Malaga 2-0 Porto, l’analyse tactique

Six ans après Villarreal, Manuel Pellegrini emmène une deuxième équipe novice de la Ligue des Champions jusqu’en quart de finale. Il est le premier entraîneur de l’histoire à réaliser une telle performance. Une première accomplie grâce à un match retour parfaitement maîtrisé face au FC Porto. Et pourtant, les premières minutes de jeu ne plaidaient pas en faveur de son équipe…

Sûr de sa force après un match aller bien maîtrisé, le FC Porto s’est présenté sur la pelouse de la Rosaleda avec son système de jeu habituel, avec au coeur de celui-ci le trio Lucho-Moutinho-Fernando. Seul absent de marque, James Rodriguez démarrait la partie sur le banc et était remplacé par Defour (Helton – Danilo, Otamendi, Mangala, Alex Sandro – Fernando, Moutinho, Lucho – Defour, Varela, Martinez). Du côté de Malaga, Manuel Pellegrini proposait une formation habituelle, avec un choix tout de même au poste de n°10. Julio Baptista était préféré à Isco pour évoluer en soutien de Saviola. Le meneur espagnol se retrouvait du coup sur l’aile gauche au coup d’envoi de la rencontre(Caballero – Jesus Gamez, Demichelis, Weligton, Antunes – Toulalan, Iturra – Joaquin, Baptista, Isco – Saviola).

Avantage Porto :

Les premières minutes de jeu ont permis de découvrir la raison de la titularisation de Baptista dans l’axe. Le Brésilien a débuté la rencontre en restant dans la zone de Fernando. Il offrait ainsi un relais à ses milieux de terrain, en étant capable de jouer sur sa puissance physique pour résister à la pression de son compatriote ; en phase défensive, il restait dans la zone du milieu de Porto afin de limiter son influence sur le jeu. Toutefois, la simple présence de Baptista à ce poste n’a pas permis à Malaga de réussir son début de match et ce pour plusieurs raisons.

La première tenait à l’importante pression mise par FC Porto. Comme d’habitude, les hommes de Vitor Pereira ont joué très haut de manière à asphyxier la relance adverse. Sitôt le ballon perdu, Moutinho ou Lucho sortaient épauler Jackson Martinez à la pointe du pressing afin de couper la relation entre les défenseurs centraux et les milieux de terrain adverses. Sur les côtés, Defour, Varela, Alex Sandro et Danilo avaient pour mission d’empêcher leurs adversaires directs de se retourner. Pour repartir « proprement » – comprendre sans sauter de lignes -, Malaga avait besoin des relais de Toulalan et Iturra dans l’entrejeu. Dès qu’ils étaient servis, Moutinho et Lucho n’étaient jamais loin pour les mettre sous pression et/ou les empêcher de se retourner et forcer leurs relances.

Derrière Jackson Martinez, Lucho et Moutinho sortent sur leurs adversaires directs pour tenter de récupérer les ballons le plus haut possible. Sur les côtés, les joueurs de couloir serrent aussi le marquage, tout comme l'ailier à l'opposée de l'action qui rentre dans l'axe pour occuper le terrain (et offrir un relais "facile" en cas de ballon gagné). Derrière, trois défenseurs restent en couverture dans l'axe, protégés par Fernando.

En plus du gros travail accompli par ses milieux de terrain, le FC Porto profitait de la position assez basse du bloc espagnol. Pressée, la formation de Pellegrini n’était pas en mesure de remonter dans le camp adverse. Son quadrillage du terrain abandonnait les couloirs, laissant des espaces à Alex Sandro et Danilo pour lancer les mouvements offensifs depuis les extérieurs. Aux côtés d’un Baptista au marquage de Fernando, Joaquin et Isco étaient censés défendre sur les milieux portugais (Lucho ou Moutinho) qui venaient dans leurs zones pour se rendre disponibles aux premiers passeurs. Côté droit, Joaquin défendait ainsi à l’intérieur, laissant des espaces à Alex Sandro dans le couloir. Pour Malaga, l’idée était ensuite de couper la progression des latéraux grâce au déplacement de la paire Iturra-Toulalan sur la largeur. Néanmoins, ces derniers ont souffert en début de partie. Porto a ainsi souvent lancé ces mouvements depuis le flanc gauche, Moutinho et Defour soutenant leur latéral avant que le jeu ne passe par Lucho ou Martinez dans l’axe.

