Manchester United 1-2 Real Madrid, l’analyse tactique

C’était la semaine de tous les dangers pour José Mourinho : son Real Madrid s’en est finalement sorti avec trois victoires et deux qualifications. Si le doublé face au Barça s’est fait sans coup de pouce, la qualification obtenue à Old Trafford a dû attendre l’expulsion de Nani pour se dessiner. Car avant ce fait de jeu, Manchester United semblait parfaitement maîtriser la rencontre.

La surprise Rooney

Sans surprise, le Real Madrid s’est présenté à Old Trafford sur la lancée de ses victoires face au Barça (voir : les analyses tactiques des Clasicos). José Mourinho a reconduit dans son intégralité le onze qui était allé chercher la victoire en Catalogne mardi dernier (Diego Lopez – Arbeloa, Varane, Ramos, Coentrao – Xabi Alonso, Khedira – Di Maria, Özil, Ronaldo – Higuain). Dans l’autre camp, Sir Alex Ferguson avait décidé de se passer des services de Rooney. Un choix qui pouvait paraître étonnant à première vue mais qui pouvait s’expliquer au vu de la performance défensive du n°10 mancunien lors du match aller. Positionné sur le flanc droit, il n’avait jamais réussi à bloquer Coentrao et avait été pris en flagrant délit d’attentisme face à Di Maria sur l’égalisation madrilène. En plus de Rooney, Evans, Jones et Kagawa sortaient aussi du onze de départ par rapport à l’aller (lire : Real Madrid 1-1 Manchester United, l’analyse tactique). Les quatre remplaçants se nommaient Vidic, Cleverley, Nani et Giggs (De Gea – Rafael, Vidic, Ferdinand, Evra – Carrick, Cleverley, Giggs, Nani – Welbeck – Van Persie).

Fort de son but à l’extérieur, Manchester United a abordé ce match retour avec le projet d’attendre son adversaire. Ironie de l’histoire, l’organisation défensive mise en place par Sir Alex Ferguson avait beaucoup de points communs avec celle du Real Madrid lors de ses récents succès face au FC Barcelone (lire : Barcelone 1-3 Real Madrid, l’analyse tactique). Comme Piqué et Puyol, Ramos et Varane étaient libérés de toute pression de la part des attaquants mancuniens. Ces derniers se repliaient au niveau de la ligne médiane pour faire face à la relance adverse. Van Persie restait exclusivement dans l’axe alors que Welbeck suivait Xabi Alonso à la trace.

Même si Ramos monte, Welbeck reste dans la zone de Xabi Alonso. A noter aussi sur cette image, le positionnement des milieux excentrés de Manchester United, qui protègent les extérieurs pour à la ligne défensive de se resserrer.

Combinés, les rôles défensifs des deux attaquants mancuniens forçaient le Real à construire ses actions sur les côtés. Xabi Alonso pris, quatre joueurs assuraient la transition côté madrilène : Khedira, Arbeloa, Coentrao et parfois Sergio Ramos qui a remonté quelques ballons jusque dans le camp adverse.

La première ligne mancunienne entrait en scène, se déplaçant au gré des décrochages des milieux offensifs madrilènes et recevant parfois le soutien de ses latéraux en cas de surnombre. Côté droit, Cleverley et Evra répondaient aux décrochages de Özil et Di Maria pour venir travailler avec Nani. A défaut de presser le porteur, l’objectif était de serrer de près toutes les solutions qui pouvaient se présenter à lui afin d’empêcher le Real de se propulser vers les buts de De Gea par du jeu court. De l’autre côté, Rafael et Carrick se partageaient le marquage de Ronaldo : le Brésilien se rapprochait de Vidic si le Portugais allait peser devant aux côtés de Higuain et l’Anglais récupérait son marquage s’il tentait de repiquer dans l’axe. En complément, Giggs suivait les déplacements de Coentrao et était chargé de protéger le couloir si Rafael était attiré vers l’axe. En phase défensive, Welbeck revenait aussi défendre devant la paire Cleverley-Carrick afin d’empêcher le Real d’acculer les deux lignes de quatre mancuniennes dans leurs 30 mètres.

United en phase défensive : deux lignes de quatre resserrées et le retour de Welbeck pour perturber la circulation de balle madrilène en éteignant Xabi Alonso.

