Lille 2-1 Bordeaux, l’analyse tactique

Lille-Bordeaux, c’était l’équipe en forme du moment (3 victoires d’affilée) qui recevait son opposée (3 défaites). Même si les Girondins ont affiché un beau visage défensif au cours des 45 premières minutes, la logique des dynamiques a finalement été respectée. Auteur d’un très bon deuxième acte, le LOSC a pris trois points logiques et se place de nouveau comme un candidat plus que crédible à l’Europe.

La série de victoires de Lille a débuté le 10 février dernier, à Gerland à l’occasion d’une superbe victoire sur l’Olympique Lyonnais (lire : Lyon 1-3 Lille, l’analyse tactique). Ce jour-là, les Lillois avaient donné une véritable leçon tactique à leurs adversaires en s’appuyant sur une animation très efficace dans l’axe. A la base de celle-ci, on retrouvait les décrochages de Martin et Balmont dans leur moitié de terrain, d’abord pour remonter les ballons mais aussi pour obliger les deux milieux du 4-2-3-1 lyonnais à sortir pour ne pas leur offrir d’espaces pour ajuster des ballons en profondeur (notamment Martin). Le pressing « forcé » des milieux lyonnais créait des espaces au coeur du bloc, intervalles dans lesquels venaient s’engouffrer Rodelin et surtout Payet. L’ancien Stéphanois était au coeur du renouveau lillois, ses espaces étant faits pour lui permettre d’accélérer le jeu balle au pied tout en profitant des appels de ses partenaires (Kalou ou Rodelin dans l’axe, Digne et Sidibé sur les ailes).

Bordeaux répond aux points forts du LOSC

Série positive oblige, Rudi Garcia a logiquement reconduit le même système pour recevoir Bordeaux. Seuls quelques noms changeaient : Rozenhal remplaçait Gueye devant la défense et Béria évoluait à droite de la défense à la place de Sidibé (Elana – Béria, Basa, Chedjou, Digne – Rozenhal, Balmont, Martin – Payet, Rodelin, Kalou). Côté bordelais, malgré de nombreuses incertitudes durant la semaine, Francis Gillot présentait finalement un onze avec « seulement » deux absents de marque : Mariano à droite de la défense et Saivet qui aurait sans doute pu prétendre à une place de titulaire. Fait nouveau, les Girondins se présentaient en 4-3-3. Comme lors du coup réussi face à Kiev (lire : Comment les Girondins ont éliminé le Dinamo Kiev ?), les premières minutes de la partie ont permis de constater que les Bordelais s’étaient préparés pour contrer les points forts de l’animation lilloise.

Trois clés tactiques étaient particulièrement importantes pour expliquer le bon premier acte des Girondins sur le plan défensif. Le premier n’était pas une surprise pour une équipe qui devait affronter le LOSC : les deux ailiers (Traoré et Maurice-Belay) se repliaient de manière à ne pas laisser partir les latéraux lillois (Digne et Sidibé) dans leurs dos. Ils protégeaient ainsi leurs latéraux au cas où leurs homologues venaient à attaquer la profondeur. Au coeur du jeu, Plasil et Obraniak sortaient du bloc bordelais, regroupé dans sa moitié de terrain, en fonction des déplacements de Martin et Balmont (et de leurs décrochages à hauteur de Rozenhal). Il soutenaient ainsi Diabaté qui restait dans la zone du n°6 lillois. En couverture, Lamine Sané travaillait à la fermeture des espaces devant la défense, dans le but d’empêcher Payet de récupérer les ballons dans cette zone et de placer ses accélérations.

Balmont et Martin serrés de près par Plasil et Obraniak. En couverture, Sané reste dans la zone de Payet. En jaune, Rodelin va venir s'intercaler entre les milieux bordelais afin d'offrir un relais à Rozenhal en possession du ballon. S'il va permettre de créer le décalage au milieu, son décrochage enlèvera aussi une solution au LOSC devant pour finir l'action, Kalou se retrouvant seul face à quatre défenseurs.

Ce système a plutôt bien fonctionné durant le premier acte puisque les Bordelais ont réussi à repousser le LOSC dans les couloirs. Seuls quelques mouvements de Rodelin entre les lignes (voir ci-dessus) ont permis aux Lillois de trouver Payet dans sa zone de prédilection. Le milieu bordelais a rapidement réagi à cette intrusion de l’ancien Nantais en abandonnant plus de liberté à Balmont. Ce dernier s’en offrait parfois lui-même en s’excentrant sur l’aile droite (derrière Béria) afin de se défaire du marquage de Plasil, qui ne sortait généralement que lorsqu’il revenait demander le ballon dans l’axe.

Juste après le but, Bordeaux laisse venir Lille : Plasil lâche Balmont qui va travailler avec son trio défensif. Martin est en revanche toujours marqué par Obraniak. Dans l'axe, les positions de Rodelin et Payet autour de Sané annoncent déjà le retour de Lille en deuxième mi-temps (voir par ailleurs).

Au final, Lille n’a pu approcher les buts de Carrasso qu’en passant par les côtés et en misant sur des différences faites dans les un-contre-un (débordement de Digne et reprise de Martin, 15e – débordement de Béria et frappe de Payet, 41e). Tout au long de la première mi-temps, les Nordistes ont souffert d’un manque de solution dans la profondeur, la faute au bon travail des trois milieux bordelais et au repli des ailiers pour bloquer les courses des latéraux. Bien en place défensivement, les Bordelais n’ont pas brillé dans le camp lillois mais ont néanmoins pu s’appuyer sur un Cheick Diabaté assez dominant face au trio défensif adverse pour remonter les ballons. Le pressing lillois limitant les possibilités de transmissions courtes (défense – milieu de terrain), les défenseurs (Henrique – Planus) allongeaient à destination de leur unique attaquant. S’il remportait son duel aérien et récupérait le ballon, le jeu le poussait à rechercher Plasil ou Obraniak venus à sa hauteur ou ses latéraux, montés dans les couloirs et « dispensés » de pression de la part de leurs adversaires.