Le projet de Pellegrini :

Malgré l’entame de match difficile, le projet de jeu de Malaga se mettait en place. Avec Joaquin, Isco et Baptista -dans un premier temps-, l’objectif des Malaguenos était de mettre la pression sur les trois milieux du FC Porto afin de récupérer le ballon assez haut dans leur propre camp. L’idée était ensuite d’enchaîner rapidement, afin de lancer un ou deux membres du quatuor offensif dans la profondeur, et donc de profiter des espaces dans le dos des défenseurs portugais, positionnés comme d’habitude très haut sur le terrain. De la même façon, dès que Toulalan et Iturra parvenaient à se sortir du pressing adverse, ils privilégiaient la solution directe, par-dessus la défense portugaise. Un choix à quitte ou double : à la retombée des ballons, soit Porto s’en sortait facilement, soit Malaga pouvait créer un décalage. Le système fonctionnait surtout côté droit grâce aux ouvertures de Toulalan et aux appels de Joaquin et Saviola dans le dos d’Alex Sandro.

Malaga s'est sorti du pressing des les deux milieux de Porto. Toulalan s'extirpe de la zone de pression et se retrouve dans le sens du jeu. Devant, Joaquin se lance et sera servi dans le bon tempo. Malheureusement, un mauvais contrôle à la réception l'empêchera de poursuivre son action jusqu'au bout.

Côté opposée, Isco souffrait sur son aile, tant à cause de son profil qui lui demande de recevoir le ballon dans les pieds que des ballons qui n’arrivaient pas dans les mêmes conditions. Le jeu long d’Iturra était moins efficace que celui de son partenaire français du milieu de terrain. Une fois le ballon remonté dans le camp portugais, l’action se développait surtout côté droit, autour des courses de Joaquin et Saviola. Les deux hommes recevaient ensuite les soutiens de Baptista dans l’axe et d’Isco, qui quittait son aile gauche pour reprendre un rôle de meneur de jeu. La deuxième vague de soutien faisait sortir les latéraux : Antunes montait occuper son couloir si le jeu était renversé côté gauche et Jesus Gamez offrait lui un soutien à droite pour Joaquin et Saviola.

Après avoir laissé passer l’orage – symbolisé par le pressing tout terrain de Lucho et Moutinho – sans concéder de grosses occasions, Malaga est monté en puissance. Doucement mais sûrement. A la relance, les hommes de Pellegrini évitaient désormais de s’embarrasser du ballon et n’hésitaient pas à repasser par Caballero (ou Demichelis ou Weligton) pour rechercher directement des solutions dans le camp adverse. A l’instar de l’OM face à Lyon dimanche dernier (lire : Lyon 0-0 Marseille, l’analyse tactique), les ballons n’étaient pas envoyés n’importe où : Malaga ciblait le point faible de la défense adverse, à savoir la zone d’Alex Sandro sur son côté gauche. Saviola et Joaquin réussissaient en effet à mettre le Brésilien en difficulté dans les airs, voire même Mangala, parfois gêné par la simple présence de l’attaquant argentin au contact.

Toulalan et Iturra :

A force d’insister et de renvoyer le jeu dans le camp portugais, Malaga a pu à son tour mettre la pression sur son adversaire. Lorsque Porto devait ressortir de ses 30 mètres, c’est l’ensemble du bloc qui montait afin de ne pas laisser d’adversaires directs en liberté. Dans l’entrejeu, Iturra et Toulalan suivaient les déplacements de Lucho et Moutinho. Dans l’axe, Baptista était toujours sur Fernando et les milieux excentrés complétaient le travail sur latéraux. Comme toujours, l’objectif était de priver les défenseurs de Porto de solutions courtes afin de les forcer à jouer long, cassant ainsi la cohésion du bloc-équipe. En couverture, les quatre défenseurs se partageaient le marquage des trois attaquants adverses, Demichelis laissant le plus souvent Weligton disputer les duels avec Jackson Martinez afin de rester en couverture.