United : le choix d’attendre

En acceptant la domination territoriale madrilène, Manchester United devait aussi composer avec le pressing des hommes de José Mourinho. La titularisation de Higuain annonçait de toute façon la couleur à ce niveau : le Real avait prévu d’aller chercher la relance adverse. Comme face à Barcelone la semaine dernière, Higuain n’a pas ménagé sa peine à la pointe de l’attaque, sortant au pressing sur Ferdinand et Vidic. Dans l’entrejeu, la ligne de trois (Özil, Ronaldo, Di Maria) encadrait les solutions Carrick-Cleverley qui pouvaient en plus subir la pression de Xabi Alonso et Khedira s’ils n’étaient pas servis dans le sens du jeu. Résultat, le premier quart d’heure a été à l’avantage du Real, Manchester perdant beaucoup de ballons sur des relances longues rapidement perdues. Toutefois, le pressing madrilène n’a pas tenu aussi longtemps que la semaine dernière et des espaces se sont rapidement ouverts pour les Red Devils.

Sur les côtés, les Mancuniens ont notamment profité du pressing des latéraux adverses (sur Nani et Giggs) pour lancer Van Persie ou Welbeck dans leur dos. A plusieurs reprises, les combinaisons côté gauche entre Nani, Evra et Cleverley ont abouti sur des ballons passant dans le dos d’Arbeloa et à destination des attaquants. Varane était alors obligé de s’excentrer pour couvrir les déplacements du Néerlandais et des espaces s’ouvraient dans l’axe.

Manchester United pouvait commencer à poser le jeu lorsqu'il atteignait cette zone dans les couloirs. Les paires latéral-ailier étaient à la base des mouvements. Les milieux axiaux s'ajoutaient aux combinaisons tout en restant en couverture. Devant, les attaquants prenaient la profondeur dans le dos des latéraux adverses, sur le repli sur ces phases de jeu. A noter aussi sur cette image la liberté accordée à Giggs dans l'axe. Un oubli sans doute...

Le même duo (Van Persie-Welbeck) s’est aussi signalé par des mouvements plein axe, lorsque le premier réussissait à conserver le ballon face à Varane-Ramos ; il remisait ensuite sur Welbeck qui se projetait vers l’avant pour offrir une solution avant que les milieux madrilènes (Xabi Alonso et Khedira) n’aient le temps de se replier. Côté droit, le jeu tournait principalement des montées de Rafael, qui profitait des relais de Giggs et des espaces naturellement offerts par Ronaldo pour aller attaquer Coentrao et Ramos. Les montées des latéraux mancuniens étaient à chaque fois couvertes par Cleverley (soutien d’Evra) et Carrick (soutien de Rafael), limitant ainsi les risques de contre-attaque madrilène.

Malgré le score nul et vierge à la mi-temps, Manchester apparaissait clairement en contrôle de la situation. Le travail des deux lignes de quatre ne laissait aucun espace aux créateurs madrilènes qui étaient incapables d’accélérer dans l’axe, que ce soit balle au pied ou par des combinaisons. En complément, le travail de Welbeck sur Xabi Alonso empêchait le Real de véritablement s’installer dans le camp mancunien pour multiplier les temps de jeu.

Au retour des vestiaires, les Red Devils n’ont pas manqué l’occasion de prendre l’avantage après trois petites minutes dans la lignée des 45 précédentes. Au début du mouvement, la différence est venue de Rafael sur son aile droite. Après un premier passage devant les buts de De Gea, un ballon mal dégagé par Varane a profité à Nani, qui a vu son centre dévié par Welbeck puis Ramos pour finalement franchir la ligne de but.

A 1-0, United s’offrait un joker. Mais pour les Madrilènes, rien ne changeait. Ces derniers ont remis le pied sur le ballon mais ont abordé un peu différemment le second acte en raison de l’entrée de Kaka à la place de Di Maria (42e). Désormais replacé sur le flanc droit, Özil sortait régulièrement de son couloir pour revenir dans l’axe, soit pour permuter avec Khedira et participer à la transition aux côtés de Xabi Alonso, soit pour aller peser dans la zone gardée par Cleverley et Carrick et forcer les deux Anglais à reculer.Les Merengues ont d’ailleurs particulièrement insisté dans cette zone, Ronaldo et Özil n’hésitait pas à revenir en même temps dans l’axe pour épauler Kaka et offrir trois solutions devant la défense mancunienne.

Özil repique dans l'axe depuis son aile droite pour compléter le travail de Xabi Alonso, toujours pris par Welbeck. Evra ne peut le suivre en raison de la présence madrilène dans l'axe. Nani ne vient pas non plus en aide à ses milieux de terrain puisqu'il est avant tout chargé de couvrir le couloir face aux montées d'Arbeloa.

