se positionnant entre Britos et un Zuniga à hauteur de la défense turinoise, il oblige Vidal et donc le milieu à trois de la Juve à venir à sa rencontre.

Il obligeait le milieu à trois de la Juve à se décaler et ouvrait ainsi des espaces dans l’axe pour les montées conjointes de Inler et Behrami. Pour les contenir, la Juve devait compter sur le repli de Giovinco et Vucinic. Sur le but égalisateur, inscrit par Inler, Giovinco est d’ailleurs en train de se replacer pour marquer Behrami. Mais personne ne peut empêcher Inler de tenter sa chance des 20 mètres : Vidal est embarqué à sa droite par Hamsik et Pirlo est trop loin de la balle.

L'égalisation du Napoli : Hamsik et Zuniga ont embarqué Vidal sur la droite. Pirlo restant toujours à hauteur de ses milieux, il est trop court pour sortir sur Inler qui a le temps d'armer sa frappe. A noter la position de Pandev, esseulé en raison du retour de Marchisio dans sa surface pour anticiper en cas de centre.

Au retour des vestiaires, Walter Mazzarri a pris tous les risques en remplaçant Britos par Dzemaili pour passer en 4-3-3 (ou 4-3-1-2 avec Hamsik dans la zone de Pirlo). Le remplaçant a pris position à droite du milieu de terrain, Behrami glissant devant la défense et Inler côté gauche. Derrière, Campagnaro et Cannavaro formaient la défense centrale, encadrés par Zuniga et Maggio. Défensivement, la ligne de quatre permettaitau Napoli de mieux négocier les longs ballons de relance turinois (par Bonucci et Pirlo). Si, à l’inverse, la Juve décidait de jouer court vers ses latéraux, Peluso et Lichtsteiner étaient respectivement pris par Dzemaili (axial droit) et Zuniga (latéral gauche).

Dans le premier cas, Behrami compensait la sortie de Dzemaili sur Peluso en récupérant le marquage de Marchisio si ce dernier tentait de se projeter vers l’avant. Derrière, Maggio fermait le couloir et un deux-contre-deux se jouait dans l’axe entre Campagnaro, Vucinic, Cannavaro et Giovinco. Dans le cas d’une attaque côté Lichtsteiner, Zuniga quittait son poste de latéral gauche pour sortir sur le Suisse. Dans l’axe, Inler couvrait les déplacements de Vidal alors que Cannavaro était amené à suivre les mouvements de son attaquant, parfois en s’excentrant. Là encore, le travail de Behrami était primordial puisque le Suisse glissait en défense pour compenser la sortie au marquage de Cannavaro. Risquée puisque ne laissant pas le droit à l’erreur, cette organisation a pourtant permis au Napoli de prendre l’ascendant sur son adversaire en deuxième mi-temps.

Le Napoli en 4-3-3, l'exemple de la défense côté gauche : Zuniga sort au pressing sur Lichtsteiner. A ses côtés, Inler bloque Vidal et le suit dans ses courses. Derrière, les deux défenseurs sont au duel avec les deux attaquants de la Juve et comptent sur Behrami pour les couvrir s'ils se sont forcés de s'excentrer sur les ailes.

Mise sous pression, la Juve a plus subi dans les duels et a manqué d’espace pour approcher les buts gardés par De Sanctis. Concentrés défensivement, les Napolitains ont néanmoins eu besoin d’un petit quart d’heure pour réussir à enchaîner avec le ballon. Le manque de pression sur la défense turinoise permettait à cette dernière de faire tourner le ballon assez tranquillement et de maîtriser le tempo de la partie, à défaut de créer le danger. L’entrée en jeu de Insigne à la place de Pandev (67e) a offert au Napoli une fenêtre de quelques minutes au cours de laquelle il a pu aller perturber les premières passes turinoises. Insigne, Hamsik et Cavani sortaient sur les trois défenseurs turinois, laissant à Behrami de quitter sa position devant la défense pour marquer Pirlo. En l’espace de sept minutes, le Napoli s’est crée trois situations dangereuses (Maggio en angle fermé, 69e – Maggio pour Cavani, 70e – Hamsik de loin, 73e).

Naples sans filet : sur cette phase de jeu, les Napolitains reprennent le marquage qu'ils appliquaient en tout début de partie lorsque le ballon était dans les pieds de Buffon. Les trois attaquants sont sur les trois défenseurs, Dzemaili est sur Marchisio (hors-champ, Inler est toujours sur Vidal), tandis que Behrami sort sur Pirlo. Dans cette situation, les latéraux sont alignés avec les défenseurs centraux... afin de compenser la sortie de Behrami.

Antonio Conte a alors réagi en faisant entrer Matri à la place de Giovinco (74e). Tactiquement, le choix était facilement explicable : Naples ayant resserré le marquage, Giovinco se retrouvait directement pris par Cannavaro ou Campagnaro. Servi le plus souvent dos au but, il ne pouvait rien faire à part espérer obtenir des coups-francs. L’entrée en jeu de Matri a permis à la Juve de s’offrir un point d’appui devant, capable d’aller disputer des ballons pas forcément faciles pour au moins ralentir la récupération et la relance napolitaine. La Juve a rapidement rééquilibré les débats après ce changement, et l’arrivée de Pogba sur la pelouse en fin de partie (85e) a achevé de neutraliser la rencontre.

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