Les Girondins ont profité de cette situation pour « placer » leurs attaques depuis ces zones excentrées avec Trémoulinas, Plasil et Maurice-Belay à gauche et Faubert, Obraniak et Traoré à droite. Automatismes obligent, le côté gauche a été le plus utilisé et c’est sur une action assez basique qu’ils ont obtenu le penalty leur permettant d’ouvrir le score. Sans grande pression de son adversaire direct, le latéral (Trémoulinas) a pu lancer le mouvement pour trouver l’ailier (Maurice-Belay) devant la défense. Pendant ce temps, le milieu (Plasil) a pris la profondeur pour embarquer un adversaire (Béria) et ouvrir l’espace au latéral (Trémoulinas). Forts de ce but, les Bordelais ont bien terminé la première mi-temps, poussant à nouveau le pressing sur Martin et Balmont (Obraniak et Plasil toujours) et passant près du break sur coups de pied arrêtés.

Lille supérieur

Au retour des vestiaires, le match a complètement changé de physionomie Alors qu’ils recherchaient avant tout « la bonne passe » en première mi-temps, les relanceurs lillois ont commencé à porter le ballon pour éliminer Diabaté et s’approcher du véritable premier rideau bordelais (les trois milieux de terrain dans l’axe). Rozenhal, Balmont mais aussi Basa et Chedjou ont ainsi franchi la ligne médiane balle au pied, afin de se rapprocher de Kalou, Payet et Martin qui évoluaient dans les zones gardées par Plasil, Obraniak et Sané. Les distances se rapprochant, les Lillois parvenaient enfin à se trouver dans les intervalles entre les milieux adverses. Les redoublements de passes et autres combinaisons permettaient d’effacer le premier rideau girondin pour attaquer la défense, mais la paire Planus-Henrique tenait le choc, excepté sur un appel en profondeur de Rodelin (50e).

Aucun Bordelais ne s'opposant à sa montée, Chedjou peut se rapprocher de ses créateurs et les trouver malgré les trois milieux bordelais. Au vu des distances le séparant de ses partenaires, les solutions sont multiples pour le porteur (sur la largeur avec Balmont et Rozenhal, dans l'axe avec Martin, Kalou ou Payet). A noter l'alignement de la défense bordelaise, coupée en deux : Planus et Trémoulinas sortent pour anticiper une passe vers Kalou tandis que Henrique et Faubert sont plus bas, sans doute à cause de la position de Rodelin.

Face à ces multiples offensives lilloises, les Bordelais ont reculé et Diabaté en a immédiatement payé le prix devant. Moins soutenu, il ne pouvait plus permettre au bloc bordelais de remonter et le duo Basa-Chedjou en a profité pour prendre définitivement le dessus. Peu avant l’heure de jeu, Rudi Garcia a profité de l’excellente reprise de ses troupes pour faire entrer Pedretti, plus joueur que Rozenhal, devant la défense. L’ancien Auxerrois a participé à la montée en puissance de l’équipe, soutenant efficacement les combinaisons lancés dans l’axe par sa qualité de passes en profondeur. Lille est rapidement revenu au score grâce à Rodelin suite à une phase arrêtée (59e). Moins d’un quart d’heure après cette égalisation, Pedretti dépassait sa fonction de sentinelle sans être suivi pour aller offrir le ballon du 2-1 à Kalou sur un centre venu de la gauche (72e).

Entre temps, Francis Gillot avait tenté de réagir en faisant entrer Poko à la place de Traoré pour mieux protéger sa défense (passage en 4-2-3-1 avec Obraniak à droite et Plasil derrière l’attaquant, 62e). Au lieu de permettre à Bordeaux de remonter son bloc (en imaginant Plasil en aide de Diabaté devant), ce schéma a achevé la désorganisation des Girondins  qui ont conservé la même animation défensive : Diabaté toujours seul devant, Plasil en pointe du milieu de terrain mais en infériorité face à Balmont-Pedretti et le duo Poko-Sané occupé par Payet-Kalou. Il a fallu attendre que Bordeaux abatte sa dernière carte dans les dernières minutes pour voir l’équipe remonter dans le camp lillois : les Girondins ont terminé le match avec Bellion et Diabaté devant Plasil pour tenter d’aller chercher la relance à trois lilloise (Chedjou, Basa, Pedretti). Mais, forts de leur avantage, les Lillois ont su faire tourner le ballon en profitant des espaces désormais offerts sur la largeur pour conserver l’ascendant et même frôler le break en fin de partie (centre de Payet, Kalou trop court, 82e).

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1 réponse

  1. iPee dit :

    C’est trop chiant à lire pour moi. C’est mieux quand tu fais des vidéos avec les aimants. Ca rends l’explication vivante et agréable.

    C’est dommage d’ailleurs, parce que je trouve ça captivant, mais ça me j’ai l’impression que je vais subir un gavage en voyant tout ce texte purement technique.

    Faut vraiment que je trouve un travail, en arrivé à avoir la flemme de lire un document technique. Piètre documentaliste que je fais.

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