Modric, facteur X

Dans les duels, les Anglais ont gardé l’avantage… Jusqu’à l’expulsion de Nani (56e) et la sortie de Arbeloa au profit de Modric (59e). Son équipe réduit à 10, Sir Alex Ferguson a choisi de passer en 4-4-1 : Welbeck a glissé sur le flanc gauche pour protéger Evra, laissant Van Persie seul dans l’axe. Tactiquement, ce choix avait deux conséquences : lorsque le Real ressortait de son camp, Xabi Alonso bénéficiait de plus d’espaces pour organiser la transition défense-attaque. Un moindre mal puisque United conservait ses deux lignes de quatre et était donc en mesure de couvrir toute la largeur du terrain si l’Espagnol venait à multiplier les transversales qu’il apprécie tant. En revanche, lorsque United était replié autour des buts de De Gea, Van Persie devait récupérer le travail jusqu’ici effectué par Welbeck et suivre à la trace le joueur formé à la Real Sociedad.

Le changement opéré par Mourinho (Arbeloa pour Modric, 59e) a été une réponse directe au choix tactique de Ferguson. Au-delà de sa capacité créatrice supérieure à celle de Khedira – replacé latéral droit – à la transition, le Croate a surtout pris toute son importance dans les 30 derniers mètres. Si Xabi Alonso était toujours suivi par un adversaire, aucun Mancunien ne pouvait sortir pour empêcher Modric de devenir la plaque tournante du Real Madrid devant la zone de vérité. Dans celle-ci, Ronaldo, Kaka et Özil pesaient tous sur l’axe de manière à faire reculer Carrick et Cleverley et ouvrir le terrain à l’ancien joueur des Spurs.

Ici, la position de Kaka n'est pas bonne puisqu'elle permet à Cleverley et Carrick d'évoluer assez haut sur le terrain. Une simple course vers l'avant, combinée à celle de Ronaldo, peut ouvrir tout le terrain à Modric et lui permettre d'approcher la surface de réparation. A noter l'oubli de Van Persie, resté devant, qui laisse Xabi Alonso libre de tout marquage.

Kaka, Ronaldo et Higuain sont tous les trois dans l'axe et dans les 20 derniers mètres. Carrick et Cleverley ont dû reculer, ouvrant ainsi tout le terrain à Modric qui a ici tout le temps d'orienter le jeu. Cleverley sort tout de même à sa rencontre mais le milieu de Manchester United est complètement désorganisé. Van Persie est obligé de décrocher pour retrouver un semblant de présence dans l'axe.

Sur son but égalisateur, Modric dernier a ainsi profité de ce champ libre pour anticiper la montée de Carrick, l’effacer et ajuster une superbe frappe à mi-distance pour égaliser (67e). De la même façon, il s’est retrouvé deux minutes plus tard à l’origine du but qui a scellé la qualification du Real : sur l’action, c’est Cleverley qui est venu à sa rencontre et s’est retrouvé battu sur sa passe. Özil et Higuain ont ensuite fait la différence dans la surface et permis à Ronaldo de donner l’avantage au Real.

L’entrée en jeu de Rooney (73e) à la place de Cleverley a sonné le début du baroud d’honneur des Mancuniens. N’ayant plus rien à perdre, ils ont joué leur va-tout en n’hésitant pas à abandonner Carrick, Vidic et Ferdinand en couverture. Rafael et Evra remontaient les ballons sur les côtés en bénéficiant des appuis de Young (remplaçant de Welbeck, 81e) et Giggs. Ils recherchaient ensuite Rooney et Van Persie dans l’axe. Débridée, la fin de match a permis aux gardiens de briller. David de Gea a dû s’employer face à Kaka pour préserver l’espoir d’un come-back, mais Diego Lopez lui a répondu par trois parades dans le money-time (face à Van Persie dans le jeu, puis Carrick et Vidic sur coups de pied arrêtés) pour mettre fin aux rêves mancuniens.

Florent TONIUTTI
(sur twitter : @flotoniutti)

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5 réponses

  1. nabil dit :

    merci pour cette analyse, à signalé que c’est Ferdinand qui a joué dans l’axe au coté de Vidic, Evans était remplaçant
    avant l’éxpulsion de nani le real ne s’est quasiment pas crée d’occasions, mais ça n’empêche que le Man U s’est écroulé après le carton d’une façon inexplicable, ils n’ont réagit qu’après le deuxième but Madrilèn

  2. kiss dit :

    avant de faire une analyse il faudrait déja regarder le match !!!!

    ou avez vous vu Ferdinand remplaçant?????

  3. RMCF dit :

    Pourquoi tant scander cette insignifiante confusion ? Sûrement du fait de la constante perfection dans ces analyses ! Alors quand erreur il y a, il faut le souligner, car rarement l’occasion se présente…
    Encore une superbe analyse, très juste Bravo !