Mais Malaga a aussi pris quelques risques au milieu de terrain, afin de ne plus subir le jeu comme en début de partie. Le positionnement des attaquants, sur toute la largeur du terrain, forçait le plus souvent l’un des milieux portugais (Moutinho puis Defour, Lucho) à décrocher pour offrir une solution supplémentaire au porteur. Les deux hommes étaient alors suivis par Iturra ou Toulalan qui travaillaient avant tout pour les empêcher de se retourner. Mais les deux milieux ne s’arrêtaient pas tout le temps là, puisque même si leurs adversaires directs n’étaient pas servis, ils restaient parfois en position afin de s’opposer au porteur. Dans ce second cas, l’autre milieu restait en couverture devant sa défense, quitte à abandonner son adversaire direct.

Danilo est en possession du ballon. A sa droite, Antunes ferme le couloir face à Varela, décroché de sa position habituelle d'ailier. A sa droite, Fernando est opposé à Baptista. La paire Iturra-Toulalan profite de la position excentrée du porteur pour venir fermer l'espace. Le premier lâche le marquage de Lucho que le second récupère en couverture. Seule solution pour Porto : trouver rapidement Moutinho afin de prendre à défaut les milieux adverses. Mais au vu de la position des adversaires, la transmission est loin d'être aisée.

Cette prise de risques des milieux de Malaga a quand même profité à Porto sur quelques phases de jeu. Des passes précises ont parfois éliminé les milieux adverses : Moutinho s’est ainsi retrouvé lancé face au but avant d’être repris in extremis par le bon repli de ces derniers. Sur une action très rapide, Martinez a aussi pu trouver Defour et le mettre dans le sens du jeu après avoir remporté son duel face à Weligton. Le Belge retrouvait le temps de cette action le rôle tenu par James Rodriguez face au PSG – à savoir repiquer dans l’axe pour soutenir son attaquant (lire : FC Porto 1-0 PSG, l’analyse tactique)-. Mais là encore, le bon repli des milieux a su compléter le positionnement de défenseurs centraux qui n’ont jamais été éliminés de toute la rencontre. Positionné plus haut sur le terrain et capable de s’enfoncer dans le flanc gauche de la défense portugaise, Malaga a inversé la tendance par rapport au début de match et logiquement pris les devant à la pause grâce à un but d’Isco (42e).

A la mi-temps, une blessure (?) de Moutinho a forcé Victor Pereira à lancer James Rodriguez. Le Colombien a repris le rôle de faux ailier de Defour, laissant le Belge retrouver un poste plus traditionnel pour lui dans l’entrejeu. Malheureusement, il n’a pas pu le tenir longtemps. Malaga a repris la partie sur les mêmes bases qu’en fin de première mi-temps. Toulalan et Iturra ont poursuivi leur travail de sape dans l’entrejeu, le premier signalant immédiatement à Defour qu’il n’aurait pas plus d’espaces que durant le premier acte (voir ci-dessous).

Autre possibilité de marquage pour Malaga au milieu de terrain : cette fois, c'est Mangala (le défenseur central) qui est en possession du ballon. Toulalan sort au pressing sur Defour qui décroche de sa position de relayeur. Baptista et Iturra sont aussi en individuelle sur leurs adversaires directs.

