Image par image : le premier but de Messi face au Milan AC

Intervenu très vite dans la rencontre (4e), le premier but du Barça a mis les Catalans dans la meilleure des situations. Seule réalisation inscrite sur attaque placée, son analyse permet de mettre en avant les failles tactiques du système défensif milanais. Venus en Catalogne avec le même schéma de jeu que lors de leur victoire de l’aller (2-0), les Milanais ont explosé très rapidement en raison de petits ajustements qui ont fait toute la différence en faveur des Catalans.

A l'aller, Boateng et El-Shaarawy avaient pour mission de se replier SI les latéraux barcelonais montaient. Or il y a trois semaines, Daniel Alves et Jordi Alba participaient tous les deux à la construction des actions : par sa présence le long de la ligne de touche, le latéral gauche complétait les déplacements vers le coeur du jeu de Iniesta. En réponse, Boateng se repliait à hauteur de ses milieux de terrain. Le Milan comptait sur lui pour protéger le couloir en se positionnant à hauteur de ses milieux de terrain qui restaient dans l'axe. Au lieu de se focaliser sur sa "zone" lors du match retour, Boateng a débuté le match en se déplaçant en fonction des mouvements de Jordi Alba. Or ce dernier ne montait pas puisque Pedro se chargeait d'offrir une solution sur cette aile. Le Barça a du coup exploité les espaces dans le dos de Boateng grâce aux déplacements d'Iniesta. Conséquence, le Barcelonais entraîne avec lui Flamini et le reste du milieu milanais. Busquets, Xavi et Messi sont déjà en supériorité face à Ambrosini et Montolivo. Reste à exploiter cette situation.

Iniesta fait alors appel à Pedro, positionné sur l'aile gauche et qui a évolué dans un registre assez différent de ses habitudes. Sollicité dos au but, Pedro se retrouve pris entre Abate - qui reste à distance afin d'éviter le une-deux sur l'aile - et Ambrosini, désormais focalisé sur le ballon après avoir accompagné le mouvement de Flamini. Niveau marquage, Montolivo accompagne Xavi. Devant, Villa est positionné entre Mexès et Zapata. Busquets, en revanche, est libre. Là encore, il faut remonter au match aller pour le comprendre. Lorsque Alba monte - en plus de Alves côté droit -, Busquets doit rester derrière, afin de conserver trois joueurs en couverture (Puyol, Piqué derrière Busquets à l'aller). Mais cette fois, Alba ne participe pas au jeu et reste derrière. Mascherano reprend le rôle de Busquets de par sa capacité à jaillir de la ligne défensive (Piqué et Alba derrière Mascherano dans ce cas). Busquets est libre de monter... Et aucun Milanais ne réagit (Niang ? Boateng ?).

Arrive alors la passe en retrait, l'une des armes fatales du Barça : après avoir fixé l'adversaire, le ballon ressort d'une zone donnée et le terrain est ouvert pour le nouveau porteur de balle. La remise de Pedro pour Busquets est une illustration parfaite. Boateng et Niang sont trop loin pour gêner le n°16 du Barça qui a face à lui un énorme espace pour servir Messi. Cet intervalle s'est crée grâce à deux facteurs : la fixation du milieu à trois milanais sur un périmètre minuscule - entre Iniesta et Xavi - et l'absence de compensation de la part de El-Shaarawy qui ne suit pas le mouvement de ses milieux de terrain pour venir se positionner devant Messi. Autre point important à prendre en compte à partir de maintenant : le positionnement de David Villa fait naturellement reculer la défense milanaise.

Le temps que Busquets arme sa passe, El-Shaarawy et Montolivo ont tout de même le temps de se déplacer de manière à diminuer au maximum l'espace qui les séparait au début de l'action. Celui-ci est réduit mais la qualité de transmission de l'Espagnol fait ici toute la différence. Si le ballon passe entre Montolivo et El-Shaarawy, Messi et Xavi sont libres de se trouver dans les 20 derniers mètres, puisque sans aucun adversaire positionné entre eux. Le rôle de Villa est aussi prépondérant puisqu'il empêche Mexès ou Zapata de sortir de la ligne défensive pour récupérer le marquage des deux Barcelonais.

Montolivo et El-Shaarawy sont éliminés sur la passe. Que se serait-il passé s'ils s'étaient repliés devant leur défense au lieu de sortir sur Busquets ? Toujours est-il que Messi et Xavi sont libres de combiner au coeur du bloc milanais. Aucun adversaire ne se présente pour empêcher leur progression puisque Mexès et Zapata sont toujours au contact de Villa.

Après le talent de Busquets sur la première passe, c'est au tour de Messi de faire la différence dans les derniers mètres. Le une-deux avec Xavi est parfait. De peur de se faire éliminer, Mexès et Zapata ne sortent pas et préfèrent fermer au maximum l'angle de frappe. Cela ne suffit pas. Messi arme et son tir finit dans la lucarne d'Abbiati.

Preuve que ce plan n’était pas le bon, Massimiliano Allegri a revu sa copie en cours de première mi-temps. Boateng a d’abord reculé pour ne plus être pris dans son dos par Iniesta avant d’échanger sa position avec Niang. Côté droit, le jeune Français fermait désormais le couloir devant Abate au lieu de se focaliser sur le positionnement d’Alba. Immédiatement, le Milan a gagné en cohésion défensives, résistant mieux aux approches « lentes » barcelonaises. En revanche, il n’a pas trouvé de réponses pour s’extirper du pressing adverse, le repli nécessaire de Boateng puis de Niang dans le couloir droit enlevant la possibilité d’une solution devant. Les deuxième et troisième buts barcelonais sont ainsi intervenus après des duels remportés face à l’avant-centre milanais (Piqué sur Boateng, puis récupération de Iniesta face à Ambrosini sur le second but / Mascherano sur Boateng pour le troisième).

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6 réponses

  1. AD dit :

    Excellent comme d’habitude ! Merci pour ce site.

  2. aziz dit :

    Super! Ton analyse montre bien à quel point le jeu du Barça est subtile. La seule façon d’éviter le but était comme tu le dis qu’El Shaawary se mette devant Messi . Mais c’est oublier que c’est un attaquant et pas un défenseur de métier.

  3. julien dit :

    Superbe analyse !

    qu’est ce que j’aimerai qu’on ait ca au canal football club plutot que les conneries a menes, le football français s’en porterait mieux.

  4. ALN dit :

    Très bonne analyse, je connais depuis peu de temps ce site il est vrai que pas un pseudo spécialiste de la TV n’est capable d’expliquer le dixième de ce que l’on peut trouver ici. Peut être une question de manque de temps, de recul mais ça serait bien de trouver sur le tube des commentaires de cette envergure.

  5. toto dit :

    Intéressant. Si je peux me permettre une suggestion: pourrais-tu ajouter le nom des joueurs dont tu parles dans chaque commentaire sur la photo correspondante (ou un numéro) ?

  6. Souhail dit :

    Excellente analyse, en effet ça montre beaucoup de connaissance du métier du foot.
    un élément qu’on oublie beaucoup dans l’entre jeu du barça Busquets

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