  4. TitiHenry dit :

    Super l’article, comme d’habitude, un régal. Le Réal en première mi-temps m’a fait penser au Lille de dimanche (avec bien-sûr un gouffre d’écart en terme de classe et niveau de jeu). Un contrôle du jeu dans l’ensemble, mais une incapacité à franchir un bloc Bordelais bien regroupé, qui a ensuite grâce à un Diabaté par exemple, réussir à sortir peu à peu la tête de l’eau, à l’instar du travail très intelligent que Walbeck a réalisé hier soir.

    Après la fin de la première mi-temps, j’ai tout de suite penser que le Réal devait utiliser beaucoup mieux leur défenseur centraux dans le jeu, en particulier Varane, très timide dans ce registre de jeu (il choisit trop la facilité dans ces passes). Afin de percer la première ligne Mancuniens et faire reculer tout son bloc, pour de suite les acculés dans leur retranchement. Mais les Madrilènes ont trouvé un autre moyen, comme tu l’as très bien expliqué d’ailleurs, avec des déplacements intelligents de Ozil (Ronaldo aussi), partant de son côté droit pour repiquer dans l’axe et apporter un surnombre dans cette zone. L’expulsion de Nani à entérinent encore plus cette domination. Après ce fait de jeu, Mourinho a mis en place très intelligemment cette ligne de 3 créateurs (new mode?) jouant très resserré pour mieux combiner, pesant dans l’axe et fessant reculer très bas (trop bas) le bloc Mancuinien, qui a oublié qu’il ne jouait pas le Barça en face, mais le Réal pour défendre aussi bas.

    Le réal a eu les coups du sort qu’il fallait, mais encore fallait-il en profiter. Le Réal mener par un Morinho des grands-soir, surtout dans son coaching, a réussie à très bien géré la dynamique de la partie pour mener le Réal vers la victoire.

  5. laurent dit :

    Je viens de re-regarder ces fameuses 20 mn entre le but du 1-0 et les deux buts du Real.
    Je séquence ça en deux phases et je commence par la phase 1, à savoir celle qui va de la 49eme (but du 1-0 pour MU) à la 56eme (expulsion de Nani).
    L’impression que j’avais eu en première vision est largement confirmée. La dégradation du jeu de MU ne date absolument pas de l’expulsion mais bel et bien du but marqué.
    Je m’explique.
    En 7mn, MU ne parvient pas à jouer (faire une passe) dans le camp du Real, PAS UNE FOIS!! Pas une passe dans le camp adverse en 7mn pour une équipe comme MU, à domicile, dans un match de haut niveau. Pourquoi? Cela ressemble à un début de panique générale. 9 fois en 7mn, MU récupère la balle. 7 fois sur les 9 le ballon est dégagé n’importe où….et revient dans la seconde aux espagnols. Les deux autres fois, ce sont deux passes mal ajustées qui reviennent illico dans les pieds du Real. En 7mn, la possession de balle de MU doit être de 15 secondes!
    La Phase 2 (de l’expulsion de Nani aux 2ème but du Real) est tout aussi éloquente. En 13mn, entre la 56eme et la 69eme, MU récupère 13 ballons. 9 des 13 sont une fois de plus dégagés n’importe où et récupérés immédiatement quasiment sans effort par le Real. 3 ballons sont portés par un joueur mancunien et récupérés au pressing dans les 5/10 secondes par le Real. Deux fois dans le camp mancunien et une fois suite à une touche dans le camp du Real. Sur 13 ballons (donc au total sur 22 ballons joués depuis la 49eme mn et le but de MU…en comptant les 9 ballons de la phase 1), un seul ballon conduit à une action (plutôt jolie d’ailleurs, ponctuée par un bon tir de RVP) pour l’équipe de MU. Ils sont allés en tout et pour tout deux fois en 20 mn dans le camp adverse et doivent avoir moins de 1 minute de possession de balle (si tu enlèves le temps que prend de Gea pour dégager suite à un 6 mètres).
    Le constat est monstrueux: à domicile, un grand d’Europe, réputé pour son jeu offensif, n’a passé qu’une fois le milieu de terrain en 20mn, doit être en-dessous des 10% de possession de balle et a subi sans discontinuer les assauts répétés de son adversaire. Pas un moment, il n’y a une remontée de balle tranquille qui stabiliserait l’équipe. Les mecs sont en panique et pas un des cadres (Vidic, Rio, Giggs, Evra) ne met le pied sur le ballon.
    C’est donc bel et bien sitôt après le 1er but et NON PAS après l’expulsion de Nani que MU déjoue! L’expulsion de Nani n’est qu’un facteur aggravant! Rien de plus.

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