Porto à 10 : nouvelle donne

Une énième accélération de Joaquin sur l’aile droite a finalement eu raison du Belge qui devait compenser l’élimination d’Alex Sandro (49e). Réduit à dix, Porto est passé du 4-3-3 à un 4-4-1 ne laissant que le seul Martinez à la pointe de l’attaque. Fernando et Lucho formaient l’axe du milieu de terrain et étaient encadrés par James Rodriguez et Varela. Pendant plusieurs minutes, Malaga a insisté sur son côté droit pour approcher les buts de Helton. Saviola et Joaquin étaient désormais soutenus par les montées de Jesus Gamez. Plus vifs que leurs adversaires (James Rodriguez, Lucho, Alex Sandro), les trois hommes réussissaient à créer le décalage et obligeaient Mangala à quitter l’axe défensif pour aller compenser.

Comme en première mi-temps, Isco quittait aussi son aile gauche pour venir apporter dans l’entrejeu et permettre à Iturra et Toulalan de rester dans leurs registres favoris en couverture. Cette situation obligeait Danilo à rentrer dans l’axe pour aider ses défenseurs centraux ce qui, dans son dos, forçait Varela à revenir très bas pour couvrir le couloir face aux possibles montées de Antunes. Peu avant l’heure de jeu, Vitor Pereira a fait un changement pour répondre à tous ces problèmes. Maicon a remplacé Varela (58e) et est venu se positionner aux côtés de Otamendi en défense centrale. Mangala s’est retrouvé dans le couloir gauche en soutien de Alex Sandro. James Rodriguez est lui passé côté droit pour fermer le couloir face à Antunes.

Porto après l'entrée en jeu de Maicon : James Rodriguez et Alex Sandro sont repliés à hauteur de la ligne défensive, ne laissant que Lucho et Fernando devant celle-ci pour s'opposer à Iturra, Toulalan et Isco qui vient participer aux lancements de jeu.

Ce changement tactique s’est évidemment accompagné d’un recul de l’ensemble du bloc portugais, qui s’est mis à évoluer très bas. Une nouvelle position avec laquelle Malaga a eu beaucoup de mal pour composer offensivement. Excepté des petites occasions arrachées sur son aile droite, les Ciel et Blanc ne pouvaient en effet plus compter sur les longs ballons et la profondeur qu’ils avaient parfaitement su utiliser durant le premier acte. Petit à petit, Porto a repris confiance dans cette nouvelle configuration. Vitor Pereira a même tenté de revigorer son attaque en faisant entrer Atsu à la place d’Alex Sandro (70e) pour offrir une solution supplémentaire aux ballons remontés par Lucho.

Mais c’est finalement Manuel Pellegrini qui a eu le dernier mot en faisant entrer en jeu Roque Santa Cruz à la place de Saviola (74e). Depuis le début de la deuxième mi-temps, les Malaguenos développaient la majorité de leurs occasions sur les ailes, obtenant corners et positions de centre. L’entrée en jeu du Paraguayen offrait naturellement une option supplémentaire pour pouvoir faire fructifier ces opportunités. Il n’a pas eu besoin de plusieurs essais : sur sa première tentative, Santa Cruz a vu sa reprise de la tête sur un corner de Joaquin finir au fond des filets.

Conclusion :

Tendues, les dernières minutes ont vu Porto jeter ses dernières forces dans la bataille mais sans succès (malgré un but refusé à Maicon sur coup-franc). Au final, Malaga est allé chercher sa qualification de très belle manière, se présentant d’abord dans le but de prendre à défaut la défense haute de Porto avant de mettre en route sa machine à détruire le jeu (Iturra-Toulalan). Paradoxalement, le carton rouge n’a pas forcément été d’une grande aide pour les Ciel et Blanc qui ont semblé perdre le fil de la rencontre après quelques minutes sans solution face à des Portugais bien repliés. L’entrée en jeu de Santa Cruz a apporté le second souffle et surtout la présence dans la surface nécessaire pour faire basculer définitivement le match en leur faveur. La performance est grande et, même si le talent pur pourrait venir à manquer lors du prochain tour, l’équipe qui croisera sa route devra répondre présente sur le plan de l’intensité sous peine de couler comme les Portugais.

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2 réponses

  1. thibier dit :

    Hehe bon choix que d’avoir analyser ce match là. Merci

  2. Nkusi Daniel dit :

    Merci pour ces analyses.

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